‹ La vie de N.-S. Jésus-ChristChapitre 186 sur 190 · CHAPITRE XLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII

La Flagellation.

(( Cependant les princes des prêtres et les anciens cor- (( rompirent le peuple, et lui persuadèrent de demander

(( la délivrance de Barabbas et la mort de Jésus. La foule « tout entière cria donc : Faites mourir celui-ci, et « délivrez -nous Barabbas. Pilate leur parla de nouveau , « car il désirait beaucoup renvoyer Jésus, et leur répon- « dit : Que ferai -je de celui-ci, que vous appelez roi « des Juifs? Mais ils redoublèrent leurs clameurs , criant « tous : CruciGez-lel cruciûez-le! » On n’entendit point cependant dans ce tumulte les voix de Galiléens qui avaient accompagné Jésus dans son entrée triomphale à Jérusalem. La populace romaine cria aussi pendant plusieurs siècles avec la même rage : Les chrétiens aux lions! les chrétiens aux lions ! Et la voix de l’innocence ne fut point entendue. « Pilate, prenant une troisième fois « la parole, leur dit : Qu’a-t-il donc fait de mal? Je ne « trouve rien en lui qui mérite la mort. Je le châtierai « donc , et le renverrai. >> Il cro'yait le déshonorer par celte peine infamante, lui enlever parla toute influence sur le peuple , et lui ôter ainsi à jamais la pensée de monter sur le trône.

« Pilate prit donc Jésus, et le flt fouetter. Les soldats

a le conduisirent dans la cour du tribunal, appelèrent

tt toute la foule autour de lui, et le dépouillèrent de ses

« vêlements. » D'après la coutume romaine, quiconque

devait subir la mort était d’abord fouetté, à moins qu’il ne

fût citoven romain. Tite-Live fait mention de cette cir- «

constance à propos des exécutions nombreuses qui eurent lieu dans la guerre des esclaves. Curtius raconte le même fait d’Alexandre le Grand ; Philon et Josèphe à propos de la guerre des Juifs, où une multitude de Juifs furent crucifiés à Jérusalem et à Alexandrie. Mais la flagellation qui fut infligée à Notre -Seigneur eut un caractère particulier

LA FLAGELLATION

de cruauté : car , d’un côté , Pilate voulait , par l’atrocité meme du traitemennt qu’il lui faisait subir, exciter la compassion du peuple , pour pouvoir ensuite le relâcher ; tandis que, d’un autre côté, les soldats romains, prenant cette flagellation pour une véritable question, cherchaient àer au Sauveur à force de coups l’aveu de son d’autant plus que l’enquête leur semblait avoir ijà assez longtemps. Les rabbins nous font une des- 1 épouvantable de la manière dont la flagellation uvaii lieu autrefois chez les Juifs. Le condamné était attaché par les deux mains à une colonne. On plaçait derrière lui une pierre carrée, sur laquelle montait le bourreau, afln que les coups portassent mieux, étant frappés d’en haut. Le valet du bourreau déchirait alors les vêtements du coupable depuis les pieds jusqu’à la poitrine , et l’exé* culion sanglante commençait. Armé d’une discipline à quatre cordes, ou d’un fouet auquel étaient attachées quatre lanières de cuir, le bourreau frappait de toutes ses forces treize coups sur la poitrine nue du patient, et treize sur chaque épaule. L’apôtre saint Paul avait souffert cinq fois ce supplice de la part de la synagogue , comme il l’écrit lui-même dans sa seconde Épître aux Corinthiens. Lorsque le délinquant mourait entre les mains du bourreau, celui-ci n’était pas responsable de sa mort, pourvu qu’il n’eût pas augmenté le nombre des lanières d’une

Telle était la flagellation chez les Juifs. Mais c’était bien lire chose encore chez les Romains. C’est ici que l’on

aniere excessive.

^^pouvait appliquer cette parole du roi Roboam que , si les ^titljuifs fouettent avec des verges, les Romains frappent avec ^ J des scorpions. En effet, pour aggraver le supplice, ils se

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servaient de cordes au bout desquelles ils attachaient de petits morceaux d’os carrés ou de petites boules de métal. C’est ainsi que les habitants de Smyrne, racontant les tourments de leurs martyrs, parlent d’une flagellation qui leur avait mis à nu les tendons et les veines, de sorte qu’on pouvait étudier sur eux toute l’anatomie du corps humain. C’est dans ces exécutions que se révélaient la cruauté et la brutalité des soldats romains , dont les peuples de l’antiquité eurent tant à souffrir pendant toute l’histoire de Rome. La formule avec laquelle on livrait le délinquant au bourreau était déjà terrible. « Licteur , lui disait-on, prends, dépouille, frappe, agis, et fais attention. r>

Depuis que le christianisme a adouci les mœurs, on u’a plus aucune idée de la barbarie de ces temps-là. Combien devait être cruel ce peuple qui , après les massacres des guerres , s’amusait éncore à voir couler le sang des gladiateurs dans les amphithéâtres 1 Cette soif de sang , ils la portaient jusque dans la vie domestique. Toute famille qui avait un troupeau nombreux d’esclaves avait aussi pour les ft’apper un bourreau particulier, qui s’appelait lorarius, et dont la fonction était de fouetter ces pauvres serviteurs avec une discipline composée de cordes et de fils de métal tressés ensemble. Les dames romaines elles-mêmes avaient souvent recours aux bourreaux publics, et leur payaient une rente annuelle pour punir les femmes qui les servaient, et cela pour la moindre négligence. Ces misérables, dépouillées de leurs vêlements, et attachées par les cheveux à une colonne ou au jambage d’une porte, étaient fouettées jusqu’au sang, jusqu’à ce qu’il plût à leur maîtresse de dire : C’est assez. Puis on leur mettait aux

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pieds les fers qu’elles étaient obligées de traîner et le jour et la nuit. C’était pour elles un châtiment léger lorsqu’une grande dame romaine, mécontente de leurs services, leur enfonçait dans la poitrine les aiguilles qu’elle portait aux cheveux, ou les mordait et les égratignait, leur donnait des coups de pied ou des coups de poing. L’onyx , qui a la couleur de la chair, tirait son nom des ongles, qui font venir le sang aux joues. L’empereur i^drien , dans un accès de colère , arracha l’œil avec son stylet à un de ses esclaves favoris. Les soldats romains, dans les batailles qui précédèrent et suivirent l’empire , avaient été lancés , comme des chiens altérés de sang, sur tous les peuples du monde. Et comme il n’y avait point de nation sur la terre qu’ils méprisassent et haïssent autant que les Juifs, on peut se figurer ce que dut être la flagellation de notre divin Maître.

Celui qui devait être flagellé chez les Romains était d’abord mis tout nu , puis déchiré et écorché par quatre soldats, qui le frappaient en même temps sans compter les coups. D’après la loi, le fouet devait être donné par les licteurs. Quoique le gouvernement de la Palestine fût soumis au préfet de Syrie, il est probable néanmoins qu’ayant droit de vie et de mort, il avait aussi ses faisceaux. Cependant la flagellation était souvent administrée par des soldats légionnaires.

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