‹ La vie de n. s. Jésus-ChristChapitre 18 sur 141 · II · texte numérisé non relu

II

50 LÀ YI£ DE N. S. JÉSCS-CURIST. eu. xlti.

veur rappelle aliment éternel^ céleste^ divin; quand surtout il ajoute, en termes précis^ que c^esl lui-même qui est ce pain céleste. Jusque-là pourtant on pourrait^ avec quelque apparence de raison, prendre encore tout dans un sens figuré et spirituel ; on pourrait ne voir encore autre chose que ses maximes^ sa vérité, son amour, dont la méditation doit être comme Taliment de nos ftmes. Mais bientôt un dernier trait de lumière nous montrera Tadorable Eucharistie dans tout son jour. (B.)

1 3. Seigneur, donfiex-nous toujours ce pain. — C^est ce que disent les Juifs; et, quel que soit le motif qui leur dicte celte demande, ils expriment par là le désir de toute la nature humaine , ou plutôt de toute la nature intelligente. Elle veut vivre éternellement; elle veut ne manquer de rien ; en un mot elle veut être heureuse. (Test encore ce qu'en pensait la Samaritaine, lorsque Jésus lui ayant dit: 0 femme I celui qui boit de Teau que je donne n^a jamais soif; elle répond aussitôt : Seigneur, donnez-moi cette eau, afin que je n'aie jamais soif, et que je ne sois pas obligée à venir ici puiser de Teau, dans un puits si profond, avec tant de peine. Encore un coup, la nature humaine veut être heureuse; elle ne veut avoir aucun besoin; elle ne veut avoir ni faim, ni soif, aucun désir à remplir, aucun travail, aucune fatigue, et cela qu'est-ce autre chose, sinon être heureuse? Voilà ce que veut la nature humaine; voilà son fond. Elle se trompe dans les moyens; elle a soif des plaisirs des sens; elle veut exceller; elle a soif des honneurs du monde. Pour parvenir aux uns et aux autres, elle a soif des richesses, sa soif est insatiable ; elle demande toujours, et ne dit jamais, c'est assez; toujours plus et toujours plus. Elle est curieuse; elle a soif de la vérité; mais elle ne sait où la prendre, ni quelle vérité la peut satisfaire; elle en ramasse ce qu'elle peut parci par-là, par de bons, par de mauvais moyens; et comme toute âme curieuse est légère, elle se laisse tromper par tous ceux qui lui promettent cette vérité qu'elle cherche. Voulez-vous n'avoir jamais faim, jamais n'avoir soif, venez au pain qui ne périt point, et au Fils de Thomme qui vous l'administre, à sa chair, à son sang où est tout ensemble la vérité et la vie, parce que c'est la chair et le sang, non point du fils de Joseph, comme disaient les Juifs, mais du Fils de Dieu. 0 Seigneur, donnez-moi toujours ce pain ! Qui n^en serait afihmé? qui ne voudrait être assis à votre table Y qui la pourrait jamais quitter?

(BossnsT.)

14. Jésus leur dit: Je suis le pain de vie; celui qui vient à moi n'é-

CH.XLTi. LA VIE DE N. S. JÉSCfS-GHRIST. 51

prouvera pas la faim^ et celui qui croit en moi n^aura jamais soif. — On voit clairement par ce discours qu'ils ne songeaient qu'aux moyens de sustenter celte vie mortelle , et que ce a'était pas sans raison que Jésus*Ghrist leur avait reproché leurs désirs charnels. Car ils ne portent point leur pensée plus loin que la manne > dont leurs corps furent nourris dans le désert; n i ils ne connaissent d'autre ciel que les nuées d'où elle leur avait été envoyée, sans songer qu'elle n'avait, été appelée le pain du ciel et le pain des anges qu'en figure de Jésuâ- Cbrist, qui leur devait apporter la vie éternelle. U emploie donc l'expression dont l'Ecriture se sert pour relever la merveille de la manne^ à élever les esprits au vrai pain des anges, à la vérité qui les rend havb^ reux, et qui,, s'étant incarnée^ s'est rendue familière et sensible aux hommes pour les (aire vivre. Il leur dit donc .qu'il est descendu duciel^ que qui vient à lui n'a jamais faim, et que qui croit en lui n'a jamais soif; qu'il est, par conséquent, le vrai pain» la vraie nourriture des âmes qui viennent à lui par la foi. (Bossuet.)

23. Nul ne peut venir à mat, ^ t mon Père^ qui m^a envoyé, ne Vattire. -—Afin donc de venir à Jésus et pénétrer ses paroles, il faut être attiré par le Père. Et qu'est-ce qu'être attiré par le Père : sinon être enseigné de Dieu, comme ajoute le Sauveur : n est écrit dans les prophètes : Ils seront tous enseignés de Dieu; ceux qui ont ouï la vofx d'e mon Père, et qui ont appris ce qu'il leur enseigne, viennent à moi. Ainsi Stre at* tiré, c'est écouter sa voix, et être enseigné par la douce et toute-puissante insinuation et inspiration de la vérité. Quand on est instruit de cette sorte, on ne murmure point de ses paroles, on les entend^ on les goûte; et c'est pourquoi il dit à la fin : Il y en a parmi' vous qui ne croient point, et c'est pour cela que je vous ai dît que personne ne peut venir à moi, s'il ne leur est donné par mon Père. Celui-là dbnc est attiré à Jésus-Christ à qui il est donné de croire. Le Père nous attire à Jésus-Christ quand il nous inspire la foi. Je crois. Seigneur, je croîs; je ne suis pas de ceux qui veulent se retirer de vous, à cause de la hauteur de vos paroles; au contraire, je suis de ceux qui vous disent avec saint Pierre : Maître, à qui irons-nous? Vous avez des paroles de vie éternelle; nous avons cru et connu que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu. Croyez donc et connaissez; croyez premièrement comme vrai enfant de l'Eglise, docile et soumis et vraiment enseigné de Dieu. Après avoir été enseigné de Dieu et avoir été doucement tiré à la foi, vous le serez encore à l'intelligence, autant qu'il est nécessaire pour confirmer votre foi, et vous direz en toute occasion, mais particulièrement dans

5S LA VIE DE N. S. JiSUS-CHRIST. en. xlvi.

la communion, Nous avons cru et connu que tous êtes le Christ, le Fils de Dieu. (Bosslet.)

23. Nul ne peut venir à moi, si mon Père, qui nCa envoyé ^ ne V attire. —Il y a donc violence ? Détrompez-vous : on est attiré par le sentiment et par l'amour. Il ne sufflt pas même que la volonté cède, il faut que le charme du plaisir vous attire et vous entraîne, c'est-à-dire queFon trouve des délices à aimer le Seigneur. On ne sent pas son lien quand on suit volontairement celui qui entraîne. Donnez-moi un cœur (fuî aime, et le sentiment lui donnera Tintelligence de ce que je dis. Donnez-moi un cœur qui brûle de désir et d'amour, qui se regarde comme étranger dans le désert du monde, qui soit altéré de la source des délices éternelles, et qui soupire sans cesse après le repos de la patrie céleste. Donnez-moi un cœur de ce caractère, et son propre sentiment lui expliquera mes pensées ; mais si je parle à un cœur froid, il n'entendra pas mon langage. (Saint Augustin.)

ÉLÉVATION

0 Sauveur Jésus ! qui nous donnera de comprendre le mystère d'amour que vous annonciez à la foule pressée qui venait à vous de toute part! Ces hommes dont les yeux restaient fermés à la lumière que vous leur offriez, osaient comparer ce pain de vie qui devait apaiser toute faim, étancher toute soif, avec la substance matérielle dont leurs pères avaient été autrefois nourris dans le désert. Nous sommes aussi insensés, mais bien plus coupables qu'eux ; nous ne pouvons nous y tromper, nous savons quel est ce pain descendu du ciel pour donner la vie à nos âmes ; nous sommes conviés de la manière la plus pressante à nous en nourrir, et nous passons indifTérenls près de la salle du céleste festin pour aller à la recherche d'alimenfs terrestres qui, loin de fortifier notre cœur, ramollissent et souvent lui donnent la mort. Ah ! Seigneur, nous ne serons plus désormais aussi ennemis de nous-mêmes ; nous irons à vous, puisque la vie n'est qu'en vous; vous nous apprendrez à faire la volonté de votre Père dont vous étiez constamment occupé, et à ne plus compter pour rien la nôtre dont nous avons tant abusé; cette volonté est le seul bien qno nous appartienne, nous vous l'olTrons et vous le consacrons sans réserve, que ce soit aussi sans retour. Seigneur, nous croyons eu vous, nous croyons en votre amour, nous ne voulons plus chercher que vous : à qui irions-nous? Vous seul avez les paroles de la vie éleriielle.

Page 1