SONGE DE LA FEMME DE DILATE
existent encore aujourd’hui ; « Qui voulez- vous délivrer? « Jésus Barabbas, ou Jésus appelé Christ? » .Ainsi ^ par une disposition singulière de la Providence , le meurtrier qui fut mis en comparaison avec le Sauveur s’appelait aussi Jésus ou Josué. Plus tard , néanmoins , on trouva la chose inconvenante, et l’on effaça le premier nom du texte. Mais il y a vraiment comme une ironie du destin dans cette coïncidence, qui fit que Jésus fils d’Abbas, voleur et meurtrier, fut délivré, tandis que Jésus Fils du Père éternel, fut condamné. Les deux autres malfaiteurs compagnons de Barabbas étaient déjà condamnés, à ce qu’il parait, et leur exéculion avait seulement été dilïérée jusqu’à la fête.
CHAPITBE XLVI
Songe de la femme de Pilate.
« Pendant que Pilate siégeait sur son tribunal, sa « femme lui envoya dire : Ne vous mêlez point de ce qui « concerne ce juste ; car j’ai été aujourd’hui étrangement « tourmentée en songe à cause de lui. » D’après le témoignage delà tradition , la femme de Pilate s’appelait Claudia Procula. Il est probable qu’elle était affranchie de la famille Claudia, d’où l’empereur Tibère était issu, et que c’est à celte circonstance qu’elle devait son premier. nom. C’est peut-être elle aussi qui, par son alliance avec cette puissante famille , avait poussé son mari, et lui avait obtenu la place importante de préteur, de même que plus tard Félix fut nommé gouverneur parce qu’il était affranchi de l’empereur Claude. La famille des'Pontius avait pris
peut-etre le nom de Pilatus de l’araïc romaine nommée pila, javelot. Ce qu’il y a de certain c’est que Virgile et Martial emploient ce mot comme adjectif. Claudia eut un songe. Le paganisme tout entier vivait comme dans un monde de songes et d’illusions, et les païens se laissaient diriger, dans leurs actions les plus importantes, par des présages et des visions de cette sorte. Dans le sommeil, les deux mondes, celui de la réalité et le monde des illusions, se réflètent l’un dans l’autre. Mais ici, dans cette nuit mémorable de la Passion du Sauveur, l’événement qui allait s’accomplir se présente dans son affreuse réalité à l’imagination de la femme de Pilate. Et de même que Calpurnia, avertie par un pressentiment mystérieux, voulut empêcher Jules César de se rendre au sénat le jour où il devait y être assassiné, ainsi Procula veut épargner à son mari une démarche inconsidérée.
L’Évangile de Nicodème (chap. li) rapporte que Procula était prosélyte de la porte; ce qui était à cette époque si fréquent parmi les dames romaines, que le sénat romain crut devoir employer des mesures de rigueur pour l’empêcher. Mais comment avait-elle pu accompagner son mari en Palestine? L’empereur Auguste avait contii’mé l’ancienne loi Oppia, qui défendait à tous les hommes d’État, de même qu’aux ambassadeurs, d’emmener leurs femmes avec eux dans les provinces qui leur étaient confiées, permettant seulement à celles-ci d’y faire un voyage de peu de durée pendant les mois d’hiver. Cependant, lorsque , sous Tibère , le sénateur Sévérus Cécinna voulut faire
renouveler cette loi, il trouva une opposition violente, si
bien que sa proposition fut rejetée. Il fut convenu seulement que, par un sénatus- consulte, les gouverneurs
LA FLAGELLATION
seraient rendus responsables de toutes les intrigues de leurs femmes, parce que celles-ci commençaient déjà à prendre de l’influence et à faire valoir leur protection. Le sénat s’en inquiétait d’autant plus, que bien souvent les femmes des préteurs obtenaient de leur mari qu’ils traitassent avec plus de ménagement les provinces qu’ils venaient gouverner. Ainsi, par exemple, lorsqu’au temps de la persécution des Juifs, sous Gamaliel le Jeune, deux frères, Julien et Pappus, furent mis à mort par les Romains pour avoir refusé, à l’exemple des Machabées, de violer la loi, le rabbin Josué, fils de Schemua, se rendit à Césarée à la tête d’une députation , et s’adressa à une dame considérable de la ville pour réclamer sa protection. (( O Ciel! lui dit-il, ne sommes-nous donc pas les enfants (( d’un môme père et d’une môme mère? Pourquoi c( devons -nous donc être traités plus mal que les autres tt peuples, et gémir sous le joug de lois si terribles? » Ces paroles produisirent leur effet; et, sur la recommandation de cette Romaine , Tédit de persécution lancé par Trajan fut révoqué. Pilate amena donc avec lui sa femme en Judée, comme Germanicus avait amené Agrippine en Allemagne, et comme le gouverneur Pison avait amené la sienne en Syrie. Et Procula intercéda aussi pour le Sauveur.