S46 LA VIE DE N. 8. JÉSUS-CHRTST. CH. CTI
savent tous ce qu'ils disent , et ils disent tout ce que veut mon Sauveur. Une secrète vertu s'empare invinciblement de leur âme, et, malgré leurs méchantes intentions, exécute de très-sages et très-salutaires conseils Écrivez donc, ô Pilate! les paroles que Dieu vous
dicte, et dont vous n'entendez pas le mystère. Quoi que Ton puisse alléguer, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel ; que vos ordres soient irrévocables, parce qu'ils sont donnés en exécution d'un arrêt immuable du Tout-Puissant. Que la royauté de Jésus soit écrite en langue hébraïque , qui est la langue du peuple de Dieu ; et on langue grecque, qui est la langue des doctes et des philosophes; et en langue romaine, qui est celle de Tempire du monde. Et vous, 6 Grecs, in venteursdcs arts ; vous, ô Juifs, héritiers des promesses ; vous, Romains , maîtres de la terre , venez lire cet admirable écriteau ; fléchissez le genou devant le roi. Bientôt, bientôt vous verrez cet homme, abandonné do ses propres disciples, ramasser tous les peuples sous l'invocation de son nom. Bientôt arrivera ce qu'il a prédit autrefois, qu'étant élevé hors de terre, il attirera tout à lui, et changera l'instrument du plus infâme supplice en un instrument tout céleste, pour enlever tous les cœurs. Bientôt les nations incrédules, vers lesquelles il tend les bras, viendront recevoir ses embrassements paternels et ce baiser de paix , qui , selon les prophéties anciennes , les doit réconcilier au vrai Dieu qu'elles ne connaissaient pas. (Bossuet.)
9. Jésus de Nazareth^ roi des Juifs. — Voilà donc la vraie cause de la condamnation de Jésus ! Nous en avons ici la preuve judiciaire et légale. Jésus fut victime d'une accusation politique I II a péri pour le crime imaginaire d'avoir voulu attenter au pouvoir de César, en se disant roi des Juifs! Accusation absurde I à laquelle Pilate n'a jamais cru ; à laquelle les princes des prêtres et les Pharisiens ne croyaient pas eux-mêmes, car ils ne s'en étaient point autorisés pour arrêter Jésus; il n'en avait point été question chez le grand prêtre; c'est une accusation nouvelle et toute différente de celle qu'ils avaient d'abord méditée; une accusation improvisée chez Pilate, quand ils virent qu'il était peu touché de leur zèle religieux , et qu'ils crurent nécessaire d'exciter son zèle pour César. Dieu , dans ses desseins éternels , a pu permettre que le juste succombât sous la malice des hommes ; mais il a voulu du moins que ce fût en offensant toutes les lois , en blessant toutes les règles établies, afln que le mépris absolu des formes demeurât comme premier indice de la violation du droit. (M. Dupin.)