Et moi je vous dis ; Employez à vous
^ f s. Une pareille conduite dans Tordre temporel est une violation criante de toutes les lois de la justice ; mais, dans l'ordre que Jésus-Christ avait en vue en adressant cette parabole, il n'en est plus ainsi.
' ^ 7. Ainsi agit*il à Tégard de tous les autres débiteurs; il achève donc de dissiper les biens que son matlrc lui avait confiés; ainsi fit saint Paul en détruisant la judaïsme, comme nous le dirons ci-après.
' ^ 8. Il le loue, non do son injustice, ni de ce qu'il ajoutait iniquité sur Iniquité, mais de ce qu'il avait eu la précaution de songer à son avenir.
* f 9. Par le Jésus-Christ reproche aux Juifs de ne pas songer à l'avenir terrible qu'ils se préparent, et de ne rien faire pour l'éviter. — Les enfanii du siècle sont eux qui passent leurs jours uni(]uen)ent occupés de la vie présente; les enfants de lumière sont ceux qui voient, au-delà des intérêts du temps, des intérêts éternels à ménager. Jésus-Christ ne taxe pas d'imprudence tous les enfants de lumière, mais une partie d'entre eux, et surtout les Pharisiens, qui se disaient eux-mêmes enfants de la lumière.
CB. tlZII.
■Moimonâ tniqnltatlf :
vt, cùm ddeoerttk, recipiant vos io »tern« Uocrnacola.
Qui fid«1b est in minimo, in majoii fidelis <•!; et qui in modico iniqous nt, et in oiajori îjiiqnitt est.
Si ergb in inique msmmonâ fidèles non foi»tis , qnod veram est qniscrcdetTobis?
£l si in slieno fidelet non fuittis : qood fes- IrAm est qois débit fobi»?
Nemo seims poteU dnobos dominis serrîre :
eu tenim nnum odiet» et ellcrum cUliget : sut uni edhanrebil, el eltemm conlemnet ; non pole>tis Dco servire et mam* monc
faire des amis les richesses d'iniquité*, afin que, quand vous viendrez à manquer, ils vous reçoivent dans les demeures éternelles.
10. Celui qui est fidèle en une chose moindre, l'est aussi dans une pi us grande; et celui qui est infidèle en une chose moindre,
est infièle aussi dans une plus grande.
11 . Si donc vous n'avez pas été fidèles dans les richesses injustes, qui vous confiera le vrai bien *?
12. Et si vous n'avez pas été fidèles dans l'adn^inistration d'un bien étranger, qui vous mettra entre les mains le vôtre propre *?
13. Nul serviteur ne peut servir deux maîtres: car, ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre; vous ne pouvez tout ensemble servir Dieu et les richesses ^.
* ^ 9. Il ne 8*agit pas ici des biens que l'on retient contratremeni aux lois 4^ la Jnsticei lesquels doivent être restitués en totalité à qui ils appartiennent, ou donnés aux pauvres si la restitution est impossible : il s'agit des richesses en géMérsl. L'Évangile les appelle richesses d'iniquité, parce que, le plus souvent, ou elles sont injustes dans ieur origine, ou elles deviennent une source de péché, soit par l'orgueil qu'elles inspirent, soit par le mauvais usage qu'on en fait.
^ ^ 11. Quand on ne sait pas gouverner sa maison, comment saura-t-on gouverner l'Église? (Saint Pauu)
> f 12. Quand on gère le bien d'autrui, les idées de dissipation peuvent être contrebalancées par le souvenir du compte à rendre ; tandis que quand on gère son propre bien, on peut se croire suffisamment excusé par celte parole ordinairement absurde : Je ne fais de tort qu'à moi-même.
* f 13. Ni avoir deux rois, deux objets dominants dans son cœur. Les servir, c'est les aimer. C'est le Fils de Dieu, la vérité même, qui l'explique ainsi : Nul ne peut servir deux maîtres : car, ajoute-t^il. Ou il haïra l'un et aimera l'autre. Ainsi servir, c*est aimer; servir sans partage , c'est aimer sans partage : Ou il supportera Tun, et méprisera l'autre. 11 n'y a point de milieu, aimer, ou haïr, supporter ou mépriser. Il faut donc absolument que Dieu règne seul en nous. (Bossu et.)
Andiebant ««I«b om* nia bec PhariMBf, oui ertnt «vari ; et dirM«* buitiUmB.
Et ait ilHs : Vos «tb qui Jwlificatia rot ooram Domiaibas ; De» aotem ■«rit eorda ? eitra t quia qaod hominibos altrnn •si, abomiaatio lit tnla Dtom.
Oi*tXlH.
hn at Propbetas , oiqtie ad Joannem ; m •o regnvm Dei eraageliftatw , «t omali in ttlad f Im facit
Faciliva est anlem M^ lam at lerram prvlerire»
qoàoi de lege xunm apicem eadere*
LA TIE DE N. S. JÉSUg-CHRIST.
14. Or, les Pharisiens^ qui étaient avares ^^ entendaient toutes ces choses, et ils se moquaient de lui ^.
15. Et Jésus leur dit : Pour vous, vous affectez de paraître justes devant les hommes ; mais Dieu connaît vos cœurs ; et ce qui veut être grand devant les hommes est en abomination devant Dieu.
16. La loi et les prophètes ont duré jusqu'à Jean ; depuis Jean, le royaume de Dieu est annoncé, et chacun doit se faire violence pour y entrer.
17. Le ciel et la terre passeront, plutôt qu'un seul point de la loi soit omis '.
* f i4> Fort éloignés d'abandonner le cnlte de Mammon, dieu des richesses* ^ t 14. Accomplissant ainsi cette sentence terrible de l'Écriture ' Quand Timpie
est arrivé au Tond de l'abtme, il ne raisonne plus, il se borne à toai mépriser. ^ f il. Voir l'explication de ce verset dans le discours sur la montagne, dans le
premier vohime, page 29i .
1. Un homme riche avait un économe, qui lui fut dénoncé comme ayant dissipé ses biens. -* Cet homme riche » c'est Dieu , souverain Hattre de toutes choses; Téconome, ce sont les Scribes et les Pharisiensy placés sur la chaire de Moîse^ pour communiquer au peuple juif la science de la loi sainte, et exiger de ce peuple, pour son Dieu , uo tribut de reconnaissance, d^amour et de fidélité. Intègre et irréprochable d'abord. Tordre des docteurs finit par être accusé d'abolir la loi et de falsifier le culte du Seigneur. Tous les prophètes s'en plaignirent; et Tun d'eux porta l'accusation aux pieds du trône éternel, disant à Dieu: Tempus faciendiy Domine : dissipwertmt legem tuam, il est temps d'agir, Seigneur : ils ont dissipé, anéanti votre loi sainte. La Sagesse divinci descendue sur la terre, tait venir ces prévaricateurs, leur demande pourquoi ils ont retenu la vérité captive, poimiuoi ils ont fermé aux hommes le sanctuaire de la science, et pourquoi ils ont fait prévaloir, sur la parole de Dieu, une tradition qu'ils ont eux-mê-
CH.Lxm. Lk VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. S«7
mes inventée} ajoutant que désormais ils n'auront plus ni la clef de la science, ni la direction du peuple dans les voies de Dieu. Auprès avok reproché aux Scribes et aux Pharisiens leur d^yauté eX leur mau^ Taise foi sous le masq^ae de Thypocrisie, et leur avoir nuNiiré le ehàti^ ment prêta fondre sur eux^ le Sauveur, toujour» plein de cléffienoe et de miséricorde, leur insinue ce qu^ils devraient faire p«ur d«- point tomber de la chaire de Moïse aux. derniers degrés de Téebelle sociatei, dans la condition de l'ouvrier qui creuse la (ecre, on du mendiant. ^ui ixnplore la pitié : ce serait de. déchirer eux-mêmes lesobligationsiexoc^ Litanies que , dans leujr zèle déaiesuré^ ils oftt fait souscrire aux pea^ pleSjt alors que^. sans autre raison c^ue leur eapcice* ils^ oui chargé sur ce pauvre peuple des fardeaux qu'eux-mémeS; n'eussent, pas touché» du bout du doigt;, et d'aller même jusqu'à ruiner encore davantage, efi cette fois dans une intention louable et sainte^ les pratiques désormais stériles du culte figuratif, comme le fil saint Paul quelques années plus tard. Alors ces hommes, coupables autrefois dans leur gestion^, eb coupables encore aux yeux des luiis en détruisant ouverteoient le' judaïsme, eussent été loués par le. divin Maître, qnieûLdiLdeehacun d'eux: comme de saint Paul : « Celui-ci. esL un vase précieux que j'ai chnsi pour porter mon nom aux nations. » Par cette conduite étonnante pour plusieurs, par ce dernier acte que les Juifs endurcis eussent considéré comme une iniquité, ils se fussent fait des amîâ dans l'Église;, eià kur sortie de la synagogue, les chrétiens les eussent reçus dans leurs tentes saintes et éternelles, comme ils reçurent saint Paul; et aujourd'hui ils seraient avec lui dans le ciel, tandis que leurs ossements, et leura images seraient en vénération dans les temples de la terre. Mais« la prévoyance qu'eût montrée , en songeant à son avenir,, un économe vulgaire, un enfant du siècle, peu scrupuleux sur les moyens,, les Scribes et les Pharisiens , les prétendus enfants de lumière^ ne l'ont pa& eue dans l'ordre spirituel où ils étaient placés ^ iu generatiom suâ^ Non-seulement ils ont manqué de cette prudence,, mais encore, ajouta nÈvangile , ils se sont moqués de la sagesse divine qui la leur cour- %&!&dXi,etderidebanteum. 0*^)
2. Désormais vous ne pourrez plus gérer mes biens* — Quoique Févangéliste ne nous donne pas ce récit comme une histoire réelle ,
* La pensée première de cette explication nous a été fournie par saint Théophila d'Antioebe, qui, sans doute, faura pufeée Ini-méme dans tes traditions apostoliques. Saint Théophile fut le sixième éréqtter aprèa l'apôtre saint Pferre, sur le siégea cTAtt*tioche; il commença à gouverner cette Ulnstre église Taa 16S de J^C
mais comme une simple parabole, ce n'en est pas moins une leçon importante qui nous est présentée sous ce voile allégorique. Apprenez donc, qui que vous soyez, que \ous n'êtes que dépositaire des choses qui se trouvent inscrites en votre nom; écartez de votre esprit Torgueilleuse pensée que vous a^ez un plein pouvoir de disposer comme vous l'entendez d'un bien qui vous fut seulement conflé, et dont vous aurez à rendre compte. En conséquence^ attendez-vous à ce que, d'un moment à l'autre^ le propriétaire vous fasse apporter vos registres pour les soumettre à un rigoureux examen. Simples économes, et pour bien peu de temps, il nous sied mal de prétendre jouir en maîtres, et de rêver de longues années de jouissance. Si vous balancez à reconnaître des principes aussi évidents, consultez l'expérience, cette école qui ne trompe jamais. (Saii«t Astèrb.)
9. Employez à vous faire des amis les richesses d*iniqmté. — Les richesses d'iniquité sont toutes les richesses du siècle, de quelque part qu'elles proviennent. On les appelle richesses d'iniquité, parce qu'elles sontfausses, parce que l'iniquité se ment à elle-même quand elle donne à des pièces de monnaie le nom de richesses. Les richesses véritables sont une tout autre chose. Job, dépouillé de tout et dans un dénûment sans exemple, les possédait encore en abondance, alors que son cœur était en Dieu, plein de Dieu, et que, dans sa ruine si complète, il prodiguait à son Créateur des louanges bien autrement précieuses que les pierreries et les perles de la terre. Voilà les richesses réelles, les richesses vraies; mais les autres, les prétendus biens d'ici-bas, pour avoir été décorés depuis longtemps du nom de richesses, en ont-ils plus de valeur? Vous les possédez, je ne vous en blâme pas. C'est un héritage qui vous est advenu ; votre père était riche et il vous a transmis ses possessions, ou bien, vous êtes arrivé à ce que vous avez par des voies justes et honnêtes, l'abondance de votre maison est le fruit d'un travail consciencieux, encore une fois, je ne vous en blâme pas. Hais, alors même qu'il en serait ainsi, ne donnez pas à ces objets matériels le nom de richesses : car si vous les appelez richesses, vous les aimerez, vous vous y attacherez; et si vous vous y attachez, vous périrez avec eux. Ces prétendus biens, sachez les perdre pour ne pas périr, sachez les donner pour acquérir, sachez les semer pour recueillir; mais ne les appelez pas des richesses, parce que, loin de remplir la signification de ce nom, ils sont pleins de pauvreté et sujets à tous les revers. Singulières richesses que celles qui vous tiennent sans cesse dans la crainte des voleurs, et vous font appréhender que votre serviteur n'at-
CH. Lxxir. LÀ VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. S29
tente à votre vie pour les emporter dans sa fuite! Si c*étaient les vraies richesses, elles vous donneraient la sécurité et assureraient votre repos par une entière confiance. (Saint Augustin.)
9. Et moiy je vous dis : Employez à vous faire des amis les richesses dHniquiUj afin que, quand vous viendrez à manquer^ ils vous reçoivent dans les demeures éternelles. — Que dire enfin de ces pauvres dont il faut se faire des amis qui nous reçoivent dans les tabernacles éternels? Que de grandeur et de divinité dans ces seuls mots 1 quelle idée tout à la fois et plus sublime et plus touchante, que de montrer ces hommes si délaissés, si méprisés aux yeux du monde, tenant le premier rang à la cour du Roi des rois, et^ par leur crédit tout-puissant^ devenus dans le ciel les intercesseurs de ceux qui ont été leurs intercesseurs sur la terre l Pauvres de Jésus-Christ, consolez-vous : aujourd'hui tout vous fuit, tout vous abandonne; hélas 1 vous n'avez point d^amis; mais levez les yeux vers le royaume qui vous appartient: aujourd'hui vous implorez notre assistance, alors nous implorerons votre secours; aujourd'hui votre destinée est entre nos mains, alors c'est de vous que dépendra la nôtre ; aujourd'hui toutes les portes vous sont fermées, alors vous serez les gardiens des portes éternelles. El nous, chrétiens, ne voulons-nous donc pas nous faire des amis? Hélas! vous savez ce que sont tous les amis du monde, inconstantset trompeurs, intéressés autant qu'ingrats; mais en voici que le monde ne connaît point, que le monde ne donne point; en voici qui vous resteront, quand tous les autres auront disparu, et qui, reconnaissants du moindre bien que vous leur aurez fait, viendront tous au-devant de vous dans la grande journée des couronnes et des récompenses. (De Boulogne.)
13. Vous ne pouvez tout ensemble servir Dieu et l'argent. — Quelle honte pour les chrétiens de forcer Jésus-Christ à leur tenir un pareil langage, à mettre sur une même ligne Dieu et l'argent! Vous ne pouvez, mon frère, l'entendre sans frissonner d'horreur; et des chrétiens ne rougissent pas de le faire! des chrétiens sacrifient la crainte du Seigneur à la passion de l'or! Quoi donc! un si honteux asservissement était-il toléré chez les anciens? Jamais! Pourtant, m'allez-vous dire, Abraham, Job furent riches : étaient-ils moins vertueux? Parlez* moi donc de leurs vertus, mais non de leurs richesses. Job avait possédé des richesses : se laissait-il posséder par elles? Non; il en était le maitre, et non l'esclave; il en usait pour les partager avec les indigents, et non pour s'en faire des instruments de violence; elles étaient
»0 LA YIE DE If . S. JÉSUS-CHRIST. CB. lsxil
dans se9 mains comme un dépôl dont il croyait n'être qne le dispensateur, n ne s^en faisait point un sujet de joie, lui-même bous le déclare. (Saint Jbaii-Ghiit80st6me.)
13. Pful serviteur ne peut servir deux mattres. — - 0 perfides macbînations de Pennemî du salut! Par quelle ruse trompe-t-il et abuse-t-il les chrétiens au point de leur faire abandonner si souvent le bien pour le mal? Âujourd^huty dociles au précepte dÎYin, ils font retentnr à nos oreilles le diant des psaumes; demain, plus dociles encore aux insinuations de Satan, ils laisseront édater un fol enthousiasme à des concerts impies et se livreront avec fureur à des danses criminelles. Aujourd'hui ils renoncent à Satan; demain ils embrasseront derechef son parti. Aujounfhui ils font alliance avec Jésus-Christ; demain ils le renieront et déshonoreront son nom adoraUe. Aujourdluiî ebré* tiens, et demain païens; aujourd'hui pieux, et demam sans relî^on; aujourd'hui fidèles serviteurs de Jésus-Christ^ et demain apostats et ennemis de Dieu. Sortez de votre erreur, mes bien-aîmés, sortes de votre erreur. Nul ne peut servir deux mattres, nous dit Jésus-Christ; nul ne peut, au sortir du temple de Dieu, et après la réception de ses mystères si pur<s, courir aux fêles licencieuses du démon. Nous sommes faits à limage de Dieu; n'avilissons pas cette image sacrée» Nous sommes soldats de Jésus-Christ; nous devons le suivre el le servir uniquement. Qu^on ne vous voie pas aujourdliui vous mêler aux chœurs des anges, et demain bondir aux bacdianales des esprits de ténèbres. Aujourd'hui disciples Aéns de Jésus-Christ et occupés de saintes lectures, n^allez pas demain vous passionner peur le son des harpes^ comme un prévaricateur et un ennemi de ce même Christ» Après avoir fait aujourd'hui pénitence de vos fautes ^ n'allez pas demain chercher votre perdition au milieu des danses eriminelles. Après avoirjeûné aujourd'hui et donné Texemple de la tempérance, prenez garde de chanceler demain par suite d'excès déplorables, ei de devenir un sujet de scandale en même temps que de dérision. (Saiiit EraaEM.>
15. Mois Dieu cannatt vos eœurs. — Je trembk » Jésus mon Sauveur, lorsque je considère votre majesté, surtout lorsque je me rappelle dans quelles circonstances je l'ai quelquefois méprisée. Hais que fais» je aujourd'hui^ que, pour fuir votre majesté, je me réfugie aux genoux de voire miséricorde? Ne dois- je pas craindre, après avoir méconnu votre grandeur, d'être jugé ingrat envers votre bonté? Qu'importe que les mains cessent d'agir, si l'esprit continue de penser ? Que la
Cfl.LXXii. Uk VIE ]>£ N. S. JÉSHS-CBRIST. 33i
bouche se taise, si le cœar parie encore? A quoi me servira d^aToir arrêté le cours des actions^ si des sentiments que je n'ai point abjurés deviennent tous pour vous autant d'outrages y ô mon Dieul si je m'abandonne aux emportements de la colère contre la mansuétude que vous me prescrivez , à la haine contre la charité , à la luxure contre la frugalité, à Famour impur contre la chasteté, à une infinité de désordres semblables y qui du lac fangeux de ma poitrine, où ils bouillonnent, inondent de leurs noires vapeurs la sérénité de votre face resplendissante? Si vous observez, ô mon Dieu, toutes les iniquités ^i s'agitent dans notre sein sans se produire au dehors, qui pourra soutenir vos regards? Peut-être est-il vrai de dire que je ne suis point Fauteur de ces maux, mais que je les souffre seulement. Ils se produisent en moi, mais non par moi, puisque je n^y donne point mon consentement. S'ils n'ont pas eu d'empire sur moi, je serai sans tache. Je serai pur aux yeux du Seigneur, si non - seulement je me suis préservé, mais eucore si je me suis tenu en garde contre ma propre iniquité. Je dis ma propre iniquité, non que j'en sois l'auteur, mais parce qu'elle pèse sur moi. Je porte un corps de mort et une chair de péché; il me suffit cependant que le péché ne règne pas dans mon corps mortel. Ainsi mon corps ne me sera point imputé à crime, et le péché qui habite en lui ne sera point pour moi un sujet de condamnation, pourvu cependant que je n'y prenne point plaisir, et que je ne laisse pas mes membres servir d'instrument à l'iniquité. C'f^st pouf cette iniquité involontaire que chaque saint implorera la bonté du Dieu de miséricorde : vous suppliant, Seigneur, parce qu'il aura senti Taiguil- Ion du péché, sans pourtant cesser d'être saint; priant à cause du danger, mais saint par la vertu qu'il conserve toujours malgré les tempêtes de son âme; véritablement saint et heureux, parce qu'il a en lui-même la conscience de n'avoir pas violé la loi, et qu'il peut se dire, lorsqu'il sent le mal s'agiter en lui : Ce n'est pas moi qui le fais, mais le péché qui habite en moi; je souffre ce mal, parce que je ne puis pas m'en séparer plus que de mon corps lui-même. (Saint Bernard.)
17. Le ciel et la terre passeront. — Les cieux et la terre qui sont maintenant se conservent par la même parole divine; ils seront brûlés parle feu au jour du jugement et de la ruine des impies. Hais il est une chose que vous ne devez pas ignorer, mes bien-aimés, c'est que pour le Seigneur un jour est comme mille ans, et mille ans comme un jour. Le Seigneur n'a point retardé Taccomplissement de sa promesse, mais il use de patience à notre égard ; il ne veut la perte d'aucun de vous, mais le
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retour de tous par la pénitence. Or, le jour du Seigneur viendra comme un voleur : et alors les cieux se précipiteront avec une immense rapidité, les éléments qui les composaient se dissoudront , et la terre, avec tout ce qu'elle renferme , sera consumée par le feu. Si donc toutes ces choses doivent tomber en ruine, quels ne devez-vous pas être par des œuvres saintes et pieuses , attendant et hâtant par tos désirs la venue du jour du Seigneur, ce jour où la violence du feu dissoudra les cieux et fera fondre tous les éléments! Car, seton sa promesse, nous attendons de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habitera. Cest pourquoi, mes bien-aimés , dans cette attente , appliquezvous à vous conserver à ses yeux purs et sans tache au milieu de la paix. (Saikt Pierre.)
ÉLÉVATION
Comment, Seigneur, pouvons-nous hésiter un instant à vous choisir pour notre maître, à nous incliner sous l'autorité du Dieu de la miséricorde? Nous sommes ennemis de toute discipline, nous voulons cire libres à tout prix : mais y a-t-îl donc quelque liberlé pour Thomme asservi au monde et à ses passions? N^est-il pas au contraire le plus malheureux des esclaves? L^amour et le désir insatiable des plaisirs, des richesses, des honneurs, sont des chaînes pesantes qui le retiennent courbé vers la terre; mais il aime ces chaînes, il cherche à les resserrer davantage à mesure que ce quUl appelle des biens semble vouloir lui échapper. Insensé! ton Dieu, celui que tu méconnais aujour d^bui, mais à Tautorite duquel tu ne pourras te soustraire pendant réternite, tMnvite à prendre son fardeau qui est léger , et VoBre son amour et une place dans son royaume pour quelques sacrifices que lui-même veut bien Paider à accomplir. S'il promet la récompensée ceux qui se soumettent à son pouvoir si doux, il menace de châtiment ceux qui lui auront préféré le monde et ses faux biens : sa parole est immuable, le ciel et la terre passeront, elle restera jusqu'à son entier accomplissement. Ouvre donc les yeux à la lumière; prends sur toi le joug de ton Sauveur et de ton Père, afin de ne pas tomber un jour entre les mains d^un Dieu vengeur.