‹ La vie de n. s. Jésus-Christ: ou les saints évangilesChapitre 2 sur 179 · Et les disciples firent ce que Jésus leur ordonnait · texte numérisé non relu

Et les disciples firent ce que Jésus leur ordonnait

6. Et, selon la parole de Jésus, ils trouvèrent une ânesse et un ânon attachés dehors devant une porte , à l'angle de deux chemins.

7. Et comme ils les déliaient, les maîtres, qui se trouvaient là , leur dirent : Pourquoi les déliez-vous?

8. Et ils répondirent, comme Jésus le leur avait ordonné : C'est parce que le Seigneur en a besoin. Et les maîtres le leur permirent *.

9. Et ils conduisirent à Jésus l'ânesse et l'ânon ; et ils étendirent dessus leurs vêtements, et firent monter Jésus, et Jésus s'y assit *.

* f 4. Confêiîlm dimUtet tôt ne Tetit pas dhne, comme quelques-uns l'ont soutenu. U Ut rtnvtrra aprèt t*tn éîrt twfsi, mtiB auttUôi on vout ptrmeitra dé mt let amtntr. Ce qui arriva en effet, comme il est dit plus bas : Et Itt maUrttle leur permirtfU.

* t ^' Voir d-après les explications de Bossuet sur ce point.

* t 9- Jésus-Christ monta-t-il sor rânease et sur le poulain ou sur le ponlaia seulement ? Zacharie ne laisse aucun doute» quand il est dit : Monté sur unt ânêt$ê et tur un poutain, (Ut dt Vdntttt. C'est sur l'ânesse qu'il serait monté d'abord, et sur le poulain qu'il aurait fait son entrée à Jérusalem. U y a dans le grec: ivtKiBin Inàm ocOrAy, inttdU tuptr tôt, il 8*asslt sur eux (tour à tour).

CB. UUXJII.

Hoc ralem Mmn fae* tima est , nt adimpleictw qaoïl dietnm est per PropheUm dlcentem : Dicite filûe Sion :

* NoK timerc ; * ecce Rex tnin venit tibi muuoe-

a «m , et poUam (Uiam

Hbc non oofnow»

nul djscipali ejut primiim : sed qaando glori> ficalns est Jetas . tnnc recordai i «inl qnia hcc «rant acrifita dt te, «l Laec fecenml et.

Tettiaontan erg6 p«rhihebat tnrba, qaas erat can eo, ^aado I ■■■ noi vocatil de monomente, et aiucitayit «ut I mortain

Proptereli et obTiam Tenil ei tarba » qaia antenai eomfifiw boe aignam.

* Eonte «ntem iDo, * plarima <Biiui atnw»nnit vetttmenta aoa in tiA ; alu anlem e»debant ramos de arboribna, et sleraebaot in vîA,

* Et com appropinqwret jam ad descenwm mOQlis Oliveti, cœ-

LA TIE DE N. S. 1ÉSUS4:HRTST. S

40, Or, tout cela se fit pour accomplir ce qu'un prophète avait écrit * : Dites à la fille de Sion * : Ne craignez point , fille de Sion ; voici votre roi qui vient à vous plein de douceur, assis sur une ânesse, et sur le poulain , fils de Tânesse , qui est sous le joug ».

1 1 . Les disciples ne comprirent point cela d'abord ; mais lorsque Jésus fut glorifié, alors ils se souvinrent que ces choses avaient été écrites de lui, et qu'on les avait accomplies à son égard.

12. Et le grand nombre de ceux qui étaient avec lui, lorsqu'il appela Lazare du tombeau et le ressuscita d'entre les mortS; rendaient témoignage.

43. C'est pour cela que la foule vint audevant de lui , parce qu'elle avait appris qu'il avait opéré ce miracle.

4 4. Lorsque Jésus se fut mis en marche, un grand nombre étendirent leurs vêtements le long du chemin : d'autres coupaient des rameaux aux différents arbres, et en jonchaient son passage.

4 5. Et comme il arrivait à la descente de la montagne des Oliviers , ses disciples,

^ f 10. Voici les paroles da prophète Zacbarîe : Tressaille d'allégresse, fille de Sion; pousse des cris de joie, fille de Jérusalem : voilà que ton roi viendra vers toi, juste et sauveur, lui-même pauvre, monté sur une ànesse et sur un poulain, fils de rânesae.

^ f 10. Cest-à-dire à la ville de Jérusalem.

* f 10. Selon les Pères, râncsse qui a porté le Joug représente la nation Juive^ et le poulato indompté figure le peuple gentil.

I lurbc clkr ciputoniiD gandcnlnlnudareDemn voce magnâ sDp«r omnibat, qnatvideraiit , virtniika*. Di- Centes : Bcnedktos qoi tenit rei in nomine Domini, pai in coelOf et gloria in ezcel»is*

Et qoidam Pharisaoran d« tnrbis, diieruni ad illam : Magisler , incrapa ditcipnloa iaoa*

QoibiM ipie ait : Dico TObis, qaia si lii tarneriat, lapides clamabont.

*Tarb» antem quaa praBcedebant, cl qa« m-

Soebantar, clamabant, iccntea: HoMona lilio David : benediclot qui Ttnil in nomine Domini : hosanna in altia-

k Bfoedictam qood fanit regnam patrb ao*> tri David.

•Et Ht appropinqnavit, videns civil »tem fle« vil fuper iUam, dicana :

Qoia si fogr.ovtsMi et to« cl qoidem in bac die toâ, qna: ad pacein tibi !

nnnc aolem abscondiU •ont ab ocalis tuia«

LA TIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. cif. Lxxxiii.

pleins de joie , se mirent tous ensemble à louer Dieu à haute voix, de toutes les merveilles qu'ils avaient vues , disant : Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur I Paix dans le ciel I Hosanna jusqu'au plus haut des cieux I

16- Et quelques-uns des Pharisiens, du milieu de la foule, dirent à Jésus: Mattre, imposez silence à vos disciples.

1 7. Jésus leur répondit : Je vous déclare que, s'ils se taisent, les pierres élèveront la voix *.

18. Et la. foule qui précédait Jésus, et celle qui le suivait, poussaient des cris de joie, disant : Hosanna I Gloire au fils de David, qui vient au nom du Seigneur ! Ho* sanna jusque dans les cieux I

19. Béni soit le règne de David notre père, qui va commencer!

20. Quand Jésus fut près de Jérusalem, voyant cette ville , il pleura sur elle en disant :

21. Si, toi aussi, tu avais connu, et même, en ce jour qui s'oflFre encore à toi , si tu reconnaissais ce qui serait ton salut ' ! Mais maintenant tout cela est cacbié à tes yeux.

* f 17. Il veut indiquer par là aux Pharisiens quMl est tellement conforme à la vulonté de Dieu que sa gloire soit maintenant publiée, que si ses disciples, c*est-àdire tous ceux qui le suivent, gardent le silence, les païens eui-mémes cbanteront ses louanges.

* t 21. C'est-à-dire mon arrivée, si tu reconnaissais ton roi, tu ne périrais pas.

(Saiitt Augustin.)

CB. Lxmii. LA VIE DE N. 8. JÉSUS-CBRIST. 5

Qosa Ttnient dii^t in gg. Viciidront DOUF toî dcs jours où tes

t«« et rimimHabant te t ^

îîrd!bL«\î^'e\taL'^ ennemis t'environneront de tranchées*; fr'îd'"i*riL°"p1Xrî ils t'environneront et te presseront de tous

aent te et fiUoe laos qui a f • i 11

intenint, et non re- cotcs ] et ils te Tcnverseront dans la nous-

linqDcnl in te laptucm '^

«on 'JïlJi^l.'ûiî^ sière, toi et tes ûls qui seront dans tes murs ; rwtaboBistwe. ^j jjg ^^ laisscrout pas de toi pierre sur

pierre, parce que tu n'as point connu le temps où tu as été visitée.

* f 9i. On reconnaît dans celte prophétie la ligne de circonvaUation que Titat fit tirer autour des murailles de Jérusalem pour la tenir bloquée.

6. Et, selon la parole de Jésus, ils Irouvèrenl une dnesse et un ânon attachés dehors devant une porte, à Vangle de deux chemins* -* Jésus avait prévu jusqu'aux moindres détails ; et comme il voulait accomplir toutes les prophéties^ une secrète Providence exécutait tout le reste. Il se trouva précisément un vaisseau où il y avait du vinaigre ; il se trouva une éponge dans laquelleon lui pouvait présenter a la croix le vinaigre où on la trempa : on l'attacha au bout d'une lance, et on la lui mit sur la bouche. La haine implacable de ses ennemis que le démon animait^ mais que Dieu gouvernait secrètement, fit tout le préparatif nécessaire pour Vaccomplissemenl de la prophétie. Ainsi , dans cette occasion, Fânesse et l'ânon se trouvèrent à point nommé près du lieu où devait se faire la célèbre entrée. Le maître les laisse aller; on met Jésus dessus, sans savoir ce qu'on fait; une soudaine joie saisit le peuple; les cris s'ensuivent; et Dieu agit secrètement, non pas sur deux ou sur quatre, ce que l'on pourrait attribuera quelque concert, mais sur toute la multitude et jusque sur les enfants, parce quMl était encore ainsi prédit. Si les plus petites choses s'accomplissent, tout , jusqu'à l'ânon et l'ânesse, et jusqu'au vinaigre, que crains-tu , chrétien? et peux-tu douter des magnifiques promesses qui t'ont été faites ? Jésus a tout va, tout prévu, pensé à tout, tout préparé : marche en confiance , et ne crains rien. (Bossuet.)

14. lorsque Jésus se fut mis en marche , tin grand nombre étendirent leurs vêtements le long du chemin; d'autres coupaient des rameaux aux

6 LA TIE DE N. 8.,JÉSUS-CHR1ST« CH. Lxxxiiu

afférents arbres^ et en jonchaient son passage, etc. — Ea cetle occasion, il plut au Sauveur de laisser éclater Tadmiration que les peuples avaient pour lui. C'est pourquoi ils accoururent au-devant de lui avec des palmes à la main, criant hautement qu^il était leur roi, le yrai fils de David qui devait venir, et enfin le Messie qn^ils attendaient. Les enfants se joignirent à ces cris de joie, et le témoignage sincère de cet âge innocent faisait voir combien ces transports étaient véritables. Jamais peuples n'en avaient tant fait à aucun roi : ils jetaient leurs habits par terre sur son passage , ils coupaient à Tenvi des rameaux verts pour en couvrir les chemins, et tout Jusqu^aux arbres, semblait vouloir s'incliner et s'abattre devant lui. Les plus riches tapisseries qu'on ait jamais tendues à rentrée des rois n'égalent pas ces ornements simples et naturels. Tous les arbres ébranchés pour Tnsage qu'on vient de voir, tout un peuple qui se dépouille pour parer en cette manière le chemin où passait son roi, fait un spectacle ravissant. Dans les autres entrées, on ordonne aux peuples de parer les rues, et la joie, pour ainsi dire , est commandée. Ici tout se fait par le seul ravissement du peuple. Rien au-dehors ne frappait les yeux : ce roi pauvre et doux était monté sur un fioon, humble et paisible mouture; ce n'était point sur ces chevaux fougueux, attelés à un chariot , dont la fierté attirait les regards* On ne voyait ni satellites, ni gardes, ni IHmage des villes vaincues, ni leurs dépouilles ou leurs rois captifs. Les palmes qu'on portait devant lui marquaient d'autres victoires : tout l'appareil des triomphes ordinaires était banni de celui-ci. Kais on voyait à la place tes malades qu'il avait guéris et les morts qu'il avait ressuscites. La personne du roi et le souvenir de ses miracles faisaient toute la recommandation de cette fête. Tout ce que Part et la flatterie ont inventé pour honorer les conquérants dans leurs plus beaux jours cède à la simplicité et à la vérité qui paraissent dans celui-ci. On conduit le Sauveur avec cette pompe sacrée par le milieu de Jérusalem jusqu'à la montagne du temple. Il y paraît encore comme te seigneur et comme le maître, comme le fils de la maison , le Fils du Dieu qu'on y sert» ainsi que nous verrons. Ni Salomon, qui en fut le fondateur, ni les pontifes, qui officiaient avec tant d'éclat , n'y avaient jamais reçu de pareils honneurs. Arrêtons-nous ici , et donnons-nous le loisir de considérer le détail de œ grand spectacle. (Bossubt.}

15. Et, pleins de joie, ses disciples^ en différents groupes, se mirent à louer Dieu à haute voix. — Ces fervents disciples, transportés de zèle pour la personne de leur Maître, n'attendent pas qu'il soit aux portes

CM.LxnilU LA YIB BR N. S. JÉSUSCURIST. 1

de la ville pour se disposer à le receyoir; au premier bruit qu'ils enteodenl de sa Tenue; ils sortent de leurs maisons et, par respect, ils Tiennent au-devant de lui. De plus , ils se présentent à lui , les uns portant des branches de palmier, et les autres avec des branches d'olivier, quMls coupaient sur la montagne, selon la remarque expresse de rÉvangile. Or, la palme est le symbole de la victoire, et Tolive est le signe delà paix. Sous ces deux symboles, l^prit-Saint nous enseigne que nous ne devons point approcher de Jésus-Christ, si nous ne portons la palme en témoignage de la victoire que nous avons remportée sur le péché, et Tolive pour signe de la paix que nous avons conclue avec Dieu. (BoubiMlloub.)

16. Et quelques-uni des Pharisiens, du milieu de la foule ^ dirent à Jésus : MaUrSf imposez silence à vos disciples* — La jalousie les dévorait; et pendant que jusqu'aux enfants, tout criait qu'il était le fils de David, ils lui disaient : Haitre, réprimez vos disciples; entendez-vous bien ce quMls disent? 11 leur répondit deux choses. Tune : N'avez-vous jamais lu ce qui est écrit? Vous avez tiré la louange la plus parfaite de la bouche des petits enfants et de ceux qui sont à la mamelle. Vous devez-vous donc étonner si, dans un flge plus avancé, les enfants rendent à Dieu , en ma personne , des louanges et un témoignage plus éclatant! Si vous aviez la simplicité et la sincère disposition d'un flge innocent, vous loueriez Dieu comme eux; comme eux vous honoreriez celui qu'il envoie , mais votre envie , votre fausse gloire , votre hypocrisie et votre fausse politique vous en empêchent. Dépouillons-nous de tous ces vices , et revêtons-nous de l'innocence et de la simplicité des enfants, pour chanter sincèrement et purement les louanges de Jésus-Christ. Le Sauveur répondit encore au reproche des pontifes et des docteurs de la loi : 1^ ceux-ci se taisent , les pierres mêmes crieront Dieu est assez puissant, disait Jean-BSaptiste, pour faire naître même de ces pierres des enfants à Abraham , et des cœurs les phB endurcis, en faire de vrais lldèles. Le temps devait Tenir, et il était venu, que la gloire de Jésas-Cbrist retentirait si hautement par toute la terre, que les Gentils 8*assemUeraient à cette Toix, et que Dieu serait adoré par un peuple qui jusqu'alors ne k connaissait pas, et qol dormait endurci dans son péché. O pierres , 6 cœurs endurcis, éveillez-Tons et attendrissez-TOUS à cette parole du SauTeurl

(Bossoir.)

19. Béni soit U règne de David, notre père, qui ra commencer. — Voilà donc ce règne admirable prédit dans les psaumes, et tous les

8 LA VIE DE N. 8. lÉSUS-CHRIST. ce. humiU

peuples gagnc^s au Sauveur par le charme de sa parole et par la grâce répandue sur ses lèvres. Le prophète y ajoutait celle de la vérité qu'il annonçait, de la justice dont il était le parfait modèle, de la douceur et de la bonté avec laquelle il guérissait tous les malades, ne faisant servir sa puissance que pour le soulagement des malheureux et de tout le genre humain. Qui jamais avait régné de cette sorte? Hais c'est ainsi que Jésus régna. Ainsi sa doctrine et ses miracles firent tout Teffet extérieur qu'ils devaient faire naturellement sur tous les esprits. On le suivait, on l'admifait, on lui applaudissait, on le recevait avec des cris de joie ; il n'y avait que ses envieux qui frémissaient et néanmoins D^osaient parler. Hais d'où vient donc quUl eût si peu de véritables disciples? D'où vient que les cris qui renvoyaient à la croix : crucifiezle, crucifiez-le, suivirent de si près ceux qui le célébraient comme le fils de David? Et que Ton compte à peine six-vingts hommes parmi les frères, c'est-à-dire parmi les disciples qui se renfermèrent dans le cénacle pour recevoir le Saint-Esprit? Cest que les disciples de Jésus- Christ ne sont pas ceux qui l'admirent, qui le louent, qui le célèbrent, qui le suivent même à Textérieur et jusqu'à un certain point, mais ceux qui le suivent au-dedans et partout , qui observent tous ses préceptes, qui portent sa croix, qui se renoncent eux-mêmes, et le nombre en est petit, et il faut, outre les attraits de la parole et les miracles, une parole intérieure que tout le monde ne veut pas entendre, et un miracle qui change les cœurs dont notre orgueil et notre mollesse entpêchent PefTet. (BossuET.)

20. Quand Jésus fut près de Jérusalem, voyant cette ville^ il pleura sur elle. — Ce jour où le Fils de Dieu, accompagné de ses disciples, entra dans Jérusalem avec tant de solennité et au milieu des acclamations publiques, ce jour de la visite du Seigneur, c'était, selon l'expression de Jésus-Christ même, le jour de cette ville incrédule, parce que c'était en ce jour de grâce que le Sauveur des hommes venait répandre sur elle un nouveau rayon de sa lumière, et faire un dernier effort pour l'éclairer et la convertir, n prévoyait de quek malheurs l'infidélité de ce peuple serait suivie, le profond aveuglement où il tomberait, les désolantes extrémités où Tennemi le réduirait, le ravage affreux qui le ruinerait de fond en comble et le détruirait, la haine de toutes les nations qu'il encourrait. Tristes, mais immanquables effets de son opiniâtre résistance à la voix du ciel et aux pressantes recherches de la divine miséricorde 1 Voilà, disje, ce qu'il avait en vue ce Rédempteur

en. Lxzxiii. LA VIE DE N. S. JÉSOS-CHRIST. f

dUsraël, et ce qu'il eût voulu prévenir en amollissant la dureté de ces cœurs jusque-là toujours rebelles^ en les touchant par sa présence.

(BOL'RDALOUE.)

21. Si toi aussi, tu avais connu, et même en ce jàup* qui s'offre encore à toi, si tu reconnaissais ce gui serait ton salut/ Mais maintenant tout cela est caché à tes yeux. — Suivons Jésus et apprenons de saint Luc ce qu'il fit en descendant vers Jérusalem, et en approchant de ses portes et en la regardant. Dans les malheurs de Jérusalem que Jésus-Christ prédit, nous voyons ceux des âmes qui périssent. 11 viendra, dit Jésus, un temps malheureux pour toi où tes ennemis t'environnerontde tranchées, ils t'enfermeront et te serreront de toutes parts. Ainsi arriverat-il a Jérusalem de point en point; on sait les effi-oyables travaux que firent les Romains, et cette muraille qu'ils élevèrent autour de cette ville malheureuse, qui la serrait tous les jours de plus en plus, ce qui causa rborrible famine que tout le monde attendait, où les mères mangeaient leurs enfants. Ainsi en arrivera-t-il à Tâme pécheresse, serrée de tous côtés par ses mauvaises habitudes. La grftce ni le pain de vie n'y pourront plus trouver d'entrée; elle périra de faim, elle sera accablée de ses péchés et il ne restera plus pierre sur pierre. Etrange état de cette ftme, renvei sèment universel de tout Tédifice intérieur ! Plus de raison ni de partie haute, tout est abruti, tout est corps, tout est sens, tout est abattu entièrement à terre. Qu'est devenue cette belle architecture qui marquait la main de Dieu? 11 n'y a plus rien, il n'y a plus pierre sur pierre, ni suite ni liaison dans cette âme, nulle pièce ne tient à une autre et le désordre y est universel. Pourquoi? Le principe en est 6té, Dieu, sa crainte, la conscience, ces premières impressions qui font sentir à la créature raisonnable qu'elle a un souverain. Ce fondement renversé, que peut-il rester en son entier? A ce triste spectacle Jésus ne peut retenir ses larmes. Si tu savais! b ftme, si tu savais! Il n'achève pas, les sanglots interrompent son discours, sa langue ne peut exprimer Taveuglement de cette ftme. Si tu savais ! du moins en ce jour qui t'est encore donné et où Dieu te visite par sa grâce. H y a un jour que Dieu sait, après lequel il n'y a plus pour l'âme aucune ressource, parce que, dit Jésus, tu n'as pas connu le temps où Dieu te visitait. Quand une lumière intérieure te montrait tes crimes, quand tu es invitée à donner gloire à Dieu et que tout crie en toi qu'il faudrait se donner à lui (comme en ce jour de la visite de Jérusalem, tout le monde et jusqu'aux enfants criaient : ô fils de David !), si tu n'écoutes, le moment passe, cette grâce si vive et si forte ne reviendra plus. Tout ceci est caché à tes yeux. Si ton cœur est appesanti, tes yeux sont fermés et

10 LA VIE DE N. S. JESVS^IHRIST. cm. Lxxxiil.

obscurcis , tes passions l'aTcuglent, un \oile obscur est sur tes paupières, un affreux assoupissement les appesantit. mon âme l Jésus en pleure et tune te pleures pas toi-même? Pleure, pleure, ô spirituelle Jérusalem 1 pleure ik perte du moins en ce jour que le Seigneur te visite d^une manière si admirable ; si jusqu'ici tu as été insensible à ta propre perte, pleure aujourd'hui et tu vivras! Ne perds aucun moment de grâce, parce que tu ne sais jamais si ce ne sera pas le dernier qui sera donné. (Bossoir.)

22* Viendront pour toi des jours oi tes ennemis fenvironneront de tranchées; ils t'environneront et te presseront de tous côtés. — - Titus» voyant qo*il serait difficile d'empécber les sorties, attendu que soa armée ne suffisait pas pour entourer toute la ville (Jérusalem), fut d'avis qu'on Tentourât comme d'un mur. Il commanda aux principaux chefs de partager ce travail entre les différentes légions; et Ton vit aussitôt dans toute Tannée une émulation qui semblait avoir quelque chose de surnaturel. Ce mur commençait au camp des Assyriens» où ce prince avait pris son quartier, continuait jusqu'à la nouvelle ville basse ; et^ après avoir traversé la vallée de Cédron, allait gagner la montagne des Oliviers, qu'il enfermait du c6lé du midi jusqu'au rocher du Colombier, ainsi que la colline qui était au-dessus de la vallée de Siloê, d'où tournant vers l'orient il descendait dans cette vallée où est la fontaine qui en porte le nom. De là il allait gagner le sépulcre du grand sacrificateur Ananus, environnait la montagne où Pompée s'était autrefois campé, retournait ensuite vers le septentrion, allait jusqu'au bourg d'Érébintbon, enfermait le sépulcre d'Hérode du coté de Torient, et de là regagnait le lieu où il avait commencé. Tout ce circuit était de trente-neuf stades, et il y avait treize forts dont le tour était de dix stades; mais œ qui paraît incroyable, et qui est digne des Romains, c'est que ce grand ouvrage, qui apparemment aurait eu besoin de trois mois pour s'exécuter, fut coounenoé et achevé en trois jours. (Josèphb.)

22. Et ils te renverseront dans la poussière^ toi et les enfants qui se-^ ront dans tes murs. — Les Juifs se voyant alors entièrement renfermés dans la ville, désespérèrent de leur salut. La famine, qui croissait foujours, dévorait des familles entières. Les maisons étaient pleines des corps morts des femmes et des enfants, et les rues de ceux des vieillards. Les jeunes, tout enflés et languissants, allaient en chancelant à chaque pas dans les places publiques : on les aurait plutôt pris pour des spectres que pour des personnes vivantes, et la moindre chose qu'ils

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rencontraient les faisait tomber. Ainsi ils n^avaient pas la force d'enterrer les morts; et quand ils l'auraient eue, ils n'auraient pu s'y résoudre, tant à cause de leur trop grand nombre^ que parce qu'ils ne savaient combien il leur restait encore à eux-mêmes de temps à TÎyre. Si quelques-uns s'eiTorçaient de rendre ce devoir de piété, ils expiraient presque tous en s'en acquittant; d'autres se traînaient comme ils pouvaient jusqu'au lieu de leur sépulture pour y attendre le moment de leur mort qui étaitsi proche. Au milieu d'une si affreuse misère, on ne voyait point de pleurs, on n'entendait pas de gémisse* ments, parce que cette horrible faim dont l'âme était entièrement occupée étouffait tous les autres sentiments. Ceux qui vivaient encore regardaient les morts avec des yeux secs, et leurs lèvres toutes enflées et toutes livides faisaient voir la mort peinte sur leurs visages. Le silence était aussi grand dans toute la ville que si elle eût été ensevelie dans une profonde nuit, ou qu'il n'y fût resté personne. Dans une telle misère, ces scélérats, qui en étaient la principale cause, plus cruels que la faim et que les bêtes les plus furieuses, entraient dans ces maisons devenues des sépulcres, y dépouillaient les morts, leur étaient jusqu'à leur dernier vêtement, et, ajoutant la moquerie à une si épouvantable inhumanité, perçaient de coups ceux qui respiraient encore, pour éprouver si leurs épées étaient bien tranchantes ; mais en même temps, par une cruauté toute contraire, ils refusaient avec mépris de tuer ceux qui les en priaient, ou de leur prêter leurs épées pour se tuer eux-mêmes afin de se délivrer des maux que la famine leur faisait souffrir. Les mourants, en rendant rftme, tournaient les yeux vers le temple. (Josèphb.)

22. Et ils fie laisseront pas de toi pierre sur pierre. — La guerre avait tellement ravagé cette contrée autrefois si favorisée de Dieu, qu'il ne lui restait plus la moindre marque de son ancienne beauté , et que déjà l'on pouvait demander, dans Jérusalem même, ofi était Jérusalem. Les soldats , ayant pénétré dans la ville , tuaient sans distîDdion tous ceux qu'ils rencontraient et brûlaient toutes les maisons avec ceux qui y étaient restés. Ceux qui entraient dans quelques-unes pour piller les trouvaient (deines de cadavres que la mort y avait entassés. Le carnage cessait vers le soir, et l'embrasement augmentait durant la nuit. Lorsque l'armée romaine, qui ne se serait jamais lassée de tuer et de piller, ne trouva plus sur quoi continuer à exercer sa fureur, Titus commanda de ruiner toute la ville de Jérusalem jusque dans ses fondements, à la réserve du pan de mur qui regardait Tocci-

12 LA VIE DE N. S. JÉSDS-CHRIST. en. lxixiii

dent, où il avait résolu de faire une citadelle, et des tours d'Hippîcos, de Chazaël et de Marianne, parce que, surpassant toutes les autres en hauteur et en magnificence, il voulait les conserver pour faire connaître à la postérité combien il fallait que la valeur et la science des Romains dans la guerre fussent extraordinaires pour avoir pu se rendre maîtres de cette puissante ville qui s'était élevée à un tel comble de gloire. Cet ordre fut si exactement exécuté, qu'il ne parut plus aucune marque qu'il y eût eu des habitants. Telle fut la fin de Jérusalem.

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