‹ La vie de n. s. Jésus-Christ: ou les saints évangilesChapitre 20 sur 179 · CHAPITRE LXXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXVIII

1-0. Jém cosUnu« dTenseigoer dans le Temple; il confond lee Pharisiens an snjet da tribot k pajer h César. — 10-23. U confond en^oiu les Saducéens loochanl la rteirrecUon des morU (mardi saini, quatrième année de la vie pobliqae dn Sanvear).

Math.^XXII, 15-33; Maec, XII, 13-17; Luc, XX, 80-39.

*Tane abenotes Pbarisci. constUom inierant nt espèrent enm in ser-

Et observantes miseront inskdiatores • qoi se jvstos ftimalarent , k qnosdam ex Phariiseis, *discipulos sQOs, cam Herodianis, *al traderent illom principatni et potcstati prcsidiSi

k Qai TenSentas dicant ei : * Magister,scimos c^aia Terai es, et vis m Del in verilale doces, et non est tibi tara de aliquo: non enim respicb penonam bominom :

* Die ergb nobis, qnid tibi videtur, Ucet censnm dare Ccsari, ^«n non dabimns?

i . Alors les Pharisiens, s'étant retirés à récart, cherchèrent entre eux un moyen pour surprendre Jésus dans ses paroles*.

2. El, se tenant en observation, ils envoyèrent quelques-uns de leurs disciples avec des Ilérodiens * lui adresser une question insidieuse en feignant d'être des hommes justes, afin de le livrer aux magistrats et au pouvoir du gouverneur.

3. Étant venus à Jésus, ces envoyés lui dirent: Maître, nous savons que vous êles vrai dans vos paroles, et que vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité, sans vous inquiéter de qui que ce soit, car vous ne considérez point la qualité des personnes.

4. Dites-nous donc ce qu'il vous semble de ceci : Nous est-il permis de payer le tribut à César, ou devons-nous ne point le payer * ?

* fi* 6r. onotç avT^y )roeycJiii<rtt9ci» tv i^/u, ui ium UlaquearêtU in i$rmone, afin de l'enlacer dans un discours (captieui). — Afin de le surprendre dans ses paroles, présente un sens différent et qui semble n*ètre plus le véritable.

' t ^- C'est-à-dire des gens de la cour d'Hérode le tétrarque, prince fort attaché aux intérêts de Teœpereur romain.

' t 4. Le peuple juif s'était nourri de cette pensée, qu il ue pouvait pas être assujetti à des infidèles. Si Jésus-Christ eût décidé contre le tribut, ses ennemis le

*CogDitâ anlemJefOi neqaitiA eonim , ait t Quid me lenUlis, bjpo* crit«?

Oslendite roibi imlaûma cendb, ^ot wir desm. 'Ai illi oblolenint ei denariam.

Et ailillUJnsus : Caja»

«t imafro hc€, el rapetfcriplio ?

Dicant ei : Gaesaria.

Hinc ail iMia : BeddiM ergô qoœ sunl Crsarisi CiMari I et qtua amt Dei»

Dco.

*Et non potnernntTerbum ejna reprdieadera coram plèbe ; et mirali in respoDso cjus , Ucuenint; *et relicto eo, •biernnu

In illo die accpsserunt ad nm SaddoraBÏ, qui dicunt non c*se re&orrectionem, el inlerrogave* nint eum , * dicentës :

M»gi»ter, Moyscs tcripsil nobis I

*Si qnis, " babena nzofem, roortoQS faeril, et bic sine librris ftierit » nt accipiat eaœ frater ejus ozorem , et Mucilet ie« men fralri jiuo.

*Ersnt autem apnd noa aeplem fratres : et primna, more duel à, de* ivnclus est; et noa babius semen, reliqait auorem suana fralri aao«

^ElMcandas aocepît eaœ, et mortauaest ; neo iste reliqait semen.

CH. LXXXTIII.

LÀ VIE DE N. S. lÉSUS-GHRIST.

5. Mais Jésus, connaissant la malice et la duplicité de leurs cœurs, leur dit : Hypocrites, pourquoi me tentez-vous?

6. Montrez-moi la monnaie du tribut, que je la voie. Ils lui présentèrent un denier.

7. Et Jésus leur dit : De qui est cette image et cette inscription ?

8. Ils lui répondirent : De César. Alors il leur dit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu *.

9. Et iisne purent incriminer cette parole devant le peuple, et, admirant sa réponse, ils se turent, le laissèrent et s'en allèrent.

10. Ce môme jour vinrent à Jésus quelques-uns des Saducéens , qui nient la résurrection , et ils l'interrogèrent en ces termes : Maître, Moïse a écrit dans notre loi :

11. Si quelqu'un, ayant une femme, meurt sans laisser de postérité, que le frère du mort en épouse la femme et suscite des enfants à son frère.

12. Or, il y avait parmi nous sept frères; et le premier, ayant pris une femme, mourut sans enfants, et laissa sa femme à son frère

13. Le second, l'ayant prise , mourut également sans enfants ;

livraient entre les mains <la gouTerncur ; et s'il eût dit qa*il ne fallait pas payer le tribut, ils eussent eicité le peuple contre loi. (Bossukt.)

* t ^* Rendez à César ce sur quoi il a imprinaé son effigie, oonme chose sur 1a-> quelle il a droit ; mais souvenez-vous en même temps que vous-mèmee vous avez é\é gt66s à l'image et ii la reasemblanœ de DJea, et qu'ainsi vous vous devez à loi.

Bt UrliwMinaitw»

^Et accepenurt cam Hmiliter seplem : et non reliqneronl semeo. JVo- Tiisima omnium de- AucU est al mnlicr.

^In resotrectione ar> go, cam reourrexarint, * cojiis erit da i>«|>tera nxor? omna* enim ba> bnanint aam.

Bftpondcm anlem Ja* sus, ait illia : Fjrratis «Mciant^kScri plnra», ne^na rirlntemPei

* Filii hojm secnli nnboat, al tradantnr ad Boptiai. Illi verb , qui digni habalrantor sacolo illo , et ra&nrraclione as mortuis, neqoe nubenl, ■aqnadnccntBzoKst

luUrkinori poteniot : laqualcs enina Angrlis Mintt et filii gant Pei, eùm siat filii i raciîonia.

Qaia rerb resurgi nt voriui, al Uojam ctUMndit.

^Non lagitis in libro Mojsi , 'secès mbana k quomoùb diiarit illi H ■ tobia I

I^ inm DaOB Afeabain , et Deos Isaas, et Dans Jacob? Non est

Là ¥IE DE N. S. JÉSUShCHRIST. SO

1 4* II en fut de même du troisième.

i 5. Enfin tous les sept prirent la femme et ne laissèrent point de postérité ; et la femme mourut la dernière de tous.

16. Or, à la résurrection , quand ils seront ressuscites, au<{uel des sept appariiendra-trolle? cartons Tonteue*.

\ 7. Jésus leur répondit: Vous vous trompez, et votre erreur vient de ce que vous ne comprenez ni les Écritures , ni la puissance de Dieu.

18. Les enfants de ce siècle prennent des épouses, ou se donnent en mariage ; mais ceux qui seront trouvés dignes du siècle à venir, à la résurrection des morts, ne prendront point les uns des femmes, les autres des maris:

19. Car ils ne pourront plus mourir; mais ils seront comme les anges dans le ciel, et enfants de Dicu^ étant les enfants de la résurrection.

20. Or, que les morts doivent ressusciter, Moïse l'enseigne :

21 . N'avez-vous point lu dans son livre comment, au buisson ardent, Dieu lui dit , ainsi qu'à vous,

22. Je suis le Dieu d'Abraham, et le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob? Or, Dieu

^ f 16. C'est-à-dire que les Sadacéens allèguent ane fable Ignoble pour argumenter ontre un des points les pins importants de la religion. Combien de fois les soi-disant pliilosophes, les hérétiques et les libertins n*ont-ils pas imité ce triste exemple 1

60 LÀ TIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. CH. LxxiTiil.

i>emmorioonim,seâT>. n'cst Dolnt Ic Dleu dcs oiorts, mais des vi-

Tenliom, * omnes enim ^

iftm wiiik^"*'*^"'^' vants : car tous vivent devant lui. Vous êtes donc dans une grande erreur *.

•Renwndenié. totem ^3^ Alors ouelques-uns des Scribes, éle-

quidam Scrib«ram, due- ^ ^ '

SxT.iL '-^ïr^die*^^ vaut la voix, lui dirent: Maître, vous avez dwiîiiâ^ii! *°^" "* bien dit. Et la foule, en l'entendant, admirait sa doctrine.

* f 22. Prouver aux Saducéens rexistenoe d'une autre vie, c'était leur prouver la résurrection future des corps, car ils ne séparaient pas ces deux vérités l'une de l'autre ; ils ne niaient même la résurrection des morts que parce qu'ils ne voulaient pas reconnaître une autre vie.

1. Alors les Pharisiens s'itant retirés à V écart y cherchèrent entré eux «n moyen pour surprendre Jésus dans ses paroles. — aveuglement profond l rien ne peut leur ouvrir les yeux, rien n^a pu toucher leur cœur; le désir de perdre Jésus-Christ les tourmente et leur conseille la ruse. Us ne peuvent se saisir de lui en face et à cause de la foule ; ils n'ont point de motifs ; ils délibèrent pour en trouver. Ils ne peuvent Taccuser ni sur ce qu'il a dit^ ni sur ce qu'il a fait. Mais ils veulent le prendre par une question insidieuse. 11 rappelle, se disent* ils, le genre humain des vices du siècle et de ses anciennes croyances^ pour lui promettre le royaume des cieux. Il attaque donc dans sa doctrine les puissances de la terre. Demandons-lui si nous devons payer le tribut à César; ainsi nous n'aurons pas à redouter la colère de la foule. Rendons-le suspect au gouverneur. Nous le perdrons de cette manière^ car Theudas et Judas furent pour cela condamnés comme séditieux. Persuadés qu'il se prononcerait contre César, ils lui envoyèrent quelques-uns de ses disciples avec des Hérodiens qui pourraient témoigner de ce qu'il aurait dit. Dans le cas où il approuverait le tribut^ ils devaient le décrier parmi le peuple comme un flatteur des Gentils. Remarquons avec quelle dissimulation les envoyés lui posent leur demande; ils veulent capter sa bienveillance; ils le prennent par la flatterie, afin qu'il ne se doute de rien et leur réponde avec conûance. Ils feignent d'aimer la justice et de se mettre sous sa protection. Maître^ disent-ils, nous savons que vous êtes vrai dans vos paroles. Quelle perversité ! Puisque vous savez qu'il est vrai dans ses pa-

CH. LXXXTiil. LA VIE DE N. 5. JESUS-CHRIST. 61

roles^ pourquoi ravez-Yous traité de séducteur? pourquoi donclui reprocbiez-Yous de venir séduire le inonde? Vous pensez qu'il répondra plu(6t à une question perfide qu'à ces paroles impérieuses^ De quel droit faitesvous ces choses? Vous Thonorez maintenant; vous le traitez comme un magistrat. Maître, que vous semble-t-il? dites-vous. Perfides! cette déférence, cette fiatterie dissimulée, cette soumission de disciples seraient sans doute un moyen souverain pour prendre accès dans le cœur d'un homme. Mais votre malice et vos ruses seront confondues. Car Jésus-Christ est le Fils de Dieu et il connaît avant vous vos plus secrètes pensées. Hypocrites, pourquoi me tentez-vous? Vous venez à moi sous des dehors trompeurs ; mais ce que vous savez, ce que vous cachez dans votre cœur, que votre oreille Fentende; vous n*osez faire ce que vous pensez , et vous prenez le voile de Phypocrisie. Vous feignez de me demander ce qui est juste, et vous voudriez faire nattre de ma réponse un abîme pour m'y précipiter. (B.)

4. Nous est-il permis de payer le tribut à Cisar, ou devons-nous ne point le payer ? — Le peuple juif s'était nourri dans cette pensée qu'il ne pouvait pas être assujetti à des infidèles. Les Romains avaient occupé la Judée, ils avaient même réuni à leur empire une grande partie du royaume qu'ils avaient donné autrefois à Hérode et à sa famille; Jérusalem était elle-même dans cette sujétion, et il y avait un gouverneur qui commandait au nom de César et faisait payer les tributs qu'on lui devait. Si Jésus eût décidé contre le tribut, ils le livraient aussitôt, comme dit saint Luc, entre les mains du gouverneur, et s'il disait qu'il fallait payer, ils le décrieraient parmi le peuple comme un flatteur des Gentils et de l'empire infidèle. Mais il leur ferme la bouche» premièrement en leur faisant voir qUll connaissait leur malice, secondement par une réponse qui ne laisse aucune réplique. Hypocrites, pourquoi me tentez-vous? Hypocrites, vous faites paraître un faux zèle pour la liberté du peuple de Dieu contre l'empire infidèle et vous couvrez de ce beau prétexte le dessein de perdre un innocent; mais donnez-moi la pièce d'argent dont on paie le tribut, je ne veux que cela pour vous confondre. De qui est cette image et cette inscription ? De César. Vous voilà donc convaincus de la possession où était César de la puissance publique et de votre assujettissement et de celui de tout le peuple. Qu'avez-vous donc à répondre? Si vous reconnaissez César pour votre prince, si vous vous servez de sa monnaie et que son image intervienne dans tous vos contrats , en sorte qu'il soit constant que vous faites sous son autorité tout le commerce de la vie humaine, pouvez-

es LA YIE BE N. S. JÉSU&CHEIST. g&. lxxxtiii.

TOUS Tons exempter des charges pnbliqaes et refuser à César la reconnaissance qu'on doit natnrellemeot à la puissance légitime pour la protection qn^on en reçoit? Rendez donc à César ce qui est à César. Reconnaissez son empreinte, payez-lni ce qui I«i est AIL Payezrle, dis- Je, par cette monnaie à qui lui seul donne cours. On renoncez an commerce et en même temps au repos publie, ou reconnaissez ce* li par qui vous en jouissez. Et à Dieu ce qui est à Dieu, Par cette part ^ il fait deux choses, la première c'est qu'il décide que se soumettre ai i ordres publics, c^est se soumettre à Tordre de Dieu qui établit H ' empires ; la seconde^ c'est quMl renferme les ordres publics dans leurs bornes légitimes. A César ce qui est à César^ car Dieu même Tordonne ainsi pour le bien des choses humaines, mais en même temps à Dieu ce qui est à Dieu, son culte et Tobéissance à la loi qu'il vous a donnée. Car voilà ce qu'il se réserve et il a laissé tont le reste à la dispensation du gouvernement public. Il épuise la difficulté par cette réponse, et tton-senlement il répond an cas qu'ils lui proposaient par un principe certain dont ils ne pouvaient disconvenir, mais encore il prévient Tobjection secrète qu'on lui pouvait faire si vous ordonnez d'obéir sans bornes à un prince ennemi de la vérité, que deviendra la rehgion ? Mais cette dificulté ne subsiste plus, puisqu'en rendant à César ce que Dieu a mis sous sou ressort, en même temps il réserve à Dieu ce que Dieu s'est réservé, c'est-à-dire la religion et la conscience. Et ils s'en allèrent confus et ils admirèrent sa réponse,'où il réglait tout ensemble et les peuples et les Césars sans que personne pût se plaindre.

(BOSSOET.)

i. Est'it permis de payer le tribnt à César ? on devons-mus ne point le payer?— Si par sa réponse il eûtapprouvé celte nouvelle imposition, c'était choquer directement les intérêts des Juifs, à qm les Pharisiens prêchaient sanis cesse qu'étant le peuple de Dieu, ils ne pouvaient s'assujettir aux lois des hommes comme les autres natiwis de la terre. Mais d'ailleurs s'il eût répondu favorablement pour l'exemption du peuple, c'était s'exposer à être tranté de séditieux par les Hérodîens, qui, smvant les mouvements delà cour et du sénat de Rome; à l'exemple d'Hfrrode leur souTerain^ s'efforçaient partout de publier que, puisque les Romains par leurs armes maintenaient te repos de la Judée et en étaient les protecteur», on ne pewait sana injustice leur refuser une telle reconnaissance et un tribol si raisonnable. Vous savez, chrétiens^ qnelte fut la décision dw Sauveur du monde, lorsqne^ prenant la pièce de monnaie qu'on lui avait présentée et y royant Timage de Tibère :

€B. uuTiu. LA YI£ DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 63

Allez, hypocrites, dit-il, rendez à César ce que tous confessez yodsmêmes être à César, et rendez à Diea ce qui est à Dieu. Réponse qui confondit la malice des hommes sans engager Tianocence du Fils de Dieu, qui donna tout à César sans rien èter an peuple , et dont les en* nemis mêmes de Jéstts^hrist conçurent de Tadmiraiion. (Bmrdaloui.)

7. De qui est cette itnage et cette inscription? — Quittons la monnaie publique etTimage de César; chrétien, tourne tes yeux sur toi-même. De qui es-tu Fimage, et de qui portes-tu le nom? Dienî tous nous ayez faits à votre image et ressemblance. Vons êtes en nous, ô Seigneur ! comme dans votre temple , et votre saint nom a été invoqué sur nous* Père, Fils et Saint-Esprit I nous avons été baptisés en votre nom, votre empreinte est sur nous, votre image que vous aviez mise audedans de nous en nous créant, y a été réparée par le baptême. Ame raisonnable faite à l'image de Dieu, chrétien renouvelé par sa grâce, reconnais ton auteur, et limage que tu portes t'apprendra qui tu es. Connaître Dieu, aimer Dieu, s'estimer heureux par-là, c'est ce qui s^appelle, dans saint Paul, la vie de Dieu, dont les Gentils étaient éloignés dans leur ignorance et Paveuglement de leur cœur. Car c'est par-là que nous entendons que Dieu même est heureux, parce qu'il se connaît et aime lui-même; et lorsque nous Timitons, en nous estimant heureux par sa connaissance et son amour, nous vivons de la vie de Dieu. Que la connaissance de Dieu ne soit pas en nous une simple eu* riosiié, ni une sèche méditation de ses perfections ; qu'elle tende h établir en nous son saint amour; nous vivrons de la vie de Dieu et nous rétablirons en nous son image. Unissons-nous à la vie de Dieu, à la connaissance et à Famour qu'il a pour lui-même; lui seul se connaît et s'aime dignement Unissons-nous autant que nous pouvons à Tincompréhensible connaissance qu'il a de lui-même et consentons de tout notre cœur aux louanges dont il est digne, que lui seul conçoit; nous vivrons de sa vie et son image sera parfaite en nous. Tout ce que nous connaissons de Dieu, transportons-le en nons. Nous connaissons sa miséricorde; ce n'est pas assez, imprimons ce trait en nous-mêmes. Et soyons miséricordieux comme notre Père céleste est miséricordieux. Nous admirons sa perfection; ce n'est pas assez, imitons-la : Soyez parhits, dit le Sauveur, comme votre Père oélesCe est parfait. Pour se faire connaître à nons d'une manière sensible et proportionnée à notre na« ture. Dieu nous a envoyé son Fils, dont l'exemple est notre règle. Imitons-le donc; apprenons de lui qu'il est doux et qu'il est humble; ren«

64 LA VIE DE N. S. JÉSUS-CUAIST. cr. lxxxîiii.

dons-nous semblables à lui^ et nous serons semblables à Dieu, et nous vivrons de sa vie^ et son image sera rétablie en nous^ et nous parviendrons à la vie où nous lui serons tout à fait semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est. Rendons-nous donc de vrais enfants de Dieu en portant Timage et en faisant les œuvres de notre Père. Ne faisons donc point les œuvres du diable de peur que nous n'entendions la dure sentence que Jésus-Christ prononça aux Juifs: Vous êtes les enfants du diable, et vous voulez faire ses œuvres; il est malin^ envieux^ calomniateur, menteur et père du mensonge, cruel et homicide dès le commencement 11 inspire la sensualité^ il enflamme la concupiscence, afin défaire servir Tesprit à la cbair, et effacer en nous rimage de Dieu. (Bossubt.)

10. Ce mime jour vinrent à Jésus quelques-uns des Saducéens qt$i nient la résurrection. — N'écoutez point ceux qui disent que ce corps ne sera point jugé, parce qu'il ne ressuscitera point. N'est-ce pas dans ce corps que vous avez été appelés au salut, et éclairés par la lumière de la foi ? Nous devons donc considérer notre corps comme le temple de Dieu; et comme vous avez été appelés à la foi revêtus de cette chair, vous ressusciterez dans cette chair. Jésus-Christ, notre Seigneur, l'auteur de notre salut. Dieu dans tous les siècles et d'une substance spirituelle comme son Père, s'est fait chair , et dans cette chak nous a appelés à lui. C'est aussi dans cette chair que nous recevrons la récompense qu'il nous réserve. Aimons-nous donc les uns les autres, afin d'entrer tous en partage du royaume de Dieu. Pendant qu'il est encore un remède à nos maux, jetons-nous entre les bras de Dieu , le seul médecin qui puisse les guérir; mais témoignons-lui en même temps notre reconnaissance. Et comment? Par une pénitence sincère: car rien n'échappe à la connaissance de Dieu, et il connaît tous les mouvements de notre cœur. Nous devons donc le glorifier, non pas seulement de bouche, mais du plus intime de notre âme , afin qu'il nous reçoive au nombre de ses enfants. (Saint-Clément, pape.)

17. Vous vous trompez faute d'entendre les Écritures et la puissance de Dieu. — C'est la source de toutes les erreurs en matière de religion. On ne veut point entendre que Dieu puisse faire des choses au-dessus du sens et du raisonnement humain, ni autre chose que ce qu^on voit; et, pour ne point étendre ses vues sur l'immensité de la puissance de Dieu, on abaisse les Écritures à des sens proportionnés à notre fai-

CD. vxxxyiiu LÀVIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST, 65

blesse. On ne veut croire ni incarnation» ni eucharistie, nî résurrection, ni rîen de ce que Dieu peut et de ce qu'il veut bien faire pour Tamour de ses serviteurs. Ainsi les Saducéens ne voulaient pas croire qu'il pût rendre à chacun le corps qu'il avait sur la terre^ ni qu'il le lui pût rendre avec de plus nobles qualités qu'en cette vie , ni enfin donner à rhomme d'autre plaisir que ceux qu'il a coutume de sentir. Les temps sont changés, mais l'aveuglement des hommes et les prétentions insensées de la fausse philosophie sont encore aujourd'hui les mêmes.

(BOSSUET

20. Off que les morts doivent ressusciter^ Moïse l'enseigne. ^ On a peine à concevoir le dogme de la résurrection des corps et de l'immortalité des ftmes. Comment cette matière, réduite à rien, pourra-t-clle redevenir un corps? vous qui élevez ce doute dans votre cœur, jetez un instant les yeux sur vous-même, et vous n'aurez plus de peine à croire. Qu'éUez-vous avant d'être homme? Vous n'étiez rien. Or, ce même Dieu qui vous a appelé du néant à l'existence ne peut-il pas vous y ramener encore quand il le voudra? Qu'y aura-t-il en cela de si nouveau? Vous n'étiez pas, et vous êtes; vous ne serez plus, et vous recommencerez d'être. Expliquez-moi, si vous le pouvez, comment vous êtes entré dans la vie, et vous me demanderez ensuite comment vous y pourrez revenir. Sera-t-il plus difficile de redevenir ce que vous étiez déjà, que d'être ce que vous n'aviez jamais été ? Révoqueriez-vous en doute la puissance de ce Dieu qui, en créant ce vaste corps du monde, commandait au néant (comme un jour il commandera à la mort), répandait dans la nature l'esprit de vie qui l'anime» et, de sa moin divine, imprimait autour de vous les images les plus frappantes de la résurrection à venir? Voyez chaque jour la lumière expirer et renaître, les ténèbres lui succéder pour lui faire place encore, les astres s'éteindre et se rallumer, le tomps recommencer où il finit, les fruits passer et revenir, la semence se corrompre pour se féconder, tout se consei'vcr par sa destruction même, et se reproduire par sa propre mort. Et toi , ô homme, créature si excellente, quand tu n'aurais appris à te connattre que par cet oracle qui t'appelle le seigneur de tout ce qui meurt et de tout ce qui natty pourrais-tu croire que toi seul, en mourant, lu périras pour ne plus revivrel NonI quelque part que soit restée ta dépouille mortelle, quelque corps que ce soit qui ait détruit le tien, qui Fait englouti, consumé et, ce semble, anéanti, il te sera rendu : le néant obéit à celui de qui le monde entier dépend. (Tertollien.)

68 LA TÎE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. CH. lxxxtiii.

20. Or, gue les morts doivent ressusciter^ Moïse renseigne. — Si tout meurt ayec nous, comme le veut la philosophie incrédule, les soins du nom et de la postérité sont donc friToles; Phonneur qu'on rend à la mémoire des hommes illustres, une erreur puérile, puisquMl est ridicule d'honorer ce qui n'est plus ; la reh'gion des tombeaux, une illusion Tttlgaire; les cendres de nos pères et de nos amis, une yile poussière quil faut jeter au yent et qui n'appartient à personne; les dernières intentions des mourants, si sacrées parmi les peuples les plus barbares, le dernier son d'une machine qui se dissout; et, pour tout dire en un mot, si tout meurt avec nous, les lois sont donc une servitude insensée ; les rois et les souverains, desiantômes que la faiblesse des peuples a élevés; la justice, une usurpation sur la liberté des hommes; la loi des mariages, un vain scrupule; la pudeur, un préjugé; Thonneur et la probité, des chimères; les incestes, les parricides, les perfidies noires, des jeux de la nature, et des noms que la politique des législateurs a inventés? Voilà où se réduit la philosophie sublime des impies; Yoilà cette force, cette raison, cette sagesse qu'ils nous vantent éternellement. Convenez de leurs maximes, et Tunivers entier retombe dans un affreux chaos; et tout est confondu sur la terre; et toutes les idées du vice et de la vertu sont renversées ; et les lois les plus inviolables de la société s'évanouissent; et la discipline des mœurs périt; et le gouver* nement des États et des empires n'a plus de règle; et toute l'harmonie des corps politiques s'écroule; et le genre humain n'est plus qu'un assemblage d'insensés, de barbares, de fourbes, de dénaturés, qui n'ont plus d'autres lois que la force, plus d'autres freins que leurs passions et la crainte de l'autorité, plus d'autre lien que l'irréligion et l'indépendance, plus d'autres dieux qu'eux-mêmes. Voilà le monde des impies ; et si ce plan de république vous plait, formez^ si vous le pouvez, une société de ces hommes monstrueux : tout ce qui nous reste à dire ,. c'est que vous êtes dignes d'y occuper une place. (Massillon.)

22. Tous vivent devant lui. —Ils ont perdu le rapport qu'ils avaient à leur corps et aux autres hommes. Us avaient un autre rapport à Dieu, qui les a faits à son image pour en être lomè. Ce rapport ne se perd pas» car si le corps se dissout et n'est plus animé de l'âme , Dieu, pour qui l'âme a été faite , et dont elle porte l'empreinte, demeure toujours. Ainsi les amis de Dieu subsistent toujours par le rapport qu'ils ont à Dieu. Et c'est pourquoi il se dit leur Dieu, non-seulement durant leur vie, mais encore après leur mort. Car leur vie a été trop courte pour

CB. LxxXTin. LÀ VIE DE N. S.- lÉSUS-CHEIST. er

donner à Dieu une dénomination éternelle. Or le titre de Dieu d* Abraham, d'Isaac et de Jacob est étemel. Dieu donc se dit leur Dieu, parce qu'ils Tiveot toujours devant lui, et quMI les tient sous sa face, et comme dit rap6tre saint Paul : Dieu ne rougit pas <'e s'appeler leur Dieu, parce qu^il leur a bâti une Tille permanente , et qui avait des fondements étemels. Autrement comment n^aurait-il pas honte de s^appeler leur Dieu , s'il les avait abandonnés, et ne leur eût laissé pour demeure qu'un tombeau? Ils sont donc vivants devant lui , et ce qui leur convient, convient à tous les enfants de Dieu» puisque c'est le fondement de l'alliance à laquelle par conséquent tout le monde a part. Car ce même Dieu qui se dit le Dieu d'Abraham , se dit en même temps le Dieu de nos pères, et en disant à Abraham : Je serai ton Dieu, il a ajouté : Et de ta postérité après toi. Il leur a donc également destiné cette demeure éternelle. On dira que Jésus ne prouve que Timniorlalité des âmes, et non pas la résurrection des corps. Mais la coutume de rÉcriture est de regarder Tune de ces choses comme la suite de l'autre. Car si on revient à l'origine, Dieu avant que de créer l'âme lui a préparé un corps. 11 n'a répandu sur nous ce souffle de vie, c'est-à-dire rame faite à son image, qu'après qu'il a donné à la boue qu'il maniait si artistement avec ses doigts tout-puissants, la forme du corps humain. Si donc il a fait Tâme pour la mettre dans un corps, il ne veut pas qu'elle en soit éternellement séparée. Aussi voulut-il d'abord qu'elle y fût unie éternellement , puisqu'il avait fait l'homme immortel, et que c'est par le péché que la mort a été introduite sur la terre. Mais le péché ne peut pas détruire à jamais l'œuvre de Dieu, car le péché et son règne doit être lui-même détruit. Alors donc l'homme sera rétabli dans son premier état : la mort mourra , et Fâme sera réunie à son corps pour ne le perdre jamais. Car le péché qui en a causé la désunion ne sera plus. 11 a donc prouvé aux Saducéens plus qu'ils ne voulaient, puisqu'il leur a prouvé non-seulement la résurrection des corps, niais encore la subsistance éternelle des âmes, qui est la racine et la cause fondamentale de la résurrection des corps, puisque l'âme à la fin doit attirer après elle le corps qu'on lui a donné dès son origine pour son éternel compagnon. Que reste-t-il donc après cela, sinon de nous réjouir avec les Pharisiens , de ce que Jésus a fermé la boucbe aux Saducéens, qui ne voulaient croire ni la résurrection ni la subsistance des âmes après la mort? Le Sauveur les a confondus : il est allé d'abord àla source de l'erreur, en leur prouvant l'immortalité des âmes. Joignons-nous donc â ces docteurs de la loi, qui, ravis de ce qu'ils

es LA VIE DE N. S. JESUS-CHRIST. ch. lyxxt m

venaient de dire , s'écrièrent avec une espèce de transport : Maître, vous avez bien dit. Hais ce n^est pas de vains applaudissements que Jésus cherche. SMI a bien dit^ profitons de sa doctrine. Vivons comme devant vivre éternellement; ne vivons pas comme devant mourir^ pour terminer fous nos soins à cette vie : songeons à cette vie qui nous est réservée éternellement devant Dieu , et pour Dieu. (Bossuet.

ÉLÉVATION

Seigneur^ que vous savez bien discerner la malice et la duplicité des Pharisiens; et^ tout en sauvegardant les intérêts de la justice et de la vérité^ comme vous les confondez en réduisant leur orgueil à un silence humiliant I Ces hommes qui^ en toute circonstance^ déversaient sur vous et vos œuvres divines Tinjure et le mépris; ces orgueilleux ennemis dont les yeux ne voulaient point voir, dontPesprit ne voulait point comprendre une doctrine qui était la condamnation de leur vie, savent bien changer de langage pour masquer leur haine et tendre des pièges à celui auquel rien des plus secrets replis de leurs cœurs mauvais n'était inconnu. Ils croient ne servir que leurs passions, et involontairement ils rendent à la vérité Thommage le plus complet. Préservez-nous, Seigneur, de cet esprit de duplicité; donneznous la droiture du cœur ; qu'en cherchant la vérité, en nous occupant de la vérité, nous ne cherchions pas à satisfaire quelque passion cachée qui s'agite imperceptible au-dedans de nous; que ce soit pour connaître mieux nos devoirs, et ce que vous avez droit d'attendre de nous. Aidez-nous dans nos recherches, car, livrés à nous-mêmes, nous ne savons ni vous chercher comme il faut, ni vous trouver. Nous planterons, nous arroserons avec confiance, mais nous n'oublierons point que vous seul pouvez faire fructifier nos travaux. Amen.

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