III
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TOUS aussi pour le monde avec moi, voire Fils, vous êtes féconde de ma fécondité et de la fécondité de mon Père. Les enfants qui naissent deFamour infini de mon Père et de mes peines infinies naissent encore de VOUS; vous aussi les engendrez dans votre amour et dans votre douleur. Ces enfants , à vous, ne naîtront pas , ils sont nés déjà, et voyezen dans Jean le type et le modèle; Eccè filins fuus. Ces enfants sont plusieurs, ils sont innombrables, et en même temps ils ne sont qu'un seul, parce que la communauté de mes fidèles, mon Église, n'est qu'un seul corps dont Je suis le Chef et eux les membres, et vous , mère de de leur Chef, par cela même vous êtes leur mère. C'est là la race nombreuse que vous enfantez, en ce moment, comme un seul enfant. Dieu en est le père, moi je suis leur frère aîné, le Rédempteur, et vous êtes la mère ; Mulier, eccè filius luus. (Le R- P. Ventura.)
2-3. Jésus y ayant vu sa mère, et debout près d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : Femme voilà votre Fils. Puis il dit au disciple : Voilà votre mère. — Marie était debout au pied de la croix; elle voyait son divin Fils tout couvert de plaies, étendant ses bras à un peuple incrédule et impitoyable; elle voyait son sang qui débordait de tous les côtés par ses veines déchirées: qui pourrait dire quelle était Témolion du sang maternel? Non , assurément, elle ne comprit jamais mieux qu'elle était mère: toutes les souffrances de son Fils en la traversant elle-même, le lui faisaient sentir de la manière la plus vive. Le Fils de Dieu, qui avait résolu de nous la donner pour mère, afin d'être notre frère en toute façon , choisit ce moment pour lui dire du haut de sa croix, en lui montrant saint Jean : Femme, voilà votre Fils. Fidèles, ce sont les paroles qu'il prononce; et en voici le sens, si nous le savons bien pénétrer : femme, lui dit-il, femme affligée, à qui un amour infortuné fait éprouver à présent jusqu'où peut aller la compassion d'une mère, cette même tendresse dont vous êtes à présent touchée si vivement pour moi, ayez-la pour Jean, pour Jean mon disciple et mon bien-aimé, ayez-la pour tous mes fidèles, que je vous recommande en sa personne, parce qu'ils sont tous mes disciples el mes bien-aîmés. De vous dire combien ces paroles du Fils, du Fils mourant, descendirent profondément dans le cœur de Hère , et l'impression qu'elles y firent, c'est une chose que je n'oserais pas entreprendre. Songez seulement que celui qui parle, opère toute chose par sa parole toute-puissante, qu'elle doit avoir un effet merveillex, surtout sur le cœur de sa sainte Hère; elle doit donc avoir fait entrer bien avant dans le cœur de la Mère qu'il nous donne, un amour extrême pour nous, comme pour
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«es véritables enfants. De même que la maternité de la Vierge n'a point d'exemple sur la terre , ainsi la règle de son amour ne saurait 66 trouver que dans le sein de Dieu même. (Bossuet.)
8. Sachant que tout sera consommé en accomplissant encore une par rôle de V Écriture, Jésus dit: Tai soif, etc. — Dans ce qui a été prédit dans la loi, il y a les grands traits: la naissance de Jésus-Christ , sorti d'une Vierge ; ses souffrances, sa croix, sa résurrection, la conversion du monde et des Gentils y avec la réprobation et le juste châtiment des Juifs. Voilà les grands traits; mais ce n'est pas tout. Il y aies traits moindres, qui doivent aussi s'accomplir. Il faut qu'on divise ses vêtements; il faut que l'on tire au sort sa tunique sans couture; c'est l'iota^ c'est le petit trait. 11 sera vendu, ce peut être un grand trait, mais ce sera trente deniers; mais on achètera le champ d'un potier : c'est le trait moindre qui ne doit point échapper non plus que les autres. C'est ainsi qu'il faut qu'il ait soif, et qu'il soit abreuvé de vinaigre; qu'il souffre hors la porte de la ville ; qu'aucun de ses os ne soit brisé sur la croix. Tout , jusqu'aux moindres choses, est signiflcatif dans la loi : tout, jusqu'aux moindres choses , sera accompli dans l'Évangile. (Bossuet.)
13. Tout est consommé/ ^ Les nations frémissent en vain; les peuples forment des complots inutiles. Jésus-Christ oppose au bois fatal du fruit défendu le bois salutaire de la croix; à la main lâche et criminelle qui osa cueillir ce funeste fruit, ses deux mains innocentes et courageuses, qu'il abandonne à d'indignes liens; au bras vengeur qui repousse Adam du paradis terrestre, ses bras que Tamour lui fait étendre d'un bout du monde à l'autre ; à la dégradation où le péché nous a fait tomber, son élévation sur la croix; à notre intempérance, le fiel qui l'abreuve; a notre coupable orgueil,' sa couronne d'épines. Il meurt pour nous racheter de la mort; il s'enveloppe de nos ténèbres pour nous appeler à sa lumière; il descend dans le tombeau pour nous tirer de la poussière de cet abîme où le péché nous avait replongés; il ressuscite pour nous ressusciter nous-mêmes : toutes ces merveilles de la sagesse de Dieu sont comme une suite de moyens qu'il a établis pour ramener l'homme de l'état de dégradation où il était tombé à sa grandeur première; pour lui rendre la Jouissance de l'arbre de vie qui lui était destiné, et dont il a été privé par sa désobéissance, pour avohr touché à l'arbre de la science contre Tordre de Dieu.
(SAlNr JSAH-CBJlTSOSrÔHI )
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14. Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains. Et en disant cela, il inclina la tête, et il expira. — Tout élanl consommé du côté de la justice de son Père , et du côté de la malice des hommes, et du côté de son amour; le grand sacriflce offert, et toutes les flgures anciennes accomplies; ne pouvant plus laisser aux hommes de plus grandes marques de son amour, Jésus déclare que tout est accompli. 11 pousse vers le ciel une forte clameur, il baisse la tête et il expire... Laissons le soleil s'éclipser, la terre se couvrir de ténèbres, les rochers se briser, les sépulcres s'ouvrir, loule la nature se confondre, les ennemis mêmes du Sauveur le confesser et le reconnaître! Jésus-Christ, que son amour vient d'immoler pour nous, est le seul prodige qui doit ici nous occuper. Regardez-le donc expirant sur la croix, et ne se proposant que vous seul pour le prix de ses souffrances! il meurt votre libérateur, il meurt à votre place; il meurt dans le temps, afin que vous ne mouriez pas pour l'élernité; il meurt, parce qu'il vous aime; il meurt, parce que vous ne Taimcz pas. Votre tendresse, votre douleur, votre reconnaissance, peuvent-elles ici se prescrire des bornes? Et n'éles-vous pas un anathème si vous n'aimez pas Jésus-Christ crucifiét
(Hassillon.)
14. Et inclinant la tête, il expira. — L'homme devait mourir dans son crime ; Jésus est mort eu sa place. Il est écrit du pécheur que son S(uig doit ê(re sur lui; mais le sang de Jésus-Christ le couvre et le protège. hommes, ne cherchez plus Texpiation de vos crimes dans le sang des animaux égorgés ; la vie des animaux ne peut point payer pour la vie des hommes. Voici Jésus-Christ qui s'offre, homme pour les hommes, homme innocent pour les coupables, Homme-Dieu pour de purs hommes, pour de simples mortels. Il y a donc dans le prix, non-seulement égalité, mais encore surabondance. Ce qui est offert est inûni; et afln que celui qui offre fût de même dignité, lui-même, qui est la victime, il a voulu être le Pontife. Pécheurs , ne perdez jamais l'espérance : Jésus-Christ est mort une fois, mais le fruit de sa mort est éternel ; Jésus-Christ est morl une fois, mais il est toujours vivant, aûn d'intercéder pour nous. (Bossuet.)
18. Cet homme est vraiment le Fils de Dieu. — Il est Dieu, puisque, avant tout commencement, était le Verbe, et que le Verbe était Dieu, puisque le Verbe a été fait chair, et qu'il a conversé parmi les hommes. Il est homme, né d'une femme, et sujet à toutes nos infirmités, à l'exception du péché , mais toutes choses ont été faites par lui, et sans lui
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rien n'a été fait. Sa naissance (emporcUe marque la nature humninc; cette naissance tirée d'une vierge, manifeste la puissance divine, c'est un enfant dans la bassesse du berceau, et c^est l'Éternel célébré au plue haut des cieux. Hérode le cherche pour le mettre à mort; mais les mages viennent de rOrienl pour l'adorer. 11 reçoit comme un pécheur le baptême de Jean; et, dans le même instant, le Dieu trois fois saint le déclare son Fils bien-aimé. Comme homme , il est tenté par Satan j comme Dieu , il est servi par les Anges. Il est visiblement de l'homme d'éprouver la faim , la soif , la lassitude, le besoin de vêtements et de sommeil; mais il est incontestablement d'un Dieu de rassasier cinq mille hommes avec cinq pains , de donner le breuvage qui étanche à jamais la soif, de marcher sur les flots et de commander aux tempêtes. Il n'est pas d'une même nature de pleurer la mort d'un ami, et de le ressusciter; d'expirer sur un gibet, et démettre toute la nature en deuil, d'obscurcir le soleil, de faire trembler la terre, de briser les rochers et les cœurs endurcis dans le crime, et d'ouvrir au scélérat contrit la porte du ciel. Depuis que le Fils, engendré avant tous k?^ temps, a reçu dans le temps une naissance nouvelle, il existe un nouvel ordre de choses. Celui qui est invisible de sa nature s'est rendu visible à la nôtre ; l'incompréhensible s'est mis à la portée de notre conception ; le principe de tous les êtres a commencé d'être ; le Maître des choses qui sont de celles qui ne sont pas encore, a pris la forme d'un esclave ; l'Infini s'est renfermé dans le cœur d'un enfant; l'Impassible s'est revêtu de membres souffrants; et l'auteur de la vie s'est rendu sujet à la mort. Ainsi les choses opposées se trouvent réunies, et quoiqu'on Jésus-Christ il n'y eût qu'une personne, il y reste constamment et sans nul mélange deux natures différentes. Autre est celle qui lui fait dire : Le Père et moi ne sommes qu'une même chose; et celle qui lui fait dire aussi véritablement : Le Père est plus grand que moi. C'est à cause de cette unité de personnes qu'il est marqué, tant dans les Écritures que dans les symboles , que ce Fils de l'homme est descendu du ciel, et que le Fils de Dieu a pris chair de la Vierge, qu'il a été crucifié et enseveli, quoiqu'il ne l'ait été que dans la nature humaine. Quand il conversait sur la terre avec ses disciples, il demanda à ses apôtres ce qu'ils croyaient du Fils de l'homme , c'est-à-dire de lui-même , qu'ils voyaient revêtu d'une chair mortelle. Pierre, prenant la parole, lui dit qu'il était le Christ, Fils du Dieu vivant; le reconnaissant Dieu et homme tout à la fois. Après sa résurrection , il fit remarquer, par les vestiges de ses plaies, que son corps était réel, sensible, palpable, et en même temps il entra, les portes fermées, dans l'endroit où se cachaient
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les disciples, leur donna le Saint-Esprit, Tintelligence des Écritures^ le don des miracles; et il montra ainsi dans sa personne les deux natures unies et distinctes. Sur quoi donc est appuyé celui qui ne veut pas que le Fils de Dieu ait yérilablement notre nature? Qu'il tremble, le téméraire Eutychès à ces paroles de saint Jean : Tout esprit qui con* fesse que Jcsus-Cbrist est venu dans la chair, est de Dieu; et tout esprit qui divise Jésus-Cbrist, n'est pas de Dieu, mais un antecbrist. Or^ qu'est-ce que diviser Jésus-Cbrist, si ce n^est en retrancher la nature humaine? Cette erreur fatale anéantit la passion du Sauveur et la vertu de son sang. (Saint Léon.)
ÉLÉVATION
Jésus ! votre sainte mère et le disciple bien-aimé qu'un amour généreux et dévoué avait amenés à votre suite, étaient là au pied de votre croix; aussi leur donnez-vous une dernière marque toute particulière de votre affection , puis vous détournez vos regards de tout ce qui était autour de vous, et vous portez votre pensée vers le ciel attentif au graud sacrifice qui va être consommé. Qui nous donnera de pénétrer les secrets de ce mystérieux silence que vous gardez pendant trois heures, et que vous interrompez enfin en vous écriant: « Mon Dieu , mon Dieu I pourquoi m'avez- vous délaissé ? d Cette plainte ne vous fut pas arrachée pai* vos souffrances : c'est notre ingratitude qui occupait votre pensée sur la croix; vous voyiez un grand nombre de chrétiens devenir plus coupables par l'abus de la grâce qui devait les sauver. Que celte plainte, ô Jésus ! pénètre jusqu'au fond de nos cœurs ; qu'elle y reste gravée ^ et que, nous faisant souvenir sans cesse des souITrances que vous avez endurées , elle nous porte à faire de généreux cfforfs, afin que le remède, préparé à nos misères par votre amour infini, ne devienne pas, par notre obstination , le sujet d^jn jugement inexorable. Dès ce moment nous disons : Tout est accompli ; nos transgressions et nos ingratitudes sont finies; nous renonçons i ce monde qui est votre ennemi , qui vous méconnaît et vous outrage; nous vivons en observant les préceptes et les exemples que vous nous avez donnés, afin de pouvoir dire un jour avec vous : a Tout estcon» sommé; mon père, je remets mon âme entre vos mains. »