‹ La vie de N.-S. Jésus-ChristChapitre 97 sur 190 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

llésurrection de Lazare. Cérémonies des fimérailles chez l<*s Juifs.

« Un certain Lazare, de Béthanie, village où demeu- « raient Marie et Marthe, sa sœur, était malade. Ses

RESURRECTION DE LAZARE

« sœurs envoyèrent donc à Jésus, et lui firent dire : Sei- « gneur , celui que vous aimez est malade. » Depuis son dernier voyage à Jérusalem pour la fête de Pâques, Notre- Seigneur avait toujours logé dans la maison de Lazare et de ses sœurs; et il paraît que, pendant son dernier séjour, il y avait souvent trouvé le soir un refuge. <( A cette nouvelle il « dit à ses disciples : Cette maladie n’est pas pour la mort, a mais pour la gloire de Dieu , afin que le Fils de Dieu « soit glorifié par là. Quoique Jésus aimât Marthe et sa a sœur Marie et Lazare, il resta néanmoins deux jours « encore dans le lieu où il se trouvait après avoir appris « la maladie de celui-ci. De même que tout le reste,

ce que rapporte ici l’Évangéliste a un fondement, et trouve

sa justification dans l’histoire. En effet, c’était un usage en Israël, comme nous le lisons dans le Talmud {Hieros. Pea, cap. 3 , fol. xvii, 3), que les amis ou les parents plus éloignés ne vinssent visiter leurs parents malades qu’après trois jours, lorsque la maladie n’était pas jugée dangereuse. « Puis il dit à ses disciples : Allons maintenant en a Judée. » Car ils étaient dans la terre de Pérée ou dans la Palestine, au delà du Jourdain. « Ils lui répondirent : « Comment, en Judée? » Telle est la version que donne Ammonius d’Alexandrie dans son Harmonie des Évangiles, d’après des manuscrits authentiques qu’il avait à sa disposition. Ammonius écrivait à peu près cent ans après la mort de saint Jean. « Maître, les Juifs voulaient tout der- « nièrement vous lapider, et vous voulez y retourner? « Mais Jésus dit : Le jour n’a-t-il pas douze heures? Celui « qui marche pendant le jour ne se heurte pas; car il « voit la lumière du monde; mais celui qui marche dans « la nuit se heurte , parce que la lumière n’est point en

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« lui. » C’est comme s’il voulait dire : De même que personne ne peut rien ajouter ni retrancher aux heures du jour , ainsi personne ne peut abréger la durée de ma carrière publique, qui doit être de douze heures, c’est-à-dire un demi-jour, ou une demi-semaine d’années. Pour vous qui marchez avec moi, la lumière du monde, soyez sans inquiétude. Voir le jour du Messie s’appelait , chez les Juifs, voir la lumière du monde.

tf Après qu’il eut dit cela, il ajouta: Lazare, notre

« ami , dort; mais je vais pour l’éveiller. Ses disciples lui

« dirent : Maître, s’il dort, il est donc mieux? Mais Jésus

« avait dit cela de sa mort, tandis qu’ils croyaient qu’il

« parlait d’un sommeil ordinaire. Jésus leur dit donc

« ouvertement : Lazare est mort ; et je me réjouis à cause c( de vous, de n’avoir pas été là, afin que vous croyiez : « allons donc vers lui. Thomas, surnommé Dydime, dit M alors : Allons aussi, pour mourir avec lui. Lorsque « Jésus arriva, il trouva qu’il était déjà depuis quatre « jours dans le tombeau. » Lazare était mort pendant que les messagers étaient venus annoncer à Jésus sa maladie ; (3t Notre -Seigneur, après être resté deux jours, avait encore plus d’un jour de voyage pour aller le trouver. (( Or Béthanie était près de Jérusalem , seulement à quinze « stades environ de cette ville. » L’évangéliste se sert du passé : « Béthanie était. » C’est qu’en etîet cette ville fut détruite dans une émeute , vingt ans à peu près avant que saint Jean écrivît son Évangile et avant la ruine totale de la Judée. « 11 était donc venu beaucoup de Juifs chez « Marthe et Marie pour les consoler de la mort de leur « frère. »

Voici quelles étaient les cérémonies des funérailles chez

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le peuple juif. Celui qui devait ensevelir un mort ne pouvait, avant la sépulture, ni manger de chair, ni boire de vin, ni prendre quoi que ce fût, seul ou avec d’autres, dans la maison où était le cadavre. 11 restait ainsi complètement à jeun tout le premier jour; mais il était aussi pendant tout ce temps dispensé des prières que les Juifs devaient réciter chaque jour. Dès que le corps était porté hors de la maison pour être enterré , ce qui arrivait ordinairement trois heures après la mort, on enlevait tous les sièges et les lits , car pendant sept jours on s’asseyait par terre. On louait des joueurs de flûte et des pleureuses qui accompagnaient le corps en poussant des cris et des lamentations. Puis venaient la famille, les voisins, les amis et les connaissances. Les femmes marchaient les premières, parce que, disaient les rabbins, c’était par elles que le péché était entré dans le monde. Le Sohar conseille même aux hommes de détourner d’elles la vue et de s’en aller sans les regarder, parce que l’ange de la mort se tient caché derrière elles. Lorsqu’on était rendu au cimetière ou à la maison de l’éternité, comme l’appelaient les Juifs, on chantait le Psaume xc; puis on faisait sept fois le tour du corps : et après qu’on avait descendu le cercueil dans le tombeau on roulait dessus une pierre. Le deuil s’arrêtait sept fois en allant au cimetière et en en revenant; et à chaque fois on adressait à la famille des paroles de consolation comme celles-ci : « Asseyez-vous, très -chers, asseyez-vous; relevez -vous, chères âmes, relevez - vous. » Les pleureuses, de leur côté, disaient aux assistants : « Venez à moi , vous tous dont le cœur est dans la langueur et l’amertume, afin de pleurer sur votre prochain. »

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Lorsqu'on était de retour à la maison , les membres de la famille, la tête voilée et les pieds déchaussés, s’asseyaient à terre , puis les voisins et les pleureuses , qui étaient au moins au nombre de dix , formaient un cercle

autour d’eux, et c’est alors que commençaient propre- *

ment les lamentations. Aussitôt que les parents ou les amis ouvraient la bouche , on répondait à leurs plaintes par des paroles de consolation. Beaucoup cependant ne voulaient point se laisser consoler , et terminaient ainsi la cérémonie. Toutes ces solennités n!avaient point lieu pour les serviteurs ou les servantes, 'ni. pour les prisonniei*s, ni pour les pauvres, ni pour les enfants. Le temps des lamentations durait trente jours, dont les trois premiers étaient consacrés aux larmes, les sept suivants aux gémissements, et les vingt autres à la douleur. Pendant tout ce temps on ne pouvait ni se raser,, ni se peigner les cheveux ou la barbe, ni se laver les mains ou la tête, ni changer de vêtements. Les hommes déchiraient leurs habits, qui ne pouvaient plus être recousus pendant les trente jours. Pendant les sept premiers jours on ne saluait personne. Ni les hommes ni les animaux ne travaillaient dans la maison; et si le défunt était un grand personnage, ou jouissant d’une grande considération, le lieu tout entier portait le deuil et gardait le repos. Pendant les trois premiers jours on allait au tombeau pourvoir le mort; car les Juifs croyaient que pendant trois jours l’àme voltigeait autour de sa dépouille mortelle, afin d’y rentrer; mais qu’ensuite elle l’abandonnait , dès qu’elle voyait son visage se décomposer. Aujourd’hui encore c’est une coutume à Jérusalem que le curé du Saint - Sépulcre visite pendant trois jours, hors de la ville, les tombeaux

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des défunts. Le tombeau tenait lieu chez les Juifs de chambre mortuaire, parce que Tenterremeut se faisait de très -bonne heure, et c’est pour cela qu’on visitait le corps pendant trois jours, après avoir ôté la pierre, que l’on remplaçait ensuite. C’est après ces trois jours que la mort était parfaitement constatée; aussi le troisième jour était le plus triste, celui oii les lamentations étaient les plus déchirantes. Après cela, c’était la coutume chez les Juifs, comme chez tous les autres peuples , de boire en l’honneur du défunt pour se consoler.

Les trois jours des pleurs étaient déjà passés pour Lazare. Déjà on avait pour la troisième fois inspecté son corps, et l’on s’était assuré de sa mort : on était déjà au quatrième jour. Mais ses deux sœurs étaient (Bncore assises à terre , la tête penchée , dans la douleur et les larmes ; les Juifs de Jérusalem étaient encore autour d’elles pour les plaindre et les consoler, jusqu’à ce que la semaine du grand deuil fût écoulée; car Lazare . était considéré nonseulement dans son quartier, mais dans toute la ville et même dans toute la Judée. Quelqu’un vint annoncer à Marthe que le Sauveur approchait. « Marthe ayant appris « que Jésus venait, elle alla vite à sa rencontre, tandis U que Marie resta assise à la maison. Marthe dît à Jésus : K Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait a pas mort ; mais je sais aussi que Dieu vous accordera a tout ce que vous lui demanderez. Jésus lui dit : Ton tt frère ressuscitera. «Marthe lui répondit : Je sais bien tt qu’il ressuscitera lors de la résurrection du dernier a jour. Jésus lui dit : Je suis la résurrection et la vie : qui « croit en moi vivra, quoiqu’il soit mort; et celui qui, « vivant encore, croit en inoi ne mourra point. Crois- lu

« cela? Elle lui dit : Oui, Seigneur, je crois que vous (I êtes le Christ, le P'ils du Dieu vivant, qui est venu dans « le monde. Après avoir dit ces paroles, elle courut « appeler Marie , sa sœur , et lui dit à l’oreille : Le Sei- « gneur est là, et il te demande. Aussitôt Marie se leva « et vint à lui , car Jésus n’était pas allé plus loin dans c( le village; mais il était encore à la place où Marthe « l’avait rencontré. Cet endroit était un lavoir situé hors de la ville, selon la coutume de l’Orient, et que l’on montre encore aujourd’hui. C’était de ce côté, et tout près de là, qu’était le tombeau; et c’est pour cela que Notre- Seigneur n’était pas allé plus loin.

« Les Juifs qui étaient avec Marie à la maison et qui la c( consolaient, voyant qu’elle se levait à la hâte et qu’elle « sortait, la suivaient, disant: Elle va au tombeau pour cc y pleurer. » Ils la suivirent à quelque distance;, car aucun Juif ne pouvait accompagner une femme, bien moins encore lui parler en public , lors même que cette femme était de sa famille. Un mari ne pouvait pas même paraître sur une place publique avec sa femme. La coutume avait probablement adouci ces prescriptions , introduites par les pharisiens. « Marie étant venue où Jésus « était, cl l’ayant vu, elle tomba à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si vous aviez été ici , mon frère ne serait pas « mort. Jésus, la voyant dans les larmes ainsi que les « Juifs qui la suivaient, fut profondément touché, et dit « tout ému dans son âme : Où l’avez -vous mis? Elles lui « dirent : Seigneur, venez et voyez. Et Jésus pleura. Les

Juifs dirent alors : Vovez donc comme il l’aimait! Mais « d’autres disarent : Celui qui a rendu la vue à l’aveugle U ne pouvait- il empêcher celui-ci de mourir? Jésus se

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