‹ La vie de N.-S. Jésus-ChristChapitre 37 sur 190 · LA FILLE DE JAJRE ET LA FEMME AU FLUX DE SANG · texte numérisé non relu

LA FILLE DE JAJRE ET LA FEMME AU FLUX DE SANG

« avoir avec les médecins^ et qu ils avaient fait souffrir tt beaucoup sans améliorer son sort , mais qui , au con- « traire, était devenue tous les jours plus mal, se glissa « par derrière dans la foule, et toucha le bord de son « manteau. Car, se disait-elle à part soi, si je touche seu- (c lement son manteau , je serai soulagée. Et aussitôt son « indisposition cessa, et elle sentit qu’elle était guérie, a Jésus demanda alors : Qui m’a touché ? Et comme per- « sonne ne voulait avouer qui l’avait fait, Pierre répontt dit , ainsi que ceux qui étaient près de lui : Maître , le « peuple vous presse et vous pousse, et vous demandez « encore qui m’a touché ? Mais lui , se tournant , dit : « Quelqu’un m’a touché, car j’ai senti une vertu s’échaptt per de moi. Et comme ir regardait autour de lui, la « femme, voyant bien qu’elle ne pouvait rester cachée, « vint craintive et tremblante se prosterner devant lui, et « lui découvrit la vérité devant tout le peuple. Mais il lui « dit : Console-toi , ma fille , ta foi t’a sauvée. »

Une tradition très-ancienne dans l’Église raconte que cette femme était une païenne, qu’elle habitait la ville de Césarée de Philippe, et que, comme souvenir de sa guérison miraculeuse , elle avait fait placer devant sa maison un monument qui la représentait à genoux devant le Sauveur, et le remerciant de la faveur qu’elle en avait reçue. Qu’il en soit ainsi, ou que ce monument ait été primitivement élevé à quelque divinité , comme Esculape , par exemple, ce que semblerait indiquer une herbe médicinale que l’on voyait au pied de la statue, toujours est-il que la tradition populaire attribuait l’érection de ce monument à la fenime dont il est parlé ici. Et l’empereur Julien

ü’ouva cette légende assez importante pour se croire obligé,

par ses préjugés anlichrétiens , à le faire enlever et à le remplacer par sa propre statue, qui fut quelque temps après brisée par la foudre. Pour ce qui est de la guérison de ce genre de maladie , nous avons de cëtte époque une douzaine de recettes qui nous donnent une idée de l’ignorance des médecins juifs ou des rabbins de ce temps-là. En voyant toutes les substances dont ils se servaient pour guérir cette maladie , et à quelle forte dose ils les employaient, on comprend sans peine les plaintes de cette pauvre femme, et l’on n’est plus étonné qu’elle ait dépensé inutilement une partie de sa fortune pour se faire

traiter.

a Pendant qu’il parlait encore , il vint des gens du chef « dé la synagogue qui lui dirent : Votre fille vient de « mourir; ne donnez pas au maître la peine d’aller plus « loin... Mais Jésus, ayant entendu cette parole, dit au « père de la jeune fille : Ne f inquiète pas , crois seule- « ment. Étant arrivé à la maison de ce chef de syna- « gogue, il y vit des gens qui faisaient un grand bruit; « des joueurs de flûte et une troupe confuse qui pleurait, « gémissait et jetait de grands cris. » Chez les Juifs, la plus pauvre femme avait encore après sa mort au moins deux joueurs de flûte et une pleureuse. Mais ici le convoi était déjà beaucoup plus considérable. Les morts étaient emportés aussitôt hors de la maison; on voulait éviter par là de multiplier les souillures légales. Jésus dit aloi's ; « Retirez-vous, car la jeune fille n’est pas morte; elle « dort seulement. » Un imposteur aurait dit ; Elle ne doii, pas, elle est réellement morte, afin de donner plus de poids et de consistance à son imposture; mais le vra thaumaturge agit autrement, Là-dessus ils se hioquèrent

Page 1