‹ La vie de n. s. Jésus-Christ: ou les saints évangilesChapitre 49 sur 179 · LA VIE DE N. S. JÉSUS CHEIST · texte numérisé non relu

LA VIE DE N. S. JÉSUS CHEIST

fait au iDoiadre d* entre mes frères , c'est h moi-même que vous l'avez fait *.

28. Alors, s'adressant également à ceux qui seront à sa gauche , il leur dira : Retirez-vous de moi , maudits ', et allez au feu étemel , qui a été préparé pour le démon et pour ses anges :

29. Car j'ai eu faim , et vous ne m'avez point donné à manger; j'ai eu soif, et vous ne m'avez point donné à boire;

30. J'étais sans asile, et vous ne m'avez point recueilli; sans vêtements, et vous ne m'avez point vêtu; malade et en prison, et vous ne m'avez point visité.

31. Alors, eux aussi , ^prendront la parole et lui diront ; Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim , ou avoir soif, sans asile ou sans vêtements, malade ou en prison , et que nous ne vous avons point assisté?

32. Et il leur répondra : En vérité , je vous le dis , chaque fois que vous ne l'avez point fait au moindre d'entre mes frères, c'est à moi-même que vous ne l'avez point fait.

33. Et ceux-ci iront au supplice éternel ; et les justes, dans la vie éternelle.

^ f 27. Toutes les bonnes œuvres des justes seront récompensées. Si Jésus-Christ ne parle ici que des ceuvres de miséricorde, c*esi parce que la miséricorde est le moyen de salut le plus facile, et que sans elle il n'y a point de Jugement favorable à attendre au dernier jour.

* t ^* Jésus-Christ dit plus haut : Venez, les bénis de mon Père, parce que Dieu le Père est le dispensateur de celte bénédiction ; mais quand il s'adresse aux impies, i) ne dit pas, maudits par mon Père, mais seulement maudits, car leurs propres oeuvres les condamnent et sont poar eux ane malédiction. (Oiiqèrb.)

iVf LA TIE DE IK. S. JÉSES CHRIST. en. jfu.

8. Unirez ions la joie de votre Maiire. •— Entendez celte joie sublime ^ divine y incompréhensible , qui n'entre pas dans votre cœur comme dans un vaisseau plus vaste qu'elle; mais qui, plus grande que votre cœur^ Tinonde, Te pénètre^ l'enlève à lui-même. Ce n'est pas sa joie qu'il ressent^ c'est la joie de son Seignem* où il entre ; c'est la félicité de son Dîeu^ parce qu'il devient un même esprit par un amour immuable; si bien qoe^ semblable à Dieu, et Dieu en quelque façon dans cette union^ tout ce qu'il y a de mortel en lui est englouti par la vie ; il ne sent plus que Dieu seul^ et entre dans la plénitude de la joie de Dieu. Albrs tbus ses désirs sont contents; avec la capacité de son âme, son espérance est remplie Nul monvemfint de son cœur^^ nuUe partie de lui-même ne peut échapper au souverain bien qui le possède... Voilà où il faut tendre, voilà ce que nous avons à désirer, a Hâtonsnous, dit saint Paul, d'entrer dans ce repos. On ne vient pas à un si grand bien sans en avoir désiré là jouissance : il faut goûter par avance ces sainte» douceurs. C'est pourquoi Dieu nous a donné, dès cette vie même (présent admiraUe envoyé du ciel !), un écoulement de la gloire dans la grâce„ un essai de la claire vue dans la foi, un avant-goût de la possession dans respérance,,une étincelle de la charité consommée dans la charité commencée, p (Bosscet.)

18. Lorsque le Fils de Phomme tiendra dans sa majesU et teae les anges avec toû etc* — Que serarce donc à ce formidable jour où les voûtes des cieux seront ébranlées, où le soleil s'obscurcira et la lune ne donnera plussaiumière? Combien plus alors ils s'écrieront : Dieu grand ! Dieu terrible î Représentez-vous donc, s'il est possible, cette gloire, cette terreur de son dernier avènement, alors qu'il enverra ses anges d'un bout à l'auirc de Tunivers; que la nature entière sera dans le trouble et le désordre; que la terre^ ébranlée dans ses fondements, sera sur le point de s^écrouler ; que les tombeaux s'ouvriront pour rendre leurs morts à la lumière; que les innombrables géuérations entassées dans les sépulcres, en sortiront ressuscitces; que le ciel se repliera comme la voile d'un navire battu par l'orage; alors que l'enquête rigoureuse commencera'; que du tribunal où viendra s'asseoir le souverain Juge, fi'écbapiieront des torrents de feu; que des livres seront ouverts; que chacun des actes de notre vie, même ceux qui paraissent ensevelis dans les ténèbres, seront manifestés; que tou« les crimes seront punis par d'affreux et intolérables châtiments ;, que les dimons, altérés de sang, envahiront leur proie etl'enicaÎBeroaldaas Li&enfersi. Plus de majestés

€m. xcnr* LÀ TIB DE If . 8. JËSlTS-CnRIST. ÎK

terrestres, plus de diadèmes , plus de faisceaux consalaîres , plus de nomsd'empereurs et de rois. D'un côté, le peuple des réprouTés ; de Tautre, les saintes légions des anges^ des prophètes, des ap6treSy des confesseurs, des pontifes saints et des pieuxsoUlaires, introduits avec pompe «1 séjour des immortelles récompenses. Ah ! quelle bouche humaine racontera dignement cette gloire promise à lésus-Christ pour le terrible jour de son jugement? (Sahit Jban-Cbrt80St6vb.)

18. Lorsque le Fih de Phomme mendra dans su majesté j il Rasseoira swr le trône de sa gloire. — Rappelez-yous quelle fut la conslernntitm des Israélites auprès du mont Sina!^ consternation telle, qu'ils supplié* rent Moïse de leur parler lui-même à Tavenir, et de leur épargner pour toujours le spectacle terrible de la majesté de Dieu. Cependant le Seigneur ne venait à eux que dans des vues de miséricorde ; des signes sinistres n'avaient point paru dans les astres, le soleil ne s'était pas couvert d'un voile ensanglanté, les étoiles ne s'étaient point précipitées tumultueusement vers la terre, et un embrasement général n^avait point dévoré l'univers. Que sera-ce donc lorsque l'agitation de tous les éléments, et la chute du monde épouvanté annonceront l'arrivée du Sei-^ gneur dans sa justice inexorable? lorsque la voii de TAnge fera retentir sur les ruinesde l'univers cette parole aussi étrange que puissante : «Levez-vous, morts 111 » et lorsque le souverain Juge assis sur son trône redoutable, appellera à lui tous les enfants de la terre? Où seront en ce moment la force et l'audace de la chair? Où sera l'orgneil de la science humaine? Où sera l'assurance de Fimpiété? Où sera la sécurité de l'en* durcissement dans le crime? Que deviendront les grandeurs, les richesses,les talents, la beauté, et toutes les prétentionsde la vie présente? — En ce jour4à, Diea seul sera grand, et le juste seul paraîtra devant lui avec confiance. (Sinrr Épmn.)

19. Et toutes lesmtiom seront rassemblées devant lui; et il séparera Us uns d'avec les autres , comme le berger sépare les brebis d'avec les boues. — On verra le Fils de l'homme parcourant des yeux, du haut des airs, les penpleset les nations confonduset assemblés à ses pieds ; relisant dans ce spectacle l'histoire de Tunivers, c'est-à-dire des passions ou des vertus des hommes ; on le verra rassembler les élus des quatre vents ; les choisir de toute langue, de tout état, de toute nation ; réunir les enfants d'Israël dispersés dans l'univers; exposer l'histoire secrète d'un peuple saint et nouveau; produire sor la scène des héros de la foi.

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jusque-là inconnus au monde ; ne plus distinguer les siècles par les victoires des conquérants, par l'établissement ou la décadence des empires, par la politesse ou la barbarie des temps^ par les grands hommes qui ont paru dans chaque âge, mais par les divet^ Iriompl^es de la grâce, par les victoires cachées des justes sur leurs passions, par Fétablissementde son règne dans un cœur, parla fermeté héroîqued'un fidèle persécuté... La disposition de l'univers ainsi ordonnée ; tous les peuples de la terre ainsi séparés; chacun immobile à la place quilui sera tombéeen partage; la surprise, la terreur, le désespoir, la confusion peints sur le visage des uns; sur celui des autres la joie, la sérénité, la confiance ; les yeux des justes levés en haut vers le Fils de l'homme d'où ils attendent leur délivrance; ceux des impies fixés d'une manière affreuse sur la terre, et perçant presque les abîmes de leur regard, comme pour y marquer déjà la place qui leur est destinée : le jugement commencera.

(Hassillon.) 20. Et il placera les brebis à sa droite , et les boucs à sa gauche. — Assis sur les ryines du monde, tenant en main la foudre qui vient de le détruire^ Dieu fera sentir à Tincrédule qu'il avait donc pu créer le monde, puisqu'il l'anéantit; que cet univers n'était donc pas confondu avec rÊtre par excellence ; que sa volonté faisait ici-bas le destin, et que ce qu'ils appelaient la nature n'était que l'art de sa puissance. Ah! je les vois ces contempteurs odieux du souverain pouvoir, couverts de honte, effrayés de leur audace, épouvantés du ridicule de leurs systèmes et du vide déses[)érant que leur présentent les vains noms de hasard et de fatalité ; ne pouvant plus comprendre qu'ils aient poussé Taveuglement et la fureur jusqu'à confondre l'Éiernel avec un frêle amas de boue qui n'a duré qu'un jour, et doutant en quelque sorte de leur ancien délire. Accablés sous le poids de la grandeur du Tout-Puissant, tout investi de son immensité, ils voudraient se dérober à son aspect, ou du moins pouvoir se fuir eux-mêmes; ils souhaitent, ils appellent à grands cris le néant, ils ne voient partout que l'éternité. — Ah I que la puissance de Dieu sera vengée dans ce jour où l'infidèle verra tous ces mortels déifiés, plus timides que les esclaves; toute la milice du ciel, devant qui la terre se prosterna, dissipée comme de la poussière; et ce soleil qui reçut tant d'encens, éteint, comme un flambeau, par le souffle du Tout-Puissant 1 (De Boulogne.}

20, Et il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. — Que n'aura point à craindre alors la troupe des impiesî Ce qui est cause

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que Dieu ne répand pas sur elle toute sa colère, c'est le mélange des bons et des mauvais ; et il épargne les uns pour Tamour des autres. Après la séparation^ quelle vengeance! Mais quelle horreur aura-t-on des mauvais? Ils se cachent ici parmi la foule, et se mêlent avec les bons; là, que toute leur difformité paraîtra, etqu'on les comparera avec les justes plus resplendissants que le matin, et avec le Fils de Thomme qui est la justice même, quel désespoir! Toi qui disais : Tout meurt avec moi ; mon âme s'en ira comme un souffle : la voilà toute vivante. Voilà même ton corps dissipé qui a repris sa forme et sa consistance ; te voilà tout entier. Hais pourquoi? pour un opprobre éternel, pour voir toujours ton ignominie et ton malheur.... Rentrons en nous-mêmes, chrétiens^ abjurons Timpiété, et prévenons par la pénitence ce supplice épouvantable. (Bossuet. )

28. BetireZ'VOUê de fnoi,mmditSy allez au feu éternel. — a Allez donc, maudits, au feu éternel; b allez, inhumains et dénaturés, au lieu où il n'y aura jamais de miséricorde. Vous avez eu un cœur de fer, et le ciel sera de fer sur votre tête; jamais il ne fera distiller sur vous la moindre rosée de consolation. Riche cruel et impitoyable, vous demanderez éternellement une goutte d'eau, qui vous sera éternellement refusée. Vous vous plaignez en vain de cette rigueur : elle est juste , elle est très-juste; Jésus-Christ vous rend selon vos œuvres, et vous fait comme vous lui avez fait. Il a langui dans les pauvres, il a cherché des consolations, et il n*en a pas trouvé ; et, bien loin de le soulager dans ses maux extrêmes, vous avez imité le crime des Juifs; vous ne lui avez donné que du vinaigre dans sa soif, c'est-à-dire des rebuts dans son indigence. Vous souffrirez à votre tour... justice! ô grande justice ! mais ô justice terrible pour ceux qui mériteront par leur dureté ces intolérables rigueurs ! (Bossuet.)

29. Car f ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif y et vous ne m'avez point donné à boire, — Lorsque le Fils de Thomme sera assis sur le trône de sa gloire, il placera les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche, et il dira à ceux qui seront à sa droite : a Venez, les bénis de mon Père, entrez en possession du royaume qui vous était préparé depuis le commencement du monde. » Et pourquoi cela? « C'est que j'ai eu faim, et que vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'étais nu, et vous m'avez revêtu; j'étais en prison, et vous êtes venu me visiter. » Alors ceux qui l'ont snrvi généreusement et à propos, considérant leur propre faiblesse et

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la dignité de celui qui leur a emprunté, lui disent : a Seigneur quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim, et que nous vous avons nourri, ou avoir soif, et que nous vous avons donné à boire, » vous de qui tous les êlres attendent leur substance? Quand est-ce que nousvous avons vu réduit à ces extrémités? quand avons-nous fait pour vous ce que vous dites? a Toutes les fois, leur répond-il, que vous Tavez fait pour le moindre de ceux-ci, vous l'avez fait pour moi-même. » N'est-il donc pas vrai de dire que a celui qui a pitié du pauvre prête au Seigneur à intérêt? » Mais comme il gratifie de son royaume ceux qui sont à sa droite, pour récompenser leur bienfaisance; de même il inflige à ceux qui sont à sa gauche la peine de leur insensibilité et de leur avarice : Retirez-vous de moi, maudits, allez dans les ténèbres extérieures, qui avaient été préparées pour le démon et pour ses anges. » Et quel est le motif de cette sentence? a C'est que j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger. » Il ne dit pas : a C'est que vous avez commis des fornications, des adultères, des vols, que vous avez rendu de faux témoignages, que vous vous êtes parjurés, o Quoique ces actions soient réellement mauvaises, elles le sont beaucoup moins que cette dureté qui refuse de soulager l'indigent. Et pourquoi, ô mon Dieu, ne rappelez-vous aucune de ces fautes? C'est que je condamne moins le péché que la dureté de cœur. C'est que je condamne moins ceux qui ont fait des fautes que ceux qui ne s'en sont point repentis. Je vous condamne, parce que vous êtes durs et insensibles, parce qu'ayant dans Taumône un moyen de salut, vous avez négligé un pareil bienfait. Je vous reproche la dureté de cœur comme la source de tous les vices et de tous les crimes; je loue la bienfaisance comme le principe de toutes les vertus; je menace Tune des flammes éternelles, et j'accorde à l'autre le royaume des cieux en Notre-Seigneur-Jésus-Christ, à qui soient la gloire et l'empire dans tous les siècles des siècles.

(Saint Jeak-Carysostôme.)

29. J'ai eu faim, et vous ne m'avez point donné à manger. — J'ai eu faim , j'étais pressé de la soif, j'étais sans demeure, exposé aux injures de Tair, nu, infirme et souffrant. Mais, Seigneur, en quel temps et où vous avons-nous vu dans tous ces états? Vous m'y avez vu lorsque vous y avez vu ce pauvre : parce que , tout pauvre qu'il était, je le regardais comme une portion de moi-même, ou plutôt comme un autre moimême. Or, voilà tout ce qui est exprimé dans le précepte de Jésus- Christ, et l'un des plus solides fondements dans le christianisme sur quoi il est appuyé. Après cela, chrétiens, je ne suis plus surpris que

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Tespril de rÉvangile nous fasse considérer les pauvres avec tant de vénération ; je ne m'élonne plus de ia règle que nous donne saint Chrysoslôme, d*écouter la voix des pauvres comme la voix de Jésus- Christ même^ de les honorer comme Jésus-Christ^ de les recevoir comme Jésus-Christ. (Bourdaloue.)

33. Et ceux-ci iront au supplice éternel. — Les réprouvés vont tous au supplice; mais y a-t-il différentes sortes de supplices? Il y a différents lieux assignés aux tourments qui les attendent, comme nous l'apprend TÉvangile; il y a des ténèbres extérieures, et sans doute aussi des ténèbres intérieures. Ailleurs est la Géhenne du feu, ailleurs sont les grincements de dents. Le ver qui ne dort pas est dans un autre endroit; dans un autre aussi se trouve Tétang de feu; ici, le lieu désigné parle nom de Tartare; là la région du feu inextinguible; l'enfer et la perdition ont chacun leur place ; plus loin sont les parties les plus basses de la terre, l'abîme de l'enfer, lieu plus horrible encore où les pécheurs sont livrés aux peines les plus ci*uelles. Ces malheureux se rendent aux différents lieux qui leur sont marqués; chacun , selon la gravité de ses péchés, est traité avec plus ou moins de rigueur. vous qui avez des larmes dans les yeux, de la componction dans le cœur, pleurez avec moi au souvenir de ce terrible partage dont l'idée m'épouvante, frères bénis de Dieu! car c'est à ce moment cruel que nous serons séparés les uns des autres, et que chacun se rendra dans le séjour qui lui sera assigné , et d'où il ne sortira jamais. Alors le père sera séparé de son fils, l'ami de son ami ; alors seront entraînés loin Tun de l'autre les époux qui n'auront pointconservépurlelit nuptial; alors seront rejetées ces vierges dont le corps fut chaste, mais dont le cœur fut sans miséricorde. Mais l'effioi que m'inspire ce récit, la crainte que jettent dans mon cœur ces cruelles images, m'empêchent d'entrer dans de plus longs détails; et pour tout dire en peu de mots, les pécheurs, hélas I tout en so dirigeant vers l'affreux séjour qui les attend, tourneront plus d'une fois leurs yeux sur les justes et vers cet asile de paix et de bonheur d'où ils seront bannis; ils verront leurs amis et leurs proches recevoir les dons précieux que leur a préparés le Roi des rois , entrer avec lui dans son royaume. Mais voilà que le ciel se referme, et que l'enfer a dilaté ses entrailles. A l'aspect de l'isolement où ils sont tombés, leur espoir s'éteint, point de secours à attendre, car le jugement de Dieu est juste. Enfin ils tombent dans l'abîme des souffrances éternelles. — Vous savez maintenant quel sort nous nous préparons par nos fautes. (Saint Ephrem.)

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33. Et ceux-ci s'en iront au supplice éternel. — Il en est parmi nous qui^ abandonnés tout entiers aux impressions de la chair ^ ne vivent que pour le temps présent, el s'imaginent qu'il n'y a point de vie future. Leur grand argument , c'est que Dieu est trop bon pour qu'il y ait des châtiments à craindre après la mort. Oui, certes. Dieu est bon, mais il est juste; et, cela posé, où serait la justice en Dieu , de permettre qu'on l'outrage, que Ton méconnaisse ses bienfaits, que l'on brave ses menace? Offenser quelque homme que ce soit, c'est une action punissable aux termes de la seule justice humaine; mais s'en prendre à son bienfaiteur, au Dieu sans qui l'on n'existerait pas, n'est-ce pas là un attentat qui repousse toute miséricorde? Dieu est bon, dites-vous, et» parce qu'il est bon, il ne doit pas punir! Insensé qui tenez ce langage, pourquoi cesserait-il d'être bon en vous punissant? Quoil vous péchez et vous ne voulez pas être puni ? Hais sa bonté vous en avait prévenu; mille fois elle a essayé de vous en détourner par les menaces qu'elle a fait retentir à votre oreille ; que de secours ne vous a-t-elle point présentés pour prévenir vos chutes! Ne s'est-elle pas même épuisée pour votre salut? Vous dites qu^il n'y a point de châtiment à craindre pour le coupable; un autre viendra nous assurer qu'il n'y a pas d'avantage à espérer pour les justes. Et qu'est-ce donc alors que vous appelez.Ia justice de Dieu?.... S'il n'y avait rien à craindre après la mort, quel frein resterait-il au pervers? Si même la crainte du châtiment dont il est menacé ne suffit pas toujours pour le détourner du crime , que sera-ce quand il se verra affranchi de cette crainte?

(Saint Jban-Chrtsostôme.)

33. Et ceux-ci iront au supplice éternel. — A ce moment les vierges qui n'auront pas pris d'huile avec elles, en demanderont vainement aux autres; la porte leur sera fermée. Celui qui sera là avec une robe souillée, ne pourra point se dérober aux regards pour en revêtir une autre; il faudra qu'il cède à la force et qu'il se dirige vers les enfers. II implorerait Abraham lui-même, que sa prière ne lui servirait de rien. Le jour fatal est arrivé , le juge suprême est assis à son tribunal redoutable, sous ses pieds coule un fleuve de feu , il nous fait rendre compte de notre conduite; impossible en ce moment d'annuler nos forfaits, il faut nous rendre, bon gré mal gré, au supplice qu'ils ont mérité; aucune prière ne peutavoîr as^ez d'empire pour nous sauver; celui qui prendrait notre défense, eût-il une foi vive à l'égal des plus grands saints, se nommât-il Noé,Job ou Daniel, vint-il demander grâce pour ses fils ou ses filles, sa prière ne sera point écoutée; il faudra, sans

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rémission^ que les pécheurs commencent leur supplice sans fln^ comme ceux qui auront bien Técu iront jouir des récompenses éternelles. II faut donc se mettre sérieusement à l'œuvre; il faut, comme dit Tapôtre, que ceux qui ont des épouses soient comme n^en ayant point; que ceux qui peuvent jouir des biens de ce monde, n'y attachent point leur cœur, afin de n'avoir pas alors à répandre des larmes inutiles. (Saint Jean-Chrysostômb.)

33. Et les justes iront dans la vie éternelle. — Maintenant , venez, 6 mes frères; ouvrez les yeux de votre intelligence, portez vos regards sur ces palais de la cité céleste : là un spectacle inefTable appelle votre attention. Venez contempler rassemblée des bienheureux , environnés d'une magnificence qui l'emporte de beaucoup sur l'or et les pierreries les plus précieuses , comme aussi sur le rayon de la lumière la plus vive et la plus pure; assemblée qui laisse bien loin au-dessous d'elle tout ce que la terre peut offrir de plus parfait. Considérez d'abord cette légion innombrable d'élus vêtus de robes blanches, le front ceint d'une couronne de gloire, et tenant dans leurs mains les palmes delà victoire et du triomphe. Au-dessus d'eux sont les anges, les archanges, les trônes, les dominations, les principautés, les puissances, les vertus. De là, élevez-vous jusqu'au monarque de cet empire , et contemplez, s'il est possible, cette ravissante beauté, ces grâces et ces attraits, cette gloire, cette majesté, ces magnificences ineffables, rassemblées dans sa personne auguste. Voilà les félicités qui vous attendent. Et parce qu'il vous coûterait quelque travail d'un moment, vous renonceriez à leur possession ! Ah 1 fallût-il mourir mille fois chaque jour, failût-il endurer les plus affreuses tortures pour le bonheur de contempler Jésus- Christ dans sa gloire, d'être au nombre desbienheureux habjtants de son céleste empire, n'hésitez pas à dire avec l'apôtre : Les souffrances de la terre ne sont rien comparées à la félicité qui m'est promise. Laissons les cœurs froids ne désirer le ciel que par la crainte des feux de l'enfer : je connais, moi, un plus rigoureux supplice que toutes ces toitures, ce serait d'être privé du bonheur de voir et de posséder Jésus- Christ dans son immortel triomphe. (Saint Jean-Curysostôme.)

33. Et les justes iront dans la vie éternelle. — Oh! qui pourra posséder ce bien suprême ? De quoi jouira-t-il en le possédant, et de quoi scra-t-il privé? H jouira de tout ce qui est désirable, il sera privé de tout ce qui ne mérite que l'aversion ; il puisera à la source qui renferme

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tous les biens de Tâme et du corps, biens mystérieux, inouis, iucoaipréhensibles. Pourquoi donc, faible mortel, t'égareren cherchant çà et là les biens de ton âme et de ton corps? Aime Tunique bien dans lequel sont contenus tous les biens imaginables, cela suffit; désire le simple bien qui est le bien universel, c'est assez. Qu'aimes-tu, ô mon corpsîque désires-tu, ô mon âme? c'est là-haut, c'est là-haut que sont les objets de voire amour etdevosdésirs.Ohomme ! est-ce Téclat de la beauté que tu envies? Là «les justes brilleront comme le soleil.» Veux-tu dans tes membres une force invincible, dans tes mouvements une rapidité que rien n'arrête? Là «les mortels seront semblables aux anges de Dieu ; » car « la terre reçoit dans son sein leur enveloppe matérielle, et au jour de la résurrection ils seront revêtus d'un corps spirituel , du moins par la puissance de ses propriétés nouvelles, sinon par sa nature. Est-ce une vie longue et calme qu'il te faut? là t'attendent une éternité tranquille et une tranquillité éternelle; car «les jusles vivront à jamais. » Es-tu affamé? là lu seras rassasié, «alors que Dieu Vapparaîtra dans sa gloire.» Veux-tu goûter une demiivresse? là « tu t'enivreras à la source des délices. » Le bruit des concerts charme-t-il ton oreille? là «les chœurs des anges chantent éternellement le nom de rÉlernel. » Es-tu avide de voluptés nobles et pures? là «tu te plongeras dans un torrent de voluptés sublimes et et divines. » Désires-tu la sagesse? là se révélera à toi la sagesse de Dieu lui-même. Demandes-tu les douceurs de Tamitié? là tu aimeras Dieu plus que toi-même et tes frères autant que toi-même; Dieu t'aimera, et il aimera tous ses élus plus que tu ne t'aimeras et que tes frères ne s'aimeront; car l'amour que tu auras pour Dieu, pour loimême et pour tes compagnons de béatitude sera limité comme ta nature; mais l'amour que Dieu a pour lui-même et qu'il aura pour eux et pouf toi sera infini comme son essence. Est-ce la concorde qui te plaît? là tous ceux qui se trouveront ensemble n'auront qu'une volonté, car ils n'en auront pas d'autre que celle de Dieu. Est-ce la puissance que tu ambitionnes ? là tous les bienheureux seront toutpuissants dans l'accomplissement de leur volonté, comme Dieu est tout-puissant dans l'accomplissement delà sienne. Ainsi que Dieu peut par lui-même tout ce qu'il veut, ils pourront par lui tout ce qu'ils voudront ; car, comme ils ne voudront rien autre chose que ce qu'il voudra, il voudra également tout ce qu'ils voudront, et sa volonté sera nécessairement accomplie. Est-ce la gloire , l'opulence qui te séduitT Dieu comblera d'honneurs ses serviteurs fidèles; que dis-je? ils seront ses enfants, ils participeront à sa divinité, ils prendront place avec son

CB. XCtr. LA VIE DE N. S. jLSL'S. CHRIST. " inf

Fils, ils seront hériliers du Père cékste ci cohéritiers du Christ, leur frère aîné. TrouTcs-tu des charmes dans la confiance et la sécurité? là ceux qui auront pratiqué la vertu seront sûrs de ne jamais perdre les biens, ou plutôt le bien hnique dont ils jouiront, car ils ne le lais* seront pas échapper volonlairenienl; Dieu qui les ainriera et qu'ils aimeront, ne le leur ravira pas malgré eux, et il n'y a point en dehors de lui une puissance capable de le séparer de ses élus et de vaincre sa volonté cl la leur. (Saint Anselme.)

33. Ei ceux-ci iront au supplice éternel; et les justes, dans la t)W éternelle, — Mes bicri-aimcs, préparons-nous à Tavénement du souverain juge : afin qu'il trouve en nous, non des crimes à punir, mais des vertus à couronner. Eu attendant son arrivée, appliquons-nous à pratiijucr la piété; pleurons los maux que nous avons faits; prcuons nos consciences pour juger contre nous-mêmes : parce ([ue, nous dit l'apôtre, si nous nous jugeons nous-monies, nous ne serons point jugés. Noire Pontife suprême qui s'est offert pour nous à Dieu son Père, prie encore pour nous à la droite de la majesté divine, sans se lever comme juge inexoraWe; il offre encore aux pécheurs les moyens de rentrer en grâce avec Dieu ; c'est à ceux qui seront tenus éloignées, et non pas à ceux qui ser.Dnt revenus, qu'il réserve les vengeances du dernier jour. Donc, pendant que nous en avons le temps, évitons le c iâtiment de nos fautes passées, en nous punissant nous-mêmes et en nous corrigeant; cherchons la miséricorde par les sentiers de la justice : de peur qu'à la un nous ne trouvions qu'un juge inexorable dans ce même Pontife et Sauveur qui maintenant intercède pour nous avec une charité toute divine. (Saint ïves de Chartres.)

33. Et les justes iront dans la vie éternelle. — Et voilà quelle sera la récomiense des saints : éternellement ils verront Dieu, éternellement ils l'aimeront, éternellement ils le posséderont. Comme le tourment des damnés sera d'être à jamais privés de Dieu, et d'avoir éternellement à sentir la perte de Dieu, la béatitude des saints sera de ne pouvoir plus perdre Dieu, de ne pouvoir plus être séparés de Dieu, d'être unis pour jamais à Dieu. Voîlà, et c'est l'Église elle-même qui le diante, voilà la récompense de ceux qui s^attachent à Dieu, et qui le servent. On royaume leur est préparé, mais un royaume éternel^ où il n'y aura ni succession ni révolution; une couronne les attend, mais une couronne dont le privilège, incommunicaUe à toutes les couronnes du mondOi doit être la perpétuité; ils régneront, mais leur règne.

iSS LÀ YIE DE N. 8. JÉSUS-CHRIST. CH. xciT.

aussi bien que celui de Dieu, sera le règne de tous les siècles : éternité de puissance. Voilà la récompense de ceux qui souffrent et qui se mortifient pour Dieu : ils seront comblés de joie, mais d'une joie qui n'aura jamais de fin, d'une joie qui ne sera ni troublée ni interrompue, d'une joie qui durera autant que Dieu, et que personne ne leur ôtera, ni n'aura le pouvoir de leur ôler : éternité de bonlieur. Voilà la récompense de ceux qui sont humbles, qui, renonçant à eux-mêmes, deviennent par leur humilité les grands de Dieu ; ils auront la gloire en partage, mais une gloire qui ne diminuera point, qui sera toiyours nouvelle, et dont la longueur des temps ne fera qu'augmenter Féclat et le lustre : éternité de gloire. (Bourbaloub.)

ÉLÉVATION

Ûnelle magnifique récompense vous promettez, Seigneur, au serviteur fidèle qui aura fait fructifier vos dons, et vous aura cherché avec un cœur pur et une intention droite l Entrez dans la joie de votre Seigneur : quelle parole I et combien l'espérance qu'elle fait briller à nos yeux devrait nous aplanir les difficultés du chemin qui mène à l'éternelle vie ! D'un autre côté, Seigneur, est-il donc si nécessaire d'insister sur l'obligation imposée au chrétien de venir en aide à ses frères malheureux, à ces déshérités des biens de la terre, que leurs vertus mo« destes et ignorées élèvent si haut à vos yeux? Point d'illusions possibles, le précepte de l'aumône est formel : Vous m'avez nourri, vous m'avez vêtu, vous m'avez consolé, direz-vous au grand jour de la justice, venez partager mon royaume et ma gloire. Vous, au contraire, qui, au sein de toutes les jouissances de la richesse et du luxe, avez vu d'un œil sec et indifférent mes larmes, ma nudité, la faim qui me dévorait, mes souffrances sans nombre et sans nom dans la personne du pauvre, éloignez-vous, je ne vous connais pas, vous avez reçu votre récompense; vous n'avez point eu de miséricorde et de compassion pour les autres, vous ne devez point en attendre de votreDieu. Mon Sauveur I nous ne voulons plus oublier à l'avenir que celui qui a pitié de l'indigent place à usure un trésor entre vos mains; nous ne détournerons plus nos regards du pauvre, puisque ce serait vous mépriser. Dans la mesure de nos forces, nous vous aimerons dans les pauvres, nous les visiterons, nous les nourrirons, nous les consolerons, afin qu'au jour qui n'aura point de lendemain, ils nous reçoivent en votre nom dans vos tabernacles éternels. Amen.

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