‹ La vie de N.-S. Jésus-ChristChapitre 81 sur 190 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Le Christ Verbe de Dieu et Dieu de toute éternité.

« Une autre fois, Jésus leur dit: Je m’en vais; vous me « chercherez, et vous mourrez dans vos péchés. Vous ne « pouvez venir où je vais. Les Juifs disaient : Est -ce qu’il « veut se tuer? Que veut -il dire par ces paroles : Vous ne c( pouvez venir où je vais? Il leur dit : Vous êtes d’en bas, « mais moi je suis d’en haut ; vous êtes de ce monde, mais « moi je ne suis pas de ce monde. Je vous ai déjà dit que (( vous mourrez dans vos péchés; car si vous ne me croyez « pas ce que je suis , vous périrez dans vos péchés. Qui « êtes- vous donc, lui dirent- ils? Jésus leur répondit : Je « suis ce que je vous ai dit dès le commencement. J’ai a beaucoup à dire de vous , et à condamner en vous ; mais a Celui qui m’a envoyé est véridique, et ce que j’ai cnit tendu de lui je le dis devant le monde. Mais ils ne comte prenaient pas qu’il appelait Dieu son Père. Jésus leur « dit donc : Quand vous aurez élevé en l’air le Fils de tt l’homme, vous reconnaîtrez alors qui je suis, et que je <t ne fais rien de moi-même, mais que je parle comme tt le Père m’a enseigné. Celui qui m’a envoyé est avec tt moi : le Père ne me laisse pas seul, car je fais toujourç tt ce. qui lui plaît. Pendant qu’il disait ces choses, beau-» tt coup crurent en lui. Jésus dit donc aux Juifs qui croyaient tt en lui : Si vous restez attachés à nies paroles , vous êtes (t mes vrais disciples; vous connaîtrez la vérité, et la véa rite vous délivrera. Ils lui répondirent : Nous sommes) tt les descendants d’ Abraham, et n’avons jamais été tt les esclaves de personne. Comment dites- vous donc ;

« Vous serez libres? Jésus leur répondit: En vérité, en « vérité, je vous le dis : Quiconque pèche est esclave du tt péché; l’esclave ne reste pas toujours à la maison, mais (( le Fils y demeure éternellement; si donc le Fils vous (( délivre, alors vous serez vraiment libres. »

Si Notre-Seigneur parle ainsi aux Juifs d’esclavage et de liberté, c’est que l’occasion, lui en était fournie par la fete de la dédicace du temple, que l’on allait bientôt célébrer, et qui rappelait aux Juifs leur délivrance du joug des Syriens. Il continua en ces termes : a Je sais bien que vous « êtes descendants d’ Abraham ; cependant vous cherchez « à me faire mourir, parce que ma parole ne prend point (( en vous. Je dis ce que j’ai vu chez mon Père, et vous , « vous faites ce que vous avez vu chez le vôtre. Ils lui ré- (( pondirent : Abraham est notre père. Si vous étiez les « enfants d’ Abraham, leur répliqua Jésus, vous feriez <( aussi les œuvres d’ Abraham. Mais vous cherchez main- <( tenant à me faire mourir, moi qui vous ai dit la vérité c( que j’ai apprise de Dieu. Abraham n’a pas fait ainsi. « Vous imitez les œuvres de votre père. » Le peuple juif croyail, et les docteurs de la loi eux -mêmes, dans leur science cabalistique, enseignaient que Déliai s’éfait approché d’Ève dans une union monstrueuse et adultère, et qu’elle avait eue de lui Caïn, de qui descendaient tous les partisans du démon, les Samaritains, les Gentils, etc. ; tandis que les Juifs se considéraient comme les seuls vrais descendants d’Adam, de Seth et d’ Abraham. C’est dans ce sens que, jusque dans leurs derniers écrits, ils nomment encore Jésus race de Caïn, ou fils de Satan, et que saint Luc, au contraire, appelle Adam fils de Dieu.

« Ils lui dirent donc : Nous ne sommes pas nés d’une

LE CHRIST VERBE DE DIEU

« manière illégitime, mais nous avons un père, qui est

« Dieu. Jésus leur répondit : Si Dieu était votre Père, vous

« m’aimeriez, car je suis sorti et venu de Dieu. Je ne suis

« pas venu de moi-même, mais c’est lui qui m’a envoyé.

« Pourquoi ne connaissez -vous pas mon langage, si ce

« n’est parce que vous êtes endurcis contre ma parole?

« Vous êtes du diable; c’est lui qui est votre père, et vous

« voulez agir d’après le bon plaisir de votre père. Celui-ci

« a été dès le commencement un meurtier, et il n’est pas

« resté dans la vérité, car il n’y a aucune vérité en lui.

« Quand il dit des mensonges, il parle de son propre fonds,

« car c’est un menteur; c’est même le père du mensonge,

« et vous croyez à lui ! Mais moi, lorsque je vous dis la

c< vérité, vous ne me croyez pas. Et cependant qui de vous

« peut me convaincre de péché? Si donc je vous dis la

« vérité, pourquoi ne me croyez -vous pas? Quiconque

« est de Dieu écoute les paroles de Dieu ; vous ne les

c< écoutez pas, parce que vous n’êtes pas de Dieu. »

Dans le langage des Orientaux , tout rapport spirituel , toute relation de cause à effet s’appelle par figure génération. Celui qui suit la doctrine ou les inspirations d’un autre le fait par là même son père , et devient son fils.

C’est ainsi qu’on nous parle des enfants des prophètes , et des fils, c’est-à-dire des disciples des pharisiens. Depuis la chute de Lucifer, il y a donc une double filiation : c’est pour cela -que déjà le livre de la Genèse nous parle des fils de Dieu ou des enfants du royaume, et des fils des hommes, c’est-à-dire des enfants de Satan, comme parle ici même le Sauveur. Or le Christ, Fils de Dieu, a réconcilié à son Père tous les hommes et la nature elle-même, que le péché avait séparés de lui;

et il nous a rétablis enfants de Dieu comme à rorigine.

« Cependant les Juifs lui répondirent : N’avons -nous « pas raison de dire que vous êtes un Samaritain et pos- « sédé du démon? Jésus leur répondit : Je ne suis pas « possédé du démon, mais j’honore mon Père; et vous,

(( vous m’outragez. Je ne cherche pourtant pas ma gloire; a il y en a un qui la cherche et qui juge. En vérité, en « vérité, je vous le dis : Si quelqu’un garde ma parole,

« il ne verra jamais la mort. Les Juifs lui dirent alors :

« Nous savons maintenant que vous êtes possédé du (( démon. Abraham est mort, les prophètes sont morts;

« et vous dites : Celui qui garde ma parole ne goûtera « jamais la mort. Êtes -vous plus que notre père Abra- « ham, qui est mort pourtant? plus que les prophètes, « qui sont morts aussi? Qui prétendez- vous donc être? (( Jésus répondit: Si je me glorifiais moi -même, ma <( gloire serait vaine. Mais c'est mon Père qui me glorifie, « celui que vous dites être votre Dieu. Tout m’a été donné « par mon Père , et personne autre que le Père ne connaît « le Fils ; pei’sonne aussi ne connaît le Père , excepté le (( Fils et celui auquel le Fils le révélera. Qui croit au Fils « a la vie éternelle et le témoignage de Dieu en soi. Mais (( quiconque ne croit pas au Fils ne verra pas la vie , et la (( colère de Dieu demeure sur lui. Il fait de Dieu un men- « teur, en ne croyant pas au témoignage qu’il a donné de « son Fils. Vous ne le connaissez .pas; mais moi je le « connais : et si je disais que je ne le connais pas , je « serais un menteur comme vous. Mais je le connais , et « je garde sa parole. Abraham, votre père, se réjouissait « de voir mon jour; il l’a vu, et s’est réjoui. Les Juifs lui « dirent : Quoi î vous n’avez pas encore cinquante ans ,

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c( et vous prétendez avoir vu Abraham? Jésus leur réu pondit : En vénté, en vérité, je vous le dis : Avant « qu’ Abraham fût, je suis, w Ce passage a donné lieu dans les premiers temps du christianisme à quelques interprélations singulières. Clément d’Alexandrie en concluait que Notre -Seigneur avait dû être de forme et de figure peu agréables , puisqu’à l’âge de trente ans on le comparait déjà à un homme de cinquante. Saint Irénée en concluait de son côté que Jésus- Christ a vécu cinquante ans, et qu’il était entre sa quarantième et sa cinquantième année lorsque les Juifs lui parlaient ainsi. Cinquante ans étaient l’âge d’un homme parfait. Lorsqu’un homme mourait avant cinquante ans, les Juifs croyaient qu’il devait s’être abrégé la vie de quelque manière. Le Talmud demande quarante ans à celui qui prétend enseigner les autres. Les Juifs voulaient donc dire à Notre -Seigneur : Vous n’avez pas encore atteint l’âge d’un homme parfait, et vous voulez nous persuader que vous avez vu Abraham? Jésus ne dit pas : « J’étais « avant qu’ Abraham fût; mais je suis. » C’est que, pour Dieu , il n’y a ni passé ni futur ; son nom est r je suis celui QUI SUIS. « Ils prirent des pierres et voulaient le lapider. U Mais Jésus échappa à leurs regards, et, passant au « milieu d’eux, sortit du temple. » Comment les Juifs purent -ils trouver des pierres dans le temple? Le temple, . à celte époque, ri’était pas encore achevé , et il y avait des pierres entassées dans les cours. Nous trouvons encore dans l’Évangile d’autres passages qui indiquent que , pendant toute la vie de Jésus-Christ, on travailla à la construction du temple, comme, par exemple, lorsqu’on y lit ces paroles : tt On a déjà travaillé à ce temple quarante-six ans. v

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