‹ La vie de n. s. Jésus-Christ: ou les saints évangilesChapitre 26 sur 179 · Le plus grand parmi vous sera votre serviteur · texte numérisé non relu

Le plus grand parmi vous sera votre serviteur

* f 25. On appelait de ce Dom des bandes de parchemin sar lesquelles étaient écrites quelques sentences des livres saints, et que les Israélites portaient sur leur front et sur leurs bras. Les Pharisiens, pour se distinguer du commun des hommes, affectaient de les porter fort larges.

^ t 23. La Loi ordonnait aux enfants d'Israël de porter des franges aux quatre pans de leur vêlement de dessus.

* f 27. Jésus-Christ ne condamne pas les noms de maître el de père; mais il défend de déférer ces titres, dans toute leur acception, à d'autres qu'à Dieu.

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Teî-r! hôm"i.buo7f a 30. Carquiconque s'élèvera sera abaissé ; taLi!^i!'"*'"""''*"** et quiconque s'abaissera sera élevé.

4-5. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout Ion cœur y de toute ton âme, de tout ton esprit et de toutes tes forces ; c'est là le premier et le plus grand commandement. — Quand les docteurs de la loi mosaïque demandèrent à Jésus quel était le plus grand et le premier commandement, il leur répondit: a Vous aimerez le Seigneur Totre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, et de tout votre esprit; tel est le plus grand et le premier commandement, d Et en effet, il est le plus important et le plus sublime de tous; il contient à lui seul tous les autres. Quatre conditions sont nécessaires à l'accomplissement parfait de ce précepte. La ]»remière, c'est une reconnaissance profonde pour les bienfaits de Dieu. Tout ce que nous possédons, soit en nous, soit hors de nous, vient de lui ; il faut donc que nous lui rendions hommage de tout et que nous Taimions d'un amour sans bornes. Ne serait-ce point une coupable ingratitude que de ne pas aimer son bienfaiteur? Le souvenir des bienfaits du Seigneur n'abandonnait jamais David : a Mon Dieu, s'écrie-t-il, tout vous appartient, nous ne faisons que vous rendre ce que nous avons reçu de votre main. » Aussi Pecclésiastique fuit-il réloge du roi-proplïèle en ces termes : <k II a glorifié de toute son âme le nom du Seigneur; il a aimé d'un amour sans bornes ce qui Ta créé. » La seconde condition, c'est un profond respect pour la majesté divine, a Dieu est plus grand que notre cœur; o ainsi, quand même nous le servirions de tout notre cœur, notre soumission ne serait pas encore assez humble, a Glorifie?, le Seigneur de toutes vos forces, dit Tecclésiaslique, vous n'atteindrez jamais jusqu'à lui. Bénissez le Seigneur, exaltez-le de toute la puissance de votre âme, car il est au-dessus de toute louange. » La troisième condition, c'est le renoncement aux vanités du monde et aux affections terrestres. C'est faire injure à Dieu que de lui égaler quelque chose, a A quel rang me faites-vous descendre? )> dit le Seigneur à ceux qui le rabaissaient au niveau des créatures. Nous faisons injure à Dieu, nous dégradons sa majesté quand nous mêlons les affections tenrestres à Tamour divin; ou plutôt, il est impossible d'aimer à la fois le monde et Dieu. « Une couche trop étroite ne peut recevoir deux personnes, dit Isaîe, et un manteau trop court ne peut les couvrir en même temps. » Ce manteau trop courte celte

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couche trop étroite, c'est le cœur de rhomme, qui peut à peine contenir Dieu lui seul, et que Dieu abandonne quand il lui faut le partager avec le monde. Il ne souffre point de riyal dans notre cœur , non plus qu^un époux dans le cœur de son épouse. N'a-t-il pas dit lui-même: a Je suis votre Dieu jaloux? » Il ne veut point que nous aimions quoi que ce soit autant que lui; il ne veut point que nous aimions autre chose que lui. La quatrième condition, c'est Thorreur du péché. Nul ne saurait aimer Dieu en vivant dans le mal. « Vous ne pouvez, est-il dit, servir en même temps Dieu et Mammon. » Ainsi, quiconque vit dans le péché n'aime point Dieu. Il l'aimait ce pieux monarque qui rînvoquait en ces termes : a Seigneur, souvenez-vous que j'ai marché sous vos yeux dans la voie de la vérité et dans la pureté de mon cœur. » « Jusques à quand, s'écrie le prophète Ëlie, balancerez-vous incertains entre le bien et le mal? » Telle est en effet l'incertitude du pécheur i tantôt il se laisse entraîner sur les pas du démon, tantôt il s^efforce de chercher Dieu; mais celte incertitude déplaît au Seigneur: a Venez à moi, nous dit-il, de tout votre cœur. » Deux espèces d'hommes pèchent contre ce précepte : les uns, en évitant un vice, par exemple, la luxure, tombent dans un autre, par exemple. Ta varice. Us ne sont pas moins coupables que ceux qui tombent dans ces deux vices à la fois; a car, dit Tapôtre saint Jacques, celui qui viole un seul précepte de la loi divine, viole toute la loi. » Il en est d'autres qui confessent une partie de leurs péchés et laissent le reste, ou bien qui partagent l'aveu de leurs fautes entre deux confesseurs. Ceux-là ne méritent point l'absolution; ils commettent, au contraire, une nouvelle faute en cherchant à tromper Dieu et en profanant un sacrement, a C'est une im« piété, dit un sage^ d'attendre de Dieu un pardon incomplet. i> a Répandez vos cœurs en présence de rÉternel, » dit aussi le psalmiste. Et en effet, on doit révéler tout son cœur dans la confession.

(Saint Tbomas d'Aquin.) 4. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur^ de toute ton 4me, de tout ton esprit et de toutes tes forces. — Nous avons montré que l'homme est tenu de se donner à Dieu; mais comment peut-il se donner à lui? qu'y a-t-il en nous que nous puissions et que nous devions lui consacrer? 11 y a dans l'homme quatre choses qu'il peut et qu'il doit consacrer à Dieu : savoir: le cœur, Tàme, l'esprit et la force. <t Vous aimerez le Seigneur votre Dieu, dit l'Évangile, de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre esprit et de toute votre puissance, » c'est* à-dire de toute votre force. Remarquons que le mot cœur signifie ici

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rinlenlion* yintention est d^une telle importance dans nos actes qu'elle leur imprinoeà tous son propre caractère, en sorte que le bienfait dans une intention mauvaise devient un mal. a Si votre œil est mauvais, est-il-dil^ tout votre corps restera dans les ténèbres; d c'està-dire^ si votre intention est mauvaise, toute la masse de vos bonnes œuvres restera sans mérite* Ainsi, dans toutes nos œuvres, notre intention doit avoir Dieu pour but : a Soit que vous mangiez , di t l'apôtre^ soit que vous buviez, quelque chose enfin que vous fassiez, laites tout pour la gloire de Dieu. » liais il ne sufit pas que Tintention soit bonne pour que Taction le soit aussi. U faut que cette bonne intention soit accompagnée d'une volonté droite, et c'est ce que veut nous faire eaiendre TÉvangile quand il nous commande d'aimer Dieu de toute notre &me; car Vâme, c'est la volonté. Souvent on agit avec une bonne in« tention, mais sans mérite, parce que, outre cette bonne intention, on n'a pas une Tolonté droite. Par exemple , dérober pour nourrir un pauvre qui meurt de faim, c'est agir avec une bonne intention, mais la bonne intention n'excuse pas le mal que l'on connaît par défaut de rectitude dans la volonté-: a Ceux-là sont coupables, dit saint Paul, qui veulent faire le mal pour qu'il en arrive un bien. » La rectitude de la volonté est unie à la bonté de l'intention quand la volonté humaine est aussi d'accord avec la volonté divine ; et c^est ce que nous demandons chaque jour en disant à notre Père céleste : a Que votre volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel. » C'est ce même accord qu'exprime le roi-prophète quand il dit : «Seigneur, je veux faire votre sainte volonté. » Yoilà donc pourquoi TÉvangile nous ordonne d'aimer aussi Dieu de toute notre âme; car l'âme, je le répète, est souvent prise pour la volonté dans l'Écriture sainte : a La désobéissance, dit le Seigneur» déplaît à mon âme, c'est-à-dire, est en désaccord avec ma ToTonté, Quelquefois enfin l'intention est bonne, la volonté est droite, mais la pensée est coupable; et voilà pourquoi TÉvangile nous recommande d'aimer Dieu de tout notre esprit. Nous devons donner à Dieu toutes nos pensées, afin qu'elles soient saintes : « Notre mission^ dR l'apôtre, est de soumettre tonte intelligence à la loi du Christ. 9 Bien des hommes, sans accomplir l'acte même du péché, en gardent complaisamment la pensée dans leur esprit. Cest à eux qu'il faut appliquer ces paroles du Seigneur : c Otez de devant mes yeux vos pensées criminelles. » U en est d'autres qui, pleins de confiance dans leur sagesse orgneillense, ne veulent point soumettre leur raison à la foi; teux-là ne donnent pas à Dieu leur esprit. C'est à eux que Salomon

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adresse ces paroles : a Ne vous fiez point à votre prudence. » Mais il ne suffit pas d'aimer Dieu de tout notre cœur^ de toute notre âme, et de tout notre esprit; nous devons aussi Taimer de toute notre puissance^ de toute notre force : « Seigneur, dit le roi-prophète, c'est à vous servir que je veux consacrer ma force. Il est des hommes qui consacrent leur force au péché^ qui ne révèlent leur puissance que dans le vice; c'est à eux que s'adressent ces menaçantes paroles d'Isaïe : « Malheur à vous qui n'avez de force que pour vous livrer à la débauche et de courage que pour vous enivrer ! d II en est d'autres qui déploient an détriment de leur prochain la puissance qu'ils devraient déployer en servant ses intérêts : a Arrachez à la mort celui qui va périr , » dit Salomon; c'est ainsi qu'il convient de se montrer fort et puissant. Nous devons donc, pour accomplir pleinement le précepte de l'amour divin, donner à Dieu notre cœur, notre âme, notre esprit, notre puissance, c'est-à-dire dans toutes nos œuvres avoir Dieu pour but de notre intention, de notre volonté, de nos pensées et de nos efforts.

(Saint Thomas d'Aquin.)

4. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur. — Rien n'est plus aisé que de dire : J'aime Dieu ; mais rien , dans la pratique, n'est plus rare que cet amour. Pourquoi? C'est que nous nous flattons, et que nous ne distinguons pas le vrai et le f^ux amour de Dieu. Nonseulement nous trompons les autres par notre hypocrisie , mais nous nous trompons nous-mêmes par un aveuglement volontaire. Qu'il s'élève dans notre âme le plus léger sentiment d'amour pour Dieu, nous voilà persuadés que tout est fait, et nous croyons avoir la plénitude de ce divin amour. Ce qui n'est souvent qu'affection naturelle, nous le prenons pour un mouvement de la grâce ; ce qui n'est qu'un mouvement de la grâce, nous le regardons comme un effet de notre fidélité; noua confondons l'inspiration qui nous porte à aimer, avec l'amour même; et ce que Dieu opère dans nous indépendamment de nous, nous nous l'attribuous, comme si c'était tout ce que Dieu veut que nous fassions pour lui. Mais abus, chrétiens; et malheur à nous, si nous tombons ou si nous demeurons en de si grossières erreurs I Aimer Dieu, c'est s'interdire tout ce que défend la loi de Dieu, et pratiquer tout ce qu'elle ordonne; c'est se renoncer soi-même, c'est faire une guerre continuelle à ses passions, c'est humilier son esprit, crucifier sa chair, et la crucifier, comme dit saint Paul, avec les vices et concupiscences; c'est résister aux illusions du monde, au torrent de la coutume, à l'attrait du mauvais exemple; en un mot, c'est

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Toaloir plaire en tout à Dieu et ne lui vouloir déplaire en rien.

(BOIRDALOUE.)

4. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âmey de tout ton esprit , de toutes tes forces. — Quoi I il sera dit que les amants insensés de la terre porteront jusqu'à un excès de délicatesse et d'ardeur leurs folles passions , et on ne vous aimerait que faiblement et avec mesure ! Non^ non, mon Dieu , il ne faut pas que Tamour profane l'emporte sur l'amour divin. Faites voir ce que vous pouvez sur un cœur qui est tout à vous. L'accès vous en est ouvert, les ressorts vous en sont connus. Vous savez ce que votre grâce est capable d'y exciter. Vous n'attendez que mon consentement et que l'acquiescé* ment de ma liberté. Je vous donne mille et mille fois Fun et Tautre. Prenez tout : agissez en Dieu; embrasez-moi , consumez-moi. Faible et impuissante créature que je suis Je n'ai rien à vous donner que mon amour. Augmentez-le, Seigneur, et rendez-le plus digne de vous. Oh I si j'étais capable de faire pour vous de grandes choses ! Oh! si j'avais beaucoup à vous sacrifier 1 Mais tout ce que je puis n'est rien. SoupirePi languir, aimer, et mourir pour aimer encore davantage, c'est désormais tout ce que Je veux. (Fénelon.)

6. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. — Quand les docteurs de la loi demandèrent à Jésus quel était le précepte fondamental de la morale , il fit à cette question unique deux réponses : a Vous aimerez^ leur dit-il , le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre ftme, de tout votre esprit et de toute votre force. » Nous avons traité de cette première partie du précepte, a Et vous aimerez, ajouta-t-il, votre prochain comme vous-même. » Remarquons que l'accomplissement de cette seconde partie du précepte renferme l'accomplissement de tous les devoirs de l'homme envers.l'homme : a L'entier accomplissement de la loi, dit l'apôlre , c'est la charité. » Quatre motifs nous invitent à l'amour du prochain. Le premier, c'est l'amour divin : a Celui-là ment qui prétend aimer Dieu en détestant son prochain, d N'est-ce point mentir que de prétendre aimer quelqu'un en détestant ses enfants et sa famille? Or tous les fidèles sont les enfants de Dieu; ils ne forment qu'une famille dont Dieu est le père : a Vous êtes, dit saint Paul, le corps et les membres de Jésus-Christ, d Par conséquent, celui qui hait son frère ne peut aimer Dieu, qui est notre père commun. Le second motif qui nous invite à l'amour du prochain, c'est l'obéissance que nous devons à la volonté divine. Entre autres préceptes que Jésus-

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Christ nous a laissés ayant de quitter la terre, il a principalement recommandé à votre obéissance celui de l'amour du prochain, en disant à ses disciples : « Voici le précepte que je tous donne : Aimezvous les uns les autres comme Je tous ai aimés. » On ne peut donc accomplir la volonté de Dieu en détestant son prochain, et le témoignage le plus éclatant de votre soumission à la loi divine, c'est Tamour que nous avons pour nos frères. Aussi Notre-Seigneur lui-même à-t*il dit: «Voici à quoi tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, c'est à Tamour que vous aurez les uns pour les autres.» Il n'a point dit : On vous reconnaîtra au pouvoir qui vous sera donné de ressusciter les morts, ou bien à quelque autre signe éclatant, mais a à l'amour que vous aurez les uns pour les autres. Saint Jean appréciait toute Fimportance du précepte de son divin maître ; aussi disait-il : a Nous avons passé de la mort à la vie; » et pourquoi? Parce que nous aimons nos frères; celui qui ne les aime point demeure dans la mort. » Le troisième motif qui nous invite à Tamour du prochain, c'est l'identité de notre nature : « Tout être \ivant, dit l'ecclésiastique, aime son semblable; » et puisque les hommes se ressemblent par leur nature, ils doivent s'aimer mutuellement, et la haine de l'homme contre l'homme n'est pas seulement une violation de la loi divine, c'est aussi une violation de la loi naturelle. Le quatrième motif qui nous invile à Tamour du prochain, c'est l'utilité générale. Grâce i la charité , oe qui est avantageux à chacun le devient à tous, c'est la charité qui unit les fidèles dans le sein de l'Église et qui établit entre eux une communauté de sentiments, de besoins et dMntérêts. a Seigneur, s'écrie le roiprophète, je m'unis à ceux qui vous craignent et qui observent votre sainte loi. » (Saint Thomas d'Aquin.)

6. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. — a Vous aimerez votre prochain comme vous-même, d tel est le second précepte de la loi morale. Nous avons dit combien nous devons aimer notre prochain; il nous reste à dire comment nous devons l'aimer. L'Évangile nous l'indique en nousdisant : a Vous aimerez votre prochain comme vousmême. B n y a dans celte parole de l'Évangile cinq choses à considérer, et qui sont les éléments essentiels de l'amour du prochain. Premièrement, nous devons aimer notre prochain avec vérité, c'est-àdire Taimer pour lui-même et non pour nous. Remarquons à ce sujet qu'il y a trois sortes d'amour dont une seule est l'amour vrai. L'amour repose quelquefois sur l'intérêt: «Un ami, dit Tecclésiaslique, n'est

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souvent qu'an compagnon de plaisir, souvent il nous abandonne dan» les jours de détresse. » Ce n*est point là le véritable amour; il naît de régoîsine, et l'égoîsme le lue. Tant qu'il règne dans notre coeur, ce n'est pas le bonheur da prochain, maïs le nôtre que nous souhaitons, Qnelquefois Tamoar a pour base la vertu , et c'est le «cal Térilable amour. Alors nous n'aimons point notre prochain pour nousHrnémes, mais pour lui. Secondement, nous devons aimer notre prochain avec mesure, c*esi-à-dire ne pas Taimer plot que Dieu ni autant que Dieu, mais juste autant que nous devons nous aimer nous-mêmes. « n a modéré son amour pour moi, » est-il dit dans le cantique des cantiques. ffotre-Seigneur a pris soin de nous indiquer ta mesure d'affection que nous devons à notre prochain en disant : « Celui qui aime son père on sa mcre plus que moi n'est pas digne de moi, et celui qui aime son flls ou sa fille plus que moi n'est pas non plus digne de moi. » Troisièmement, nous devons aimer notre prochain avec efficacité. L'homme ne se borne point pour lui-même à un amour stérile; il Eut tons ses efforts pour obtenir ce qui lui est avantageux, pour éviter ce qui lui est funeste* C'est ainsi qu'il doit aimer son prochain. « Que notre amour, dit saint Jean, ne se témoigne point par de vaines paroles, mais par des actes de dévouement sincère. » Ceux-là sont les pires de nos ennemis dont la bouche est remplie de paroles d'amitié et le cœur plein de sentiments de haine. C'est d'eux que parle le roi-pro{.hète quand il dit: < Leur bouche a des paroles de paix pour le prochain et leur cœur cache des pensées criminelles. » « Que votre amour soit sans feinte, » dit aussi l'apôtre. Quatrièmement, nous devons aimer notre prochain avec persévérance, comme nous faisons pour nous-mêmes : a Un véritable ami aime toujours, et la puissance de son affection se révèle dans les jours de détresse; » il nous est fidèle dans le malheur comme dans la prospérité , et c'est quand la fortune nous abandonne qu'il s'attache plus fortement à nous, ainsi que l'observe Salomon. Deux choses contribuent à la durée de l'amitié : d'abord la patience; en effet, un homme irascible ne cherche que les querelles; ensuite rhumilité qui produit la patience : car a la discorde est compagne de l'orgueil. » Celui qui est fier de lui-même et qui méprise les autres ne peut supporter leurs défauts. Cinquièmement, nous devons aimer notre prochain avec justice et sainteté, c'est-à-dire ne pas Taimer jusqu'à faire le mal pour lui; car ce n'est pas ainsi que nous devons nous aimer nous-mêmce, et une pareille amitié serait contraire à l'amour divin, qui doit être la r^le principale de noire conduite , et que Salomon appelle la source

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de nobles aflèctions. a Vous aimerez yotre prochain comme vou»* même. y> Les Juils et les Pharisiens comprenaient mal ce précepte en croyant que Dieu ordoqnait aux hommes d'aimer leurs amis et de haïr leurs ennemis. Le terme de prochain était pour eux synonyme de celui d'ami ; mais cette interprétation est fausse, et la preuTe en est dans ces paroles de Jésus-Christ : a Aimez yos ennemis. )» Il ne faut pas oublier que quiconque déteste son frère n'est point en état de grâce : c Celui qui déteste son frère, dit saint Jean, est plongé dans les ténèbres. 9 II 7 a cependant ici une distinction à faire. Des hommes d^une sainteté éminente ont connu la haine : a Seigneur, s'écrie le roi-prophète , je hais d'une haine profonde ceux qui foulent aux pieds Totre sainte loi. )»« Jésus-Christ déclare lui-même « qu'on ne peut être son disciple si on ne hait pas et son père et sa mère, et toute sa famille, d Or nous devons en toutes choses suivre l'exemple de ce divin maître et savoir aimer et haïr, comme lui, à propos ; car Dieu connaît aussi l'amour et la haine. Pourquoi cela? C'est qu'il y a dans l'homme deux choses à considérer, la nature humaine et le vice. La nature humaine, dans tout homme, a droit à l'amour. Dans tout homme, le vice mérite la haine. Souhaiter à son prochain la damnation éternelle, c'est détester en lui la nature humaine et aimer le péché ; mais faire des vœux pour son salut, c'est détester en lui le péché et aimer la nature humaine, a Seigneur, dit le psalmiste, vous haïssez tous ceux qui font le mal.» «Seigneur, dit Salomon, vous aimez tout ce qui existe, et vous ne haïssez rien de ce que vous avez fait..» Quels sont donc les objets de l'amour et de la haine de Dieu? L'objet de son amour, c'est la nature; l'objet de sa haine, c'est le mal. (Saint Thomas d'Aquin.)

20-21. Les Scribes et les Pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse; observez donc et faites tout ce qu'ils vous disent ; mais gardez-vous d'eux avec soin , ei ne les imitez pas dans leurs œuvres : car ce qu'ils disent ^ ils ne le font point. — Les pécheurs superbes et opiniâtres, convaincus par tous les endroits qu'il n'y a aucune raison qui puisse autoriser leur résistance contre les prédicateurs de l'Évangile , s'imaginent faire quelque chose de bien considérable pour appuyer leur rébellion, en alléguant de mauvais exemples, et surtout quand ils se rencontrent dans ceux qui sont destinés pour les instruire : c'est alors qu'ils triomphent et qu'ils croient que désormais il n'y a plus rien par où l'on puisse combattre leur impénitence. C'est pourquoi le Sauveur Jésus; prévoyant qu'ils auraient encore ce misérable prétexte pour ne point se rendre à la vérité, a été au-devant, dans son Évangile^ lorsqu'il a

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dit ces paroles: « Faites toulceqa'ib tous disent, mais ne les imitez point dans leurs œuvres.» hommes curieux et diligents à rechercher les ?ices d^autrui , lâches et paresseux à corriger vos propres défouls, pourquoi examinez-Yous avec tant de soin les mœurs de ceux qui vous prêchent? Considérez plutôt ce qu'ils vous disent : c'est la vérité; et que leurs mauvais exemples ne ruinent pas en vous leur bonne doctrine ; ne dédaignes pas ce raisin , sous prétexte que vous le voyez parmi des épines. (Bosscbt.)

24. JU aiment lu premiireê places dans les festins. — Toutes ces recherches de la vanité, toutes ces ambitions puériles, bien que peu importantes en apparence, n'en sont pas moins la cause des plus grands maux. Que de fois n'ont-elles pas bouleversé les cités , les provinces , et rÉglise elle-même? Pour vous, disciple de Jésus-Christ, évitez avec tout le soin dont vous êtes capable , évitez de tomber dans cette démence pernicieuse. (SAiirr Jbar-Chbvsostôhb.)

27. Et n^appelez votre pire personne sur la terre. — Comme chrétiens, nous ne sommes point nés de la terre, mais du ciel ; et, sous ce rapport, le père et le fils dans Tordre de la nature sont deux frères dans la grande famille des enfants de Dieu. Comme hommes, c^est encore de Dieu que nous venons, et ceux qui nous ont engendrés selon la chair ne sont que les moyens dont il s^est servi pour nous créer. Nous ne devons donc donner à personne sur la terre le ti(re de père dans le sens absolu de ce mot, et en appelant pères ceux qui ont servi à notre génération, soit temporelle, soit spirituelle, nous devons toujours nous souvenir que Dieu seul est notre Père véritable.

(Saint Jean Chrvsostôme.)

30. Quiconque s'élève sera abaissé. — Pourquoi cherchez-vous avec tant de passion ce qui produit un effet tout contraire à ce que vous désirez? Si vous voulez posséder la gloire, méprisez-la, et vous en deviendrez véritablement digne. Enfants de Jésus-Christ, et éclairés des lumières de sa divine sagesse , pourquoi parlageriez-vous la folie du monarque orgueilleux dont parle TÉcriture? Use fit ériger une statue , sMmaginant qu'une figure inanimée peut honorer un homme vivant ; qu'un froid métal peut donner le feu du génie; qu'une matière inerte lui communiquera réiiergie d'une grande vertu, et qu'une bouche muette fera entendre ses louanges jusqu'aux extrémités du monde. Qui n'admirerait celle extravagance insensée? Plus il veut m. 6

tt LA TIE DE N. s. JÉSUS-CHRIST. ch. lxxxix.

s'élever, plus il se rabaisse et s'avilit. Il met sa confiance dans un simulacre sans âme y plutôt que de chercher à se faire un appui de sa Tertn, de sa justice et de som intrépidité. Ce n^est point en divinisant For ou te bois^ fait à son image , mais en réglant sa vie^ en se dévouant au triomphe de la vertu et au bonheur de ses frères , que Ton arrive à la véritable et solide grandeur. Les vertus y les qualités précieuses, voilà ce qui rend l'homme estimable , et non sa fortune et ses riches ameublements. Quand vous voyez les esclaves de la vanité s'entourer pompeusement de toutes ces misères , chercher à sç distinguer par leurs vêtements, leurs chevaux, leurs chariots superbes ^ leurs maisons somptueuses et leurs colonnes magnifiques, dites : Après avoir perdu la gloire d^ètre homme , ils en cherchent à grand frais une autre aussi méprisable qu'eux-mêmes. (Saii^t Jeau-Chrysostômb.)

ÉLÉVATION

Vous êtes cnarité^ mon Dieu, l'apôlre nous le dit : voilà notre modèle, et ce qui nous explique Fimportance du premier et du plus grand de vos commandements , celui de vous aimer. Il est le premier^ car il a. pour objet l'Être incréé dont l'Écriture parle dans les termes les plus magnffiques, celui dont le nom est au-dessus de tous les noms : ce précepte est aussi le plus grand et le plus important pour nous, car il doit nous assurer la possession de Dieu, unique bien qui ne puisse jamais nous être ravi. Tous les autres nous seront nécessairement enlevés : que nous restera-t-il si nous dédaignons d'acquérir le seul qui survivra à tout ce qui est créé? Ah! je me sens profondément huniilié en vous voyant, bon Sauveur, insister si souvent sur la nécessité de nous soumettre à une si douce obligation : est-il donc si diffi elle d'aimer celui qui nous a faits ce que nous sommes, qui veut nous sauver, et nous faire participer dans les cieux à son immortalité , à sa gloire, à son bonheur? Seigneur, nous vous aimerons désormais sans effort; la reconnaissance, comme nos plus chers intérêts, nous en montre la nécessité; mais nous ne séparerons pas totre amour de celui du prochain ; les liens communs qui existent entre tous les hommes l'exigent : enfants du même Père, appelés tous à la même foi, à la même espérance, nous ne voulons plus rivaliser entre nous que d'amour pour notre Dieu et de véritable charité. Amen.

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