‹ La vie de N.-S. Jésus-ChristChapitre 60 sur 190 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Du levain des pharisiens.

« 11 les laissa; et, s’éloignant, il monta de nouveau

« dans une barque, et alla plus loin. Or ses disciples

<( avaient oublié de prendre du pain , et n’avaient plus « qu’un seul pain avec eux dans la barque. Jésus les ayant « avertis en disant: Faites attention, et gardez-vous du <i levain des pharisiens et des sadducéens, et du levain « d’Hérode, c’est-à-dire de leur hypocrisie, ils penc< sèrent, et se dirent les uns aux autres : C’est que nous « n’avons point pris de pain avec nous. Car les pains qu’il a avait multipliés n’avaient pas ouvert leur intelligence ,

(( parce que leur cœur était entièrement aveugle. Mais « Jésus, l’ayant remarqué, leur dit : Hommes de peu « d’intelligence! pourquoi vous inquiétez-vous parce que « vous n’avez point apporté de pain? Comprenez- vous « donc si peu encore? Avez -vous toujours le cœur aussi « aveuglé? Vous avez donc des yeux, et vous ne voyez « point? Vous avez des oreilles , et vous n’entendez point? « Ne vous souvenez -vous donc plus des cinq pains qui « ont nourri cinq mille hommes, ou des sept pains qui « en ont nourri quatre mille? Avez -vous oublié combien « de corbeilles vous avez remplies du reste de ces pains? « Ils répondirent : Douze. Il leur dit aloi*s : Ne voyez- « vous pas encore que je ne pensais point au pain lorsque « je vous ai dit : Gardez-vous du levain des pharisiens « et des sadducéens? Ils commencèrent dès lors à s’aper- K cevoir qu’il ne leur avait pas dit de se garder du levain « du pain , mais de la doctrine des pharisiens et des sad- « ducéens. »

Au soir du quatorze nizan , il ne devait plus y avoir de

levain dans les maisons des Juifs , qui pendant les huit

jours suivants ne mangeaient que du pain non fermenté. Celte époque approchait au moment où Jésus adressait ces paroles à ses disciples; et c’est pour cela que ceux-ci crurent devoir les prendre à la lettre. Ils regrettaient de n’avoir pas pris avec eux quelques-uns des pains qui étaient restés lorsqu’il avait nourri miraculeusement la multitude, parce qu’ils ne venaient point de ce levain impur des pharisiens dont ils croyaient qu’il voulait parler. Leur esprit né pouvait s’élever jusqu’à comprendre le sens élevé, du miracle qu’il avait fait et de l’image dont il se servait en leur parlant, quoique dans l’une des sept

JÉSUS ANNONCE l’iNSTITUTION DE l’ EUCHARISTIE. ^37

paraboles du royaume des cieux il eut comparé la parole de Dieu à un levain, et que les rabbins eux - mêmes employassent souvent ce mot dans un sens figuré pour signifier le levain du mal et des mauvaises passions. Notre- Seigneur ne pouvait d’ailleurs mieux désigner les docteurs d’Israël, puisqu’ils cherchaient précisément à exciter dans le peuple une fermentation sourde contre lui. Hérode luimême , avec ses partisans , avait passé , depuis sa fameuse bataille contre les Arabes, du côté des pharisiens et des sadducéens. C’est pour cela que Notre -Seigneur ajoute : « Gardez-vous du levain d’Hérode » ou des Hérodiens. L’homme ne meurt pas seulement lorsqu’il manque de pain, mais encore lorsqu’il manque d’une doctrine bonne et solide , ou lorsqu’il est exposé à la contagion d’une doctrine mauvaise. Les sept pains avec lesquels Jésus nourrit la multitude représentaient les sept sacrements de l’Église, et particplièrement celui de l’Eucharistie. Nous avons déjà vu que les poissons sont comme les hiéroglyphes de la rédemption.

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