‹ La vie de N.-S. Jésus-ChristChapitre 35 sur 190 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

La tempête sur le làc. — Le possédé et les porcs des habitants

de Gadara.

« Et il arriva un soir, comme ses disciples avaient « congédié le peuple, qu’il leur dit : Passons de l’autre « côté de Teau. Et ils l’emmenèrent avec eux dans la

« barque où il était ; et il y avait encore d’autres barques « qui le suivirent ; et lorsqu’ils furent partis il s’endormit. « Alors un grand tourbillon s’éleva sur le lac; les flots « frappaient contre la barque , qui fut bientôt pleine d’eau . « Les vagues les inondaient , et ils étaient dans un grand « danger : mais lui était sur la poupe, dormant sur un « coussin. Ses disciples vinrent alors à lui , et le réveil- « lèrent en criant : Seigneur, sauvez -nous, nous allons

LA TEMPÊTE’ SUR LE LAC

Si

« être submergés! Maître, vous importe -l- il donc peu « que nous périssions? Mais Jésus leur dit : Hommes de « peu de foi, pourquoi êtes- vous si timides? Puis il se « leva , et dit au vent : Tais- toi; et à la mer : Calme-toi. « Alors le vent cessa, et il se fit un grand calme. Ils

« furent saisis d’une grande crainte. Il leur dit alors : « Pourquoi êtes -vous si timides? ou est votre foi? Mais « ceux qui étaient dans les autres barques étaient dans la « stupéfaction , et se disaient les uns aux autres : Quel « est-il donc, pour que les vents et la mer obéissent à ses « ordres? )>

« Or ils traversèrent le lac et vinrent sur l’autre rive « dans la contrée des Gadaréens, située en face de la « Galilée. » Ceux-ci avaient en cet endroit des pâturages qui leur étaient communs avec les Géraséniens, leurs

voisins. Gadara était située au nord, sur les limites de la Pérée ou de la seconde Palestine, et sur le bord de la rivière nommée Hiéromar ou Jarmuc , à huit milles romains de Tibériade, et à l’est du lac de Gennésareth. La route de Scythopolis à Damas passait par Gadara. Josèphe raconte, dans son livre de la Guerre des Juifs, que cette ville était habitée par un grand nombre de familles opulentes , qui pouvaient ainsi posséder de nombreux troupeaux. La ville de Magdala, située près de Dalmanutha, appartenait aussi aux Gadaréens. Un peu plus haut, au sud , était Gerasa. Ces deux villes faisaient partie de la décapole, et étaient, d’après Josèphe, peuplées en grande partie de païens. Gadara, fondée dans les temps anciens par les Chananéens ou les Phéniciens, et dont le nom signifie château- fort ^ avait trouvé dernièrement un restaurateur en Pompée, qui, pour faire plaisir à Démétrius de

Gadara, son affranchi , Tavail relevée de ses ruines après qu’elle eut été détruite par les Juifs. Elle était la patrie de plusieurs philosophes connus dans l’histoire, tels que OEnomaüs le cynique, Apsinès, Philodème l’épicurien, Méléagre, Ménippe et Théodore le rhéteur, qui avait été précepteur d’Auguste, l’empereur régnant alors. Cette ville était célèbre encore par ses bains chauds, nommés Chammath. « Trois sources chaudes, nous dit le Talmud « de Babylone , sont restées des eaux du déluge : la source « de Biram, les thermes de Tibériade et le tourbillon de « Gadara. » (Sanhédrin, fol. 108, 1.) Schammath ou Enimaûs était peu éloigné de Magdala et de Gadara. Encore aujourd’hui dix sources chaudes jaillissent près de la ville. Strabon nous raconte (livre xvi) que les animaux, après avoir bu de cette eau, perdaient leurs poils, leurs cornes et leurs griffes, et les porcs leurs soies. C’est pour cela qu’on menait paître les troupeaux un peu plus à l’est. Gerasa était, d’après son étymologie, la Lutèce, ou la ville de boue de la Palestine. Son nom venait de son sol bourbeux et des grasses prairies au milieu desquelles elle était située.

« Comme Jésus descendait de la barque ou il était, un « homme, sortant du milieu des tombeaux, accourut « aussitôt à lui. .11 était depuis longtemps possédé d’un « esprit impur, et ne pouvait ni être lié par des chaînes « ni garder aucun vêtement sur son corps; car souvent « déjà on avait essayé de l’enchaîner, et de le lier; .mais « toujours il avait brisé ses liens et rompu ses chaînes; et « personne ne pouvait s’emparer de lui. Il n’habitait point « sous un toit, mais, poussé par le démon dans la soli- « tude, il se tenait jour et nuit dans les cavernes sépul-

LA TEMPÊTE SUR LE LAC

<( craies et sur la montagne , poussant des cris et se frap- « pant avec des pierres ; et il était si furieux que personne « n’osait passer par ce chemin. Dès qu’il vit Jésus de loin , il courut sur lui, se prosterna à ses pieds en criant à <t haute voix : Jésus, Fils du Très-Haut, nous vous conju- « rons par Dieu ; êtes-vous verni pour nous tourmenter « avant qu’il soit temps? Nous n’avons point affaire à a vous. Jésus lui demanda alors : Comment t’appelles-tu? « Et il obtint pour réponse : Légion est mon nom, car cc nous sommes plusieurs. Cet homme était possédé d’un « grand nombre de démons. Les démons prièrent instam- « ment Jésus de ne pas les chasser du pays, et de ne pas « leur commander de retourner dans l’abîme. Or il y « avait près de là un grand troupeau de porcs qui paissait « sur la montagne. Les esprits le prièrent donc, s’il vou- « lait les bannir, de les laisser passer dans ces porcs. Et « il leur ordonna sur-le-champ , en disant : Esprit impur, « sors de cet homme. Aussitôt les esprits impurs passèrent « de cet homme dans les porcs, et tout le troupeau, com- « posé de près de deux: mille porcs, se précipita furieux « de la monlagne dans la mer, et se noya dans les flots.»

Nous ne devons pas nous étonner de rencontrer si souvent dans la vie de Jésus les esprits de l’enfer. Leur action n’a jamais cessé de se produire jusqu’à nos jours. Au reste, les démons, toutes les fois qu’ils ont eu affaire au Fils de Dieu pendant sa vie mortelle, n’ont fait que manifester contre leur gré la divinité qui habitait en lui; cai*, ne pouvant se retenir en sa présence, ni se cacher, ni défendre leurs droits, ils se sentaient poussés par une force irrésistible à tomber à ses pieds, quoique leur premier mouvement fût de se jeter sur lui, comme nous le voyons

dans celle dernière histoire. 11 est même remarquable que, pendant toute la vie de l’Homme-Dieu sur la terre , depuis qu’il eut triomphé du démon dans le désert, chaque péché qu’il rencontra se produisit devant lui dans sa forme la plus hideuse, avec ses propriétés sataniques, et dans cet état où, parvenu , pour ainsi dire, à son apogée, il devient une véritable possession.

Si Notre-Seigneur permit aux démons d’entrer dans les corps de ces animaux immondes, c’est parce que nulle part la nature animale ne paraît plus dégradée. C’était aussi pour punir les possesseurs de ces troupeaux. Les porcs, en effet, étaient déclarés impurs dans la loi de Moïse, et ils étaient interdits aux Juifs. Au reste, les Égyptiens, les Éthiopiens, les Phéniciens, les Arabes et même, selon quelques-uns, les Indiens partageaient l’horreur des Juifs à l’égard de ces animaux. Les Juifs, cependant, entraînés par l’amour du gain, qui fut toujours leur côté faible, nourrissaient des troupeaux entiers de porcs, qu’ils faisaient garder par des serviteurs païens , et qu’ils vendaient ensuite aux Romains. La chose même alla si loin, que, dans les villes habitées en partie par les païens, ils faisaient sans scnipule la cuisine avec de la viande de porc, qu’ils vendaient par petites portions, et à des prix très-médiocres. C’est cet abus que Notre-Seigneur voulut punir ici. De plus, à cette époque de fausse civilisation, les hérodiens, comme les rabbins l’avouent eux-mêmes, avaient mis en circulation parmi le peuple une multitude de petits livres où l’on annonçait que Dieu allait permettre aux enfants d’Israël de manger et de vendre de la chair de porc. C’est pour cela que le Talmud renouvelle souvent la défense de se nourrir de ces animaux. Quelquefois aussi

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les païens entretenaient des troupeaux de porcs pour se moquer des Juifs ; et ces animosités entre ceux - ci et les premiers furent la cause principale pour laquelle les villes de Gadara et d’Hippo furent quelque temps après détruites par les Juifs des environs. Le fait que nous rapporte ici rÉvangile se passa devant le cimetière des Gadaréens.

a Mais les gardiens du troupeau s’enfuirent, accouru - « rent à la ville , et y racontèrent ^ ainsi que Sans tout le O pays, ce qui venait de se passer. Et voici que toute la « ville sortit à la rencontre de Jésus, pour voir ce qui tt était arrivé. Et lorsqu’ils furent venus ils trouvèrent « l’homme qui avait été tourmenté du démon vêtu, assis a et en son bon sens ; et ceux qui avaient été présents « leur racontèrent ce qui s’était passé avec le possédé et « les porcs , et comment il avait été délivré de la légion « qui le possédait. Alors les Gadaréens et tous les habi- « tants de la contrée entrèrent dans une grande frayeur, « et le prièrent de sortir de leur pays. Et comme il s’em- 0 barquait de nouveau, celui qui avait été délivré du « démoli le pria de lui pennettre de rester avec lui. Jésus fl ne le lui permit pas, et le renvoya en lui disant : Refl tourne chez toi , et annonce aux tiens les grandes choses fl que Dieu a faites en toi , et comment il a eu pitié de fl toi. Cet homme s’en alla donc, et se mit à publier dans « toute la Décapole les grandes choses que Jésus avait « faites en lui ; et tout le monde était dans l’admiration. « Mais Jésus, étant remonté dans la barque, passa de « l’autre côté et vint dans sa ville. »

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