CHAPITRE V
Les pharisiens demandent à Jésus un signe au ciel.
« Dès qu’ils eurent abordé et qu’ils furent descendus de « la barque sur l’autre rive, les habitants de ce lieu le « reconnurent. Ils coururent et envoyèrent dans tous les tt environs, lui apportèrent tous leurs malades, le priant U de leur peraiettre de toucher seulement le bout de son (( vêtement. 11 les guérit et les congédia. » Ils le reconnurent d’une manière confuse encore, il est vrai; mais pourtant ils ne pouvaient s’empêcher de voir en lui le grand prophète qui leur avait été promis. Ils savaient que le temps de sa venue était arrivé, et ils étaient attentifs aux moindres choses qui pouvaient le leur découvrir. La contrée ou il se trouvait alors était celle de Magdala, patrie de Marie, la grande pénitente. A une demi -lieue à peu près de Magdala s’élève une forteresse nommée autrefois
LES PHARISIENS DEMANDENT A JÉSUS UN SIGNE AU CIEL. i31
Mesilloth, et qui s’appelle aujourd’hui Calaat Hamam, ou le Château des Tourterelles. Elle est située tout près des ruines d’Irbid ou de l’ancienne Arbela, la ville de Dieu. Celte ville, imprenable pai’ sa position, richement pourvue à l’intérieur de puits et de citernes, compte une histoire de plus de 26 siècles. Osée, en effet, parle déjà de Beth Arbeel avant que Rome existât. Les Syriens avaient réussi à s’y établir {Machabées, l®** livre, ch. ix, vers. 2), et le roi Hérode avait repris pai' la* ruse le château , qui était devenu une retraite de voleurs. Josèphe en fortifia de nouveau les cavernes dans la guerre des Juifs, et elles jouèrent aussi plus tard un rôle considérable dans les croisades.
En face et au bas de cette ville de Dieu sont situées les sources chaudes de Cbammath et de Magdala. C’est là , d’après une tradition rapportée par le Livre d'Énoch, ch.
et par Celse, que soixante -dix des enfants de Dieu descendirent vers les filles des hommes , et que de leur union naquit la race impie des Titans, qui, à cause de leurs péchés, furent enchaînés sous la terre, de sorte que de leurs larmes brûlantes sortirent les sources chaudes qui coulent en cet endroit. Les populations qui habitaient ces contrées au temps de Notre -Seigneur Jésus -Christ se distinguaient entre toutes les autres par leur impiété et leur libertinage ; et, semblables à ceux qui les avaient précédés du temps de Noé et de Lolh, ils méritaient d’être précipités dans les ténèbres extérieures, ou jetés dans la mer, une meule au cou.
« Les pharisiens vinrent le trouver, et commencèrent w à disputer avec lui. D’accord avec quelques docteurs de tt la loi et quelques sadducéens, ils cherchèrent à le ten-
132 LA VIE DE is.-ÿ. JÉSUS-CHRIST.
ce ter, et lui demandèrent un signe au ciel, en disant : ce Maître , nous voudrions bien voir un signe de vous au ce ciel. » On lit dans le Schabbat, fol. 139, que lés disciples de José , fils de Kisma, lui ayant demandé quand viendrait le fils de David , il répondit : Je crains beaucoup que vous ne me demandiez un signe. Les pharisiens avaient appris par les disciples de Jésus le miracle qu’il venait de faire, et ils avaient été témoins des guérisons remarquables qu’il avait o’pérées. Ils ne pouvaient contester les prodiges qu’il avait faits sur la terre; il leur en fallait d’autres au ciel. Ce qu’il avait fait jusqu’ ici ne leur suffisait pas, il fallait encore que, comme Moïse, il fît tomber le pain du ciel; que, comme Josué, il fit éclater des signes au soleil et dans la lune; que, comme Samuel, il fit gronder le tonnerre et pleuvoir la grêle; et que, comme Élie enfin, il appelât sur la terre la pluie et le feu du ciel. Ce qu’ils cherchaient dans les miracles, ce n’était pas une preuve de la divinité de Jésus-Christ, mais une occasion de disputer avec lui. Ils demandaient ce qui était en apparence impossible; mais, lors même qu’ils l’auraient obtenu, ils u’en auraient pas été plus convaincus pour cela, à cause de leur mauvaise volonté. Et c’est là ce qui arrive encore tous les jours sous nos yeux pour les incrédules : plus on leur donne de preuves, plus, à la manière des Juifs, ils en demandent. Ce n’est pas assez pour les convaincre que nous leur montrions des signes qui ont paru , soit sur la terre , soit au ciel ; ce n’était pas assez pour les pharisiens que l’étoile du Messie eiïl paru dans le firmament, et annoncé le terme de l’attente et des espérances du genre humain. Pour leurs cœurs endurcis, il fallait d’autres signes et d’autres merveilles. Ils vinrent,