Et s'en alla de nouveau au-delà du
* f i^. Sous-entenda, Et toui, l$i fiU du Tri$-Haut: car tel est le passage de i Écrilure auquel Jésus-Christ renvoie en ce moment les Pharisiens et les docteurs juifs, pour leur faire voir que les mots Dieu et fils du Trèi-Haut sont quelquefois appliqués aux. hommes, et cela sans manquer au respect dû au Dieu véritable.
' f 15. Comprenons, Celui à qui Dieu le Père communique toute sa sainteté en môm? temps que tous ses autres attributs divins, en Tengendrant de toute éternité Dieu comme lui-même; et encore, Celui que le Père a sanctifié dans son humanité ou dans sa nalure humaine, en étendant à cette seconde nature unie au Verbe éternel et consacrée par une onction ineffable, celte parole divine * Vous èles mon Fils. Par ces paroles, a envoyé dam le monde, comprenons, a voulu, par amour pour les enfants d'Adam, qu'il fût sur la terre Dieu et homme tout ensemble, sans cesser d'être dans le sein du Père et de remplir tout l'univers de sa présence adorable.
* y 16. Bornez-vous à ne pas me croire, puisqu'il n'y a point en mol de blasphème à punir, alors môme que je ne serais qu'un homme.
* y 17. Reconnaissez mes œuvres pour ce qu'elles sont, pour des œuvres divines. Quant à la question de savoir si je suis, ou non, le Fils de Dieu, elle sera ensuite bientôt résolue. Dès que vous vous rendrez à l'évidence et que la foi pourra entrer dans votre cœur, vos doutes ne tarderont pas à disparaître.
sot
Bbl eral Joaaaes baplâuns prÛDÙm ; et mansit iUlc.
El m«1U trnemiA ad eom, et dicebant : Qa'a Joaimes quidcro ûgnum fecit iHilum*
Omnia aDtem qam^ cnmque dizit Joannes de Koc» Tara erauL. Et uialli crcdJderuDt in eom.
* Ihaal anUm t«il)« iudU» nim eo : et con* lei&ia diaât «d iUos :
Sii quia venii ad me».
et non odit paîrem smini , el niatrem , et Dioreiu, el filios, et fratrc<, et sororos , a<Uiuc •uU.*fB et annMMO suaon^ non polesl measesse diacipalua*
Et (^QÎ non bajalai cniceiB mani » e% Tenil po5l me , non potest mens «se diac^luft
Quis enim ei Tobis ▼olcns turriin vdificare, non priÙ5 sedens compuial svmpli» qui nece»
sariisunt, si habcal ad pcrficicjkdîaai ?
Ne pofttf kqnam posnerit fundainentuna, et non polnerit perficpre , om« nés qai vident, indpiant Slndereeii
Dicentes r Qnîa bie homo corpit sdifiearei el non polnit coiuummare.
Aot €[fùa rex itnraa coiDoiittcre bellnm advenus alium regcm, non taden» priA* cogitât ai poHÎt cun deccm milli»
LA TIE DE N. S. JESUS-CHKIST. CH. Lxx-
Jourdain, au lieu où Jean avait commencé à baptiser; et il y demeura.
20. Et plusieurs vinrent avec lui, et ils disaient : Jean n'a fait aucun mfracle;
21 . Mais tout ce qu'il a dit de celui-ci était vrai. Et beaucoup crurent en Jésus.
22. Or, de grandes foules de peuple marchaient avec Jésus ^; et, se tournant vers eux, il leur dit :
23. Si quelqu'un vient à moi, et ne hait point son père, et sa mère, et sa femme, et ses fils» et ses frères, et ses sœurs*, et sa vie» il ne peut être mon disciple,
24. Et quiconque ne porte sa croix et ne me suit point ne peut être mon disciple.
23. Car qui d'entre vous, voulant bâtir une tour, ne s'assied pas auparavant pour examiner la dépense qui sera nécessaire, el s'il a assez pour achever l'édifice?
26. De peur qu'après avoir posé les fondements, il ne puisse terminer, et que ceux qui le verront ne se mettent à le railler,
27. Disant : Cet homme a commencé à bâtir, et il n'a pu achever.
28. Ou bien encore, quel est le roi qui, devant aller combattre un autre roi, ne s'assied pas d'abord et ne se demande s'il peut, avec dix mille hommes, marcher à
* f S2. Comne il se rendait k Béthabara, ainsi que saint Jean vient de le dire.
> f 23. Haïr ses proches ne signifie pas ici leur vouloir du mal, mais détester leurs maxfmes quand elles sont mauvaises, et renoncer à leur société, agir comme si on les haïssait, plutôt que de se laisser entralaer au mal par leur exemple.
en. Lxx.
bas ocearrere e£ qui cnm Tîgiali milliboftTenil ad
Ali&qDÎn «dhàe illo longé agente, legationem œiitens, rofat ea que pacis siut.
Sic erg6 omab ei Tobis qui non rcnontiat omnibus qam po<i9idet, non potest mens ease dû* eipoloi*
Bonnm estsal. Si antem sal eyannerit, in qoo condklor?
Keqne in terram, ne« qne in sterqoiliniom otite est; sed iorhs mtlielur. Qai habal aurai aodien* di, aodiau
la rencontre de celui qui vient l'attaquer avec vingt mille?
29. Sans quoi, tandis que son ennemi est encore loin, il envoie des ambassadeurs lui demander humblement les conditions de la paix*.
30. Ainsi, quiconque d'entre vous ne renonce point à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple.
31. Le sel est bon^; mais s'il perd sa vertu, comment la lui rendre?
32. Il ne peut servir ni comme terre, ni comme engrais; on ne peut que le jeter dehors*. Que celui qui a des oreilles qui entendent, entende *.
^ f S9. Par cette comparaison» comme par la précédente» Jésus-Christ nous faft entendre qu'avant de s'engager à sa suite, il faut examiner si l'on est disposé à porter sa croli tous les jours de sa vie» et à renoncer à tout ce qui peut être un obstacle au salut.
* y 31. Comparaison dont le Fils de Dieu se sert pour indiquer ses ministres.
* f 32. Parole terrible pour le prêtre qui perd son zèie et sa vertu : car, ici, dehon signifie hors de Dieu, hors daciel, et par conséquent dans l'enfer.
^ ^ 52. Par là Jésus-Christ avertit ses apôtres et ceux de ses disciples qui iront prêcher l'Évangile, de ne point perdre de vue la sentence qu'il vient de prononcer.
3. Et les Juifs r entourèrent et lui dirent : Si vous êtes le Christ , dites-le-nous ouvertement. — Quelle admirable douceur, quelle infinie bonté Jésus-Christ témoigne encore dans cette occasion ! Il aurait pu leur répondre : Pourquoi m'interroger, si, comme vous le publiez, je ne suis qu'un Samaritain, un possédé du démon, un imposteur; si^ comme vous le prétendiez naguère, mon témoignage n'est pas vrai î Il n'objecte rien de tout cela, il n'emploie aucune récrimination; il se borne à leur répondre : Je vous le dis, et vous ne me croyez point. En effet, il avait dit à la Samaritaine, qui lui parlait du Christ^ C'est moi , moi qui vous parle; et à l'aveugle-né qui désirait voir le Fils de Dieu^
S04 LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. cb. lzx.
Vous Tavez vu, c^est lui-même qui vous parle. Cent fols il le leur avait dit à eux-mêmes très-clairement, quoiqu'ea termes moins formels. Hais considérez un instant la déloyauté de ces hommes dépravés : lorsque Jésus-Christ leur parle et leur découvre la sublimité de son origine, ils lui demandent quel signe il opère en leur présence; et, lorsqu'il fait éclater sa puissance par des miracles, ils lui adressent ces paroles insolentes : Si vous êtes le Christ, dites-le-nous ouvertement. Quand ses œuvres font entendre leur témoignage irrécusable, ils demandent des paroles; et quand les déclarations du Sauveur sont positives, solennelles, sans réplique, ils cherchent à les éluder en demandant encore des miracles , ou bien qu'on leur dise la chose ouvertement. Non, ce ne sont pas les motifs de croire qui leur manquent; ils ne seraient point en suspens, comme ils le prétendent dans leur langage hypocrite, si rintérét de leur orgueil et des autres passions qui les dominent, ne les forçait à combattre Tévidence elle-même.
(Saint Jban-Chrysostômb.)
4. Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi. — On nous dit que le miracle ne prouve rien, parce que toutes les doctrines ont eu des miracles en leur faveur... Je nie hardiment qù^aucune doctrine vraiment historique , autre que celle de Jésus-Christ, possède pour base des faits miraculeux. Quant aux temps présents, nous n'en avons pas d^exemples; personne, sous nos yeux, parmi tant dMnstituteurs du genre humain dont nous avons le spectacle, n^a encore osé nous promettre Texercice d'une puissance supérieure à la puissance vulgaire dont nous disposons. Personne de nos contemporains n'a paru sur les places publiques pour guérir des aveugles et ressusciter des morts. L'extravagance ne s'est montrée que dans les idées et le style; elle n'a pas été plus loin. En redescendant du siècle présent jusqu'à Jésus-Christ, personneencore, dans l'innombrable multitude des hérésiarques fameux, n'a pu se vanter de commander & la nature, ni mettre sous la protection du miracle les inspirations de l'orgueil révolté. Mahomet, hérétique et infldèle tout à la fois, ne l'a pas tenté plus que les autres : je l'ai déjà dit, et le Coran le dira mieux à qui voudra prendre la peine de lire ce plagiat de la Bible fait par un écolier de rhétorique de la Mecque. Au-delà de Jésus-Christ, dans les siècles revendiqués par l'histoire, que res(e-t-il, en laissant de côlé Moïse et les prophètes, c'est-à-dire les propres ancêtres de Jésus-Christ? Compterons-nous quelques faits singuliers de la Grèce et de Rome? Parlerons-nous de cet augure qui coupa, dit Tite-Live, une pierre avec un rasoir; ou bien de celle vestale qui fit marcher un vaisseau en le
CB. Lix. LA yiE DE N^ S. JESUS-CHKIST. mn
tirant par sa ceinture; bu bien encore de l'aveugle guéri par Vcspasien, montant à Tempire? Ces faits, quels qu'ils soient, sont isolés et ne tiennent à aucune doctrine; ils n'ont provoqué aucun débat dans le monde et n'y ont rien établi; ce ne sont pas des faits doctrinaux. Or, il s'agit ici des miracles fondateurs de doctrines religieuses^ les seuls dont il y ait à s'occuper : car, évidemment , si Dieu se manifeste par des actes de souveraineté, ce doit être pour une grande cause, digne de lui et digne de nous, c'est-à-dire pour une cause où il s'agisse des deslins étemels de l'humanité. C'est ce qui met hors de la discussion tous les faits isolés, tels que ceux rapportés dans la vie d'Apollonius de Tyane. (Lb R, P. Lagordairb.)
7-8. Nul ne les arrachera de ma main. Personne ne peut les ravir de la main de mon Père. —La main, dans les divines Écritures, signiOe force, fermeté inébranlable. Que la main ou la force de Jésus- Christ soit invincible; qu'elle puissetriompher de tout et dans toutes les rencontres, personne ne saurait le révoquer en doute. Le divin Sauveur pouvait donc s'en tenir à cette première déclaration : a Nul ne les arrachera de ma main. » Mais, dans l'intérêt de ces Juifs aveu* glesqui s'obstinent à méconnaître sa divinité et à ne voir en lui qu'un homme aux prises avec toutes les faiblesses de la nature humaine, il leur parle en outre de la main ou de la puissance de son Père céleste. Par là Jésus-Ctirist changeait les termes de sa déclaration, afin d'ôter aux Juifs tout moyen de l'attaquer; mais le fond restait le même : car la main du Père, qu'est-ce autre chose que la souveraine puissance par laquelle il fait tout ce qu'il lui plait? Et cette puissance du Père, qu'est-elle à son tour sinon son Verbe éternel par qui tout a été fait? Or, le Verbe fait chair, n'est-ce pas Jésus-Christ? C'était donc de lui-même qu'il parlait, quand il mentionnait la main de son Père. Hais si Jésus est lui-même la puissance du Père, comment peut-on dire que le Père la lui donne? N'oublions pas que notre Sauveur est tout à la fois Dieu et homme. Comme Dieu, il a sur toute chose le même domaine que son Père céleste, et le Père céleste, lui donnant tout en l'engendrant éternellement, ne peut plus rien lui donner ensuite. Hais comme homme il peut demander et recevoir du Père ce qu'il a déjà comme Dieu. (Saint Hilaibe.)
9. Or, mon Père et moi, nous sommes une même chose» — Le Père est un, le Fils est un; le Père est Dieu, le Fils est Dieu, et tous deux ne sont qu'un seul Dieu.*. Pourquoi se jeter dans ces abimes? Pourquoi
506 LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. ce, LXX.
Jésus-Christ nous les a-Wr décourerts? Pourquoi y revient-il si souyent? Et pouYons-nous ne pas nous arrêter à ces vérités, sans onbliev la sublimité de la doctrine chrétienne ? Hais il faut s'y arrêter en treior blant ; il faut s'y arrêter par la foi ^ il faut, en écoutant Jésus-Christ et ses paroles tontes divines^ croire que c'est d'un Dieu cpi'eUes viennent; et, à chaque parole que nous entendons,, il faut remonter jusqu'à la source : contempler le Père dana le Fib, et le Fils dans le Père.
(BOfiSUET.)
9-40. Mon Père et moi, nous somme» une même chêse. Alûrs iU prprent êer pierres^ pour te lapider. — Celui «fui ne peoft pas entendre dire qoe Jésns^hrist est nn même Dieu avec son Père, sans répliquer aussitôt qu'il a pu être habile^ qu'il a pu être très-supérieur aux autres hommes^ et peut-être même favorisé du ciel; mai» que, pourtant , il ifest pas possible qn^H soil ain^r identifié avec to nature divine : eelur qui lient encore de nos jour» un pareil langage, qu'estil, sinon mi Pharisien posthume, un Juif dans toute la force ie l'expression? Chrétien dégénéré, et devenu sans vous en dooter le sectateur d'ArînS) de triste mémoire*, que ne prenei-von» awssi des pîerresr pour lapider le Sauveur du monde ! Hais n'est-ce pas déjà le lapider, n'est-ce pas te blesser plus grièvement encore qu'avec des pierres, ou plutdt, comme il est maintenant invulnérable dans son corps, n'est^e pas Teffenser étrangement que de proférer contre sa divinité de pa-' reils blasphèmes ? Mon Dieu ! c'est pour nous un bonheur d'entendre cette parole de votre bouche ; et nous croyons que vous êtes le Christ Fils du Dieu vivant, venu en ce monde par amour pour nous. Vous avez dit que vous étiez une même chose avec votre Père céleste. Pour avoir cru à votre parole, Pierre a reçu de vous les clefs du royaume <)es creux; et, sûr de sa puissance, il a remis les péchés» Pour avoir accueilli votre partie divine avec incrédulité. Judas est allé se pendre avec la corde de son impiété. Ceux qui ont refusé de vous croire sont encore aujourd'hui ce qu'ils furent autrefois : on voit toujours dans leurs maidis les> pierres de la perséeuUon ou la corde du désespoir.
(Saint Ambboise.)
23. Si quelqu'un vient à moi, et ne hait pas son pèrSj su mèrSy sa femme, ses enfants et mime sa propre vie, il ne peut être mon disciple. «— Quoi donc l nous ordonne-t-il de haïr ce que nous avons de cher, ce Dieu de paix qui nous commande d'aimer nos ennemis? Peut-il nous faire un précepte de haïr ceux à qui nous sommes unis par les liens les plus étroits? Non, sans doute. Tout ce qu'il nous défend par ces paroles, c'est d'avoir pour eux une déférence excessive, qui serait
CH. Lxx. LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHUIST. SOT
contraire aux intérêts de notre salut. Sî quelqu'un avait un père, un lilSy un frère infidèle, qui fût un obstacle à son salut, point de ménagement, il faut qu'il rompe avec lui. (Saint Clément d'Alexandrie.)
23. Si qneïqtfun ment à moi y et ne hait point... sa vie, il ne peut être mon disciple. — Écoutons ce qu'écrivait aux Romains un martyr qui avait reçu de FEsprit de Dieu la grâce de haïr sa propre vie même, comme le demande le divin Sanvetir : a Dans mon voyage de la Syrie à Rome, sur terre et sur mer^ la nuit et le jour, je suis par avance exposé aux bêtes; j'ai à lutter contre dix léopards : ce sont les soldats qui me gardent. Les bienfaits ne font que les rendre plus méchants; mais si leurs mauvais traitements m'apprennent à souffrir, ils ne suffisent pas pour me réunir à mon Dieu. Quand donc jouirai-je enfin de ces bêtes véritables préparées pour moi ? Puîssé-je les trouver ardentes et avides de leur proie ! Je les flatterai, mais pour qu'elles se hâtent de me dévorer et non pour qu'elles m'épargnent^ comme certains martyrs dont elles n'osaient approcher. Si elles hésitent, je saurai bien provoquer leur fureur. Laissez-moi faire : je connais mes intérêts. C'est de ce moment que je commence à être disciple de Jésus- Christ. Je ne désire plus rien, ni sur la terre, ni dans le ciel, pourvu que je le possède. Que je sois livré au feu, crucifié, jeté aux bêtes; que mes os soient dispersés, mes membres déchirés, tout mon corps brisé dans les tortures; que le démon épuise sur moi toute sa rage, je brave tout pourvu que je possède Jésus-Christ. Que m'importe à moi le monde entier, et tous les royaumes du monde! Il m'est plus glorieux ùe mourrr pour Jésus-Christ que de régner sur toute la terre. Cest lui seul que je cherche, lui seul que je veux posséder; lui qui est mort et ressuscité pour nous; lui mon unique trésor. De grâce, ne m'empêchez pas de vivre en voulant m'empêcher de mourir. Quand je veux être à Dieu, ne placez point le monde entre Dieu et moi; ne cherchez point a me rattacher au monde. Laissez-mot m'élanœr vers cette pure lumière, dans le sein de laquelle je dois être tout ce que Dieu a voulu en me créant. Je veux imiter les souffrances de mon Dieu. Si qnelqu\iit le porte dans sou coeur, il comprendra ce que f éprouve, il partagera les sentiments qui me pressent, il ressentira l'ardeur qui m'anime. Le prince de ce siècle veut me séduire; il veut ralentir ces désirs ardents qui me portent vers Dieu. Vous donc qui serez bientôt spectateurs (ht combat que je vais soutenir, ne secondez point ses effbrts. Soyez plutôt avec moi, c'est-à-dire avec Dieu. Ne ressemblez point à ceux qui invoquent Jésus-Christ et n'aiment que le monde. N'enviez pas la fé-
508 LA VIE DE N. 8. JÉSUS-CHRIST. en. Lxx«
licite qui m'attend ; et si au milieu de la lutte j'implore votre secours, ne m'écoulez pas. » (Saint Ignace.)
2L Et quiconque ne porte point sa croix, et ne me suit point, ne peut être mon disciple. — Ce n'est pas assez de tout quitter, parents, amis, biens, repos, liberté : il faut encore suivre Jésus-Christ, porter sa croix après lui en marchant sur ses traces, en imitant ses exemples, et se renoncer ainsi soi-même tous les jours de sa vie. Cependant, qu'il est difficile, quand tout est heureux, quand tout nous favorise, de résister aux attraits séduisants d^uu monde qui nous amollit et nous corrompt en nous flattant! A qui persuadera-t-on de fuir la gloire, de mépriser les honneurs, de redouter les richesses, lorsquMls semblent se présenter comme d^eux-mémes, et venir, pour ainsi dire, nous chercher dans notre obscurité? Qui peut comprendre quMl faille se mortifier dans le sein de l'abondance; faire violence à ses désirs, lorsque tout concourt à les satisfaire; devenir soi-même son propre bourreau, si les contradictions du dehors ne nous en tiennent lieu; et savoir se livrer à tous les genres de souffrances, pour mener une vie vraiment pénitente et crucifiée? Et toutefois y a-t-il une autre manière de se rendre semblable à Jésus-Christ, et de porter fidèlement sa croix après lui 7 (Bossl'et.)
27. Cet homme a commencé à bâtir^ et il n'a pu achever. — Éveillezvous , chrétien : c'est vous-même qui êtes cet homme insensé. Vous avez commencé un grand bâtiment ; vous avez déjà établi la foi, qui eu est le fondement immuable. Pour poser ce fondement de la foi, quels efforts a-t-il fallu faire l La place destinée pour le bâtiment était plus mouvante que le sable : chrétiens, c'est Tesprit humain, toujours chancelant dans ses pensées; il a fallu l'affermir. Que de miracles, que de prophéties, que d'Écritures, que d'enseignements ont été nécessaires pour servir d'appui ! Il y avait d'un coté des précipices, précipices terribles et dangereux de l'erreur et de Tignorance : il a fallu les combler; et de l'autre, a des hauteurs superbes qui s'élevaient, dit le saint Apôtre , contre la science de Dieu : » il a fallu les abattre et les aplanir. Parlons en termes plus intelligibles : il a fallu s'aveugler soi-même, démentir et désavouer tous ses sens, renoncer à son jugement, se soumettre et se captiver dans la partie la plus libre, qui est la raison. Enfin , que n'a-t-il pas fallu entreprendre pour poser ce fondement de la foi? Et après de si grands efforts et tant de préparatifs extraordinaires, on laisse l'entreprise imparfaite, et Ton met de beaux
fondements sur lesquels on ne bâlit rien ! Peut-on voir une pareille folie? Et ne vois-tu pas Jnsensé^ que ce fondement attend TédiGce, que ce commencement de la foi demande sa perfection par la bonne vie; et que ces murailles à demi élevées, qui se ruinent parce qu'on néglige de les achever y rendent hautement témoignage contre ta folle et téméraire conduite? (Bossuet.)
30. Quiconque d'entre vous ne renonce point à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple. » Quand Jésus-Christ nous ordonne de renoncer aux richesses et aux biens de la terre ^ et de vendre tout ce que nous possédons, nous devons entendre cela des dispositions intérieures où nous devons être à l'égard de ces mêmes richesses. Que servirait d'y renoncer en apparence, si le cœur y demeurait attaché? Ce serait se tromper grossièrement sur le sens des paroles du Sauveur. H a voulu principalement nous apprendre à faire un bon usage des richesses que nous avons reçues, et il nous ordonne de renoncer non point aux choses qui servent aux besoins de la vie, mais à ces maladies de râme^ à ces vices, à ces passions qui nous en font faire des usages si contraires à la loi de Dieu; car celui qui possède de grands biens, de l'or, de Targent, des maisons magnifiques, mais qui regarde tout cela comme des dons de Dieu; qui ne €e sert de tous ces objets que conformément à la volonté de Dieu, par laquelle il lui est ordonné de les employer au salut de ses frères et qui est persuadé qu'ils ne lui ont été accordés par la divine Providence que dans cette vue , et non pas pour sa satisfaction personnelle , qui a l'âme trop élevée pour s'en rendre le vil esclave, et qui, lorsque la nécessité l'y contraint, en supporte la privation sans trouble et avec autant de gaieté qu'il en avait joui, voilà celui que TËvangile appelle pauvre d'esprit, voilà le véritable héritier du royaume des Cieux, celui enfin que Dieu lui-même appelle heureux, quand il nous dit dans son Évangile : a Heureux les pauvres d'esprit^ parce que le royaume des Cieux est à eux. o
(Saint Clément d'Alexandrie.)
30. Quiconque d'entre vous ne renonce point à tout ce qu'il possède ne peut être mon disoiple. — Il faut tout haïr, en tant qu'il peut s'opposer à notre salut. Si les choses de la terre et de celte vie n'étaient que viles et de nul prix , il suffirait de les mépriser; si elles n'étaient qu'inutiles, il suffirait de les laisser là; mais si elles deviennent un obstacle à notre salut, nous devons agir comme si nous les avions en haine. Entendons encore le courage que demande le christianisme. Tout perdre^ jeter tout là. Celte vie est une tempête; il faut soulager le vais-
310 UL TIE DE If. 8. JÉSO&CHRISX cm. ltx.
seau , quoi qu'il en coûte; car que sert de tout sauver, si soi-même il faut périr? Voyez ce marchand qui dispute s'il jettera dans la mer ses riches ballots. Aveugle, tu vas les perdre, ette perdre encore toimême par-dessus i (Bossobt.)
ÉLÉVATION
Mon Sauveur^ parce que tout ce qui touche à votre nature divine nous est inconnu et surpasse entièrement la mesure de notre intelligence finie, imiterons-nous les Pharisiens superbes et aveugles qui se scandalisaient de vos discours , et prenaient des pierres pour vous lapider, quand , voulant leur épargner le malheur de vous avoir méconnu , vous cherchiez à les éclairer en leur disant : Mon Père et moi nous sommes une même chose? S'ils avaient éfé de bonne foi et moins esclaves d'un orgueil insensé, vos œuvres, qui n'étaient pas celles de l'homme, auraient dû leur faire reconnaître que vous n'étiez pas un d'eux. Voilà bien Tinconséquence de l'esprit qui ne s'est point courbé sous votre douce et persuasive autorité ; il se résigne à l'ignorance absolue de tout ce qui le touche, car tout est mystère dans l'homme, et il veut comprendre et approfondir la nature du Dieu qui Va créé, qui le conserve et qui le sauve. Dieu créateur ! Dieu sauveur ! nous nous servirons de notre raison, puisqu'elle vient devons; mais nous ne chercherons pas à éclairer le ciel avec ce faible flambeau que vous nous avez donné uniquement pour nous montrer notre route sur la terre. Nous l'écouterons quand elle nous dira que vous existez , que vous êtes la vérité même ; quand elle nous dira que vous avez parlé et qu'elle nous montrera votre divine parole écrite par amour pour nous» JKous l'emploierons encore pour saisir , autant que possible, l'harmonie ainsi que l'ensemble des vérités saintes, et l'étendue de nos obligations. Nous nous en servirons pour bien nous convaincre qu'il ne suffit pas de commencer avec ardeur l'édifice de notre salut ; mais que le courage et la persévérance doivent achever cette œuvre si importante pour nous. Donnez, Seigneur, à notre raison l'empire sur nos passions ; et à notre foi , dans tout ce qui est du domaine surnaturel l'empire absolu sur notre raison.