‹ La vie de n. s. Jésus-ChristChapitre 125 sur 141 · II · texte numérisé non relu

II

da panperitras, et liabebisthrsaaiam m cœlo; et tcni, teqoctt me;

Qai contTÎAtshu in ▼crbo , abiil raœtem t cnl flDÎiik'liabeaaaiaUef poftset&iones.

Et cnrcmnspicieni Jefm, ait diacipalîs fuis t ^Filioli, -quàmcliflicnè tfpi pecunitts habenl in ff«eiHimi>ai Mteibuii l

* Amen cfîro Tobis, ^ta divec diiBcilè ialubn is regnmu ccclorum*

LA VIE BE N. S. JÉSUS-CUIIIST. CH. Lxxviii,

allez, vendez tout ce que voas avez, donnez-le anx pauvres, et \*oas aurez un trésor dans le Ciel ; puis venez, et sulvcz-mol.

17. Entendant cette parole, le jeune homme s'en alla tout affligé, car il possédait de grands biens.

18. Et Jésas, le voyant s'en aller avec tristesse, jeta les yeux sur ceux qui étaient autour de lui , et leur dit : Mes prtits enfants*, qu'il sera difficile à ceux qui possèdent les richesses d'entrer dans le royaume de Dieu 1

19. Oui,jcvousledîsenvéritéjUnriche entrera difficilement dans le royaume du CieP.

eei Iw'sséc ai dMix de >ee fo«ae iiomma ; Si ««mm wnUtM être parfait , lui dit le Sauvear.

' y 18. Parmi les commandements que le Sauveur rappelle au jeune homme riche» il cite en premier lieu : Tu ne cammeitnis point d'adultère. C'est que, peu de temps auparavant, il avait répondu aux Pharisiens, qui Tavaient interrogé sur le dtvoroe et l'adullère. 11 estreroarquarble aussi qu'il appelle pour la première fois ses disciples mes petits enfants. C'est qu'il venait encore de caresser les petits enTants qu'on lui avait amenés, et de déclarer qucc^était pour eux que le royavme du ciel était ouvert. C'est atnei que tout ^'accorde et so suit dans le récit évangé tique. Coovmeni peut-on ne voir là qu'un mythe? (D' Sbiif.)

^ f 19. Voir, à ce sujot, le commencftinevt du ehaj^re «iiK^ant.

^ Le Pkartêien^ se Unani debout, priait amsi £n Jui-tnime: Mon Bîeuy je vous rends grâces de ce ^ue je ne suis pus c&mme les autres hommes. — Jamais Torgueil et Tesprit ambitieux se fit-il mieux cobnaître que da&s l'exemple de ce Pliarisien ? Toute sa prière consiste à s^éleyer lui-même^ et à rendue grâces au cîel d'un .avantage iaoaginaire qu'il prétend avoir, et qu^il n'^a point en effet reçu : car, bien loin d'être, ainsi qu'il le pense, au-dessus du reste des hommes, sa seule présomption suffit pour le rabaisser devant Dieu aux derniers

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rangs^ et pour le mettre infiniment au-dessous de cet bumble Pablicain quMl méprise. Encore, remarque saint Augustin, s'il se contentait de dire : je ne suis pas comme quelques-uns des hommes; mais en disant sans exception: comme les autres hommes, il se préfère à tous les hommes en général, et, pour se glorifler^ il les condamne; aussi quelle place prend-îl dans le temple, et en quello posture s'y fait-il voir? Au lieu que le Publicain demeure à la porte, et ne se croit pas digne'de pénétrer plus avant, le Pharisien approche du sanctuairOi et va jusqu'au pied de Tautel ; au lieu que l'un baisse les yeux par respect et se prosterne contre terre, Tautre se tient debout et lève la tête. Voilà, mes chers auditeurs, le caractère de Tambition : elle veut toujours monter, toujours s'avancer; elle ne rougit de rien ; et, sans i'gard à la faiblesse du sujet qu'elle possède et à qui elle inspire de se pousser ou dans Téglise on dans le monde, il n'y a point de projets si téméraires qu'elle ne lui fasse concevoir, ni de si hautes espérances dont elle ne le fl.ntte. (Bourdaloue.)

3-4. Le Pharisien priait ainsi en lui-même : Mon DieUj je vous rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes.... ;je jeûne deux fois la semaine : je donne la dtme de tout ce que je possède. — Par cette parabole, Jésus-Christ veut non-seulement remplacer en nous Torgneil par l'humilité, mais encore nous faire comprendre la nécessité d'oublier nos bonnes œuvres autant que possible, ou du moins d'en refouler généreusement le souvenir chaque fois qu'il se présente pour flatter notre amour-propre. Oh ! que le sage avait raison de dire que l'homme sur la terre est la vanité même ! Nous offensons Dieu tous les jours sans jamais nous reprocher notre perversité; et s'il nous arrive de faire la moindre aumône, de pratiquer la plus légère mortification, nous en sommes comme infatués, nous y revenons sans cesse, avec une complaisance pleine d'exagération et de folie; et nous perdons ainsi le fruit du peu de bien que nous avons fait, sans jamais racheter les fautes que nous avons commises. L'oubli de nos bonnes œuvres en est le trésor et le gardien les plus assurés. Lorsqu'on porte publiquement de l'or ou des objets précieux, on invite par cette imprudence les voleurs à chercher les moyens de nous en dépouiller. Ainsi en est-il des richesses delà vertu. Ne les exposez donc pas, de peur qu'on ne vous les ravisse ; cachez-les au contraire soigneusement, ensevelissez-les si profondément qu'elles échappent, non-seulement aux regards de ceux qui sont autour de vous, mais aussi à vos propres yeux. Car l'homme est à lui-même son plus grand

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ennemi. Ifimitez pas ce Pharisien qui^ portant sur ses lèvres le trésor de ses bonnes œuvres^ fournit au démon de Torgueil Toccasion de lui enlever tout son mérite. 11 ne parlait de ses vertus qu'avec action de grâces, il les rapportait toutes à Dieu ; mais tout cela n'a point suffi pour le garantir d'une ruine complète. D'ailleurs^ ce n'est point rendre grâce à Dieu que de s'élever devant lui au-dessus des autres hommes : c'est le moyen, au contraire, d'armer contre nous sa justice, car il résiste toujours aux superbes. (Saint Jkan-Chrtsostôhb.)

4. Je jeûne deux fois la semaine; je donne la dtme de tout ce que je possède. -^11 ne vante que Textérieur: et ceux-là lui ressemblent, qui ne s'attachent qu'aux observances extérieures. Dire son bréviaire ; aller à l'église assister au sacrifice, à matines, à l'oraison ; prendre de l'eau bénite, se mettre à genoux, sans prendre l'esprit de tout cela : c'est une justice pharisaïque qui semble avoir quelque exactitude, mais qui s'attire de Jésus-Christ ce juste reproche : Ce peuple m'honore des lèvres ; mais son cœur est loin de moi. C'est une fausse justice. Mais que dirons-nous de ceux qui n'ont pas môme cette justice et cette exactitude extérieure, si ce n'est qu'ils sont pires que les Pharisiens et que les Juifs ? (Bossuet.)

6. Celui qui s''abaisse sera élevé. — L^homme véritablement humble, c'est-à-dire simple et modeste, sera grand devant Dieu, et même aussi dans l'estime des hommes. Hais comment acquérir cette vertu si précieuse et si désirable ? En vous appliquant à la pratiquer en toute occasion, et jusque dans les moindres détails de votre vie, en même temps qu'au fond de votre cœur vous en méditerez les règles avec toute l'attention dont vous êtes capable : car pour avancer dans la vertu, aussi bieu que dans les arts, il faut joindre la pratique à l'étude des règles. En ce qui concerne l'exercice habituel de l'humilité, que tout ce qui parait en vous, maintien, vêtement, démarche, comme aussi table, maison, lit, meubles : que tout soit simple, modeste, et tendant plutôt à vous abaisser. Que vos discours, vos chants, vos conversations avec le prochain soient toujours dans un sage milieu au-dessous des prétentions de Torgucil. Evitez de montrer Télévalion d'un génie transcendant, de faire briller la puissance d'un talent extraordinaire, et de vous livrer aux discussions les plus ardues et les plus difiiciles ; mais, en toute chose, cachez toujours une partie de ce que vous pourriez déployer de brillant et de magnifl({ue. Soyez sincère et poli avec votre ami, doux envers votre serviteur, patient avec les hommes em-

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portés, humain envers ceux qui sont humbles et timides. Saluez avec affabilité, répondez avecTaménité d*une douce joie; joignez à une noble aisance un accès facile à tous. Ne vous louez pas vous-même, et ne cherchez pas à ce que d^autres vous louent ; aucontraire^ cachez, autant que possible, les bonnes qualités que vous pouvez avoir. Ne soyez ni mordant ni sévère dans les réprimandes; surtout ne reprenez pas brusquement, et ne condamnez pas pour des fautes légères. Si quelqu'un a manqué, avertissez-le, mais toujours dans Teffusion d'une charité miséricordieuse, songeant à votre propre fragilité, et vous souvenant que, vous-même, vous pouvez être tenté et faillir à votre tour. (Saint Basile-le-Grand.;

6. Je vous le dis, celui-ci retourna chez lui bien plus juste que Vautre. — Sa prière fut exaucée parce qu'elle fut humble. N'oublions pas que, dans une autre circonstance, Jésus-Christ nous demande également la prière fondée sur la foi. Comme Toiseau ne peut voler qu'à l'aide de ses deux ailes, de même notre prière ne peut s'élever jusqu'au trône de Dieu, si l'humilité ne s'y associe à la foi et à la confiance. L'humilité sans la confiance, c'est rhumilitc de Judas, c'est du découragement et du désespoir. La confiance sans l'humilité, c'est la confiance du Pharisien, c'est de la présomption et de l'orgueil; et il n'y a pas de grâce de la part de Dieu pour l'orgueil ni pour la présomption. L'Écriture sainte nous apprend que Dieu repousse les esprits superbes remplis d'eux-mêmes, et leur résiste ; tandis qu'au contraire, il se plait et se glorifie à répandre dans les humbles cœurs les trésors de sa grâce et de sa bonté : Beus supef*bis resistil; humilibus autem dat gratiam. (Le R. P. Ventura.)

6. Quiconque s'élève sera abaissé. — L'enflure n'est ni un signe ni un gage de santé pour le corps ; au contraire, c'est un symptôme funeste, dangereux, souvent même une cause de mort. L'orgueil a pour l'âme les mêmes inconvénients. Ce ne sont pas les richesses seules qui enflent le cœur de l'homme, ni le faste dont il s'entoure, ni les tables somptueuses- %u'il dresse et auxquelles préside tout ce que le luxe et la délicatesse ont de plus recherché, ni les étoffes précieuses dont il est revêtu, ni les maisons superbes qu'il construit et qu'il décore avec tant de magnificence, ni le grand nombre de serviteurs qui l'accompagnent, ni la foule d'adulateurs qu'il traîne à sa suite : les honneurs sont pour lui un écueil non moins redoutable. Si les suffrages du peuple lui confèrent une des premières charges de l'État, une de ces hautes

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dignités que l'appareil de la puissance environne^ il se croit au-dessos dn genre humain ; pen s'en faat qu'il ne se croie assis sur les nuées, d*où il considère le genre humain comme son marche-pied^ sans épargner dayantage ceux auxquels il doit son élévation^ sans traiter avec moins d'insolence ceux qui l'ont fait ce qu'il est, ou plutôt ce qu'il paraît être. Pauvre a? eugle ! ii ne voit pas que toute cette gloire dont il est revêtu est plus vide qu'un songe; qne tout cet éclat qui Tentoure est plus vain que les fantômes de la nuit, et que le même caprice qui Ta élevé peut le briser au premier instant* Tel fut le sort du fils de Salomon, que son oi^ueil précipita de son trône et dépouilla de ses richesses. On tire encore vanité de rhabilcté des mains^ de l'agilité des pieds, de la beauté du corps^ sans-songer qu'il ne faut qu'une maladie pour détruire ces fragiles avantages, et que le temps les ruine tous les jours. On oublie que toute chair n'est que de l'herbe ; que toute la gloire de Thomme est comme la fleur des champs; l'herbe se dessèche, et la fleur tombe. Tels étaient les géants qui mettaient tant de confiance dans leur force» ce Goliath insensé qui osa provoquer Dieu lui-même, et cet Adonis, si fier de sa beauté, et cet Absalon à qui sa chevelure inspirait tant d'orgueil.

(Saikt Basile-lx-Grakd.)

6.. Quiconque s'élève sera abaissé. — Pourquoi donc, je vous le demande, vous enorgueillir de ces biens qui ne viennent pas de vous, au lieu de rendre grâce à celui de qui vous les tenez? Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, dit le Seigneur, c'est, au contraire, moi qui vous ai choisi. Prétendez-vous donc qu^one miséricorde , glorieuse à la vérité, mais toute gratuite, vous donne le droit de vous élever ainsi? N'apprendrez-vous à vous connaître que lorsque vous aurez été, comme Adam, chassé du paradis ; comme Saûl, abandonné de TEsprit de Dieu; comme le peuple d'Israël, retranché de la tige sainte? Vous êtes ferme dans la foi , dites-vous ; mais prenez garde de trop vous élever, et craignez. Le jugement suit la grâce, et le juge vous demandera compte de l'usage que vous en aurez fait. Si vous ne comprenez pas que cette grâce est un don gratuit que vous avez reçu, et que, par un excès de présomption , tous vous fassiez de la gAce un mérite personnel, prélendriez-vous valoir mieux que saint Pierre? Non, sans doute : car vous n'avez pas plus d'amour pour Dieu que cet Apôtre » qui, dans Tardeur de son zèle, allait jusqu'à vouloir mourir pour lui. Hais parce que, dans l'ardeur de sa confiance orgueilleuse, il se permit de dire, «Quand vous seriez pour tous les autres un sujet de scandale, vous n'en seriez jamais uu pour moi, » il fut abandonné à sa propre

faibtesee ; il toœbft dans rapostasî&; il apf»rit^ par sa fenitev à être plus circoaspect, et par sa propre expérisBce,. à niénafer fat faiblesse d'aiir iruL El I« PbariaeA^ si Tain et st présemptueus , qai non^-seuiemait étaii pkÎH de eoD6aD£e en sa îustiee, mais qui accusait encoce le PvbUcaÎQ devant fitei^ perdiA teut le mérite de sa justiee par le crime de Vorgueil; it a été pmé desa récompesse par un excès de cenâanee^i loi-Hiêiiie. U a été abaissé an-desseiB de Fhnmble pécheur, parce qit^ s'est éleyé an-dessus délai et qu'il s'est jugé hii-méme, sans attendre k jugement de Dieu. (^àma Biasile-lb^baidim)

6. Quiconque s^élève sera abaissé. — U ne sera pas hors de propos de dire ici quelques mots de Torgueili afin que, placée à côlé du vice qui lui est opposé, Tliumilîté en reçoive un nouvel éclat. L'orgueil est Pappétif de sa propre excellence. Il se divise en orgueil aveugle et en orgueil vain. Ces deux espèces peuvent se désigner aussi par les noms de présomption et de vanité. La première est un vice de Tenteadément ; la seconde, un vice de la volonté. Celle-là trompe Tœil de la raison ; celle-ci affecte les appétits de la volonté. C'est ce que nous démontrerons mieux par la définition de chacune d^elIes. L'orgueil aveugle^ ou la présomption, est le vice par lequel^ croyant être ce que Ton n'est point, ou croyant ne devoir qu'à soi-même ce que Ton est, on se glorifie eu soi, au lieu de se glorifier dans le Seigneur. L'orgueil, vain, ou la vanité, est le vice qui fait que nous écoutons avec moins de plaisir les louanges de Dieu que nos propres louanges, pour ce que nous sommes ou ce que nous ne sommes pas. Ces définitions établies^ rapprochons ces deux espèces d'orgueil de l'humilité, en les opposant les unes aux autres. L'humilité est le mépris de sa propre excellence. Le mépris est opposé à l'appétit. On peut aussi opposer aux deux variétés de l'orgueil deux variétés de l'humilité : à l'orgueil aveugle, l'humble sentiment de soi-même; à la vanité, le refus d'accepter le témoignage que diautres rendent de nos mérites. Celui quf a un humble sentiment de lui-même ne peut ni se croire autre chose de plus grand que ce qu'il est, ni croire qu'il est par hii-même ce quil est. Aussi, supportant avec patience l'absence de ce qu'il sait n'être point en lui, il se glorifie avec humilité, non eu lui-même, mais en Dieu, du bien qu'il est certain de posséder. (SAiwi-BERif arb.)

6. Qm€0nquÊS'abaisses^ailif}é.— S'il mià&éiail donné de savoir exactement ce que nous valons ai«x.yeusx de Dieu,, il ne nous serait paa plus permis de nous abaisser au-dessous de l'esUmatîon divine, que de nous élever au-dessus« comme l'orgueil neus porte à le faire. Hais

S9t LÀ VIE DE N. S. lÉSDS^HRIST. co. Lxintr.

cette connaissance est un secret que Dieu se* réserve pour lui-même, au poftit que personne ne sait même sMl est cligne d'amour ou do haine. D'un autre côté, Dieu nous menace de ses châtiments si nous nous élevons, même un tant soit peu^ au-dessus de ce que nous sommes à ses yeuzy par exemple si nous nous préférons même à un seul qui soit en réalité notre égal ou notre supérieur^ tandis qu'il n^annonce aucune punition, que dis-Je ? tandis qu'il promet ses bénédictions les plus abondantes à celui qui s'abaissera au-dessous de sa valeur réelle. H n'y a donc jamais de danger à s'humilier, à quelque point que Ton puisse s'abaisser : de même qu'en passant par une porte peu élevée^ il n'y a point de danger à s'incliner trop, tandis qu'il y a danger de se briser la tête en ne s'inclinant pas assez. En vain me direz-vous que vous ne vous élevez que de l'épaisseur d'un doigt; 4'e vous répondrai que cette élévation, si minime que vous la supposiez, peut toujours vous causer d'étrangesdouleurs. C'est pour* quoi, ô mon frère, ne vous comparez jamais avec personne, ni avec vos supérieurs, ni civec vos inférieurs, ni avec plusieurs, ni avec un seul. Qui vous a dit que le dernier de vos frères, alors même qu'il vous paraîtrait la créature la plus vile et la plus misérable, n'est pas déjà, aux yeux de Dieu, et ne sera pas bientôt en lui-même votre supérieur, malgré les vertus que vous croyez posséder 1 Non-seulement la main de Dieu peut opérer ce changement qui tient du prodige, mais elle Topère tous les jours. Laissez le Pharisien mentir devant Diei\et provoquer sa condamnation en se comparant avec un pécheur qui paraissait justement décrié ; et pour n'avoir pas le même sort à redouter, ne vous comparez jamais à personne. Prenez, au contraire, prenez aussitôt, non pas une place médiocre, non pas l'avant-dernière, mais celle où vous serez absolument le dernier de tous.

(Saint-Bernard.)

8. Laissez venir à moi les petits enfants ^ et ne les empêchez point : car &est à ceux qui leur ressemblent qu'appartient le royaume de Dieu. — Quoi de plus conforme aux principes de la plus haute sagesse; quoi de plus rapproché de la vie des anges eux-mêmes, que celle des petits enfants? Son âme est innocente et pure de toute passion. Loin de chercher à se venger de ceux qui lui ont fait du mal, il se rapproche d'eux comme s'ils ne lui avaient fait que du bien. Plus sa mère le châtie, plus il la recherche et la préfère à tout. On lui présenterait une reine vêtue de pourpre et le front ceint du diadème, qu'il préférerait toujours sa mère, fût-elle couverte des haillons de l'indigence. La pauvreté et les richesses lui sontégalementindiflercntes; ce qui lui

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fait distinguer les siens des étrangers, c'est Tinstinct d'un cœur affectueux, c'est une philosophie pleine de droiture et de générosité. Il ne prend de nourriture que ce qui lui est nécessaire; et lorsque la nature est contente, il quitte la mamelle. 11 ne s'afQige point, comme nous, d'une perte d'argent ou de quelqu'autre bien; il n'est pas non plus séduit par Tapparence, ni par la beauté des formes* En nous disant que c'est à ceux qui ressemblent au petit enfant qu'appartient le royaume des cieux, Jésus- Christ nous donne à entendre que la sagesse à laquelle il nous convie doit faire en nous ce que fait la nature dans ce petit être encore privé de raison. Imitons donc ces âmes innocentes ; devenons comme de petits enfants, sans orgueil, sans déguisement, sans malice. La simplicité est la porte du ciel; il n'y en a point d autre par où nous puissions y entrer. (Saint-Jean -Chrysostômb.)

11. Que faut-il queje fasse pour obtenir la vie éternelle? — Dans la patrie céleste tout sera vérité ; il n'y aura ni erreur ni égarement Dire que tout sera vérité, c'est dire aussi que les larmes en seront bannies. En y voyant la vérité, on goûtera la joie dont elle est la source, et pour tout dire en un mot la vie véritable. Si la douleur y avait accès, la vie n'en serait-elle pas exclue? On ne pourrait assurément donner le nom de vie à ce qui ne serait qu'une éternité de douleurs et de tourments. Aussi le Seigneur se garde-t-il d'appeler vie celle qui doit être le partage des réprouvés, encore qu'ils doivent vivre à jamais au milieu des flammes, encore que leur vie ne doive point avoir de terme: parce que leurs supplices ne doivent jamais finir. Jésus-Christ, dis-je, évite de donner le nom de vie à celte immortalité de tourments, il réserve ce nom pour celle qui est à la fois bienheureuse et éternelle. Nous le voyons par ce que dit l'Évangile, lorsqu'un riche lui adresse cette question : Que faut-il que je fasse pour obtenir la vie éternelle? Remarquez que ce riche lui-même n'appelle vie éternelle que la vie bienheureuse; et si les impies sont aussi appelés à jouir d'une vie éternelle, ce n'est point d'une vie bienheureuse. Cet homme demande donc au Seigneur ce qu'il doit faire pourobtenir la vie éternelle et bienheureuse. Jésus lui répond qu'il doit observer les commandements; et en le renvoyant ainsi aux commandements, le Seigneur lui dit: Si vous voulez arriver à la vie. Il n'ajoute point le mot bienheureuse, parce que la vie malheureuse ne mérite pas même le nom de vie. 11 ne dit pas non plus la vie éternelle, parce qu'on ne doit pas davantage appeler vie celle où la mort est à craindre. (Saint-Auglstin.)

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12. Si vovs^ veniez entrer dans la vie, observez Ui Cùmmaniemente. — Quels soDt les foodeiiienb de la socîélé da^rétienoe, telle que Jé&us* Cbrist lui-méine nous Ta proposée? L'exemple de ce jeune bomaie nous le fait évidemmeiii connaître. U se sentait touché de Dieu, il voulait travailler à sa sanctificatîofi et à son salut; et sur cela il \int consulter ce divin maître ,. à qui de toutes parts on s'adressait pour entendre de s» booehe des vérités éternelles. Or, que lui dit d'abord le Fils de Dieu? Lui parla-t-iLd'un renoncement absolu à tout ce qu'il possédait? lui expliqua-t il les m^rstiques opérations de la grâce ? l'entreti&t-il des dons iMiriieiiliersd^tàDe otaison extracH'dinaire? Non : Gardes les commandements^ lui répondit cet Homme-Dieu. Voilà préférableraent à tout le reste ce que vous avei à faire; et si vous ne bâtisses là-dessus^ tout l'édifice de votre perfection n'étant appuyé que sur ksable^ il se détruira de lui-même, et vous accablera de ses ruines. Hais ces pratiques ne sont-elles pas bonnes, et doit-on les négliger? Ah! voilà notre aveuglement^ d'aller toi^^^urs aux extrémités qui sont vicieuses^ et de ne (Mrendre jamais le milieu où consiste la vertu. De borner sa piété i certains points de surérogation et de pure dévotion^ qui ne son^t que le Gonptément de la loi» tandis qn'oa en laisse le foad» c'est un eKcès dont la seule exposition que je viens de faire vous découvre assex le désordre; mais aussi^ de se renfermer teUesKnt dans le fond et Tobligalion de la loi,, qa'oa ne porte jamais aa-deUi et qu'on abandonne toutes les pratiques d'une ferveur chrétienne, c'est un autre eicés injurieux à Dieu et à sa grâce , pemîcieur pour nousmêmes, et très-dangereux dans ses suites. Il faut faire Tun, ek ne pas omettre Tautre, nous dit le souverain législateur. (Bodrbialoue.)

16. Si vous voulez être parfait,, allez, vendez tout ce que vous ave*,, et donnez-le aux pauvres. — Non pas qu'il faille se dépouiller à la Ictlie de ce que Ton a : Tindigence elle-même a ses écueiLs aussi bien que l'opulence. C'est le renoncement de cœur, c'est la pauvreté d'esprit qui sont commandés par Jésus-Cbrîst; et c'est là ce qui coûte bien plus encore que le sacrifice même de ces trésors périssables, dont mille accidents divers, et quelquefois les seuls efforts d'une sagesse mondaine et philosophique peuvent nous détacher. Or voilà ce que le ^eune homme de notre Évangile ne voulut point comprendre* Élre riche et pauvre tout ensemble^ avoir de Targent et s'en passer, posséder les commodités de la vie et s'en interdire Tusage: celte sainte phlloso|)hie ,. jusque-là si nouvelle,, lui paraissant inexécutable, il se retira triste et persuadé qu'une semblable perfection était impos-

GH. LXXYiii. LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 89S

siblc, parce qu'il enUevit combien il lui serait difficile d'y arriver.

(Saint Clément d'Alexandrie.)

16. Si vous voulez être parfait, allex^ veudes. tout ce que vouà ave%y donnez-le aux pauvres^ et vous aurez un trésor dans le ciel. — La perfection éyangéliqne veut donc que Ton vende touft ses biens, que l'on en distribue le prix aux pauvres, et que» devenu par là plus léger et plus dispos y on s'envole avec le Seigneur aux demeures célestes. Remarquez qu'on nous laisse à tous le soin d'en faire ce que nousTou-* drons, et que le cboix dépend de nous, quel que soit notre âge, notre état. Si vous voulez être parfait, est-il dit. Je ne vous force point, je ne vous contrains pas; mais je vous propose une palme, je vous montre une récompense; c'est à vous de savoir si^ dans la lutte et le combat^ TOUS voulez recevoir la couronne. Et voyez avec quelle modération s'exprime ici la sagesse divine : a Vendez tout ce que vous avez, d A qui s'adresse ce conseil? pas à d'autres qu'à ceux à qui il a été dit : a Si vous voulez être parfait, d Ce' n'est pas seulement une partie de vos biens qu'il faut vendre^ mais le tout. Et lorsque vous aurez vendu, que devez-vous faire? ce Donnez-en le prix aux pauvres. » Ce n'est pas aux riches, ce n'est pas à vos parents^ ce n'est pas pour satisfaire le goût du luxe, mais pour soulager l'indigence. Que celui à qui vous donnerez soit prêtre, qu'il soit votre parent ^ votre ami, le seul motif qui doit vous le faire choisir, c'est sa pauvreté. Que vos louanges soient dans la bouche de ceux qui ont faim, et non de ceux qui regorgent de biens. Nous lisons dans les actes des apôtres, qu'au moment où le sang de Noire-Seigneur fumait encore, quand la foi nouvelle brûlait dans tous les cœurs , les chrétiens vendaient leurs biens et eu apportaient le prix aux pieds des apôtres, pour montrer que les richesses de ce monde ne méritent que d'être foulées aux pieds : puis^ sur ces fonds, on donnait à chacun selon ses besoins. (Saint Jérôme.)

17. Et le jeune homme s'en alla tout affltgé, car il possédait de grands biens. — Cest à l'entrée de la carrière, dît saint Augustin, que se forment dans l'âme, peu instruite encore sur les caprices de la fortune, sur l'instabilité et Tinjustice du monde, que s'y forment, disje, des vues d'élévation, des espérances flatteuses, d'agréables songes. C'est dans ce premier âge qu'on se donne, pour ainsi dire, à soi-même tout ce qu'on ose souhaiter; qu'on croit déjà voir à ses pieds, comme le jeune Joseph, les astres mêmes du firmament qui nous adorent; et que l'imagination, pas encore détrompée par l'expérience, rassemble tout ce qui se trouve partagé dans les autres de grâces, de talents, de

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bonheur^ pour s*en former à soi-même une destinée à son gré, et un avenir chimérique. Mais la foi dissipe ces illusions, et donne au premier fige toute la sagesse et toute la maturité des longues années... Avec la foi» le jeune homme voit le monde tel qu'il est, c'est-à-dire comrae'un songe qui n^a rien de vrai; et c'est pour n'avoir pas eu cette sagesse et cette prudence que donne la foi, que le jeune homme dont parle ici TÉvangile abandonne Jésu8*Christ pour continuer de poursuivre de vaines illusions. (Massillon.)

ÉLÉVATION

Quelle différence, Seigneur, dans les dispositions de ces deux hommes qu'une même pensée amène dans le temple! Ils montent; car par la prière Tâme s'élève jusqu'à vous. Le premier voit la foule s'écarter pour lui faire place; il s'avance la tête haute jusqu'au pied du sanctuaire; son attitude est fiëre et superbe; il se place dans son cœur au-dessus de tous ceux qui l'entourent : mais vous. Seigneur^ qui voyez l'enflure de ce cœur orgueilleux, vous détournez vos regards indignés de la prière que n'accompagne point l'humilité. Le publicain, au contraire, sait que les hommes le méprisent; il s'en inquiète peu; il se retire dans l'endroit le plus reculé du temple; il incline son front vers la terre^ reconnaissant qu'il n'est rien devant vous qu'un pécheur : sa prière humble et confiante monte jusqu'à vous et devient sa gloire et sa justification. Seigneur, donnez à notre prière les qualités qui doivent toucher votre cœur; qu'elle élève nos âmes au-dessus de tout ce qui est créé; qu'elle fortifie nos cœurs et les empêche de s'attrister si vous leur demandez des sacrifices qui doivent les faire entrer dans une voie plus parfaite. Tout vous est possible. Sauveur Jésus; si nous marchons avec vous, il n'y aura rien que nous ne puissions accomplir : nous aurons le courage de quitter tout ce qui^ comme nos corps» passe et meurt, pour nous attacher aux vertus qui sont immortelles comme nos âmes. Amen.

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