Que voulez-vous que je vous fasse
U dit : Seigneur que je voie *•
27 1 Et Jésus lui dit : Voyez; votre foi vous a sauvé.
28. Et aussitôt il vit, et il le suivait glorifiant Dieu ; et tout le peuple, témoin du miracle, rendit aussi gloire à Dieu.
' y 26. Ce que demande cet aveugle, ce n*est pas de !'or, mais la lamîère. A 8oa «iDonple, dainaiMlons au Selgnoat, «od las richesses périssables, mais la lumière do la foi| et cotte lumière inelfable par laquelle les élus soient Dieu dans sa gfloire.
(BAillf GfttSOiaB-LB-GRllVD.)
5-6. Le Fils de Vhomme sera livré aux Gentils, moqut^ flagellé, con-' êpui ; et après quHls ratHront flagellé, Us U feront mourir sur une cr(dx ; mais il ressuscitera le troisième four. Et ses éisciples m eomprirentf point ce quUlleur disait; celle parole était pour eux comme un mystère,et ils ne saiiiêsaient point ce qui leur était dit. — Voilà ce qui a souleré tant «Tesprits^ ce quia même révolté toute la terre, et 4e quoi le monde entier s^est scandalisé : Jésus- Cbrfet couvert d'ignominiei^
CB. Txxx. LÀ VIE DB K- ». lÉSrS-CHRJST. *li
ot d'opprobres, Jésus-Oirirt souffrant et nwmranl air upe croix* Scandale de la croix, où sont ownpris tous l«s autres. Car qui dit un Dieu crucifié dit un Dieu anéanti^ un Dieu méprisé^ uft Dieu persécuté. Et parce que tout œla est venu de son choix» dire tout cela, c'est dire un Dieu qui a aiioé les mépria, les. abaissemcalsy les persécutions,, les soufb^nces. Et comme le choix do Dieu fait le prix et la valeur des choses, dire un Dieu qui a aimé tout cela, c'est dire un Dieu qui nous a rendu tout cela recommaiidaUe^ fui raeslimé» qui Fa conseillé, qui l'a établi pour fondement de la perfection des hommes, et qui par conséquent nous a imposé une obligation indisponsabla d'estimer tout cela nous-mêmes et de le respecter, puisqu'il est bien juste que la créature conforme ses sentiments à ceux de son souveraia auteur et dft son Meu. C'est toutefois de ces humiliations et de celte croix que les hommes se sont laissé rebuter, jusque-là que les apôtres mêmes ^ élevés à récole du Fils de Dieu, n'entendirent rien à ce qu'il leur disait des outrages qu'il devait bientôt recewir à Jérusalem, et de la mort qu'il ) allait souffrir. Ne tomboos^nous pas tous les jours dans le m&ttie acandato? Qu'on nous propose un Dieu tout- puissant et brillant daina réclat de sa gloire , notre esprit reçoit aisément lesgrandes idées qu'on nous eu donne ; mais qu'on nous fasse voir ce mêiM Dieu dans l'obscurité et dans les douleurs d'un supplice égale- Boeat rigoureux etbonteux, c'est à quoi notre cœur sent une résistance naturelle, et de cette résistance dont on ne suit que trop le mouvement^ nait^ jusqu'au milieu du cbjâstianismo, le libertinage* (Bourdaloue.)
6. JBt $ê$ disciptes ne c<mpremieMt rien de tout cela; cette parole, était pwr eux comme tw mystènj, et iU ne saiaisiaient point ce qui kut était diL-^llA comprenatent bien par ce que Jésus leur disait^ qu'il devait mourir; mais ils ne voyi^eat pasencorele mysterede celte iDort et la résurrection qui devait la suivrej mies avantages que Jééus- Cbrîst devait ainsi procurer au monde. C'est là proprement ce qui leur était caché, et ce qui causait leur tristesse. Ussavaient bien que lesmorts pouvaient être ressuscites par d'autres; mais qu'un mort se ressuscitât lui-même, et se ressuscitât pour ne plus mourir^ c'était pour eux un. mystère ioapénélrabte;^ quoique Jésua tour en eût souvent parlé. Outrer cette idée de «sort, qui tes surprenait élrangement^ ces circonstances particttli&res de moqueries , d'outrages^, de fouet^ de gibet, doutelld devait être accampagoée, augmentaient encore debeaiMoup tour étonnemenL Le souvenir de tant de miractes qulla avaient vus, de teat de |«ssédQa guériS), de tant de morts ressuscites^ ei de miUe autres^ pro*
4\9 LA VIE DE N. S. 1ÉSUS-CHRI8T. CB« lxxx.
diges semblables, leur paraissait incompatible avec ces soaffrances dont le Saureur leur parlait Ils ne pooTaient comprendre qu'an Dieu si puissant en paroles et en œuvres, qui tant de fois avait déjoué les projets de ses ennemis, dût se résignera soalTrir tant d'indignités. Ils étaient donc agités par les pensées les plus contraires, sans savoir auxquelles s'en tenir. Tant6t ils croyaient, tantôt ils ne croyaient pas ; et bien que Jésus-Christ leur eût déclaré à diverses reprises qu'il ressusciterait le troisième jour, cette assurance ne les fixait pas davantage. Aussi voyous-nous en ce même instant les deux fils de Zébédée s'approcher de lui pour lui demander la préséance sur lès autres apôtres.
(Saint Jbar*Cbrtsostôiib.)
7-8-9. Alors, la mire des fils de Zibédée f>int, adorant Jésus et lui adressant une demande. Jésus lui dit : Que désirez-vous ? Elle répondit : Ordonnez que mes deux fils que voici siègent, Pun à votre droite^ l'autre à votre gauche dans votre royaume. Alors Jacques et Jea% s* approchant eux-mêmes^ lui dirent : Mattre, nous voulons que quoi que ce soit que nous vous demanderons^ vous le fassiez pour nous, etc. — Je ne sais si je me trompe, fidèles, mais il me semble que ces observations surrhistoire de Notre-Seigneur ne doivent pas vous déplaire. Ainsi je ne crain- ^ drai pas d'en ajouter encore une , qui vous fera voir manifestement combien cette opinion de la royauté du Sauveur était enracinée dans l'esprit des peuples : c'est que les apôtres mêmes , eux que le Fils de Dieu honorait de sa plus intime confiance, bien qu'en particulier et en public il ne leur promit que tourments et ignominie en ce monde, ils n'avaient pu encore se déprendre de ce premier sentiment, dont on avait préoccupé leur enfance, c Eh ! Maitre, lui disaient-ils, quand est-ce qu'arrivera votre règne? sera-ce bientôt que vous rétablirez le royaume abattu d'Israël? » Ils ne pouvaient goûter ce qu'il leur prédisait de sa mort. Comme ils voyaient son crédit s'augmenter, ils croyaient qu'à la fin il viendrait à bout de Tenvie, et qu'il attirerait tout à lui par sa vertu et par ses miracles. Ils se flattaient l'esprit de mille espérances grossières. Déjà ils commençaient à se débattre entre eux de l'honneur de la préséance. Et ne fut-ce pas une belle proposition que les deux frères inconsidérés firent faire à notre-Seigneur par leur mère trop crédule et trop simple? Ils s'hnaginaient déjà le Sau^ veur dans un trôûe éclatant de pierreries, au milieu d'une grosse cour. Et, Seigneur, lui disent-ils, quand vous commencerez votre règne » nous serions bien aises que l'un de nous tàl assis à votre droite, et l'autre à la gauche. Tant ils abusaient de la patience et de la faveur def leur Maitre, repaissant leur âme d'une vaine et puérile ostentation! Si
ci:. Lxxx. LA YIE DE N. S. JÉSUS*CHRIST« 4t5
bien que Noire-Seigneur, ayant pitié de leur ignorance, commence à les désabuser par ces mémorables paroles : 0 disciples trop grossiers, qui TOUS imaginez dans ma royauté un faste et une pompe mondaine, « vous ne savez ce que vous me demandez; » la chose nira pas de la sorte : aPouvez-vous botre le calice que je boirai moi-même? » Ce ca« lice, c'est sa Passion, dont il leur a parlé tant de fois sans qu'ils aient voulu le comprendre ; puis, après quelquesavis excellents, voici comme il conclut son discours : a Sachez, dit-il, que le Fils de Thomme n'est pas venu pour être servi, mais afin de se servir lui-même, et afin de donner sa vie pour la rédemption de plusieurs. » Ahl disciples encore ignorants, et vous mère malavisée, ce n'est pas là ce que vous prétendiez : vous demandiez de vaines grandeurs, on ne vous parle que de bassesse. Hais mon Sauveur l'a fait de la sorte, afin de nous insinuer doucement, par le souvenir de sa Passion, que notre roi était un roi pauvre ; qu'il descendait sur la terre, non pour se revêtir des grandeurs humaines, mars pour nous apprendre par son exemple à les mépriser; et que comme c'éiiit par sa Passion qu'il dtvait monter sur son trône, aussi est-ce parles souffrances quenous pouvons aspirer aux hoAneurs de son royaume céleste. (Bossuet.)
12. Vous ne savez ce que vous demandez. Pourrez-vous boire le calice que je dois boire moi-mime? — Il n'y a rien qui fasse tant sentir comhien on a de peine à entendre parler de la croix, que cette demande des deux apôtres. Jésus venait de parler aussi clairement qu^on a vu, et loin de Tentendre, saint Jacques et saint Jean, qui étaient des premiers entre les apôtres, lui parlent de sa gloire et demandent à y paraître avec distinction. Pesez ces paroles de Jésus : a Vous ne savez ce que vous demandez; vous parlez de gloire, et vous ne songez pas qu'il faut souffrir pour y parvenir. » 11 leur explique ces souffrances par deux similitudes : par celle d'un calice amer qu'il faut avaler, et par celle d'un baptême sanglant où il faut être plongé; comme s'il eût dit : a II faut avaler toutes sortes d'amertumes, être dans les souffrances jusqu'à y avoir tout le corps plongé, comme on l'a dans le baptême : la gloire est à ce prix. » Les apôtres ambitieux s'offrirent à tout; mais Jésus, qui voyait bien qu'ils ne s'offraient à souffrir que par ambition, ne voulut pas les satisfaire. 11 accepta leur parole pour la croix ^ mais pour la gloire, il les renvoya aux décrets éternels de son Père et à ses secrets conseils. 11 aurait bien pu leur dire ce qu'il dit dans la suite à tous les a[)ôLres : ce Je dispose de mon royaume en votre faveur, comme mon Père en a disposé en la mienne. Mais des gens qui ne voulaient
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souffrir qne par ambition^ n'étaient pas dignes encore d'entendre cette promesse; et, pour les attacher à la croix dont ils n'entendaient pas encore la Tertu, lésns-Christ remet à son Père ce qui regarde la gloire, et ne se réserve en ce lieu qu'à prédire et àdistribder les afflictions. Tout cela se faisait par une sage économie souvent pratiquée dans l'Évangile et dans toute l'Écriture, où, pour certaines raisons de convenances^ diverses choses sont attribuées au Père et au Fils. Hftis Il faut toujours se souvenir, dans le fond , de cette parole qne le Sauveur adresse à son Père : a Tout ce qui est à vous est à moi , et tout ce qui est à moi est à vous. )> (Bossmr.)
12. Vous ne savez ee qtte vous demandez. —Ce n'est pas sans une providence particulière que Jésus-Christ, qui venait enseigner aux hommes rhumilité, choisit des disciples dont les sentiments furent d'abord si opposés à cette vertu, et qui dans la bassesse de leur condition, arrant que le Saint-Esprit les eût purifiés, ne laissaient pas d'être superbes, ambitieux, et jaloux des honneurs du monde. Il voulait dans les désor*dres de leur ambition nous découvrir les nfrtres, et dans les leçons toutes divines qu'il leur faisait sur un point si essentiel nous donner des règles pour foraier nos mœurs, et pour nous réduire à la pratique de cette sainte et bienheureuse humilité, sans laquelle il n'y a point de piété solide ni même de vrai christianisme : c'est le sujet de notre Évangile. Deux disciples se présentent devant le Sauveur du monde, et le prient de leur accorder les deux premières places de son royaume : comme ils ne le connaissaient pas encore, ce royaume spirituel, et qu'ils ne renvisageaient que comme un royaume temporel, il est évident que l'ambition seule, et le désir de s'élever au-dessus des autres les porta à lui faire cette demande. Mais vous savez comment ils furent reçus; et, de ce qui se passa dans une occasion si remarquable, nous pouvons aisément reconnaître en quoi consiste le désordre de l'ambition, quels en sont les divers caractères, quels en sont les effets elles suites, et quels en doivent être enfin les remèdes. (Bouhdaloue.)
12. PouveZ'VOUS boire le calice que Je boirai T — Jésus- Christ leur déclare que ce n'est point lui, mais son Père qui doit les élever à ces places et à ces rangs d'honneur dont ils paraissaient si jaloux; il leur fait entendre quMls ne doivent point chercher, comme les nations infidèles, à dominer; enfin il les interroge à son tour, et il veut savoir d'eux s'ils pourront boire son calice, c'est-à-dire le calice de ses souffrances : trois choses, chrétiens, parfaitement propres à détruire trois
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'erreurs ^ont ces deux apôtres étaient prévenus : car ils supposaient, ' sans remonter plus haut, que Jésus-Christ en qualité d'homme leur trouvait dotihér ces places honorables qu^lls ambitionnaient; et JésuS- Chriât leur fait connaître que nul ne peut légitimement les occuper, hors ceux à qui elles ont été préparées et assignées par son Père céleste. Leur prétention, en obtenant ces deux places, était de se distinguer des autres et de prendre l'ascendant sur eux ; et lésus*<::hrist les détrompe en les avertissant que d'être placé au-dessus des antres, n'est <qu^une obligation plus étroite de travailler pour les autres et de les sTervir. Enfin ils se proposaient, dans ce prétendu royaume de Jésus-Chrîst et daiîs cette préséance imaginaire, une vie douce et commode; et Jésus- .Cbrist leur apprend combien celte préséance leur doit coûter, et que •pour ravoir il faut boire un ci^ce d'amertume j et être baptisé d'an (baptême de sang. (Bouh&aloue.)
12. Vous ne savez ce que vous demandez, PouveZ'^ous boire le calice, que Je dois boire moi-même P-^Q vouS| homme téméraire, qui renouvelez encore au jourd'hui la demande intéressée des deux disciples ambitieux, et qui employez pour arriver aux dignités de l'Église jusqu'à Fentremise d'une femme, je pourrais vous demander d'abord : Êtes- * vous assez laborieux pour aspirer à un ministère si environné de soins, de travail et de peines? Étes-vous né pour vous faire une violence continuelle ; pour rompre vos penchants; pour sacrifier au devoir les .plaisirs les plus innocents ; pour être tout aux autres , et ne vivre pas un seul moment pour vous-même? En second lieu : êtes- vous assez affermi dans la piété pour aspirer à un état si périlleux, où toutes les fonctions sont si délicates et si dangereuses, et où ceux qui nous parais- 'sent les plus lorts font tous les Jours de si tristes naufrages"? Vous ne savez pas encore gouverner la maison de votre âme, comment gouvei*^ nerez-vous l^Iise de Dieu ? Vous êtes un roseau qui plie à tout vent, Comment serez- vous une colonne sur qui doit reposer le temple de Dieu? En troisième lien : étes-vous assez pur et assez saint pour aspirer è des ministères si sublimes? Pouvez- vous sans, une témérité coupable, {yrétendre à la récompense de la piété et de l'innocence ; à un état divin, où les larmes mêmes et le mérite de la pénitence la plus longue et la plus «incère ne pouvaient autrefois atteindre ? Quand je n'aurais que ces raisons personnelles, il est clair que vos désirs seraient ou des témérités ou des crimes. Mais je vais plus loin : je suppose en vous toutes les qualités que vons n'avez pas; tout l'amour du travail qu'exige xin ministère laborieux; toute la solide vertu que demandent des fono
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tions périlleuse^ ; et enfin tonte la sainteté et Pinnocence qu'on doit apporter à une dignité sainte; et je dis que si vous aspirez aux pre* mières places dans TÉglise, vous n'eu êtes plus digue^ et toutes vos TertuSj qui auraient pu vous y préparer^ deviennent comme des vices qui vous en éloignent. Écoutez^ et vous en serez convaincu. Un clerc, disent les lois des empereurs^ doit être ai éloigné de tout désir et de toute brigue, qu'il faut qu'on le cherche pour lui faire violence; qu'il résiste aux prières et aux sollicitations de ceux mêmes qui ont autorité sur lui ; qu'il se cache et se dérobe aux poursuites et aux instances; que la seule nécessité de se rendre excuse son consentement
(Uassoxor.)
13-14. Xe calice que je dois boire , vous le boirez en effets et le bap* létne que je dois recevoir, vous le recelez; mais d'ilre assis à ma droite ou à ma gauche, je ne puis le donner qu'à ceux pour qui mon Père Pa préparé. — Le martyre seul ne suffit donc pas , même aux yeux de Dieu, pour élever l'homme au premier rang dans le royaume céleste. Ces places privilégiées à la droite ou à la gauche du trône de Dieu, ne sont accordées qu'à l'humilité : le divin Sauveur nous le dit lui-même : C'est celui qui s^humilie qui sera élevé. Ne craignez donc jamais de vous humilier devant ce Dieu plein de miséricorde qui s'est lui-même humilié pour vous. Le marfyre est une chose excellente sans doute; mais rhumilité^ qui nous fait supporter tous les jours aveccalme^ quelquefois même avec plaisir, les injures, les railleries, les mépris et les dérisions, cette vertu angéiique est pour nous un moyen de salut bien plus assuré, en même temps qu'elle nous élève bien plus haut.
(Saint Jean-Chrtsostôieb.}
H. D'être tusis à ma droite ou à ma gauche, je ne puis le donner qt^à ceux pour qui mon Père l'a préparé. — En demandant à Jésus* Christ d'êlre assis, l'un à sa droite, et l'autre à sa gauche, les fils de Zébédée supposaient qu'il y aurait dans son royaume plus d'un ministre investi de la souveraine puissance : erreur dont le Fils de Dieu se hâte de les tirer, a Dites à ma droite ou à ma gauche, reprend-il aussitôt, parce que je ne partagerai point l'exercice de l'autorité suprême ; je n'aurai qu'un Vicaire chargé de me représenter pour le gouvernement général de mon Église. U sera l'homme de ma droite s'il m'aime plus que les autres, s'il marche fidèlement sur mes traces, et s'il est disposé à verser pour moi jusqu'à la dernière goutte de son sang; il siégera à ma gauche si sa vie et son dévouement ne s^élèvent point à celle hauteur ; mais il n'eu sera pas moins mon seul représentant sur la
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terre quant à la direction à donner au vaisseau de mon Église , aux soins à prendre de l'ensemble de mon troupeau^ et aux enseignements que je n'ai pascrudevoir donner encore. Après moi^ dans mon royaume^ il n'y aura qu'un seul chef suprême^ comme il n'y a qu'un seul Christ ; et cette dignité unique, ne me la demandez point : mon Père l'a destinée à d'autres, qu'il a choisis et qui se succéderont dans la suite des âges.... » Evidemment il s'agit ici de saint Pierre et de ceux qui continueront son pontificat sur le siège de Rome. Quant aux autres apôtres, et à ceux qui dans la suite sont entrés dans leurs travaux évangéliques, ils sont toujours les ministres de Jésus-Christ et les dispensateurs des mystères du royaume de Dieu ; mais ils ne sont pas les hommes de la droite ou de la gauche ; cette prérogative, sollicitée par deux d'entre eux, leur a été refusée. Leur mission est d'être les coopérateurs du Vicaire de Jésus-Christ dans leurs églises respectives. Ils deviennent ses conseillers lorsqu'il s'agit d'élaborer les lois et de fixer les différents points de la croyance des fidèles : après quoi, le Vicaire de Jésus-Cbrist juge en dernier ressort, prononce au nom de Celui qu'il représente, et par là imprime aux jugements dogmatiques le sceau de Finfaillibilité. (B.)
15. Entendant les paroles de JisxiSy les dix autres furent indignés contre les deux frères Jacques et Jean. -^Ici chacun peut voir combien alors les apôtres étaient encore imparfaits, puisque deux d^entre eux mettaient tout en œuvre pour enlever les premières places, au détriment des dix autres; et que les dix autres déchaînaient contre les deux frères leur indignation et leur jalousie. Hais, comme je Tai dit, ce n'est pas ici qu'il faut juger les apôtres : considérez-les après la descente de FEsprit-Saint, et vous les trouverez bien au-dessus de toutes ces misères. Vous verrez comment ce même saint Jean, qui tout à Pheure demandait la préséance, cède à Pierre les premiers honneurs, soit pour la prédication, soit pour les miracles à opérer, ainsi que nous l'attestent les actes des apôtres. Non-seulement il ne souffre pas que les vertus et la suréminence de Pierre restent cachées, mais, voyant que les autres évangélistes avaient omis un témoignage que Pierre rendit encore à Jésus quand tout le peuple l'abandonnait, il relève cette circonstance, et la publie de toute sa voix d'apôtre. Il a soin de rapporter que Pierre est entré le premier dans le tombeau de Jésus; et en toute chose, il le nomme et le place toujours avant les autres. S41 lui arrive de mentionner que lui, Jean, est allé aussi dans la cour du Grand-Prêtre, il le fait sans se nommer, et il ajoute aussitôt que c'était de sa part une démarn. 27
418 LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHEIST. ch. lux.
che facile^ parce qu'il était connu du pontife : afin de ne point comparer sa fermeté avec celle que Pierre avait montrée jusque-là. Quant à saint Jacques^ frère de Jean, sa carrière apostolique fut de courte durée. Dès le commencement, sa foi devint si vive; son mépris pour les choses humaines, si profond ; sa vertu, si sublime, qu^tl fut bientôt mis à mort, et consomma son martyre le premier des douze. Et tous dans la suite sont ainsi, toujours au sommet de la grandeur.
(SaIRT JBAS-CnTSOSTAlEB.)
15. Entendant ceci^ les dix autres fUrsnt indignés contre les deux frères Jacques et Jean. — Mais tous aveugles qui ne voyaient pas qu'ils étaient tous dans les sentiments qu'ils reprenaient dans les autres, puisqu^un peu auparavant, et un peu après, Jésus-Christ les surprit, pensant en eux-mêmes, et se dispulantqui d'entre eux serait le premier. C'est ainsi qu^on ne saurait souifrir dans les autres le vice qu'on a en soi-même : chacun est éclairé pour reprendre , et aveugle quand il B'agit de se corriger et de se connaître. Remarquez le changement admirable que les instructions du Sauveur et l'effusion du Saint Esprit firent dans les apôtres. Ces gens qui ne cessaient de disputer entre eux de la primauté, là cèdent sans peine à saint Pierre. Ils lui cèdent la parole partout : il préside à tous leurs conciles, et à toutes leurs assemblées* Saint Jean, un des deux enfants de Zébédée, qui venait de demander la première place avec son frère saint Jacques, attend saint Pierre au tombeau du Siluveur, afin qu'il y entre le premier : et Tempressement de voir les marques de la résurrection de son Maître, ne l'empêchèrent pas de rendre l'honneur quMl devait au prince des apôtres* Ne sois point ambitieux, ô chrétien, et ne désire point le commandement, ni aucun avantage parmi les hommes , puisque tu es le disciple de celui qui, étant le Seigneur de tout, s'est rendu le serviteur^ et a mis sa gloire à racheter ses élus par la perte de sa vie. Chrétien racheté par l'humilité, et par la croix de ton Sauveur, ne songe point à t'élever : n'enfle point ton cœur. Considère combien les passions nous aveuglent, et surtout l'ambition. Crie, à l'exemple de Bartimée, fils de Timée : 0 Seigneur, faites que je voie : faites-nous connaître nos débuts. Fils de David, ayez pitié de moi. Que nul reproche des hommes ne nous empoche de pousser nos cris à Jésus, pour implorer le secours de sa grâce. Quittons nos habits : courons à lui : ouvrons les yeux : glorifions Dieu : cessons de nous méconnaître, et de nous glorifier nous-mêmes. (Bossuet.)
en. Lxxx. LÀ YIE DE K. €• JÉBUS-GlfRTST. 4tf
1?. Les diw antres disciples furent indignés de la conduite des dem frères Jacques tt Jean. — Saint Chrysostôme^ saint tÎPégGire-ie-Graiid^ établissent d'abord, comme nnpmicipe incontestable en cette matière, qne tout désir de s'éleyer dans la maison de Dieu est ime disposition criminelle qui nous en ferme f entrée^ et la marque la plus iofaillibie^ la plus évidente qu'on n'y est point appelé. Une charité éclairée, dit saint Augustin^ choisit ^'abord la sûreté -de Tobscurité de la retraite ; ce n^esft que la charité forcée qui subit ^oomme un joug rhonneur et le péril du trayailet delà sollicitude. Tous supposent qu'on ne doit entrer dans rÉglise^ dans ce royaume de lésus-Cbrist^ que par la Toie et le mérite de la violence : leurs exemples confirment leur doctrine. Quelle résistance ne fis-je pas, dit saint Âmbroise^ lorsqu'on m'éleva sur la chaise de Milan? Ne pouvant rien gagner pour le fond^ je demandai au moins du délai; mais la Scurce l'emporta; s'il y a eu de la préc^)itatioUy c'est la laute de ceux qui m'ont fait violence. Quel fut le torrent de larmes, dit«umt Augustin, que je répandis aux pieds des autels^ lorsh que Yalère m'ordonna son coopérateur de Péglise d'Hippone 1 La violence qu'on me fit alors ne put être que la peine de mes péchés. Moi qui suis un ver^ et non pas un homme^ disait saint Paulin en racontant l'histoire de son ordination^ je fus traîné à Tautel malgré moi, environné d'unfi foule de peuple qui m'accablait ; et, malgré le désir ardent que je sentais de faire passer ce calice loin de moi^ je fus pourtant contraint de dire au Seigneur : Que votre volonté s'accomplisse, et non pas la ndenne. Ce ne serait jamais fait, si j'entreprenais de ramasser ici tout ce qu'on peut rapporter sur cet article : toute l'antiquité est remplie de ces sortes de traits. Voilà les règles des saints, les exemples At nos prédécesseurs, et l'esprit de l'Église dans tous les siècles.
(Hassillon.)
16-17. Tous savez que chez les nations les rois dominent avec empire^ et que ceux qui sont au-dessus des autres font sefUir leur puissance. Il n'en doit pas être ainsi parmi vous. — Le caractère le plus essentiel de la loi de Jcsus-Christ est de réunir sous les mêmes règles le Juif et le Gentil, le Grec et le Barbare, les grands et le peuple, le prince et les sujets ; en lui il n'y a plus d'acception de personnes. La loi de Moïse, du moins dans ses cérémonies, n'était donnée qu'à un seul peuple; mais Jésus-Christ est un législateur universel : sa loi, comme sa mort, est pour tous les hommes. Il est venu de tous les peuples ne faire qu'un peuple; de tous les états et de toutes les conditions ne former qu'un corps : c'est le même esprit qui l'anime, les mêmes lois qui le gouver-
4«0 LA YIE DE N. i. JÉSUS-CHRIST. CB. Lxxx.
nent : on peut y exercer des fonctions différentes, y occuper des places plus ou moins honorables; mais c'est le même mouyement qui en régit tous les membres. Toutes ces distinctions odieuses qui divisaient autrefois les hommes sont anéanties par TÉvangile : cette loi sainte ne connaît plus ni pauvres ni riches, ni noble ni roturier, ni maître ni esclave ; elle ne voit dans les hommes que le titre de fidèles, qui les égale tous ; elle ne les distingue point par leurs noms ni par leurs places, mais par leurs vertus ; et les plus grands à ses yeux sont ceux qui sont les plus saints. (Hassillon.
ÉLÉVATION
Qui ne s^est plus d'une fois étonné de voir les disciples du Sauveur, instruits par la sagesse elle-même, ne point comprendre les vérités quil ne se lassait pas de leur expliquer, et confondre avec les royautés de la terre le royaume tout céleste qu'il leur annonçait Ne sommesnous pas aussi aveugles, mais bien plus coupables qu^eux? Mon Sauveur, ils vous voyaient méprisé, poursuivi par la haine de ceux qui, dès leur enfance, ils avaient appris à révérer comme les sages de leur nation : comment auraient-ils pu reconnaître pour un Dieu, pour le libérateur d'Israël, celui qui vivait humble et pauvre, n'ayant où reposer sa tête, et annonçant dans un avenir prochain ses souffrances, ses humiliations, et enfin sa mort. Mais, nous qui avons vu l'établissement merveilleux de votre Église, qui savons que votre règne s'est étendu par toute la terre, que la croix seule a enfanté tous ces prodiges, nous ne voulons pas ouvrir les yeux à la lumière, nous ne voulons pas de la croix, nous ne voulons pas de la souffrance : nous voulons des joies, nous voulons des honneurs, nous voulons Testime et la louange des hommes; à ce prix, nous consentons à nous ranger parmi vos disciples. Ah! qu'il est temps. Seigneur, que vous guérissiez ce fatal aveuglement, que vous nous fassiez bien comprendre que le chemin des sacrifices et de l'humilité est le vrai chemin de votre royaume, et que c'est à ceux qui l'auront le mieux compris que seront décernés des honneurs particuliers et que sera communiquée une part plus considérable de voire gloire.