LA VIE DE N. S. JÉSUS GHHIST
13. Et Joseph , ayant acheté un linceul, s'en alla el détacha Jésus de la croix ^
14. Nicodème, qui autrefois s'était rendu près de Jésus durant la nuit, vint aussi, apportant une composition de myrrhe et d'aloès, du poids d'environ cent livres.
15. Ils prirent donc le corps, l'entourèrent de linges avec des parfums, et l'enveloppèrent dans un linceul sans souillure^, comme les Juifs ont coutume d'ensevelir.
16. Or, près du lieu où l'on avait crucifié Jésus , se trouvait un jardin , et dans ce jardin un sépulcre neuf,
17. Que Joseph avait taillé dans le roc pour lui-même, et dans lequel personne n'avait encore été mis.
18. Comme le jour de la préparation finissait, et que ce sépulcre était proche, Joseph y déposa le corps do Jésus; et ayant roulé une grande pierre à l'entrée, il s'en alla*, lorsque le jour du sabbat commençait à luire.
19. Or, Marie-Madeleine, et Marie mère de Jacques, avaient suivi Joseph d'Arimathie, et étaient là, assises devant le sépul-
^ f 13. Un homme nommô Joseph avait enveloppé le Sauveur dans des langes à sa naissance; un autre Joseph devait l'envelopper dans un linceul et l'ensevelir.
*f\}i. Celui qu'avait acheté Joseph d'Arimuthie , et qui avait servi à descendre do lacroii le corps du Sauveur, était tout ensanglanté; il en fallut un autre pour l'en* sevelissement.
' f 18. On se contenta donc de faire pour le corps du Seigneur ce qu'il était permis de faire même le jour du sabbat, lorsque le mort élait encore dans la maison. On le lava, on l'enveloppa dans des linges avec des aromates, et l'un couvrit sa Ivto d'un suaire jusqu'à ce qu'on pût, le lendemain du sabbat, envelopper chaque membre en particulier, comme c'était dans la coutume» et achever l'embaumemeat.
retor, *et qnemtdmo»
dùm posilam erat corpnsejiu.
Et rerertffntes, sabbalo
auidem ti! aérant secondai mandatimif
* Altéra aDtem die * qpm Cftt posl parasceven, coiiTPnei-unt Principes sacerdolum et Phariaaei «d Pilalnm.
Dicenles t Domine, ■«• cordât i sumus qnia seduclor il le diiit adlièc vivens : Post très dies resorgana.
Jubé ergb cnslodiri sepalcram usqnè in diem terliam, ne forlè «eniant d'iscipoli ejus , et farentor eiioi, et dicant plebi :
Borreiil h mortuis, et erit novissioius error pejor priore.
Ait iUii PiUtw : llabelis cu.aodiam ; itc , eus»
todite sicut scilis.
Illi antem abcnntes, munierunl aepulcrum , •ignanles lapidem,'ciun cuslodibus.
CH. CIIIU
LA yi£ DE N. S. JÉSUS-CHRIST.
cre y regardant où l'on mettait le corps de Jésus, et comment il était placé*.
20. Et elles s'en allèrent aussi, et elles demeurèrent en repos pendant le sabbat , selon le commandement de la loi.
21. Le lendemain, qui était le jour du sabbat, les Princes des prêtres et les Pharisiens, s'étant assemblés, vinrent trouver Pilate,
22. Et lui dirent : Seigneur, nous nous sommes souvenus que ce séducteur, lorsqu'il vivait encore, a dit : Après trois jours, je ressusciterai.
23. Ordonnez donc qu'on garde le sépulcre jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent l'enlever furtivement et ne disent au peuple. Il est ressuscité d'entre les morts; et que la dernière erreur ne soit pire que la première,
24. Pilate leur dit ; Vous avez des gardes 2; allez, et gardez-le comme vous l'entendrez.
25. S'en allant donc, ils fermèrent soigneusement le sépulcre , en scellèrent la pierre *, et y mirent des gardes ^.
* f 19. Elles regardaient où Ton posait le corps, car elles se proposaient d*aller après le jour du sabbat, l'oindre avec des parfums.
* f 24. Une troupe de soldais romains, cohort, était destinée à veiller à la sûreté du temple, ou plutôt à empêcher le peuple de faire des rassemblements dans le temple, ainsi que cela était arrivé plusieurs fois. Pilate parle de cette troupe; c'était parmi ces soldats que les chefs juifs devaient prendre la garde nécessaire.
> f «5. Après avoir constaté la présence du corps de Jésus, sans quoi cette pré« caution si scrupuleuse eût été un non-sens.
* f 9Ji, Lbl loi romaine punissait de mort le soldat qui s'endormait à son poste.^ Toutes ces mesnres étaient ici nécessaires pour rendre incontestable le miracle de la résurrection, et les passions humaines ne secondèrent jamais mieux les desseins d» |a Providence.
CB. cxiii. LÀ VIE DE N. S. JÉSUS CHRIST. 562P
3-4. Étant venus à Jésus, et voyant qu'il était déjà mort y ils ne lui rompirent point les jambes; mais l'un d'eux avec sa lance lui ouvrit le côté, et il en sortit du sang et de Peau. — Il y a dans ces paroles un mol digne de remarque y et que révangéliste a employé à dessein : il ne dit points L'un d'eux avec sa lance le frappa au côté, le blessa, ou autrement j mais. Lui ouvrit le côté, pour qu'il y eût comme une porte de vie d'où sorlissent les sacrements de TÉglise, sans lesquels il est impossible d'arriver à la vie véritable. Le sang qui découla de celte ouverture a été répandu pour la rémission des péchés, et l'eau vint comme pour tempérer un breuvage d'une vertu toute divine; cette eau , en outre , nous est donnée pour nous laver de nos souillures comme pour étancher notre soif. Cet événement si salutaire pour nous avait été figuré par l'ouverture que Noé reçut ordre de pratiquer dans le côté de l'arche pour recevoir les êtres vivants qui ne devaient point périr dans les eaux du déluge. De même que du côté du premier Adam, endormi dans le paradis leirestre, sortit la femme qui devait être son épouse , ainsi , tandis que le second Adam , la tête penchée , dormait sur la croix, de son côté sortit TËgUse à laquelle il devait être uni d'une manière mystérieuse et toute surnaturelle. (S. Augustin.)
4-5. Mais Vun d'eux avec sa lance lui ouvrit le côté, et aussitôt il en sortit du sang et de Veau ; et celui qui l'a vu en rend témoignage. — Jésus-Christ mourant d'une mort cruelle , et versant sans réserve son sang innocent, avait répandu sur tout le Calvaire un esprit de componction et de pénilence. Ne soyons pas plus durs que les Juifs; faisons retenlir le Calvaire de nos cris et de nos sanglots; pleurons amèrement nos péchés; irrilons-nous sainlemcnt contre nous-mêmes; rompons tous ces indignes commerces; quittons celte vie mondaine et licencieuse; portons en nous la mort de Jésus-Christ ; rendons-nous dignes par la pénitence d'avoir part à la grâce de son testament: il est fait, il est signé, il est immuable; Jésus a donné tout son sang pour le valider. Je me trompe ; il en reste encore : il y a une source de sang et de grâce qui n'a pas été ouverte. Venez, ô soldat, percez son côté; un secret réservoir de sang doit encore couler sur nous par cette blessure I Voyez ruisseler ce sang et celte eau du côté percé de Jésus : c'esl l'eau sacrée du baptême, c'est Teau de la pénitence, Veau de nos larmes pieuses. Que celte eau est efficace pour laver nos crimes ! Mais, chrétiens, elle ne peut rien qu'étant jointe au sang de Jésus, dont elle tire toute sa vertu. Coulez donc , ondes bienheureuses de la pénitence; mais coulez avec le sang de Jésus , pour être capables de laver
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les âmes. Chrétiens, j'enlends le mystère ; je découvre la cause profonde pour laquelle le divin Sauveur^ prodiguant tant de sang avar.t sa mort, nous en gardait encore après sa mort même ! Celui qu'il répand avant sa mort faisait le prix de notre salut; celui qu'il répand après, nous en montre l'application par les sacrements de TÉglise. Disposons-nous donc, chrétiens, à nous appliquer le sang de Jésus, ce sang du Nouveau-Testament, en méditant qu'il nous est donné pour la rémission de nos crimes. (Bossuet.)
13. El Joseph, ayant acheté un linceul, s'en alla et détacha Jésus de la croix. — Combien dut être cruelle la douleur de Marie lorsqu'on descendit Jésus de la croix, tout déchiré, couvert de blessures et de sang! Quelle dut être la désolation de cette auguste Mère, lorsque, prenant dans ses bras ce corps glacé par la mort, elle vit de près toutes ses plaies; lorsqu'elle teignit ses mains de son sang; lorsqu'elle pressa contre son cœur maternel le cœur de son Fils percé par une lance barbare ; lorsqu'elle approcha ses lèvres des lèvres de Jésus encore imprégnées de flel et de vinaigre ! Ne nous semble-t-il pas entendre cette Mère de douleur nous demander, elle aussi, un tribut de compassion, et nous dire : vous tous qui passez par le chemin, levez les yeux, et voyez s'il est une douleur semblable à ma douleur! Je n'avais qu'un Fils, le plus accompli et le plus auguste des entants des
hommes ; ils me l'ont piis, et voilà dans quel état il m'est rendu!
Mère chrétienne, la religion ne vous défend point de pleurer ce fils ou cet enfant qu'une mort cruelle et prématurée est venue ravir à votre tendresse : pleurez-le, laissez même couler vos larmes jusque sur la pierre froide qui maintenant le couvre ; mais pleurcz-le comme Marie a pleuré son divin Fils : quel que soit le déchirement de votre cœur maternel, que b douleur n'aille jamais jusqu'à vous faire oublier la soumission à la volonté de Dieu. Quand vous vous serez ageiiouillée pour pleurer sur la tombe de votre enfant , relevez-vous toujours en disant comme la Mère de Jésus: Le Seigneur me l'avait donné ; le Seigneur me Ta ôté; il ne m'est arrivé que ce qu'il a plu au Seigneur qu'il arrivât : que le nom du Seigneur soit béni ! (B.)
13. Joseph, ayant acheté un linceul , s'en alla et détacha Jésus de la croix. — Les humiliations et la mort de Jésus-Christ révoltent l'incrédule ; à mes yeux , elles font jaillir de plus en plus sa majesté divine* Les opprobres qu'il a essuyés ne font que me dévoiler mieux la grandeur de son âme. Ils servent à me convaincre que sa patience est in-
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vincible, que son obéissance est à toute épreuve^ que son amour pour son Père est sans bornes^ que sa charité pour les hommes est inépuisable. Tant de irertus^ et de vertus si parfaites, qui trouvent leur exercice dans le mystère de ses douleurs , forment-elles un spectacle qui puisse Tavilir ? J^en tire une preuve des deux natures qu'il réunit ; si ce qu'il souffre prouve qu'il est homme , la manière dont il le souffre démontre qu^il est Dieu. S'il tombe dans Faccablement et dans la tristesse, c'est quand il prend ma place vis-à-vis de la justice de Dieu, qui exige la punition du péché ; c'est quand il est seul, prosterné devant son Pèrc^ et qu'il lutte contre lui pour le désarmer. Hors de là, et dans le temps même que ses ennemis déploient contre lui toute leur fureur, il leur fait sentir qu'ils ne sont que les exécuteurs des volontés du Très-Haut, il leur donne les preuves les plus éclatantes de son indépendance et de son pouvoir suprême. Il parle de ses disciples et de sa nation , comme lisant dans les cœurs et dans l'avenir; une seule de ses paroles renverse les soldais qui le cherchent. Quand ses mains sont clouées à une croix , c'est alors qu'il agite, qu'il secoue la terre , qu'il rébranle jusque dans ses fondements, qu'il ouvre les tombeaux, qu'il déchire le voile du temple, et qu'il couvre le soleil d'un voile lugubre , phénomène reconnu par les Gentils et regardé par eux-mêmes comme inexplicable. Et ce haut cri qu'il jette n'annonce-t-il pas à l'univers que c'est volontairement et de lui-même qu'il remet son âme entre les mains de son Père? Tous ces prodiges réunis ne forcent-ils pas la raison à conclure, avec le centenier, que celui-là était véritablement Fils de Dieu ? (Lecoz.)
15. Ils prirent donc le corpsj V entourèrent de parfums et V enveloppèrent dans un linceul sans souillure, comme les Juifs ont coutume d'en-sevelir. — ^Le prodige delà résurrection de Jésus-Christ est si étonnant, si décisif^ qu'on n'a rien oublié pour en combattre la réalité et en obscurcir l'éclat; mais il est inouï que le sanhédrin, que les rabbins, que les sophistes grecs ou romains aient jamais imaginé de dire que Jésus-Christ n'était pas mort, et qu'ainsi il avait été facile de le faire passer pour ressuscité. D'après tout ce qui nous reste des anciennes disputes des apologistes de la religion et de ses adversaires , on voit que jamais la controverse n'a roulé sur la réalité de la mort de Jésus^ et que des deux côtés elle était regardée comme indubitable. Or, après la croyance la plus antique et la plus invariable des chrétiens , des Juifs et des païens , on ne saurait être reçu aujourd'hui à élever sur ce point le doute le plus léger. Et certes, si Ton se rappelle que Jésus^
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après une flagellation cruelle ^ resta suspendu sur la croix pendant trois heures^ baigné dans son sang^ au milieu des plus horribles tourments; que son côté fut transpercé d'une lance ; qu'avant de le descendre de la croix on s'assura s1l étiil mort; qu'il fut déposé dans le sépulcre , enveloppé de linges, sous une grande quantité d'aromates , qui seuls auraient sufQ pour assurer sa mort , lors même qu'il eût été plein de vie, on demeurera convaincu que sa mort est un fait constant et à jamais indubitable. Aussi n'a-t-on jamais dit que deux choses : ou qu'il était ressuscité, ou que ses disciples avaient enlevé son corps du sépulcre. Nous dirons bientôt quel est le mérite de celte dernière supposition. (Frayssinous.)
18. Comme le jour de la préparation finissait y et que le sépulcre était proche^ Joseph y déposa le corps de Jésus. — Si Ton compare ce qui se passe au tombeau de Jésus- Christ avec ce qui s'est passé au lieu de sa naissance, quels rapports étonnants on découvre entre ces deux mystères! A Bethléhem, comme sur le Golgotha, c'est une grotte taillée dans la pierre vive, et une place plus étroite pour y coucher le Fils de Dieu. Dans Tétable, je vois Joseph , le chaste époux de la plus pure des vierges ; au sépulcre, je trouve Joseph d'Arimathie, qui , lui aussi, tient lieu de père au Sauveur du monde, l'enveloppant dans un suaire comme le premier l'avait enveloppé dans des langes. C'est la nuit qu'il naît pour être soumis à la mort ; et c'est la nuit qu'il renaît pour ne plus mourir. A Bethléhem, il vient au monde, son auguste mère demeurant toujours vierge; à Jérusalem,» sortdu tombeau sans rompre le sceau apposé sur la pierre qui en fermait l'entrée. Les premiers à qui sa naissance est annoncée, ce sont des pasteurs veillant à la garde d'un troupeau ; ce sont aussi des pasteurs, les gardiens de la bergerie sainte, auxquels on court d'abord apprendre la nouvelle de sa résurrection. On lui apporte des parfums quand il vient de naître; on arrive avec des parfums quand il vient de ressusciter. Quarante jours après sa naissance, le Fils de Dieu est porté à Jérusalem, il entre dans le temple de Dieu, et le vieillard Siméon le reçoit entre ses bras avec un transport d^allégresse ; quarante jours après sa résurrection , il est porté dans la Jérusalem céleste, ferebatur in cœlum, il entre dans le véritable Saint des saints, et l'Ancien des jours, celui qui l'a engendré avant l'aurore le reçoit avec un transport divin dans son sein paternel.
(Saint Épiphane.) 18. Comme le jour de la préparation finissait, et que ce sépulcre était prochcy Joseph y déposa le corps de Jésus. - Le mystère de la sépulture
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de Notre-Seigneur est encore la manifestation et la preuve d^autres mystères non moins impoitants. D'abord ce sépulcre n'est ni la ()roprioté de sa famille, ni la sienne : c*est une concession qui lui est faite par la piété d'autrui. Chose surprenante, dit Théophilacte, le Fils de Dieu fait homme n'eut pas de berceau à sa naissance, il ne posséda pas de maison en propre durant sa vie mortelle, et maintenant après sa mort, il n'a pas non plus un lieu de sépulture qui lui appartienne! Hais Tamour incomparable qui porta le Fils de Dieu, selon l'expression de saint Paul, à se faire pauvre, quoiqu'il fût riche, et à naître, à vivre et mourir dans la plus extrême misère pour notre instruction, notre exemple et notre consolation , fut encore, d'après le sentiment des saints Pères, une preuve de sa grandenr et de sa divinité. Après tout, ditOrigène, le linceul qui enveloppe le corps du Seigneur est blanc, le sépulcre qui le reçoit est neuf, la pierre qui le recouvre est grande, parce qu'autour d'un Dieu tout doit respirer la pureté, la nouveauté et la grandeur. Saint Augustin ajoute qu'évidemment Jésus-Christ n'a éié déposé dans un tombeau appartenant à autrui , que parce qu'il est mort pour le salut d'aulrui. Aux autres hommes, mortels par euxmêmes, appartient pour ainsi dire la mort, et le lieu de leur sépulture est en quelque sorte leur propriété. Jésus-Christ, pour qui la mort n'était pas une condition nécessaire, n'avait pas besoin d'un tombeau à lui. Quel besoin avait d'une tombe celui qui ne devait y demeurer que trois jours comme dans un lit de repos? (Le R. P. Ventora.)
18. Joseph déposa le corps de Jésus dans le sépulcre; e/, ayant roulé une grande pierre à Ventrée, il s'en alla.^ Jésus-Christ , par sa mort^ avait satisfait à la justice divine pour tout le genre humain, et préparé aux générations présentes et à venir les moyens d'arriver au salut Mais pour les élus des générations passées, il fallait en outre les arra* cher à la puissance ennemie et briser leurs fers : car ils étaient enchaînés dans les ténèbres et dans les ombres de la mort. Quant à leur nombre, nous dit l'Écriture , ils étaient par milliers et par centaines de milliers. Parmi eux se trouvait Adam, le premier qui sortit des mains de Dieu, le premier qui mourut de mort naturelle, et le plus oublié de tous; après lui venait Abel, son fils, image du Messie tant par sa piété que par sa mort violente et injuste. Là se trouvaient aussi Noé, Abraham, Isaac, Jacob^ et tous les patriarches, avec Moïse , Daniel , Jérémie , Jonas, et tous les prophètes; là le roi David et son fils Salomon ; là enfin l'illustre Jean-Baptiste, précurseur de Jésus-Christ chez les morts ^ comme il Favait été sur la
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terre : et tons demandaient à Dieu de bâter les temps et d*abréger la durée de leur long exil. Touché de leurs prières et pressé de les délivrer, le Sauveur , tandis que son corps repose dans le sépulcre , descend avec son âme sainte dans les abîmes de la terre; arrivé à cette prison si longtemps fermée, il en brise les portes, et Téclaire tout entière des rayons de sa mnjesté divine. Ne vous semble-t-il pas entendre cette multitude de justes captifs s'écrier avec une surprise mêlée d'espérance : Quel est donc ce roi de gloire? et les anges qui accompagnent le Fils de Dieu leur répondre : C'est le Maître des vertus, c'est le Dieu puissant et invincible dans les combats 1 Ne vous semble-t-il pas entendre Jésus-Christ lui-même leur dire ensuite , C'est moi , ne craignez point? A cette parole du divin Libérateur, tous les fers sont tombés d'eux-mêmes, tous les liens ont disparu , et la puissance des ténèbres est enchaînée à son tour, et entraînée malgré sa résistance, pour relever l'éclat du triomphe de son vainqueur. Pour moi , il me semble voir en outre THomme-Dieu s'avancer jusqu'à nos premiers parents, les prendre par la main et leur dire : Levez-vous, vous qui dormez de ce long sommeil ; sortez de cet état d'anéantissement, contemplez la lumière du Christ : il est tout à la fois votre Dieu et votre Fils ; il a payé pour vous, et la faute première est réparée. Et vous tous, mes amis et mes frères, j'ai satisfait pour vous à la justice divine et vaincu ceux qui vous retenaient sous leur puissance : levez-vous donc» et sortons d'ici. (Saint Épiphane.)
19. Or Marie-Madeleine^ et Marie mire de Jacques j avaient suivi Joseph d'Arimathie^ et étaient W, assises devant le sépulcre^ regardant oA Ion mettait le corps de Jésus, et comment il était placé. — Et Marie, l'auguste Hère de ce Fils crucifié, mort et enseveli, où se trouvait-elle en ce moment si douloureux? Vers quel lieu s'était-elle dirigée avec le glaive de douleur dont son âme sainte était transpercée? Dans quelle retraite isolée cette seconde victime de notre rédemption continuaitelle d'offrir à Dieu les angoisses de son martyre? Ne vous étonnez pas, chrétiens, si l'on vous dit que Marie a été martyre; si elle ne l'a point été dans son corps, elle Ta été dans son ftme; et comme de toutes les blessures celles de l'âme sont les plus douloureuses, nous n'hésitons pas à proclamer cette Vierge de douleur la reine des martyrs.... Mais, me dira-t-on peut-être , est-ce qu'elle ne savait pas d'avance que son Fils devait mourir? Elle le savait indubitablement. Est-ce qu'elle n'espérait pas qu'il ressusciterait sous peu de jours? Elle en était assurée. Et malgré cela elle ressentit une telle douleur de sa mort? Oui^ et celte
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douleur fut pour elle un martyre ineffable. Quoi! le Fils de Dieu luimême, pour qui Tavenir élail sans voiles, a pu souffrir et mourir; et Marie, sa Mère, n'aurait pas pu compatir à ses douleurs?
(Sai?it Bernard.) 23. Ordonnez donc que le sépulcre soit gardé jusqu'^au troisième j'our^ de peur que ses disciples ne Venlèvent furtivement, et ne disent qu'il est ressuscité d'entre les morts. — La raison qu'ils allèguent n'est pas celle qui les inquiète et qui les amène auprès du gouyemeur. Qu'ont-ils à craindre des disciples de Jésus? Quelle influence exercent-ils dans la nation et même dans le p^Jbple ? Quelle résistance ont-ils apportée au jardin de Gethsémani? Quel tumulte ont-ils excité devant le prétoire de Pilate? Quelle sédition ont-ils fait craindre sur la montagne du Calvaire? Quelles clameurs menaçantes ont-ils proférées? Qui a ouvert la bouche en faveur de Jésus-Christ, à l'exception du larron crucifié à sa (Iroite? Mais pour les disciples, en a-t-on même vu un seul? — Pierre, leur chef, est allé jusque dans la cour de Caïphe. — Oui, pour tremblera lavoix d'une femme qui lui adresse une question; pour renier son Maître; pour protester avec tous les serments qu'il ne le connaît pas, qu'il ne sait pas même de qui on veut lui parler. Quant aux autres, ont-ils osé ouvrir la bouche, même pour parler entre eux? Pourquoi iraient-ils enlever le corps et proclamer la résurrection d'un séducteur qui se serait joué de leur crédulité et de leur bonne foi? Et quand bien même ils le feraient, qui voudrait les croire- sur leur simple parole? D'ailleurs, est-ce que tous les habitons de Jérusalem, et tous les Israélites qui s'y trouvaient en ce moment, ne se sont pas levés comme un seul homme pour provoquer et pour acclamer ce qui a été fait? Évidemment, ce ne sont point les disciples , mais Jésus-Christ lui-même qu'ils redoutent. Mais puisqu'il est mort... Juifs aveugles, vit-on jamais employer nos soldats pour bloquer un sépulcre , et pour se garantir d'un ennemi qui a cessé de vivre? Ne voit-on pas, au contraire et toujours, l'inquiétude etla crainte disparaître, la haine elle-même s'amortir et s'éteindre , lorsque, au lieu d'un ennemi dangereux, on n'a plus devant soi qu'un cadavre? Si Jésus-Christ n'est qu'un pur homme, soyez sans inquiétude sur celte parole qu'il a dite : Je ressusciterai le troisième jour. S'il n'est qu'un homme, il restera dans la mort; et vous, attendez le troisième jour en toute sécurité. Soyez même sans scrupule : car, s'il n'est qu'un homme, vous avez bien fait de le crucifier. Mais s'il est Dieu en même temps qu'il est homme, vous avez grandement raison de craindre l'accomplissement de ce qu'il a dit tou. chant sa résurrection. Dans ce cas encore, ne latiguez point le gouverni. «*
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neur, laissez les gardes tranquilles , et vous-mêmes n'allez pas inutilement au sépulcre : car sa résurrection , vos armes ne l'empêcheront point; le sceau que vous apposerez sur la pierre ne sera point pour elle un obstacle; vos soldats ne Tarréteront points votre argent ne la préviendra point. N'espérez jamais avoir le dessus en luttant contre Dieu. (Saint âsiphiloque.)
ÉLÉVATION
* Oui^ mon Dieu l vous vous êtes attaché votre peuple par des liens bien étroits^ et nous sonunes bien plus particulièrement à vous depuis que vous nous avez arrachés à l'empire du tyran auquel nous nous étions asservis. A qui appartiendrions-nous ^ si ce n'esta celui qui, après nous avoir créés^ est venu ensuite à notre secours pour briser les fers dont nous étions incapables de nous affranchir, après avoir consenti à les prendre? Votre côté ouvert par la laace d'un soldat, est devenu une source vivifiante d'où sortent les eaux pures qui désaltèrent si bien ceux qui viennent y puiser. Nous nous approcherons de cette source divine, et nous vous dirons comme la Samaritaine : « Donnez-moi, Seigneur, de cette eau, aiin que je n'aie plus soif. s>Nous n'attendrons pas^ pour vous reconnaître comme notre souverain Maître, ce jour terrible où la nature ébranlée manifestera votre puissance : comme les saintes femmes qui vous avaient suivi jusqu'au Calvaire, comme ce pieux Joseph qui se déclare tout à coup votre disciple , sans crainte de la haine de ceux qui vous avaient condamné, nous attendrons votre règne. On est bien fort. Seigneur, lorsqu'on attend véritablement ce règne; on est bien faible, au contraire, quand on n'espère rien qu'en ce monde, et qu'on croit tout perdre en perdant des biens périssables. Nous approcherons de votre croix pour entendre de vous des paroles si tendres et si persuasives qu'elles nous rendront capables de vaincre toutes les difficultés : nous ne tremblons que parce que nous sommes loin. A vos pieds, Seigneur, nous sentirons qu'il n'y a rien de pénible, rien d'amer pour celui qui embrasse votre croix.