‹ La vie de N.-S. Jésus-ChristChapitre 175 sur 190 · LE CHRIST DEVANT LE GRAND CONSEIL · texte numérisé non relu

LE CHRIST DEVANT LE GRAND CONSEIL

tt SUS devant leur assemblée, et lui dirent : Si vous êtes <c le Fils de Dieu, dites-le-nous. Il répondit : Si je vous <( le dis, vous ne me croyez pas; et si je vous interroge , (( vous ne pouvez me répondre, et vous ne me relâcherez tt point. Dorénavant le Fils de l’homme sera assis à la <( droite de la vertu de Dieu. Tous dirent alors : Vous êtes « donc le Fils de Dieu ? Il répondit : Oui, comme vous le (c dites, je le suis. Là-dessus ils crièrent tous ensemble : « Qu’avons-nous encore besoin de témoins? Nous avons c( le témoignage de sa propre bouche, » On pourrait croire, d’après ces paroles, que les docteurs juifs avaient déjà, relativement au Fils de Dieu , des idées aussi claires que les nôtres. Il n’en est rien cependant. Fils de Dieu , Fils de l’homme, c’étaient là quelques-unes des expressions dont ils se servaient pour désigner le Messie, qu’ils appelaient même quelquefois Jéhovah, le Logos ou le Verbe de Dieu, la lumière, le premier, le Fils unique, ou la droite du Seigneur.

Quand le sanhédrin condamnait un homme à mort, les conseillers devaient être à jeun , et ne. pouvaient rien manger pendant tout le jour. Mais Jésus n’avait rien pris non plus depuis la veille au soir, où il avait fait la cène avec ses apôtres , et il ne prit rien jusqu à son crucifiement; de sorte que nous ne pouvons comprendre corn-' ment, au milieu des souffrances de toute sorte qui accablèrent et son corps et son âme , il ne mourut pas avant de monter sur la croix , ou pendant qu’on le crucifiait.

Ainsi le grand conseil , poussé par des prêtres fanatiques, avait confirmé la sentence portée pendant la nuit. Cependant ce n’était pas encore une sentence de mort proprement dite ; car il fallait pour cela que l’assemblée se tînt

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dans la chambre nommée gazitli , et que le gouverneur du pays y donnât son assentiment. Ils se hâtèrent donc de le livrer aux llomains , afin de pouvoir rexccuter avant que leur indigne conduite eût été connue du peuple, dont ils craignaient les dispositions favorables à son égard. C’est pour cela qu’ils se réunirent dès la première aube du jour, quoique ce fût contre la coutume. En effet, dans toute autre circonstance , chaque vrai pharisien n’aurait pas manqué de réciter ses phylactères depuis l’aurore jusqu’à la troisième heure; et le sanhédrin ne se serait assemblé qu’après le sacrifice du matin , vers huit ou neuf heures, pour se séparer ensuite après le sacrifice de l'aprèsmidi, vers trois heures. Ils auraient bien pu, usant d’un droit que leur avaient laissé les Romains, leurs maîtres, faire donner au Sauveur trente -neuf coups de verges; mais ils ne voulaient pas prévenir le' jugement du préteur, dans la crainte de le mécontenter.

Les trois états de la nation , les prêtres, les docteui*s de la loi et les anciens, concourent également à ce jugement inique. Les prêtres attendaient un Messie qui remettrait en honneur le culte et le sacerdoce mosaïque, et foulerait aux pieds tous leurs ennemis ; un Messie sous la conduite duquel ils parcourraient l'univers en vainqueurs, détruiraient tous les temples païens , anéantiraient tous les prêtres des idoles , et lèveraient ensuite la dîme sur tous les peuples du monde. Au lieu de ce Messie , ils avaient devant eux un homme qui donnait publiquement aux Samaritains la préférence sur eux ; qui leur était la considération dont ils jouissaient; qui rejetait les prescriptions qu’ils avaient inventées et qu’ils mettaient au-dessus même de la loi de Moïse ; qui voulait abolir une partie des dîmes

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dont ils s’enrichissaient; qui avait parle de renverser le temple, et qui profanait conlinuellement le sabbat. C’était ])ien plus qu’il n’en fallait pour le rendre à leurs yeux coupable et digne de mort.

Les docteurs de la loi, esclaves de la lettre, attendaient un Messie qui déciderait en leur faveur les subtilités de l’école, comme un autre Salomon, et expliquerait tous les mystères de la nature ; un Messie à l’aide duquel ils formeraient une académie savante qui verrait accourir à elle tous les rois de la terre, comme autrefois Salomon fut visité par la reine de Saba. Mais , au lieu de ce Messie, ils avaient devant eux un homme dont les disciples étaient pour la plupart de pauvres artisans, qui ne savaient pas même écrire, et qui ne comprenaient ni le Talmud ni les autres sciences. La doctrine qu’il enseignait était si simple, si peu savante, qu’elle ne paraissait bonne que pour le peuple; aussi prononcèrent- ils sans hésiter contre lui la peine de mort.

Les anciens d’Israël, qui formaient la noblesse et la magistrature du peuple juif, attendaient un Messie politique, qui mettrait en ordre leurs. généalogies; un Messie conquérant, dont ils seraient les généraux, et avec lequel ils se vengeraient des peuples ennemis de la nation juive ; un Messie qui entrerait triomphant à Jérusalem, traînant derrière son char les rois païens vaincus et humiliés ; qui, de la montagne de Sion , dicterait avec eux des lois à la superbe Rome. Mais, au lieu de ce Messie, ils avaient devant eux un homme pauvre , qui n’attachait aucune importance à sa généalogie, qui jamais ne parlait de son origine royale, qui recommandait de payer l’impôt à César; un homme, en un mot, qui semblait mépriser tout ce

qu’ils estimaient le plus. 11 leur parut donc aussi digne de mort. Mais les Romains s’étaient réservé le droit de décerner celte peine, et n’avaient laissé à la municipalité que la faculté de prendre les malfaiteurs, de les interroger et de les garder. Pour ces maîtres du monde, les jugements prononcés par des étrangers n’avaient aucune valeur, et le gouverneur de la province pouvait appeler la cause à son tribunal. C’est ainsi que l’officier romain Claudius Lysias , qui commandait le fort Antonia, après avoir fait comparaître devant le grand conseil l’apôtre saint Paul, accusé par les Juifs de prêcher une foi nouvelle, l’envoya sous escorte au gouverneur romain, pour

qu’il revît le procès et ponlât une sentence définitive. 11 »

en fut de même ici à l’égard de Jésus.

Le gouverneur de la Palestine avait sa résidence ordinaire à Césarée, à deux journées de marche de Jérusalem. Les membres du grand conseil lui auraient volontiers envoyé Jésus dans cette ville, pour le soustraire ainsi aux yeux du peuple, qui lui était favorable. Mais, malheureusement pour eux, le préteur, à l’époque des fêles, venait presque toujours à Jérusalem avec un renfort de troupes, et dressait son tribunal dans le palais au pied de la forteresse. Le tétrarque Hérode y venait aussi ordinairement de Galilée. Et même plus tard, l’an 799 , il y vint accompagné de Vitellius, gouverneur de Syrie et qui fut ensuite empereur. Ce même Vitellius se rendit encore à Jérusalem pour la fête de Pâques quatre ans après la mort du Christ, et ce fut alors qu’il déposa Caïphe. Au reste, beaucoup de personnages considérables se rendaient dans cette ville pour les fêles , et particulièrement pour celles de la Pâque. Nous citerons entre autres Sentius Saturninus, Quinctilius

lÆ CHRIST DEVANT PILATE.

Varus, Vespasien , Titus, Cumanus, Quadralus, Sestius Gallus, les deux derniers prdfets de Syrie. Mais cette année le préfet de Syrie n'était point k Jérusalem : autrement il aurait sans doute pris part au procès intenté à Noire-Seigneur, et n'aurait pas permis qu'il fût exécuté.

Maintenant va commencer un nouveau jugement contre le Sauveur. Le grand conseil a prononcé la sentence de mort. Cependant, pour qu’elle ait son effet, il faut qu'elle soit confirmée par le gouverneur. Le rôle des Juifs est terminé. Prêtres, nobles, docteurs de la loi, tous accourent comme accusateurs devant le tribunal de Pilate. Rome, la reine du monde , va maintenant prendre part à la grande iniquité qui doit être consommée sur le Calvaire; et la postérité saura ce que c'était que cette justice romaine tant vantée.

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