CHAPITRE III
Des villes que parcourut Notre-Seigneur dans son voyage. —
Tombeaux des prophètes.
De Schilo le chemin conduisait, vei’s l’ouest, à un bourg nommé Geba ou Gebena, à cinq milles plus loin à Ophni, ou, d’après Josèphe, Gophna, le verger, situé à quinze lieues au nord de Jérusalem. Puis la route prenait à gauche , et traversait Bélhel, ville des montagnes^ laissant de côté les villes de Hai , de Bethaven , celle de Gai-
^iüa, OU s'était reposée autrefois Tarche d'alliance, cl enfin, un peu plus à Test encore, celle d'Éphrem. Notre- Seigneur néanmoins, dans ses différents voyages à Jérusalem, visita aussi ces lieux, et entre autres Éphrem, comme nous le verrons plus tard. Bétliel, la maison de hieu , où Jacob vit une échelle s’élevant de la terre au ciel, était située dans une contrée où les montagnes, descendant depuis le sommet jusque dans la vallée, par (les terrasses en forme de degrés, semblaient former déjà comme une échelle céleste. Elle était dans le district (le Benjaïuin , quoiqu’elle fit partie des possessions d’Éphraim, et, à cette époque, de la Samarie, Dans le xiii® siècle on montrait encore là le tombeau de Débora, nourrice de Rébecca : on n’y voit plus aujourd’hui que des mines. Sur le chemin de Béthel à Rama, au milieu des montagnes d’Éphraïm, était le palmier de Débora, sous lequel la prophétesse avait rendu la justice. Au pied de la montagne était située Beera ou Beeroth, aujourd'hui Bir ou Elbir, où avaient logé Joseph et Marie en revenant de Jérusalem, lorsqu’ils perdirent Jésus, âgé de douze ans. Aussi, depuis ce temps, les pèlerins se font un devoir de s’arrêter en ce lieu et d’y loger.
Un mille plus loin, à neuf milles environ de Jérusalem , était le bourg de Michmas, dont on vantait alors les pains, de même que ceux d’Éphraïra et de Zanoa. Il était situé près. du ravin creusé dans le rocher au bas de Jéricho , et que Saûl avait occupé et défendu contre les Philistins. A partir de là, le chemin montait de nouveau, traversant Rama ou Ramathon, nommée encore Ramathaïm-Zophin, ^ située à six milles de Jémsalemsur une montagne boisée, où l’on voyait encore les anciens bâtiments de l’école des
DES VILLES QUE PARCOÜRLT !SOTRE - SE1G?IEIJR . 9
prophètes. C'est là que Sauiuel était né , et qu'il avait été enseveli. Maintenant^ à la place de son tombeau s’élève une mosquée, pendant que le tombeau de Josué s'est conservé jusqu’au temps d’Eusèbe sur la même montagne il Timnathsera. Les pharisiens avaient élevé ici, et en beaucoup d’autres endroits, des tombeaux aux prophètes , et orné avec un soin particulier les monuments des justes que leurs pères avaient fait mourir. Jésus parcourut tous ces lieux , il vit tous ces tombeaux ; et sous l’impression encore de ces souvenirs il comparait les pharisiens à des sépulcres blanchis. Non loin de Rama, à moitié chemin à peu près de cette ville à Jérusalem , on trouvait vers le nord et sur la route la ville de Maspha, célèbre autrefois par le séjour qu’y avait fait Samuel, et plus encore parce qu’elle avait été la ville sainte , la ville de la prière pour le
peuple d'Israël tout entier avant la construction du temple. Puis le chemin conduisait à Gabath Saul ^ près de l’ancienne Gabaa, oü s’était reposée l’arche d’alliance. C’était la patrie de Sàûl; c’était là aussi que Salomon avait demandé la sagesse au Se igneur.
Un peu plus loin on atteignait Anathot , nommée aussi la tour de Jérémie. C’était là qu’était né ce prophète, et il n’y avait plus pour aller à Jérusalem que trois milles de chemin. On arrivait enfin à Zophim ou Sapha, en grec Scopos, c’est-à-dire vue , et de là on apercevait le faîte des édifices de Jérusalem. Un peu plus loin, après avoir traversé le vallon de Savé, on trouvait les tombeaux des rois, et le lieu oü Melcbisédech oft’rit pour Abraham le pain et le vin au Seigneur et oii Absalon s’était fait construire un monument, et l’on était aux portes de la capitale. Ainsi, le Sauveur dans ses voyages parcourait les che-
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rains où avaient marché avant lui les prophètes ses précui'seui's.
CHAPITRK IV
Choix de soixante -dix disciples.
(( Or il arriva que, pendant qu’ils étaient en chemin , « un docteur de la loi approcha, et dit : xVlaître, je veux « vous suivre partout où vous irez. Mais Jésus lui répon- « dit : Les renards ont leurs tanières, et les oiseaux leui*s « nids sous le ciel; le Fils de Thomme seul n’a point où « reposer sa tête. » Nous voyons que le Sauveur trouva, dans ce second voyage, plus de sympathie que dans le premier. Mais les savants, en général, aiment assez leurs aises ; et, de plus, perdus et absorbés dans leurs livres et dans leurs spéculations, ils sont peu propres aux choses de la vie pratique, et sont, en général, des ouvriers peu actifs dans la vigne du Seigneur. Aussi le premier savant qui s’offre à Notre -Seigneur est déclaré incapable et rejeté. « Il dit « à un autre; Suis-moi; mais celui-ci lui répondit : « Maître, permettez-moi d’abord d’aller ensevelir mon « père. Jésus lui répondit : Laisse les morts ensevelir « leurs morts; mais pour toi, va, et annonce le royaume « de Dieu. » Ce que Notre -Seigneur reproche à cet homme, ce n’est pas de vouloir rendre à son père les devoirs qu’impose l’amour filial , mais c’est de vouloir attendre la mort de son père pour se consacrer ensuite à la prédication de l’Évangile. Son père n’était pas mort encore ; autrement le fils n’aurait pu s’éloigner de la maison.
LE PARALYTIQUE A L LTA>G UE BETU8A1DA.
puisque quiconque avait touché seulement un mort, ou s'était approché de lui, était regardé comme impur. Ni le grand prêtre, ni aucun Nazaréen ne pouvait pleurer un mort, ni s’occuper de la sépulture de ses parents ou de ses alliés.
« Un autre lui dit encore ; Maître , je veux vous suivre ; « laissez -moi seulement d’abord prendre congé des « miens. Mais Jésus lui dit : Celui qui met la main à la
« charrue et regarde en arrière n’est pas propre au a royaume de Dieu. » Elisée, le fils de Saphat, choisi par Élie pour prophète au moment où il tenait la charrue , avait pu dire à celui-ci : « Laissez-moi aller baiser mon père « et ma mère et prendre congé d’eux. » Mais après que l’Homme- Dieu était descendu visiblement sur la terre, aucune afiaire temporelle ne pouvait plus retarder l’obligation de le suivre pour ceux qu’il daignait appeler. Que Ton se rappelle ici l’exemple à jamais mémorable de saint François r Xavier, qui, allant aux Indes et ne se trouvant qu’à quelques lieues de sa patrie, où vivait encore sa mère , eut le courage de passer outre sans aller lui donner un dernier baiser. Il est probable que les deux hommes dont il est ici question en firent autant, et qu’ils s’attachèrent aussitôt à Notre-Seigneur pour le suivre. Jésus entra donc à Jérusalem pour y célébrer la fête.