‹ La vie de n. s. Jésus-Christ: ou les saints évangilesChapitre 53 sur 179 · Sur le soir, Jésus vint avec les douze · texte numérisé non relu

Sur le soir, Jésus vint avec les douze

Et ce même soir qui précédait le jour de la Pâque, sachant que Theure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin*.

^ y SI. C'est-è-dire : Je touche aa moment de mon sacrifice. Pour que cette parole fût comprise par le maître de la maison» il fallait qu'il fût un des disciples de Jésus.

* f 24. Il porta son amour pour eux jusqu'aux dernières limites de ce qui est possible, même à un Dieu à Tégard de ses créatures sur la terre, par rinstilution de Tadorable sacrement de rEucharistie*

-1-5. £n ce mime temps, les Princes des prêtres, les Scribes et les Ath ciens du peuple s'assemblèrent dans la salle du grand-prélre appelé Caïphe^ et tinrent conseil pour se saisir de Jésus par ruse et le faire mourir. — La loi de Moïse voulait qu'il n'y eût qu'un seul grand-prêtre, et qu'il le fut à vie. Hais les Juifs d'alors, au mépris de la loi, les avaient multipliés en les changeant chaque année. On appelait princes des prêtres, dans ces temps dégénérés, ceux qui avaient exercé pendant un an le souverain pontificat. Tant qu'il n^y eut qu'un seul pontife, c'était lui qui punissait l'homicide; mais maintenant qu'ils sont plu-

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sieiirs, ils se rassemblent, chez l'un d'eux^ homicides eux-mêmes, pour machiner la mort du Fils de Dieu. Sur le point de consommer un pareil attentat^ ce n'est point Dieu qu'ils craignent^ ce sont les hommes. Ils appréhendent qu'au jour de la fête , la foule rassemblée ne venge le sang innocent. Peut-être craignent-ils aussi que le peuple^ irrité, prive le Temple et eut-mênies des offrandes accoutumées; ou bien encore, que le jour de la fête li^ donne trop d'éclat à la mort de celui dont ils voulaient anéantir la mémoire. Toutefois, ce n'est pas le jour qu'il leur plaira de fixer que le Fils de Dieu doit mourir, mais le jour qu'il aura choisi lui-même. (Théophilacte.)

il.LespauvreSyVOUSlesaveztçujoursparmivous. —Il entre donc dans le dessein de la Providence qu'il y ait de l'inégalité dans les conditions; mais elle veut en même temps que ceux qui manquent du nécessaire soient aidés fraternellement par ceux qui ont du superflu. Ces infortunés, vous avez beau ne pas le vouloir, ils sont nos frères, pétris du même limon que nous, comme nous enfants de Dieu, et peut-être beaucoup plus chers à son cœur. Les laisserons-nous donc aux inlempérics de l'air, tandis que nous habitons des maisons commodes et magniûques, où l'or, l'argent, les pierreries, les peintures les plus recherchées brillent de toutes parts? Quoi 1 les pauvres mourront de froid sous les haillons qui les couvrent à peine, et nous serons vêtus de pourpre et de soie I ils manqueront des aliments les plus nécessaires, et nous nagerons dans les délices I ils viendront à nos portes, dévorant Thumiliation, imaginant des chants plaintifs pour attirer notre attention ou réveiller notre pitié, et nous fermerons l'oreille à ces cris de détresse 1 ils exposeront à nos yeux le triste spectacle de leurs infirmités et de leur misère, et nous dormirons dans des lits voluptueux, défendus même contre les rayons du jour I Oh ! quelle honte pour nous, d'habiter des appartements tapissés de fleurs que la saison a cessé de produire, de charger nos tables de mets pour lesquels tous les éléments et souvent les contrées les plus lointaines ont été mis à contribution, tandis qu'autour de nous des milliers d'infortunés, recommandés par Jésus-Christ lui-même , sont à lutter contre les horreurs de la faim et souvent contre les conseils du désespoir I

(Saint Grégoire de Nazunze.)

14. En vérité je vous le dis^partout où sera prêché cet Évangile, dans le monde entier^ on dira en même temps à.la louangede cette femme Vaction qu'elle vient de faire. — On parle dans toutes les églises de cette femme de l'Évangile; il y a dans toutes les villes des magistrats prin*

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cipaux, des commandants de troupes, des femmes et des hommes distingués; dans quelque partie de la terre que vous alliez, vous verrez qu'on écoute en silence Faction de cette même femme : elle n'est ignorée dans aucune contrée du monde. Que de princes ont comblé des peuples de bienfaits, ont terminé des guerres importantes, remporté de grandes victoires, relevé des viPce, sauvé des nations, grossi considérablement leur trésor! leurs actions cependant sont ensevelies dans Toubli. Des princesses, des femmes célèbres ont fait de grands biens à leurs sujets, et Ton ne sait pas même leur nom; mais la femme obscure qui n'a fait que répandre une huile de parfum, est célébrée par toute la terre, sans que la longueur du temps ait pu, ou puisse jamais obscurcir sa mémoire. Cependant ce n'était pas là une action d'éclat: répandre quelques gouttes de parfum 1 elle n'était pas illustre: c'était une fumme ignorée; il n'y avait pas un grand nombre de témoins, car la chose s'est passée devant quelques disciples; le lieu n'était pas remarquable : elle n'avait point paru sur un théâtre public, mais dans une maison particulière, où se trouvaient à peine dix personnes. Toutefois ni le petit nombre de témoins, ni l'obscurité de celle qui agissait, ni le secret du lieu, rien en un mot n'a pu dérober le nom ni l'action d'une femme qui est maintenant plus célèbre que tous les princes et toutes les princesses. Quelle est la cause de ce prodige? qui est-ce qui l'a opéré? N'est-ce pas le Dieu lui-même sur qui elle a répandu son parfum, et qui a fait retentir par toute la terre le bruit de son action? Une prédiction de ce genre est-elle, je vous le demande, l'effet d'une puissance humaine î un homme de bon sens pourrait-il le prétendre? Prédire ce qu'on fera soi-même est une chose admirable et peu commune, mais prédire ce que feront les autres, et le prédire de manière à convaincre tous les hommes et à les frapper par Tévidence, est bien plus extraordinaire encore et bien plus merveilleux.

(Saint Jean-Chrysostôme.) Î5. Or, Satan entra dans Judas, surnommé Iscariote^ l'un des douse; et il s'en alla vers les Princes des prêtres, les Scribes, et les chefs des gardes du temple^ etc. — Il avait été présent lorsque des femmes vinrent répandre sur les pieds et sur la tête de Jésus-Christ des parfums d'un très-grand prix; il en avait conçu de la peine, et s'en était hautement déclaré : son avarice lui avait fait traiter de profusion et condamner une action si sainte. Pour justiQer son ressentiment, il l'avait coloré d'une apparence de piété et de charité: Hé quoi! ne pouvaiton pas vendre cette liqueur ? On en eût retiré une somme considérable, et cette somme eût servi au soulagement des pauvres. Rien déplus

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spécieux que ce prétexte; maisce n'était qu'un prétexte; et si vous voulez savoir la vraie raison qui le touchait^ le texte sacré va vous rapprendre. Car, dit saint Jean, il n'avait guère en vue les misères des pauvres; et en parlant d'eux^ ce n'était pas pour eux qu'il parlait : mais il amassaitct thésaurisait; maisayautsoin de recueillirlesaumônes faites à lésus-Clirist^ il les gardait et se les appropriait. De là que fait-il, et quelle résolution, quelle affreuse extrémité! Judas se voit frustré de son espérance ; le gain qui lui fût revenu de ce baume précieux, ce gain sordide qu'il se proposait lui échappe des mains; il veut s'en dédommager, et parce qu'il en trouve l'occasion prompte et commode, en vendant son maître même, ce parricide ne l'étonné point, il en a bientôt formé le dessein, il se met bientôt à l'exécuter. Le voilà dans le conseil des Princes des prêtres : du sacré collège des apôtres , qu'il a quitté, le voilà dans la synagogue des Juifs, avec qui il vient délibérer et négocier. Que me donnerez-vous, et je vous réponds de ce Jésus que vous cherchez, je TOUS l'amènerai ? (Bourdaloub/

16. Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai? — Ahl dis* ciple ingrat, que promettez-vous? que dites-vous? ou plutôt que dis-je moi-même, et comment pourrais-je fléchir un cœur que la cupidité domine? Cette âme intéressée n'écoute que ce qui peut la satisRlire» On convient de part et d'autre : trente deniers sont offerts et sont acceptés; tout est conclu. Judas prend des mesures, il agit, il livre Jésus, et ne s'estime pas moins heureux de pouvoir, aux dépens de cet adorable Sauveur, contenter Tinsatiable désir qui le dévore, que les Juifs de pouvoir, à si peu de frais, contenter leur animosité et leur envie. Voilà tout le fond de son crime, en voilà l'origine. Il a é'é déicide, parce qu'il était voleur; et c'était un voleur, parce qu'il était avare : de son avarice sont venus tous ses larcins , et ses larcins ont enfin abouti jusqu'à mettre la vie et le sang d'un Dieu au prix des esclaves, car le prix des esclaves était de trente deniers. Faut-il s'étonner qu'étant avare, il soit devenu traître? Non certes, puisqu'il est essentiel à l'avare de n'avoir point de foi. Faut-il s'étonner qu'étant avare, il ait violé lâchement tous les devoirs de la reconnaissance et de l'amitié? Il n'y a rien en cela que de très-naturel, puisque l'amitié et l'avarice sont incompatibles; car le caractère de Tune est de se communiquer et de vouloir du bien à autrui, au lieu que le caractère de l'autre est de se renfermer toute dans elle-même, et de ne vouloir que son propre bien. Faut-il s'étonner qu'étant avare, il ait renoncé son maître? Je n'en suis point surpris, répond saint Chrysostôme,

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puisque ; selon Toracle de la yérité éternelle^ on ne peut servir deux maîtres, et que tout avare est asservi à son avarice. Faut-il même s'é* tonner qu'étant avare, il ait vendu jusqu'à son Dieu? Je n'ai pas non jjIus de peine à le comprendre, poursuit saint Cbrysostôme, puisque l'avare ne veut point d'autre Dieu que son avarice ou que son argent.

(BOURDALOUE

20. En entrant dans la ville, vous trouverez un homme portant de Veau qu'il viendra de puiser. — Le signe que donne Jésus de ce porteur d^eau devait faire entendre à ses disciples que les actions les plus vulgaires sont aussi dirigées spécialement par la divine Providence. Qu'y avait-il de plus ordinaire, et qui parût davanlage se faire au liasard, que la rencontre d'un homme qui venait de quérir de Teau à quelque fontaine hors de la ville? et qu'y avait-il qui parût dépendre davantage de la volonté, pour ne pas dire du caprice de cet homme, que de porter une cruche d'eau dans celte maison , au moment précis que les deux disciples devaient entrer dans la ville? Et néanmoins cela était dirigé secrètement par la sagesse de Dieu ; et les autres actions semblables le sont aussi à leur manière, et pour d'autres fins que Dieu conduit : de sorte que s'il arrive si souvent des événements si remarquables par ces rencontres , qu'on appelle fortuites , il faut croire que c'est Dieu qui ordonne tout, jusqu'à nos moindres mouvements, sans pourtant intéresser notre liberté, mais en dirigeant tous les mouvements à ces fins cachées. (Bosscet.)

21. Dans quelque maison quHl entre ^ entrez après lui , et dites au chef de famille qui est dans celte maison : Le Mattre vous dit : Mon temps est proche , je fais la Pâque chez vous. — Toutes les maisons de Jérusalem étaient communes pendant les temps de fête, et chacun pouvait se loger partout où il y avait de la place, sans être obligé de payer Tbospitalité qu'on lui donnait. Son hôte ne recevait en dédommagement que la peau de l'agneau pascal. Le cénacle était situé, d'après la tradition, dans la partie supérieure de la ville, ou sur le mont Sion, à la place où, du temps de David et de Salomon, l'Arche d'alliance était restée pendant quarante ans. Les disciples égorgèrent donc l'agneau pascal que l'on avait choisi le 10 du mois, le jour précisément où Jésus-Christ, sur la route de Béthanie, avait maudit le figuier, symbole du culte mosaïque. Et, après qu'ils l'eurent mis au feu te qu'ils eurent fait tous les autres préparatifs nécessaires pour le repas pascal, ils attendirent leur maître, a Lorsque le soir fut venu , Jésus

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Tint avec les siens, et lorsqu'il fut temps (c'esl-à-dire lorsque les étoiles parurent), il se mit à table, et les douze apôtres avec lui. » Il devait y avoir au moins dix personnes pour manger un agneau pascal. Il y en avait treize ici : Jean, le disciple bien aimé, était assis à la droite du Sauveur, et Pierre a sa gauche. Ou plu(ôt, d'après l'expression orientale, Jean était couché près de la poitrine de Jésus, comme il le rapporte lui-même dans son Évangile, et Pierre à sa tête. Les anciens, en effet, dans leurs repas, n'étaient point assis sur des chaises ; mais étendus sur des lits très-bas , avec le bras gauche appuyé sur un coussin, (andisqueles pieds posaientparderrièresurle sol. Pierre et Jean étaient donc également près du Sauveur. Le premier Ibutefois avait la place (l'honneur, comme toujours. Car, en ce cas, la première place chez les Hébreux était à gauche, c'est-à-dire à la tète de Thôie qui occupait le milieu de la table. Jean toutefois était mieux placé pour parler avec Noire-Seigneur; mais les peintres ont abusé de cette expression de l'apôtre saint Jean quand il dit qu'il reposait sur la poitrine de Jésus; car ils placent le disciple de l'amour sur le sein de Notre-Seigneur; de telle sorte que celui-ci n'aurait pu ni respirer ni se remuer, tandis qu'il est certain que le Christ et ses apôtres étaient tous couchés de la même manière, et que la main droite restait toujours libre. Jean était donc couché près de la poitrine de Pierre. A la têt^ de Pierre était André; puis, en descendant à gauche, Philippe, Barthélemi, Tliomas et Mathieu Lévi. A droite était Jacques-le-Minenr, Simon, Jude, Thadée, et, au bout, vis-à-vis de Mathieu, Judas Iscariote. Chacun occupait le rang que lui donnaient et son ancienneté dans l'apostolat et ses rapports plus ou moins intimes avec Noire-Seigneur, C'est pour cela que nous trouvons au milieu, et tout près de Jésus, le groupe sacerdotal des quatre pécheurs. Ils furent, en cffot, les premiers choisis comme apôtres, et sont comme les premiers nés dans la maison du nouvel Israël. Parmi eux, Pierre, semblable à Juda, est l'homme sur qui repose la promesse. Israël, s'adressant à Juda, et, dans sa personne , à tous ses descendants, le bénit d'une bénédiction toute spéciale en lui disant : a Tes frères te loueront; la main sera sur le cou de tes ennemis, et les enfants de ton père s'inclineront devant toi. » Ainsi Jésus s'adressant à Pierre lui dit : « J'ai prié pour toi afin que la foi ne chancelle point; mais toi, lorsque tu seras converti, confirme tes frères. » De' mcme qu'Israël promet à Juda que le sceptre ne lui sera point enlevé, et qu'il donnera des chefs à son peuple jusqu'à ce que vienne celui qui doit être envoyé, ainsi le Christ promet à Pierre que le bâton pastoral avec lequel il doit paîlre les brebis et les agneaux m. 11

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dans rÉglise ne lui sera point enlevé, et que les portes de Tenfer n^ébranleront pas le siège sur lequel il est assis, jusqu'à ce que vienne celui qui est Tattenle des nations, aûn de juger les vivants et les morts. (D' Sbpp.)

22. Et il vous montrera une salle vaste et ornée : préparez-y ce qu*il nous faut. — Voici quelque chose de grand qui se prépare, et quelque chose de plus grand que la Pàque ordinaire, puisqu'il envoie les deux plus considérables de ses apôtres : saint Pierre qu'il avait mis à leur tête, et saint Jean qu'il honorait de son amitié particulière. Les évangélisles ne marquent point que ce fût son ordinaire d'en user ainsi aux autres Pâques; ni aussi qu'il eût accoutumé de choisir un lieu où il y eût une grande salle tapissée. Aussi les caints Pères ont-ils remarqué que cet appareil regardait l'institution de l'Eucharistie. Jésus- Christ voulait nous faire voir avec quel soin il fallait que fussent décorés les lieux consacrés à la célébration de ce mystère. Il n'y a que dans celte circonstance où il semble n'avoir pas voulu paraître pauvre. Les chrétiens ont appris par cet exemple tout l'appareil qu'on voit paraître dès los premiers temps pour célébrer avec hormeur l'Eucharistie, selon les facultés des églises. Mais ce qu'ils doivent apprendre princi[)alemenl, c'est à se préparer eux-mômes à la bien recevoir : c'est-à-dire, à lui préparer comme une grande salle, un cœur dilaté par Tamour do Dieu et capable des plus grandes choses; avec tous les ornements de la grâce et des vertus, qui sont représentés par celte tapisserie dont la salle était parée. Préj)arons tout à Jésus (jui vient à nous : que tout soit digne de le recevoir... Voilà donc tout disposé. Le grand cénacle tai)issé est prêt; on y attend le Sauveur. Voyons maintenant les: grands spectacles qu'il y y a donner à ses fidèles. Contemplons, croyons, profitons; ouvrons le cœur plutôt que les yeux. (Bossuet.)

24. Sur le soir, Jésus vint avec les douze. Et ce même soir qui précédait le jour de la Pdque, sachant que Vhcure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père.... — Ou sait que le mot de Pâque signifie passage. Une des raisons de ce nom, qui est aussi celle que saint Jean regarde en ce lieu, c'est que la fête de Pàque fut instituée lorsque l'ancien peuple devait sortir de l'Egypte pour passer à la terre promise à leurs [)ères, ce qui était la figure du passage que devait faire le peuple nouveau de la terre à la céleste patrie. Toute la vie chrétienne consiste à bien faire ce passage, et c'est à quoi Notre-Seigneur

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\a diriger plus que jamais toute sa conduite, ainsi que saint Jean semble ici nous en avertir. La première chose que nous devons remarquer, c'est que nous devons faire cette Pàque, ou ce passage, avec Jésus-Christ. Et c'est pourquoi cet évangéliste commence le récit de cette Pâque de Notre-Seigneur par ces mots : Avant le jour de Pâque, Jésus sachant qifil devait passer de ce monde à son Père. Jésus 1 je me présente à vous pour faire ma Pâ(iue en votre compagnie ; je veux passer avec vous, du monde à votre Père, que vous avez voulu qui fût le mien. Le monde passe, dit votre apôtre; la figure de ce monde passe ; mais je ne veux point passer avec le monde ; je veux passer à votre Père. C'est le voyage que j'ai à fîu're , je le veux faire avec vous. Dans Tancionne Paqne, les Juifs qui devaient sortir de TÉ^^ple, pour passer à la terre prom'so, devaient paraître en habils de voyageurs, le bâton à la main, une ceinture sur les reins; afin de relever leurs Iiibils, leurs souliers mis à leurs pieds, toujours p-êls à aller et à pirlir, et ils devaient se dépVIier de maiiirer la Pa((iio, afin que rien ne 1rs retînt, e' qu'il< se tinssent préîs à niaiclier à cî.aque moment. C'est la fi^'iirc de Iclat où se doit mellre le cluvtiin pour faire sa Pàque avec Jésn^-Clirist, i)Our pister à son Père avec lii. (î'o<^iet.)

2i. Sachant que Plt^vre était vcime pour lui de passer df ce momie à son Père. — mon Saivenr! recevez votre voy.;«;eiir. Me voilà prêt, je ne tiens à rien; je veux passer avec vous de ce n]onde à votre Père. D'où me vie t ee re;/rel de pnsser? Quoi ! je Siiis encore all.ulié à celle vio? Quelle erreur ir.e i client iluns co lien d'exil? Vous alie/ p'^s-r, mon S.iuveur ! et rés()ln que j elais de passer avec vous, quand on nie dit que c'est tout de bon qu'il faut |)asser, jo me Iroi.ble, je ne puis supporter ni entendre celte parole? Lâche voy.i-icnr que crains-lii? le I'ass;i[;e que tu vas faire , est celui que le Suiveur va faire au<si dans notre Évanizile, craindras-tu de passer avec lui? Miis écoute : Jésus sachant que sou heure élait venue de passer de ce monde. Qu'y a-t-il de si aimable dans ce monde que tu ne veuilles point le quitter avec le Sauveur Jésus? Le quillerait-il s'il éiail bon d'y demeurer? Mais écoule encore un coup, chrélien, Jésus passe de ce monde pour aller à son Père. S'il faillit seulement sortir du monde sans aller à quchpie chose de mieux, quoicjue ce monde soit peu de chose et qu'on ne perdrait pas beaucoup en le perdant, on pourrait y avoir regret, parce qu'enfin on n'aurait rien de meilleur. Mais, chré'ien, ce n'est pas ainsi que tu dois passer : Jésus passc.de ce monde, mais pour aller à sou Père. Cliréiieu qui dois pa=^ser a\cc lui, tu passes à un Père : le heu d'où tu

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sors est un exîl; tu retournes à la maison paternelle. Passons donc de ce monde avec joie; mais n^attendons pas le dernier moment pour commencer notre passage. Lorsque les Israélites sortirent d'Egypte, ils ne devaient pas arriver d'abord à la terre promise; ils avaient quarante ans à voyager dans le désert : ils célébraient néanmoins leur Pâque, parce qu'ils sortaient deTÉgypte et qu'ils allaient commencer leur voyage. Apprenons à célébrer notre Pàque dès le premier pas; que notre passage soit perpétuel. Ne nous arrêtons jamais ; ne demeurons point, mais campons partout à l'exemple des Israélites. Que tout nous soit un désert ainsi qu'à eux; soyons comme eux toujours sous des tentes; notre maison est ailleurs. Marchons, marchons, marchons; passons avec Jésus-Christ. Mourons au monde; mourons-y tous les jours; disons avec Tapôtre : je meurs tous les jours, je ne suis pas du monde; je passe; je ne tiens à rien. (Bossubt.) •

ÉLÉVATION

Seigneur, vous qui lisez au plus profond des cœurs, que vous savez bien démasquer la duplicité et Ta varice du disciple perfide qui condamnait Taclion de celle femme amenée à vos pieds par la reconnaissance et l'amour! Aussi, voyant découverte la plaie de son cœur, cet homme, admis à votre table et à la douce familiarité de vos divins enseignements , mais endurci par le plus bas des vices , ne cherche plus qu'une occasion de se venger de son maître, de son bienfaiteur^ « Que voulez- vous me donner, et je vous le livrerai?» En lisant cette parole du traître, nous frémissons dMndignaiion, et nous n'avons pas d^expression assez énergique pour flétrir la perfidie de Judas. Alit Seigneur! nous faisons en tremblant un retour sur nous-mêmes. Si nous ne l'avons pas prononcée, celte odieuse parole, n'avons-nous fias agi souvent comme si elle eût été au fond de notre cœur? Don nez-nio; du bonheur, des plaisirs; donnez-moi des honneurs, donnez-moi des richesses, et je vous livrerai Dieu, famille, amis, tout ce qui fera obstacle à mes désirs. Désormais, bon Sauveur, nous ne donnerons phis cette joie à l'ennemi de nos âmes; nous vous sacrifierons, au conttairc, tout ce qui pourrait nous empêcher de nous élever jusqu'à vous, et de comprendre cette parole d'amour : a Mon temps est proche, je fais la Pâque chez vous, c'est-à-dire, je veux entrer dans votre cœur, en prendre possession pour toujours; je veux faire votre bonheur dans le temps pour être à jamais votre gloire et votre joie dans rêlernilé. Amen.

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