CH. CI. LA VIE DE N. S. JÉSUS CHBIST
d'un Dieu souffraiif, il n'embrasse qu'un vain fantôme: qu'il n'est point de Jésus pour lui, que sa seule raison doit être son sauveur, et
sou seul courage toute :sa consolation Barbares^ vous n'osez pas:
vous croiriez insulter à sa BOufib*ance et outrager son infortune. Lui- 'roême, pourrait-il vous eoftendre? Vous disserteriez, et il pleure ; vous raisonneriez, et il souffre. Quand on pleure et quand on souffre, il faut des remèdes, et non pas des maximes, des senliments et non pas des discours; or, ces remèdes, ces sentiments de force et de patience, de paix et de résignation, je les trouve dans le Dieu affligé que j'adore. Laissez-nous donc notre Évangile avec sa simplicité, notre Dieu avec ses faiblesses, notre Croix et sa sainte folie; lnksez aux pauvres leur ami, aux infirmes leur soutien, aux mourapt^'leur consolation, à tous les malheureux affligés leur Sauveur ettcur Père; en un mot, laisseznous Jésus de Nazareth, et cessez de nous faliguer par vos déclamations arides et insensées. (De Boulogne.)
13. Pilaie... se fit apporter de l*eau, et se lavant Jes mains devant le peuple, etc. — Lave tes mains, Pilate, elles sont feintes du sang innocent! tu Tas octroyé par faiblesse, tu n'es pas moins coupable que fii tu Pavais sacrifié par méchanceté ! Les générations ont redit jusqu'à nous : Le juste a souffert sous Ponce Pilate : passus sub Pontio Pilato t Ton nom est resté dans l'histoire pour servir d'enseignement à tous les hommes publics, à tous les juges pusillanimes, pour leur révéler la honte qu'il y a de céder contre sa propre conviction. La populace en fureur criaitau pied de ton tribunal; peut-être toi-même n'étais-tu pas en sûreté sur ton siège ! qu'importe? ton devoir parlait : en pareil cas^ mieux vaut recevoir la mort que de la donner* (H. Dupin.)
14. Que son sang soit sur nous et sur nos enfants. — Après la mort d' Agrippa, la Judée fut réduite en province romaine. Les Juifs s'étant révoltés contre leurs maîtres, Titus assiégea et prit Jérusalem. Deux cent mille Juifs moururent de fuim pendant ce siège. Depuis le li avril Jusqu'au 1«' de juillet de Fan 71 de notre ère, cent quinze mille huit cent quatre-vingts cadavres sortirent par une seule porte de Jérusalem^ On mangea le cuir des souliers et des boucliers; on en vint à se nourrir
> N'est-il pas singulier qu'un critique m*aît reproché tons ces calculs, comme si Je Taisais autre cliose que de suivre ici les historiens de l'antiquité, entre autres Josèphe? L'abbé Guénéet plusieurs savants ont prouvé, au reste, que ces calculs ne sont point exagérés. (Dk CaATBAUBaiANO.)
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de foin el des ordures que Ton chercha dans les égouts de la ville. Une mère dévora son enfant. Les assiégés avalaient leur or; le soldat roniain, qui s'en aperçut^ égorgeait les prisonniers^ et cherchait ensuite le trésor recelé dans les entrailles de ces malheureux. Onze tient mille Juifs périrent dans la ville de Jérusalem, et deux cent trente-huit mille quatre cent soixante dans le reste de la Judée. Je ne comprends dans ce calcul ni les femmes^ ni les enfants, ni les vieillards emportés par la faim^ les séditions et les flammes. EnQn, il y eut quatre-vingt-dix-neuf mille deux cents prisonniers de guerre; les uns furent condamnés aux travaux publics, les autres furent réservés au triomphe de Titus : ils parurent dans les amphithéâtres de TEurope et de TAsie, où ils s'entre-tuèrent pour amuser la populace du monde romain. Ceux qui n'avaient pas atteint l'âge de dix-sept ans furent mis à Fencan avec les femmes ; on en donnait trente pour un denier. Le sang du juste avait été vendu trente deniers à Jérusalem, et le peuple avait crié : Que son sang soit sur nous et sur nos enfants! Dieu entendit ce vœu des Juifs, et pour la dernière fois il exauça leur prière : après quoi il détourna ses regards de la Terre-Promise, et choisit un nouveau peuple.
(De Chateaubriand.) 15-16. Alors Pilate, voulant complaire au peuple, accorda ce qu'on lui demandait y leur remit celui qui était en prison pour cause de sédition et de meurtre^ Barabbas, qu'ils reclamaient y et livra Jésus, selon leur volonté, pour quHl fût crucifié. — Vous avez vu, ce me semble, toute la malignité de la créature assez clairement déchaînée contre Jésus-Christ; vous l'avez vu accablé par ses amis, par ses ennemis, par ceux qui, étant en autorité, devaient protection à son innocence; par l'inconstance des uns, par la cruelle fermeté des autres, par la malice consommée, parla vertu imparfaite. Il n'oppose rien à toutes ces insultes, qu'un pardon universel qu'il accorde à tous, et qu'il demande pour tous. Père, dit-il, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. Non content de pardonner à ses ennemis, sa divine bonté les excuse, elle plaint leur ignorance plus qu'elle ne blâme leur malice; et ne pouvant excuser la malice même, elle donne tout son sang pour l'expier. A la vue d'un tel excès de miséricorde, y aura-t-il quelque âme assez dure pour ne vouloir pas excuser tout ce qu'on nous a fait souffrir par faiblesse, pour ne vouloir pas pardonner tout ce qu'on nous a fait souffrir ]ar malice? Ahl pardon, chrétiens, pardon, grâce, miséricorde, indulgence en ce jour de rémission ! et que personne ne laisse passer ce îour sans avoir offert à Jésus-CUrist l'oubli de quelque injure insigne, et pardonné pour l'amour de lui quelque offense capitale. (Bossuet.)
en. ex. LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 533
18. E (Jésus sorlit du pré loir e^ portant sa croix et allant vers le lieu appelé Golgotha, ce qui signifie Calvaire. — Désormais, ô chrétiens, vous avez une arme puissante et précieuse, c'est la croix. Portez-la le jour el la nuit, à toute heure, à tout instant, ne faites rien que vous n'ayez la croix dans votre sommeil, dans vos actions, pendant vos repas, comme pendant vos voyages, porlez toujours sur vous cette cuirasse protectrice; c'est le signe du salut, il éloignera de vous toute pensée, toute action mauvaise. Les puissances ennemies ne pourront en soutenir la vue et reculeront de Crayeur. C'est par cette croix que Jésus- Christ sanctiQa Tunivers, dissipa les ténèbres et rendit la lumière au monde. C'est par cette croix qu il nous fit un chemin libre d'obstacles et d'erreurs. C'est par cette croix que TOrient et l'Occident, le Midi et le Septentrion furent réunis en une même Église, dans une même foi, sous la protection dUin seul chef, expression de la charité universelle. L'enfer perdit son empire, et la mort frémit de terreur, car toutes les victimes qui, depuis le commencement du monde, gémissaient sous sa noire domination, lui échappaient en ce jour bienheureux. Les apôtres, armés de la croix, foulèrent aux pieds Torgueil et la puissance de leur ennemi, et les martyrs, se revêtant de ce signe de triomphe, surmontèrent victorieusement toutes les ruses, toutes les atrocités que le démon suggérait aux tyrans. D'autres hommes, moins privilégiés sans doute, mais profondément pénétrés de l'acte divin qui venait de s'accomplir sur la terre, trouvèrent dans les insignes du Christ a<:^ez de force pour mépriser les vanités du siècle et pour vivre dans la prière, au milieu des forêts, dans les antres les plus déserts; ils y puisèrent assez de vertu pour trouver douce la vie de leur solitude. ineffable, immense bonté de Dieu qui, par les souffrances de la croix, répand sur le genre humain des bienfaits si précieux. Quand après la consommation des siècles le Sauveur du monde apparaîtra pour la seconde fois, cette croix sainte qui sera la terreur des infidèles, vous servira de guide et de flambeau jusqu'à la porte des cieux. (Saint Ephrem.)
18. Et Jésus sortit portant sa croirp. — L'arrêt de mort était prononcé contre le Fils de Dieu , et toutes choses étaient préparées pour Texéculion. On lui signifie qu'il est temps d'aller au supplice, et on lui présente la croix, dont on l'oblige à se charger jusqu'au Calvaire. Toutes ses forces sont épuisées, tout son corps est meurtri de coups et couvert de plaies ; il ne se soutient que par miracle , et à chaque moment il est sur le point de succomber; le chemin qui mène à la mon< iagne est rude et difficile, et sa croix enfin est d'une pesanteur extraor^
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dinaire. Il n'importe^ les Juifs n'ont nul égard à tout cela; c^est Tlsaac de la loi nouvelle ; il faut qu'il porte lui-même le bois de son sacrifice ; car risaac de Tancienne loi n'était qu'une ûgure de celui-ci, et ne porta son propre bûcher que pour annoncer ce qui arriverait dans la plénitude des temps au vrai Messie. Le voilà ce Fils unique de Dieu, qui parait portant sur ses épaules sacrées le bois de son sacrifice^ et dans son cœur le feu qui doit le consumer, je veux dire, le feu de la charité divine. II est accompagné de deux infâmes voleurs, lui , qui , dans le séjour et les splendeurs de la gloire céleste, est assis au-dessus de tous les chœurs des Ânges^ et qui se flt voir avec tant d'éclat sur le Tbabor, au milieu de Moïse et d'Élie. Tout le ciel est attentif à ce spectacle, et jamais y en eut-il un plus digne en effet de ses regards?
(BOURDALOUB.)
18. Et il allait vers le lieu appelé en hébreu Golgothaj ce qui signifie Calvaire. — Après (ant de scènes différentes^ et toutes également lugubres, nous approchons enfln de la funeste catastrophe d'une tragédie si sanglante; il faut que le sacrifice soit consommé et que la victime perde la vie. C'est pour cela qu'on le conduit au Calvaire, ce Juste, ce Saint des saints, cet Homme-Dieu condamné à la mort. Contemplons- le dans cette marche; suivons-le pas à pas, et joignonsnous à ce Simon de Cyrène, pour porter avec lui la croix de Jésus... Du moment que le soldai voit son chef avancer, il marche, il court, il vole. Point de péril qui Tarréie, et qui même ne disparaisse à ses yeux , tout lui devient aisé. S'il hésitait, s'il déUbérait, s'il restait en arrière, ne serait-ce pas une honte et un opprobre? Hé quoi! ne sommes-nous pas encore plus étroitement engagés à Jésus-Christ? Le caractère dont nous sommes revêtus, la fidélité que nous lui avons jurée, le serment que nous hii avons fait, tout cela a-til moins de pouvoir pour nous engager à le suivre? Il ne nous dit pas : Ouvrez-vous le chemin ; mais marchez après moi. A cette proposition, tout notre zèle ne doit-il pas s'allumer? Et y a-t-il un obstacle qui nous puisse retenir?
(BOURDALOUE
18. Et Jésus sortit du prétoire, portant sa croix et allant vers le lieu appelé en hébreu Golgotha, ce qui signifie Calvaire. — C'est une chose digne d'observation que , tandis qu'une foule de particularités de là passion de Notre-Seigneur rapportées par un ou deux évangélistes sont passées sous silence par les autres, tous les quatre aient noté avec une attention particulière que Jésus-Christ a été crucifié et dans le lieu du Calvaire ou du Crâne. » Hais que cela ne nous étonne pas : la gran-
cil. ex. LA TIE DE N. 8* lÉSUS-GHRIST. S35
deur, rimporiance et les effets du cruciflemeDt du Sauveur sont liés en graude partie à la circonstance du lieu de sa mort. Savez-Tous de qui est ce crâne, cette tête auguste d'où le mont Calvaire a tiré son nom? C'est la téte^ le crfine d'Adam lui-même. «Ici, sur le Calvaire, dit Tertullien , où nous savons que fut enseveli le premier homme, Jésus-Christ souffre, et la terre est arrosée de son précieux sang^ afin que la poussière du vieil Adam, mêlée avec le sang de Jésus-Christ, puisse être purifiée par la vertu de Teau divine qui découle du corps du Seigneur. B Origène s'exprime ainsi à ce sujet: a Une tradition constante, arrivée jusqu'à moi, m'apprend que le premier homme sorti des mains de Dieu a été enseveli sur le Calvaire dans le lieu même où le Sauveur a été crucifié. » D'aulres Pères encore, saint Cyprien, saint Athanase, saint Basile, saint Jean-Chrysostôme, snint Ambroise, saint Augustin , saint Cyrille, Théophilacte , Bède, tous les interprètes, en un mot, affirment la même chose. Or une croyance si commune et si universelle, qui se retrouve en même temps dans la Palestine , dans la Thrace , dans la Grèce, dans l'Egypte, et même en Italie, ne peut avoir été l'effet d'une opinion formulée par un seul Père et adoptée ensuite aveuglément sur sa parole; elle est le résultat évident d'une tradition commune et universelle. (Lb R. P. Ventura.)
20. Rencontrant un certain. Simon de CyrènCy père d'Alexandre et de Ru fus y qui revenait d'une métairie y ils le prirent y mirent sur ses épaules la croix de Jésus , et le forcèrent de la porter marchant après lui. — Cet homme fortuné, choisi de Dieu pour une si honorable mission, est un Gentil; il se norrime Simon, mot qui signifie obéissance; il est de Cyrène, parole qui veut diiff. héritage; et il vient d'une villa , c'est-àdire de la campagne, ou hie.a d'un bois, que les anciens appelaient pagus, ce qui a fait désignet \eé Gentils sous la dénomination de païens, parce que ces peuples célébraient dans les bois leurs cérémonies superstitieuses. Ainsi, continue saint Hilaire, -ce Simon est la figure des peuples de la gentilité qui, venant du paganisme ou abandonnant leurs superstitions idolâtres, devaient un jour, par leur obéissance aux doctrines de l'Évangile, avoir part aux fruits de la passion et de la croix de Jésus- Christ et devenir les héritiers de sa gloire. Dans la personne de Simon le Cyrénéen, dit aussi saint Jérôme, tous les peuples gentils prennent aussi mystiquement possession de la croix, et l'étranger obéissant commence dès lors à porter l'ignominie de son Sauveur. Enfin saint Léon fait aussi cette réflexion sur ce sujet : Notre-Seigneur, dit-il, en voulant que ce fût un Gentil que le premier touchât la croix