‹ La vie de N.-S. Jésus-ChristChapitre 95 sur 190 · CHAPITRE XXVHI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVHI

Le Jeune homme riche.

K Pendant que Jésus marchait sur la grande route , un tt homme riche accourut, se prosterna devant lui, » c’està-dire embrassa ses genoux comme on le faisait pour honorer les principaux d’entre les rabbins, « et lui fit cette tt question : Bon maître, que dois-je faire pour obtenir la tt vie éternelle? » Les Juifs, quand ils parlaient à Jésus ou à leurs docteurs, ne les appelaient jamais par leur nom, mais seulement par celui de seigneur ou de maître. (( Jésus lui dit ; Pourquoi m’appelles-tu bon? 11 n’y a que « Dieu qui soit bon. Veux -lu entrer dans la vie, garde « les commandements. Quels commandements? lui de- « manda celui-ci. Jésus lui répondit : Tu sais les comman- « dements, à savoir : Tu ne commettras point d’adultère ; tt Tu ne tueras point ; Tu ne voleras point; Tu ne porteras a point faux témoignage ; Tu ne tromperas point : Tu hono-

reras ton père et ta mère ; et Tu aimeras ton prochain tt comme toi-meme. Le jeune homme lui répondit : tt Maître , j’ai observé tout cela dès ma jeunesse ; que me « manque-t-il encore?» La-bonne volonté de ce jeune homme et son zèle pour son propre salut doivent d’autant plus nous étonner et nous toucher que le peuple au milieu duquel il vivait avait une bien faible idée de la perfection morale, et, négligeant les choses essentielles, semblait n’attacher d’importance qu’à des pratiques extérieures et minutieuses. « Jésus, entendant ceci, le regarda, se prit « d’affection pour lui', et lui dit: Une seule chose te « manque encore. Veux -tu devenir parfait, va, vends « tout ce que tu as et donne -le aux pauvres; tu auras « ainsi un trésor dans le ciel; puis viens, et suis-moi. Le « jeune homme, entendant ces paroles, fut consterné et « s’en alla triste; car il était riche, et possédait de grands « biens. Mais Jésus, voyant son étonnement, regarda <( autour de lui, et dit ; Comment ! tu aimes ton prochain « comme toi-même, et voilà que beaucoup d’enfants d’A- « braham , tes frères , sont sur le fumier et meurent de « faim pendant que ta maison est pleine de richesses , et « qu’il n’en sort rien pour eux? Puis il se tourna vers « Simon Barjona, et dit à ses disciples : Combien pour- « tant il est difficile à ceux qui ont beaucoup d’argent « d’entrer dans lerovaumede Dieu. î » C’est dans l’évangile apocryphe des Hébreux que nous trouvons rapportées en entier les paroles que Notre-Seigneur prononça en celle occasion. Il est probable que l’auteur les a puisées à une source authentique. •

« Ses disciples s’étonnèrent de ces paroles. Mais Jésus « recommença, et leur dit : Mes petits enfants, qu’il est

LE JEUNE HOMME RICHE

i( donc difficile que ceux qui ont beaucoup d’argent entrent « dans le royaume de Dieu ! Oui, je vous le dis encore une tt fois : il est plus facile à un chameau de passer par le « chas d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le « royaume du ciel. » Le dieu de l’argent, Plulus^ était en même temps pour les anciens, Pluton, l’esprit des ténèbres. Faire passer un éléphant par le trou d’une aiguille était, chez les Juifs, une expression proverbiale, pour exprimer une chose impossible. Mais celte image devait d’ailleurs se présenter d’autant plus facilement ici , que Jésus et ses disciples se trouvaient sur la grande route, que prenaient les caravanes pour aller en Arabie, et que traversaient continuellement des chameaux chargés de marchandises. Les disciples cependant étaient presque scandalisés de celte assertion de leur maître , répétée par trois fois, qu’il n’y a point de salut pour les riches. Us ne comprenaient pas que, dans le langage de l’Ancien comme du Nouveau Testament, riche et impie signifient la même chose , comme on peut le voir au Psaume lu , au chapitre LUI d’Isaïe, v. 9; au chapitre vi d’Amos, v. I ; au chapitre vi de saint Luc, v. 24 ; au chapitre vi de la première Épître à Timothée, v. i7; au chapitre i de saint Jacques, v. i 0. Le Christ avait pourtant déjà crié malheur sur les riches dans le sermon de la montagne. Ils ne comprenaient pas que le Sauveur avait voulu dire qu’un chameau entrerait plus facilement avec sa charge par le chas d’une aiguille qu’un riche avec ses richesses par la porte du ciel, lorsque ses richesses sont pour lui une occasion de scandale. Bienheureux celui qui jeûne, afin de pouvoir nourrir un pauvre, c’est-à-dire celui qui renonce à son superflu , et se borne au strict nécessaire. Celte

sentence de Notre -Seigneur nous est venue par une tradition apostolique, et nous a été conservée par Origène dans ses sermons latins sur le troisième livre de Moïse ; et elle est bien propre à ébranler la conscience des riches et des grands du siècle, qui consument dans de folles dépenses le fruit des sueurs du pauvre et de l’artisan. Les paroles de Notre -Seigneur renferment encore un autre sens plus large et plus profond , qui nous est indiqué aussi par la tradition. Nous lisons^ en effets dans les livres des rabbins: «Ouvrez -moi, dit Dieu le Sei- « gneur, ouvez-moi la porte du repentir pas plus large « seulement que le trou d’une aiguille, et je vous ouvrirai « les portes de la miséricorde si larges que vous pourrez « y entrer sur un char attelé de quatre chevaux. » (Midrasch schir haschinm, in c. v cantic.) Mais les siens ne l’ont point reçu, et les enfants des hommes n’ont point fait pénitence ; c’est pour cela que la porte du ciel est devenue étroite comme le chas d’une aiguille.

« Ses disciples s’étonnèrent encore davantage lorsqu’ils « entendirent ceci , et ils dirent : Qui peut donc encore « être sauvé? Mais Jésus, les regardant, répondit : Pour « les hommes, c’est impossible, mais tout est possible « pour Dieu. Efforcez-vous donc d’entrer par la porte « étroite : car étroite est la porte qui va au ciel , mais « large est la porte qui mène à l’abîme. Et je vous le dis : « beaucoup essaieront d’entrer, et ne le pourront pas. « Personne ne peut donc être mon disciple s’il ne renonce « à tout ce qu’il possède. » Puis il continua : « Si ton œil « droit te scandalise, arrache -le et jette-le loin de toi; « car il vaut mieux pour toi entrer dans la vie avec un « seul œil que d’avoir deux yeux et de tomber dans l’en^

LE JEUNE HOMME RICHE

« fer, dans le feu inextinguible, oii leur ver ne meurt « point, oîi leur feu ne s’éteint point. Et si ta main droite « te scandalise, coupe -la, et jette -la loin de toi; car il « vaut mieux pour toi perdre un de tes membres et en- « trer estropié dans la vie éternelle que d’avoir les deux « mains pour être jeté dans le feu éternel, où leur ver ne « meurt point, où leur feu ne s^éteint point. De même, « si ton pied droit te scandalise, coupe -le et le jette ; car « il vaut mieux pour toi entrer dans la vie éternelle boi- « teux ou estropié que d’être jeté avec tout ton corps dans « l’enfer, où leur ver ne meurt point, où leur feu ne « s’éteint point ; car chacun doit être salé avec le feu , « de même que chaque victime doit être salée avec le « feu. »

Parmi les commandements que le Sauveur rappelle au jeune homme riche, il cite en premier lieu : Tu ne commettras point d’adultère. C’est qu’il venait de répondre aux pharisiens qui l’avaient interrogé sur le divorce et l’adultère. 11 est remarquable aussi qu’il appelle pour la première fois ses disciples mes petits eiifants. C’est qu’il venait encore de caresser les petits enfants qu’on lui avait amenés, et de déclarer que c’était pour eux que le royaume du ciel était ouvert. C’est ainsi que tout s’accorde et se suit dans le récit évangélique. Comment peut -on ne voir là qu’un mythe?

« Pierre, interrompant Jésus, se mita lui dire : Voici « que nous avons tout quitté pour vous suivre; quelle « sera notre récompense? Jésus lui répondit : En vérité, « je vous le dis : lors de la rénovation des choses, quand « le Fils de l’homme sera assis sur le trône de sa gloire, « vous serez assissur douze trônes, et vous jugerez les douze

« tribus d’Israël. Car quiconque est persécuté et quitte, à « cause de moi ou de mon nom , à cause de l’Évangile ou « du royaume de Dieu, sa maison, ses frères ou ses sœurs, « son père ou sa mère, sa femme et ses enfants, ou ses « champs, recevra maintenant, en ce temps même, cent ((^ fois autant, maisons, frères, sœurs, mères et fils, et « dans le siècle futur la vie éternelle : car des premiers , « beaucoup seront les derniers, et des derniers beaucoup « les premiers. Quiconque, au contraire, aime plus que (( moi son père ou sa mère n’est pas digne de moi ; et qui- « conque aime plus que moi son fils ou ses sœurs n’est « pas digne de moi. Et quiconque ne prend pas sur soi a sa croix pour me suivre n’est pas digne de moi, et ne « peut être mon disciple. Celui qui me confesse devant les « hommes, je le confesserai aussi devant mon Père au (( ciel. Mais celui qui me renie devant les hommes, je le « renierai aussi devant mon Père au ciel. Et celui qui rou- (( git de moi et de mes paroles devant cette race adultère « et corrompue, le Fils de l’homme rougira aussi de lui « lorsqu’il viendra dans sa gloire ‘et dans la gloire de son a Père avec les saints anges. »

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