CH. CXL LA VIE DE N. S. JÈSUS-CHRIST. 34T
24. Et run des larrons disait à Jésus: Seigneur, souvenez-vous
de moi quand vous serez arrivé dans votre royaume. Et Jésus lui dit : En vérité, je vous le dis, aujourd'hui vous serez avec moi dans le paradis. — C'était un scélérat, peut-être encore pire que Barabbas, puisqu'on ne l'avait pas même proposé à la fête solennelle pour obtenir sa délivrance. Celait un blasphémateur et un furieux, qui d'abord s\''{:.it tourne contre Jésus-Christ, puisque, selon rÉvangile de saint Mathieu et celui saint Marc, les voleurs qui furent cruciflés avec lui l'outrageaient de paroles et le chargeaient d'injures. Mais au bout de quelques moments, par une secrète merveille de la grâce , voilà ce blasphémateur, ce voleur changé en un humble pénitent, qui rend gloire à Dieu , qui confesse hautement ses péchés, et se reconnaît digne de mort; qui publie l'innocence de ce juste, contre lequel il s'était élevé ; qui s'adresse à lui comme à son Seigneur, comme à son roi; qui se range au nombre de ses sujets, et lui demande une place dans son royaume; et, en outre , qui reçoit de la bouche même du Fils de Dieu, cette assurance si douce et si complaisante : Je vous dis en vérité que, dès ce jour, vous serez avec moi dans le paradis. Mais enfin, dira-t-on peut-être ici, qu'a donc fait de si grand ce larron pour mériter de passer du supplice de la croix au bonheur du ciel? Ce qu'il a fait de grand? s'écrie ici saint Jean-Chrysostôme, je vais vous le dire en peu de mots. Alors que Pierre, assis et se chauffant, renonçait son divin Maître, à la voix d'une simple femme ; ce larron sur une croix , au milieu des clameurs de tout un peuple qui l'environne , méprise ces outrages , et semble oublier ses douleurs pour confesser Jésus- Christ. U ne Tavait point vu, lui, ressusciter les morts, chasser les démons j calmer les tempêtes , et pourtant il déclare devant tous sa souveraine puissance. Il n^avait pas vu en détail la vie du Sauveur; il n'avait pas entendu ses paroles et ses instructions ; néanmoins, quand les Juifs incriminèrent cette vie si pure, et ces paroles si divines , il leur renvoie l'insulte qu'ils adressaient à celui dont la divinité vient de briller à ses yeux* (BotiMULooB.)
21. Seigneur, souvenez-vous de moi quand vous serez dans votre royaume. — Cet homme dont la vie entière n'avait été qu'un tissu de crimes , devient tout à coup un confesseur de Jésus*Christ. Il oublie «es horribles souffrances poqr demander au Sauveur de se souvenir de lui après sa mort. D'où lui viennent cette foi, cette lumière, cette soa« daine ardeur? 11 n'a pas été témoin des miracles de Jésus, et dans ce moment l'Horame-Dieu ne lui apparaît que comme son compagnon
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de supplice ; cependant il le proclame Seigneur et Roi ! Évidemment ce langage était dicté par quelque chose de surhumain ; une vertu était encore sortie de Jésus , sa miséricorde et sa puissance avaient agi ; un rayon de sa divinité avait lui dans Tâme de ce grand coupable ) et Jésus ne fait qu'achever son ouvrage, en confirmant cette espérance qu'il vient de faire naître au sein même du désespoir. 11 fallait ce miracle de la grâce pour compléter les prodiges qui ont accompagné les souffrances et la mort de Jésus , il fallait que Fon pût dire, en parlant de ces souffrances et île cette mort : Non-seulement les pierres et les rochers, mais encore le cœur d'un criminel endurci dans le crime, en ont été touchés et attendris. (SAiifT-Léon.)
ÉLÉVATION
Vous voilà donc arrivé sur le sommet du Calvaire, bon Sauveur, après avoir souffert toutes les ignominies prédites longtemps à l'avance par Isaïe. Hais nous voyons toigours unis en vous les deux caractères de grandeur et d'humiliation sous lesquels les prophètes vous avaient annoncé : Pilate vous donne le titre de roi, et il veut même que ce titre soit placé sur la croix. Ah ! cette croix est véritablement votre trône ; c'est de là que vous attirez tout à vous ; c'est en expirant que vous fondez votre empire, et le nom de roi vous est donné solennellement au moment où vous commencez ce règne qui ne doit jamais finir. Pendant que vos ennemis. Seigneur, et ces hommes légers qui, en passant, accueillaient avec une si déplorable facilité les accusations de la haine, vous outrageant à Tenvi par d'amères dérisions, on n'entend sortir de votre bouche que des paroles de pardon ou d'espérance. Au milieu de tant d'imprécations , une seule voix s'élève pour vous bénir et vous confesser, et cette voix est celle d'un voleur. Nous apprendrons. Seigneur, de cet exemple, à nous défier de nos propres forces et de nos résolutions, en considérant qu'un homme abandonné vous rend gloire, tandis qu'un disciple vous trahit : nous ne compterons point sur notre vertu ; mais sur votre grâce. Nous voici , Seigneur, prosternés au pied de la croix ; nous venons de nouveau vous jurer obéissance comme à notre roi : nous vous le devons comme vos sujets et comme étant le prix de vos douleurs.