‹ La vie de n. s. Jésus-Christ: ou les saints évangilesChapitre 161 sur 179 · Jésus leur dit : Avez-vous ici quelque chose à manger · texte numérisé non relu

Jésus leur dit : Avez-vous ici quelque chose à manger

40. Et ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé et un rayon de micK

11 . Et lorsqu'il eut mangé devant eux , prenant ce qui restait , il le leur distribua.

12. Et il leur dit de nouveau : La paix soit avec vous. Cîomme mon père m'a envoyé, ainsi moi-même je vous envoie^.

13. Et ayant dit ces paroles, il souffla sur eux*, et leur dit ; Recevez l'Esprit- Saint :

1 4. A ceux à qui vous remettrez les péchés, les péchés seront remis; et à ceux à qui vous les retiendrez, ils seront retenus^.

* t 8. nseroyaleolJasqu'ai'anoerUiii point, puisqu'ils étalent remplis de Joie. Mais cette crojaDce n'était pas exempte de doute. C'est pour cela qu'il est dit qu'ils ne croyaient pas encore, parce qu'ils n'avaient pas la foi qui est incompatible avec le doute. Us étaient charmés de le voir, mais ils doutaient si ce n'était pas une illusioa ou un songe. — Saint Augustin lisait ici : El adhitc trepidantibus et mirantibus prœ fuudiût Et comme ils tremblaient encore, et que la joie les mettait hors d'euxmêmes. Ils tremblaient craignant de prendre un fantôme pour une réalité. Saint Pierre, à qui Jésus-Christ était déjà apparu, ne devait partager ni cette crainte ni oe manque de foi*

* f it* C'est-à-dire pour la même Oo, qui est le salut des hommes ; avec uœ portion de la môme autorité, pour propager et gouverner l'Église; aux mêmes cou* di lions, qui sont de préciser par la parole et par l'exemple, comme aussi d'être prêts à tout souffrir pour la gloire de Dieu et le salut du monde; enOn, avec la promesse de la même récompense et de la mèoie gloire.

' y 13. Ce sourfle de Jésus est le symbole de rEsiivrlt-Salat» qu'il commence à leur donner, et dont il les remplira le jour de la Pentecôte.

* i ih C'ebt-âi-dire Dieu pardonnera les pt^chés à ceux à qui vous les remettrez

4711. CXTIl.

Thomas anlem miot «X duodcctin qui dicitnr Ptdymus, non erai cain eis quandô vcail Jema.

Dizeront erpb ci alii ciiscipuli : Vidiinns Do« rcinum. Ule «0(601 diiit «is : Ni»i videro in mani* ba» ejas fiiuram claroram , el mitUm digitum m^am in locum claTOrnm, H mit ta m ma* num mcam in latos ejos, non credam.

El post dies oclo, i(«riim eranl di<>ci|)ali ejas tniùs. el Thomas cum eu. Venit Ji'siis jantiis clansis, el »telit in medk>, et diiJl : Pax robis.

Driodè dixit ThomaB t In fer digitum luatn bùc, «t vide manui mpas, et aiFer manuin Inam , et mille in lalos mi'ora, et noii esse incredolos, seJ fidelia.

Respondit Thomas, et dbii ei : Dominna 1 «i Deos mens?

Diiit ei Jesna t Qm'a

-viilisti me, Thoma, cre- 4îd4fiti ; bcali qui non videront, et credid«nuit.

LA TIE DE N. S. JÉSUS CUTI TST. 403

15. Or Thomas appelé Didyme, un des douze, n'était pas avec eux quand Jésus vint*.

1 6. Les autres disciples lui dirent donc :

Nous avons vu le Seigneur, II leur répondit : Si je ne vois dans ses mains Touverture faite par les clous, et si je ne mets mon doigt dans cette ouverture, et ma main dans son côté, je ne croirai point ^.

17. Huit jours après, les disciples étant encore dans le môme lieu et Thomas avec eux, Jésus vint, les portes étant fermées; et, debout au milieu d'eux, il leur dit : La paix soit avec vous.

18. Puis, il dit à Thomas : Avancez votre doigt : voici mes mains; approchez votre main et mettez-la dans mon côté; et ne soyez plus incrédule, mais fidèle.

19. Thomas, élevant la voix, lui dit ; Mon Seigneur et mon Dieu I

20. Jésus lui dit : Vous avez cru , Thomas, parce que vous avez vu. Heureux ceux qui n'ont point vu et qui ont cru.

par rabsolaUon, après avofr entenda la déclaration qu'ils tous en auront faite eux-mêmes, et après vous être assurés de la sincérité de leur conversion. Ces paroles s'adressent» en la personne des apôtres, à tous ceux qui doivent leur succéder dans leur ministère par une ordination légitime.

* f iS. Ttiomas, qui était absent, a-t-il reçu le pouvoir de remettre et de retenir les péchés? Oui,^ nous dit saint Cyrille, par la même raison que Eldad et Médad reçurent, quoique absents, le don de proptiétiser. — Voici le passage des nombres : Et le Seigneur descendit en la nuée, et prenant de l'esprit qui était on Muïse, il en donna aux soixante-dix des anciens dMsraël, et ils propliétisèrent. Or, deux de ces vieillards étaient demeurés dans le camp, l'un s'appelait Eldad, et l'autre Médad; l'esprit se reposa sur eux, et ils n'étaient point allés au tabernacle.

^ t 16. Cette incrédulité et celle défiance de la part des apôtres nous indiquent suffisamment qu'ils n'ont pu être trompés sur la vôrilé de la résurreclioQ de Jésus- Christ.

401 lA VIE TE N. S. JÉStS CHRIST. cn.cxrii.

Muiiû qui.iem et aiia 21 . Jésus fit cncore , en présence de ses

s'gn* fecit Jésus in con- *

rm^'^qoiS^nor.^nl dîscîples , bcaucoup (l'aulfes prodiges qui

scrip;. in libre hoc. ^^ g^^j p^j^^^ ^^^jj^ ^^^^ ^^ jj^,^,^

iiacc auiem .crîpu gg, ^aJs ceux-cî ottl été écrlts, afin que

d.T; "'. ?t' «':!)«;«"! vous croyiez que Jésus est le Christ, Fils de

mineejon. Uieu ; et qu en croyant vous ayez la vie en son nom.

2. Jésus vinty et, debout au milieu (Teuj, il leur dit : La paix soit avec vous. — Voilà le bien précieux el le trésor inestimable que Jésus* Cbrisllaisse à la terre^ la paix ; voilà le fruit de ses souOrances, le grand ternie de ses desseins^ le complément de toutes ses œuvres, le grand objet de ses discours avant de monter vers son Père, le vœu suprême qui met le comble à ses vœux, la paix. Mais quelle est donc celle paix, avant lui si longtemps prédite, et par lui si souvent annoncée? Qui ne sent (|ue Jésus-Cbrist ne parle point ici de la paix donnée par le monde, paix toujours trompeuse dans ses debors, fragile dans ses fondements, stérile dans ses effets ; de cette paix imaginaire qui peut suspendre les ressentiments^ et ne les éteint pas ; de ce simulacre de paix qui consislo à ne point se nuire; ni même enfln de celte paix politique, qui, éloignant de nos frontières le fer de Tennemi, laisse au dedans toutes les passions vivantes, plus redoutables mille fois que les hostilités étrangères? Non, ce n'est point là sans doute le céleste présent que devait apporter au monde le souverain pacificateur : un don plus noble et plus parfait est descendu du Père des lumières, c'*est la sainte union des âmes, c'est l'intime concorde que dépeint le prophète et qui de plusieurs cœurs n'en fait qu'un seul; c'est cette paix qui s'embrasse avec la justice; c'est cette nouvelle alliance où il n'y aura plus qu'un seul corps comme un seul pain, un seul esprit comme unseul baptême j cette alliance tout intérieure, dont la grâce est la source, dont la joie est le fruit, dont l'Espril-Saint est le lien. Tel est Théritage sans prix dont nous fait tous participants le prince de la paix ; tel est le touchant caractère auquel il veut que Ton reconnaisse ses disciples; telle est enfin cette divine paix que Jésus-Christ donne à ses apôtres, et à laquelle il ne tieiit qu'à nous de participer nous-mêmes. (Db Boulogne.)

€H. cxvTi. LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 4C5

6. Et ayant dit cela, il leur montra ses mains, son côté et ses pieds. — - Pourquoi le Sauveur appelle-t-il ainsi raltention de ses apôtres sur les traces que les instruments homicides ont laissées sur son corps ? N'est-ce pas évidemment pour les conyaincre à jamais que son corps, après la résurrection, est bien le même qui fut attaché à la croix et déposé dans le tombeau ? Soyons donc bien convaincus, nous-mêmes, que la résurrection de la cbair n'est pas un Tain enseignement, et que nous devons tous, après le sommeil du tombeau, nous retrouver dans notre propre chair. Sans doute ce ne sera plus la cbair animale, assujettie aux vicissitudes, aux besoins, aux convoitises et aux passions de la vie présente; mais, si nous sommes au nombre des justes , ce sera la chair toujours docile aux mouvements de l'Esprit de Dieu. Car après la résurrcclion générale, Taiguillon du péché sera émoussé aussi bien que celui de la mort. Ce sera la chair ennoblie, douée de facultés nouvelles, jouissant de l'agililé des esprits ; mais toujours est-il que ce sera le même corps, absolument le même, sauf qu'il sera alors revêtu de rimmortalité. (Tite, évêque de Bostres.)

12. Comme mon Père m^a envoyé, ainsi moi-même je vous envoie. — Cest comme s'il leur disait: Comme j'ai été sur la terre l'envoyé de mon Père, vous allez être mes envoyés parmi les hommes; comme le Père était en moi, se réconciliant le monde, je serai en vous, y exerçant moi-même un ministère de réconciliation; comme ceux qui me voient voient mon Père, ceux qui vous verront me verront aussi, et vous serez sur la terre les images de ma personne, et les plus vives expressions de ma puissance et de mon autorité; comme c'était le Père qui , demeurant en moi, opérait toutes mes oeuvres, ce sera moi qui, demeurant en vous, opérerai toutes les vôtres : qui baptiserai, qui donnerai le Saint-Esprit, qui parlerai devant les princes et les rois; comme le Père m'avait choisi avant la naissance des siècles, et que tous ses desseins éternels de miséricorde sur les hommes se rapportaient à moi, je vous ai choisis dès le commencement du monde, et tous mes desseins ' éternels sur mon Église ne roulent que sur vous ; comme le Père m'a donné toute puissance, je vous donne aussi les clefs de la mort et de la vie, du ciel et de l'enfer ; et je vous laisse une puissance qui paraîtra . même surpasser la mienne. Le Père m'a fait asseoir a sa droite, et m'a soumis tous mes ennemis: je vous forai asseoir sur douze trônes pour juger les tribus d'Israël. Le Père m'a rendu témoignage du haut du ciel, en paraissant sur une nuée magnifique; et je paraîtrai un joi. 4ans les airs, assis sur une nuée de gloire^ environné de tous les ansr^ ,

406 LX VIE DE N. 8. JÉSUS-CHRIST. es. cxnu

du ciel; pour vous rendre témoignage devant les nations assemblées. Enfin, comme j'ai glorifié mon Père sur la terre, vous allez me glorifier,, confesser mon nom^ et le porter dans tout Tunivers jusqu'à la consommation des siècles. Hais comme la. mission que j'ai reçue de mon Père a été le principe et le fondement de toute mon autorité et de toute ma grandeur, la mission que vous recevez aujourd'hui de moi va élre aussi le seul fondement de la vôtre» « (Hissillon.)

II. A ceux à qui vous remettrez les péchés, les péchés seront remis; et à ceux à qui vous les retiendrez ^ ils seront retenus. — Gardez-vous bien, chrétiens, de désespérer jamais de votre salut; ne dites pas : Je suis mort, quelle espérance de vie peut-il me rester? j'ai tant de péchés! comment puis-je en espérer le pardon? Nous avons un médecin plus puissant que toutes les maladies; un médecin à qui elles cèdent toutes, et qui n'a besoin pour les vaincre que d'une seule parole; un médecin qui peut et veut vous rendre la santé. Vous n'existiez pas, c'est lui qui vous a fait naître; aujourd'hui que vous existez, à plus forte raison peut-il vous animer de nouveau. Pour faire l'homme, il n'a eu besoin que d'un peu de terre; et de ce limon informe est sorti le mécanisme le plus admirable et le plus étonnant. Ck)mment cela sVst-il fait? il vous est impossible de le dire. Il vous est également impossible

de m'cxpliquer l'opération de la grâce dans l'absolution du péché

Gomme la flamme dévore et consume Therbe desséchée, de même, et avec une puissance bien autrement grande, la miséricorde consume le péché, le détruit jusque dans sa racine, et rend celui qui a péché semblable à celui qui est sans reproche. Je suis chargé d'iniquités, me dites-vous. — Ehl qui est sans péché? — ^Personne n'en a jamais commis de semblables. — G'en est assez de cet aveu fait au prêlre, pour en obtenir le pardon. Gonfessez donc vos péchés, quelque nombreux qu'ils soient; confessez-les, ce sera pour vous un commencement de conversion. Abimez-vous dans la douleur, laissez couler vos larmes, et livrez-vous tout entier à la confiance. (Saint Jean-Ghrysostôme.)

14. A ceiUD à qui vous remettrez les péchés, les péchés seront remis; et à ceux à qui vous les retiendrez, ils seront retenus. — Ge pouvoir d» lier, les princes de la terre l'exercent aussi, mais sur les corps seulement; le lien spirituel, au contraire, s'étend à l'âme qu'il rattache an ciel; l'acte du prêtre sur la terre. Dieu le confirme dans le séjour de sa gloire, et le maître i*atifie la sentence qu'a rendue le serviteur»

CH. czyn. LA YIE DE IC. S. JÉSUS-CHHIST. 407

C'est d^une puissance surnaturelle que Dieu a reyêtu ses ministres ici-bas. A ceux à qui tous remettrez les péchés, leur dit-il, les péchés seront remis ; et i ceux à qui vous les retiendrez, ils seront retenus* Y a-t-il un pouvoir plus grand que œlui-làt Le Père a donné au Fils tout pouvoir de juger; ce pouvoir, le Fils Ta transmis aux prêtres; ce grand empire, qu'ils doivent à sa libéralité^ semble en taire des habitants du del, supérieurs à toutes les faiblesses de la nature humaine^ et alTrancbis du joug des passions terrestres. Si jamais un roi venait à accorder à un de ses sujets le droit de jeter dans les fers et d'en retirer qui bon lui semblerait, de quelle considération et de quels égards cet homme ne serait-il pas environnét Et celui que Dieu a revêtu d'uoe puissance toute céleste, d'une puissance d'où dépend le sort éternel de rhomme, on croira pouvoir le juger à sa fantaisie et le mépriser! Erreur et folie l folie manifeste de repousser avec dédain le seul moyen que nous ayous d'arriver au salut et à la jouissance des biens qui nous ont été promis. Car s'il est impossible d'entrer dans le royaume des cieux à moins d'avoir été régénéré par Teau et par l'Esprit ; si celui qui ne mange pas la chair et ne boit pas le sang du Seigneur est privé de la vie éternelle, comment le pécheur arrivera-t-il à ceindre la couronne d'immortalité sans le ministère du prêtre! Cest le prêtre qui nous régénère par le baptême; c'est le prêtre qui est le dispensateur de nos saints mystères; c'est donc par lui aussi que vous devez être réconcilié avec Dieu. (Saint Jean-Cabysostôme.)

14. Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. —Saisissez bien la différence qui existe entre le sacrement de la pénitence et celui du baptême. 11 n'y a qu'un baptême, dit le saint apôtre: et une fois donné, il ne se répète plus ; au lieu que les portes de la pénitence sont toujours ouvertes. Venez dix fois, venez cent fois, venez mille fois : la puissance de l'Église n'est point épuisée. Cette parole sera toujours véritable : Tout ce que vous pardonnerez sera pardonné. Je ne vois ici ni terme prescrit, ni nombre arrêté, ni mesure déterminée. La fontaine du saint baptême est appelée dans les Écritures, selon une interprétation, une fontaine scellée, fons signalus. Vous vous y lavez une fois; on la referme, on la scelle; il n'y a plus de retour pour vous. Hais nous avons dans TÉglise une autre fontaine de laquelle il écrit dans le prophète Zacharie ; a En ce jour, au jour du Sauveur, en ce jour où. la bonté paraîtra au monde, il y aura une fontaine ouverte à la maison de David et aux habitants de Jérusalem pour la purification du pé-

408 LA Vl£ DE N. S. JESUS-CHRIST. CB. cxvii.

cheur, » Ce n'est point une fontaine scellée, qui ne s'ouvre qu'avec réserve, qui n'est point permise à tous, parce qu'elle exclut à jamais ceux qu'elle a une fois reçus : c'est une fontaine non-seulement publique, mais toujours ouverte, et ouverte indilTéremment à tous les habitants de Jérusalem , à tous les enfants de l'Église. Elle reçoit toujours les pécheurs ; à toute heure et à tout moment, les lépreux peuvent venir se purifier dans ces eaux toujours.fécondes en prodiges.

(BOSSCET.)

15. Or Thomas, un des douze^ n'était point avec eux lorsque Jésus riw^— Saint Thomas est le seul qui, dans une conjoncture aussi essentielle que celle-là, ne communique point avec sos frères. Tel est l'esprit de singularité; et je prétends, chrétiens, que cet esprit est le principe le plus ordinaire de l'incrédulité. Car voilà une des plus communes sources d'où procèdent mille désordres qui corrompent ou qui allèrent dans les esprits des hommes la pureté de la foi. Qui fait dans le monde tant de libertins en matière de créance? l'affectation d'une vaine et orgueilleuse singularité dont les libertins se piquent Us croient qu'il leur sufflt d'être singuliers, pour avoir plus de lumières el plus de raison que les autres. Ne pas penser comme les autres, et parler autrement que les autres; dire ce que personne n'a osé dire, et rejeter ce que tout le monde dit : voilà en quoi consiste celte supériorité d*esprit dont ils se flattent; voilà tout le secret de leur libertinage. Et sur quoi s'appuient-ils et se fondent-ils pour secouer le joug de la foi ? sur leur propre sens, à l'exclusion de toute autre règle. (Bocrdaloue.)

16. Si je ne vois dans ses mains l'ouverture faite par les clous , et si je ne mets mon doigt dans cette ouverture » et ma main dans son côté, je ne croirai point. — Non-seulement saint Thomas se sépara des apôtres, mais dans le doute où il était de la résurrection de son Maitre, il se préoccupa et conclut d'abord qu'il ne croirait pas. Quelle raison eut-il de s'en déclarer de la sorte? point d'autre, dit saint Chrysostôme, qu'une prévention aveugle qui lui fit prendre parti, sans savoir pour, quoi, et qui l'engagea à contester et à nier une vérité, avant que de s'en éclaircir et de s'en instruire. En effet, s'il eût agi prudemment, son premier soin devait être d'approfondir la chose : il se serait appliqué à en bien peser toutes les circonstances, il aurait écouté avec attention ce que lui disaient les disciples , et , sur un témoignage exprès et si unanime, il eût au moins suspendu son jugement. Mais de commencer par une déclaralion aussi formelle que celle-là, et, sans avoir rien examiné I dire absolument^ Je ne croirai pas, ce ne peut être le lan-

en. €i>ii. LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 409

gage que d'un esprit prévenu ; et c'est aussi le second désordre ((ue j*ai à combattre. Combien y a-t-il de ces esprits prétendus forts dont tout le raisonnement surcertains articles de la religion se réduit à cette parole de saint Thomas! Ils n'ont jamais pénétré la difficulté de ces questions^ et peut-être à peine la conçoivent-ils ! Bien loin d'en avoir fait une étude exacte, ils avouent souvent que ces matières ne sont pas de leur ressort; ils n'ont nulle évidence et nulle démonstration du contraire , et toutefois ils n'en disent pas moins hardiment : Je ne croirai pas. En faut-il davantage pour les confondre? Ce qui les rend inexcusables devant Dieu^ c'est que sur tout le reste ils auront^ si vous voulez, delà docilité. Proposez à un monda in de ce caractère tes opinions les plus paradoxales d'une nouvelle philosophie qui fait bruit et se répand, il vous écoutera sans préoccupation ; mais parlez-lui d'une vérité de foi , il semble qu'il soit en garde contre Dieu , et qu'il ait droit de tenir pour suspect son témoignage. N'y a-t-il pas en cela un abandonnement visible àce que l'Écriture appelle sens réprouvé? (Bourdaloue.)

16. Si je ne vois je ne croirai point. — Vous ne croyez pas les

mystères de la religion parce que vous ne les concevez pas, parce que TOUS voulez mesurer toute chose par vos sens, parce que vous ne voulez déférer ni vous en rapporter qu'à vos yeux, parce que vous dites comme cet apôtre incrédule , Si je ne vois, je ne croirai rien ; conduite pleine d'ignorance et d'erreur : voilà le fondement de votre infidélité. Mais moi^dans ma créance, dans la foi que j'ai embrassée et pour laquelle je suis prêt à verser mon sang , je me fonde sur le témoignage de Dieu même, sur les principes de sa providence et de sa sagesse, sur la vérité de mille prophéties, sur un nombre presque infini de miracles,sur l'autorité des plus grands hommes de tous les siècles, des hommes les plus sensés, les plus éclairés, les plus irréprochables et les plus saints. Je me trouve en possession d'une foi qui a opéré tant de merveilles dans l'univers, qui a triomphé de tant de rois et de tant de peuples, qui a détruit et aboli tant de superstitions, qui a produit et fait pratiquer tant de vertus, qui a eu tant de témoins , qui a été signée par le sang de tant d^ martyrs, qui s'est accrue par les persécutions même, et contre laquelle toutes les puissances de l'enfer et de la terre n'ont pu prévaloir et jamais ne prévaudront : telles sont les raisons qui m'y attachent. Or, de ces raisons et des vôtres, jugez encore une fois quelles sont les plus solides, les plus capables de déterminer un esprit droit, et de le fixer. (Bourdalocb.)

«fO LA VIE DE N. 6. JÉSUS-CHRIST. CB. ex <

18. Ne soyez plus incrédule^ mais fidèle.— Quand je vois d'un coup d'œil tout ce que les siècles chrétiens ont eu de plus grands hommes, de génies plus élevés, de savants plus profonds et plus éclairés, lesquels, après une vie entière d'étude et une application infatigable , se sont soumis avec une humble docilité aux mystères de la foi; ont trouvé les preuves de la religion si éclatantes, qu'il leur a paru que la raison la plus fière et la plus indocile ne pouvait refuser de se rendre; Tout défendue contre les blasphèmes des païens ; ont rendu muette la vaine philosophie des sages du siècle , et fait triompher la folie de la croix de toute Térudilion de Rome ou d'Athènes, — il me semble que pour revenir à combattre des mystères depuis si longtemps et si uni* versellement établis; que pour être, si j'ose m'exprimcr ainsi, reçu appelant de la soumission de tant de siècles, des écrits de tant de grands hommes, de tant de victoires que la foi a remportées, du consentement de tout l'univers, en un mot, d'une prescription si longue et si bien affermie, il faudrait ou de nouvelles preuves qu'en n'eût pas encore confondues , ou de nouvelles difûcultés dont personne ne se fût encore avisé , ou de nouveaux moyens qui découvrissent dans la religion un faible qu'on n'avait pas encore découvert. 11 me semble que, pour s'élever tout seul contre tant de témoignages, tant de prodiges, tant de siècles, tant de monuments divers, tant de personnages fameux, tant d'ouvrages que les temps ont consacrés, que toutes les attaques de l'incrédulité ont rendus d'âge en âge plus triomphants et plus immortels; en un mot, tant d'événements étonnants, et jusque-là inouïs, qui établissent — la foi des chrétiens, il faudrait des raisons bien décisives et bien évidentes , des lumières bien rares et bien nouvelles, pour entreprendre ou d'en douter ou de les combattre. Hors de là on aura drcnt de nous regarder comme un insensé qui viendrait tout seul défier de loin une armée entière, seulement pour faire ostentation de son vain défi et se parer d'une fausse bravoure.

(Massuxon.)

19. Thomas, élevant la voix, lui dit : Mon Seigneur et mon Dieu ! ^ Saint-Thomas, pour réparation de son incréduUté, a donné au monde trois illuskes preuves de sa foi ranimée et ressuscitée. Car il l'a confessée hautement en reconnaissant Jésus-Christ pour son Seigneur et iK>u Dieu. Il l'aprêchée apostoliquement en convertissant les peuples , et, malgré les efforts de l'idolâti'ie, en leur persuadant que Jésus-Christ était le vrai Dieu; et il l'a consommée saintement, en s'immolant luimême et souffrant une mort cruelle pour le nom de son Dieu... Quand

vois un apôtrepercéde traits comme saint Thomas, tout ensanglanté

CB. cxTn. LA TIE DE N. 8. JÉSUS-CHRIST. 411

et tnourantpour confirmer la foi qo^il annonce, je me disà moi-même : Quel autre intérêt que celui de la Térité ponyait l'engager à souffrir da la sorte et à s'immoler? II fallait qu'il fût bien persuadé d'une religion qui lui coûtait si cher à défendre; il fallait qu'il en eût des preuves bien fortes : et a qui, d'ailleurs, puis-je plus sûrement et plus sagement m'en rapporter qu'à celui même qui dut avoir été témoin oculaire de ce qu'il nous a appris et de ce qu'il a soutenu avec tant de constance? Son témoignage, surtout en de pareilles conjonctures, est donc une conviction peur nous; comme son exemple est encore une instruction qui nous montre en quelles dispositions nous devons être nous-mêmes à l'égard de la foi. ' (Bourdaloue.)

20. Bienheureux ceux qui n'ont point m et qui ont cru. — Nos pères, les chefs du troupeau sacré, les saints apôtres enfin, qui ont annoncé le Sauveur du monde, non-seulement l'avaient vu de leurs yeux, mais encore l'avaient touché de leurs mains. Quant à nous, le Seigneur a Toulu nous réserver le don précieux de la foi. Comme l'un de ses disciples qui le touchait, afin de s'assurer par ses mains et par ses doigts de la vérité de sa résurrection, s'écriait en reconnaissant cette vérité^ Tous êtes mon Seigneur et mon Dieu! il lui adressa ces paroles : Vous avez cru parce que vous avez vu. Puis en vue de ce que nous serions un jour, il ajouta : Bienheureux ceux qui ont cru sans avoir vu. Ainsi nous croyons sans avoir vu , et seulement pour avoir entendu ; sous ce rapport, nous avons été proclamés bienheureux par Jésus-Christ lui-même, et nous serions tout à fait dépourvus de justice : Le Seigneur 6'est montré aux Juifs dans son corps sacré, et les Juifs l'ont mis à mort; il n'est point venu visiblement parmi nous, et pourtant nous Pavons accepté pour notre Dieu. Un peuple que je ne connaissais point, a dit le prophèle, m'a rendu un culte; et pour avoir seulement entendu parler de moi , il s'est soumis à mon empire. Nous sommes ce peuple; et nous serions tout à fait dépourvus de justice? Il n'en peut être ainsi. Nous possédons quelque justice; montrons-nous-en reconnu 'ssants envers Dieu, afin d'obtenir ce qui nous manque encore, el d^ ne point perdre ce que nous avons déjà. (Saint ÂtGUSTiN.)

21. Heureux ceux qui rC ont point vu et qui ont crul—CQ n'est point proprement la vue des miracles qui donne à un esprit cette paix et cette tranquillité dont nous parlons : c'est la simple soumission à la loi. Les apôtres avaient vu tous les miracles que Jésus-Christ avait opérés pendant sa vie, et cependant ils n'en furent pas moins troublés

4iS LA YIE DE K. S* JÉSUS-CHEIST. eu. cxvii.

au temps de sa Passion ; après sa résurrection même , quoiqu'il leur eût tant de fois apparu, leurs esprits n'étaient pas encore bien assurés, et le Sauveur en montant au ciel fut obligé de leur reprocher leur incrédulité. Ce qui les confirma , ce fut ce don de foi et de soumission que le Saint-Esprit leur apporta du ciel, lorsqu'il descendit visiblement sur eux. Or, sans avoir vu, je puis avoir cet esprit de soumission aussi bien que les apôtres, et même encore plus que les apôtres, parce qu'il y a bien plus de soumission à croire sans avoir vu qu'à croire quand on a vu. Ainsi je puis être, dans Texercice de ma foi, encore plus heureux que les apôtres. (Bourdaloue.)

ÉLÉVATION

C'en est fait. Seigneur, le doute n'est plus permis à vos disciples, ils ne pourraient plus désormais persister dans leurs hésitations sans devenir infidèles. Us vous avaient vu ; ils avaient entendu cette voix bien connue leur reprocher comme autrefois leur incrédulité et la dureté de leurs cœurs, parce qu'ils n'avaient point cru ceux qui Ta* valent vu ressuscité. L'un d'eux, plus incrédule encore, obtient de votre bonté le témoignage le plus éclatant de votre résurrection, et rend enfin hommage à la vérité par ces paroles si pleines de foi : <k Mon Seigneur et mon Dieul o Nous imiterons cette foi si sincère de Thomas, bon Sauveur; comme lui, nous vous dirons : Mon Seigneur et mon Dieu! soyez à jamais béni de vous être manifesté à nous^ d'avoir donné à ceux que vous aviez élus et à leurs successeurs la puissance si merveilleuse et si consolante de rendre à nos âmes l'innocence que leur avait donnée le baptême , et que le péché nous avait fait perdre. Nous aurons souvent recours à ce moyen de rendre à votre image que vous aviez mise en nous toute sa beauté primitive. Nous ferons régner dans nos cœurs et autour de nous la paix que vous apportiez du ciel à vos disciples , afin que par vous , Seigneur, nous méritions d'être enfin délivrés des tentations sans nombre qui nous assiègent pendant le cours de notre vie, et d'éviter les rigoureux châtiments qui attendent le pécheur au jour du dernier jugement.

Gaogle

Page 1