‹ La vie de N.-S. Jésus-ChristChapitre 61 sur 190 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Jésus amiüncc rinslitulion de l’eucharistie.

de ses disciples le quittent.

Plusieui*s

« Cependant le peuple, qui se tenait encore au delà de « la mer, l’attendit jusqu’au lendemain. Car ils s’étaient « aperçus qu’il n’y avait là qu’une seule barque , et que « Jésus n’était point entré dans la barque avec scs disciples, « niais que ses disciples seuls étaient partis. 11 était arrivé

« néanmoins pendant ce temps d’autres barques de Tibé- « riade , près du lieu où ils avaient mangé le pain que le « Seigneur avait béni . Le peuple , voyant que ni Jésus ni ses <( disciples n’étaient plus là, monta aussi en foule dans des « barques, et vint à Capharnaûm pour voir Jésus.» C’étaient des barques à quatre rames , comme il y en avait quatre cents sur le lac de Gennésareth au temps de Josèphe. On peut conclure de là qu’il y avait en ce lieu un grand nombre de bateliers et de pêcheurs. Ce nombre était si grand que la ville de Tarichée, voisine de Tibériade au sud, comme Capharnaûm l’était au nord, osa, dans la guerre des Juifs, défier avec sa flotte l’empereur Vespasien sur le lac de Tibériade. Mais elle ne put résister aux trirèmes à haut bord des Romains, et plus de six mille de ses habitants périrent, soit dans la bataille, soit dans la ville elle-même. La multitude qui attendait Jésus put donc trouver facilement un nombre de barques suffisant pour passer de l’autre côté du lac.

(( L’avant trouvé au delà de la mer, ils lui dirent : Maître, quand avez -vous passé de ce côté? Jésus leur répondit : En vérité , en vérité , je vous le dis : ce n’est point parce que vous avez vu des miracles que vous me cherchez, mais parce que je vous ai donné du pain , et que vous avez été rassasiés. Ne vous inquiétez point de la nourriture qui passe, mais de celle qui dure jusque dans la vie éternelle, et que vous donnera le w Fils de r homme : car c’est Dieu le Père lui -même qui l’a accrédité. Us lui demandèrent alors : Que devons- « nous faire pour opérer les œuvres de Dieu? Jésus leur « répondit : Vous devez croire ; mais c’est l’œuvre de « Dieu que de croire en celui qu’il a envoyé. Ils lui

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(( dirent aloi*s : Quel miracle faites -vous pour qu’en le « voyant nous croyons en vous? Que faites- vous? Nos « pères ont aussi mangé la manne dans le désert, comme (( il est écrit ; Il leur a donné à manger le pain du ciel. « Mais Jésus leur dit : En vérité > en vérité, je vous le « dis : ce n’est pas Moïse qui vous a distribué le pain du « ciel, mais c’est mon Père qui vous a donné le vrai « pain du ciel. Car le pain de Dieu est ce qui descend « du ciel et donne la vie au monde. Ils lui dirent : Maître^ « donnez -nous donc toujours de ce pain. Mais il leur « dit : Je suis le pain de vie. Quiconque vient à moi « n’aura pas faim; et quiconque croit en moi n’aura « plus jamais soif. Mais , je vous l’ai déjà dit , vous m’a- « vez vu, et malgré cela vous ne croyez pas. Tout ce que « mon Père me donne vient à moi , et celui qui vient à « moi , je ne le repousserai pas. Car je suis descendu du « ciel pour faire, non ma volonté, mais la volonté de « Celui qui m’a envoyé. Or la volonté de Celui qui « m’envoie, c’est que je ne perde rien de tout ce qu’il « m’a donné, mais que je le ressuscite au dernier « jour.

« Les Juifs murmurèrent de ce qu’il avait dit : Je suis « le pain vivant qui est venu du ciel. Et ils disaient : « N’est-ce pas là Jésus, le fils de Joseph, dont nous con- « naissons le père et la mère? Comment dit- il donc : Je « suis venu du ciel? Mais Jésus, répondant, leur dit : Ne «t niumiurez pas entre vous : personne ne peut venir à « moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire; et je le « ressusciterai au dernier jour. 11 est donc écrit dans les « prophètes : Tous seront enseignés par Dieu. Celui donc « qui entend parler du Père vient à moi; non que quel-

« qu’un ait vu le Père, si ce n’est Celui qui vient de

« Dieu; Celui-là seulement a vu le Père. En vérité, en « vérité, je vous le dis : qui croit en moi a la vie éter- (( nelle. Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la « manne dans le désert, et ils sont morts. Mais voici le « pain qui est descendu du ciel , afin qu’aucun de ceux (( qui en mangent ne meure. Je suis le pain vivant qui est « descendu du ciel. Quiconque mange de ce pain vivra « dans l’éternité. Et le pain que je donnerai est ma chair « pour la vie du monde. »

Ce discours de notre divin Sauveur est comme le complément de l’entretien qu’il eut avec la Samaritaine. Là il était question d’une eau vivante; ici il est question d’un pain vivant. Mais les Samaritains, mieux disposés que les Juifs, furent inclinés à croire, tandis que ceux-ci restèrent opiniâtres dans leur incrédulité. Ils croyaient faire à Notre-Seigneur un grand honneur que de croire en lui. C’est pour cela qu’il leur dit que la grâce de la foi et des bonnes œuvres vient d’en haut. Il exprime clairement dans ces paroles sa divinité, qui est descendue sur la terre pour enseigner les hommes. Mais ce n’est pas seulement le pain de la doctrine qu’il leur présente. Les Juifs avaient déjà plus d’une fois entendu leurs docteurs se servir de cette image. Il leur offre encore le pain de la vie ; et ce pain, c’était lui -même. U leur promet la jouissance de son corps et de son sang, dont la Pâque légale n’était que la figure. Et quoique cette expression eût scandalisé les Juifs, il ne voulut ni la rétracter, ni en adoucir la force, pas meme pour empêcher les siens de se séparer de lui. Il en a été ainsi à peu près de toutes les hérésies. Pour elles, le christianisme n’est ordinairement qu’une doc-

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Irine , et non un fait ou quelque chose de vivant. L'on vit bien alors l’esprit qui animait la plupart des contemporains de Jésus-Christ. Ils couraient volontiers après lui à cause de ses miracles. Mais dès qu’il fallait croire à sa mission divine, ils demandaient un miracle particulier, un miracle tel qu’il n’y en avait point eu encore au monde. De cette manière, il n’y avait aucun moyen de les amener au but; car la discussion toute seule ne conduit jamais à la foi , ni à l’accomplissement des œuvres de Dieu. C’était là cet endurcissement du cœur sur lequel Jésus appela la colère du ciel.

« Les Juifs disputaient entre eux , et disaient : Com- « ment peut -il nous donner sa chair à manger? Mais « Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis : si « vous ne mangez la chair du Fils de l’homme , et ne « buvez son sang, vous n’avez pas en vous la vie. Qui « mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et .< je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est « vraiment un aliment, et mon sang est vraiment un « breuvage. Qui mange ma chair et boit mon sang de- « meure en moi, et moi en lui. Comme le Père de la vie « m’a envoyé , et comme je vis par le Père , ainsi celui « qui me mange vivra par moi. Voici le pain qui est desa cendu du ciel. Ce n’est pas comme la manne qu’ont (c mangée vos pères , qui sont morts ensuite ; car quiconque « mange ce pain vivra dans l’éternité. »

Nous nous assimilons la nature , tant que nous sommes plus forts qu’elle, en introduisant ses produits dans notre corps. Mais dès qu’elle devient plus puissante que nous, c’est nous qui sommes assimilés par elle , et c’est en cela que consiste la mort. Ici c’est une nourriture céleste qui

nous est on’ertc; et comme la grâce est au-dessus de la nature, l’aliment céleste est plus puissant que la nourriture de la terre. La vie terrestre cède à la vie céleste. Mais c’est en mourant à ce monde d’ici-bas que l’homme naît pour le royaume du ciel, et c’est pour opérer ce procédé merveilleux que Jésus -Christ est descendu sur la terre et s’est oflert à nous comme aliment. Or, de môme qu’il a pris la nature humaine comme support de la nature divine; de môme qu’il a pris la parole humaine comme support du Verhe divin , ainsi a-t-il fait du pain matériel comme le support de la vie divine. Le Sauveur avait rassasié miraculeusement la multitude; mais ce n’était pas là le hut de sa vie sur la terre. « Celui qui remporte la U victoire, » dit le Fils de l’homme dans V Apocalypse ,

(( je lui donnerai à manger de la manne cachée. » Qu’est- ce que cette manne cachée? La manne était cachée dans l’arche d’alliance entre les chérubins dans le saint des saints. 11 n’y avait plus, il est vrai, ni l’arche d’alliance, ni la manne dans le second temple. Mais l’on racontait que , dans les derniers temps du temple de Salomon , le roi Josias , aux jours du danger, avait caché sous la montagne du temple le tabernacle avec les objets sacrés qu’il contenait, et que plus tard Jérémie les avait cachés de nouveau avec les autres vases sacrés en un lieu inconnu et inaccessible à tous sur le mont Nebo. On croyait cependant que Dieu, aux jours du Messie, rendrait à son peuple l’arche d’alliance avec la manne, la verge d’Aaron, les tables de la loi et l’huile sainte; et que la majesté divine reparaîtrait sur son trône depuis longtemps abandonné , et habiterait parmi les hommes dans le tabernacle. Ce temps était arrivé ; mais les hommes , au lieu d’ac-

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cueillir la bonne nouvelle , v trouvaient une occasion de scandale. C’est pour cela qu’il est dit : « Celui qui remporte « la victoire, je lui donnerai à manger de la manne « cachée. »

Jésus dit ces choses pendant qu’il enseignait dans la synagogue. Le peuple alors se retira de lui , mais ses disciples continuèrent la discussion. « Plusieurs de ses disci- « pies , entendant cela , dirent : C’est là une parole bien tt dure ; qui peut l’entendre? » Cette formule était trèsfamilière aux rabbins, et se retrouve mille fois dans le Talinud et le Sohar. «Mais Jésus, remarquant que ses « disciples murmuraient, leur dit : Ceci vous scanda- « lise-t-il? Que sera -ce donc lorsque vous verrez le Fils « de l’homme monter là où il était auparavant? C’est <1 l’esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles « que je vous ai dites sont esprit et vie. Mais il y en a « parmi vous qui ne croient point. Car Jésus savait, dès rt le commencement, ceux qui ne croiraient point et U celui qui le trahirait. C’est pour cela, continua-t-il, « que je vous ai dit : Personne ne peut venir à moi , s’il « ne lui est donné de la part de mon Père. A partir de ce « moment, beaucoup de ses disciples se retirèrent et a n’allèrent plus avec lui. Jésus dit donc aux douze : « Voulez -vous aussi vous en aller? Alors Simon-Pierre « lui répondit : Maître, à qui irions-nous? Vous avez les « paroles de la vie éternelle. Nous avons cru et reconnu « que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. Jésus « lui répondit : Ne vous ai-je pas choisis tous les douze? « Et cependant l’un de vous est un démon. Il voulait « parler de Judas- Iscariot, car c’est celui qui le trahit a plus tard , quoiqu’il fut l’un des douze. »

Si Jésus revint dans la Galilée si peu de temps après sa fuite dans la terre de Philippe, c’est qu’Hérode était parti pour Jérusalem, afin d’assister à la fête. Les caravanes qui avaient suivi le Seigneur pouvaient encore arriver à temps dans une couple de jours. C’est quelques jours avant la fête de la Pâque qu’il multiplia les pains dans le désert. La Pâque tombait cette année le 28 mars. C’est donc à peu près vei*s le 25 mars que ce miracle dut avoir lieu.

Il est remarquable que Notre- Seigueur glorifia toujours par quelque miracle important le jour anniversaire de son incarnation, le 25 mars. C’est en ce jour qu’il avait', l’année précédente, envoyé à Pierre le poisson qui portait : dans sa bouche la pièce d’argent dont il avait besoin. Et c’est en ce même jour qu’après avoir rassasié cinq mille hommes avec cinq pains et quelques poissons il annonça le mystère de rEucharistie, où il s’incarne pour ainsi dire de nouveau dans chacun de nous. Notre- Seigneur avait donc profité de l’éloignement de son persécuteur pour revenir en Galilée. Mais Philippe ne lui laissa bientôt plus à lui ni â ses disciples aucun lieu de refuge; car c’est h cette époque que ce prince épousa Salomé, la fille d’Hérodiade. Cette femme, devait renouer entre les deux frères les liens d’amitié qui s’étaient relâchés, depuis la malheureuse bataille que les transfuges de la Décapole avaient fait perdre en passant du côté des Arabes. Ainsi les choses en étaient venues au point qu’il ne restait plus au Sauveur, humainement parlant, d’autre alternative que de mourir de la main des Juifs, ou de s’enfuir chez les païens. Et nous verrons plus tard qu’il rejeta ce dernier parti quelques jours encore avant sa mort.

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