‹ La vie de n. s. Jésus-ChristChapitre 20 sur 141 · Je suis le pain de vie · texte numérisé non relu

Je suis le pain de vie

3. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et sont morts;

4. Voici le pain descendant du ciel ^, afin que si quelqu'un en mange, il ne meure point.

5. Je suis le pain vivant qui suis descendu du ciel*. Quiconque mangera de ce pain vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c'est ma chair, que je dois livrer^ pour la vie du monde.

< f i. «La vie éternelle , » dit l'adorable Saavear lui-même, parlant à Dleti son Pore, « consiste à vous connaître comme le seul vrai Dieu , ainsi que celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ. » Sôus-entcndu avec le lien d'amour, l'Esprit-Saint, qui unit le Père avec le Fils. Connattrei aimer et Sersir Dieu, c'est la vie par exceU lence et éternelle dans la volonté de Dieu. Dans le ciel , cette vie est înamissible , parce que les anges et les bienheureux, ne peuvent plus pécher ; mais sur la terre, il dépend de celui qui la possède de la conserver par la persévérance dans le bien, ou do la perdre en se laissant aller au mal.

s t 2- Gr. r/À «>c h &fnoi r^a Çufjs, égo jum (tl/e) panU {Uliut) vUa. Je sois le pain (par excellence) de la vie (par excellence).

< 1 5. Gr. ly^ ic/u b â/noi i Çây b U tovwpxw^ x0CT«€à«, ego ium {ille) panU {ille) vivens {iUê) de cœlo deecendens, Je suis le pain (par excellence), vivant (par excellence), le pain étant descendu du ciel (par excellence).

* 1 5. 6r. ^y ly» iù9ùt ÙTzïp xiiç roO xivfioj Çs^^f , quam ego dabo pro mundi vUâ, que/> donnerai pour la vie du monde; que je livrerai au crucifiement et que je donnerai as manger dans un sacrement ineffable.

Litigabant ergb Jadaeî ad invirem , dicentes :

Qaomodè potest bic nobis rarnem suain dare ad mandncandam?

Dixit erg5 eis Jesas :

Amen, amen dico vobia, nbi mandocayeritis carnem Filti hominii, ci biLcrilis ejus sanguineni« non faabebitis Tilam in ▼obis.

Qai mandacat naeam carneiD, et biliit meiim sanguincm, habet vilain aelernam : el ego resnMritabo cnm in novissiuio die«

Caro enim mea vcrè Càt cibas : et sanguis mens %€rè est polu&.

Qui manducat naeam carnem , et bibit mcnm sanguinem , in me manet| e| ego in illo.

Sicut mûit me vivens Pater , cl ego vivo propler Palrem : et qui mandatai me, et ip&e Tivet propler me.

Hie est panis qui de cœlo descendit. Non sicat manducarerunl patres restri manna , et ^orlui sont : qui manidvtCêi bnne panem , vi- ▼el ia «(«TO»"»

LA VIE DE N. 8. JESUS CHRIST. ch. xltiu

6. Et les Juifs disputaient entre eux, disant : Comment cet homme peut-il nous donner sa chair h manger * ?

7. Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le déclare, si vous ne mangez la chair du Fils de Thomme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous ^.

8. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie étemelle et je le ressusciterai au dernier jour*.

9. Car ma chair est vraiment une nourriture ; et mon sang vraiment un breuvage^.

10. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure.enlui.

1 1 . De même que moi, envoyé de mon Père, qui est vivant, je vis par mon Père, ainsi celui qui me mange vivra lui-même par moi,

12. C'est ici le pain qui est descendu du ciel ; plus heureux que vos pères , qui ont mangé la manne et sont morts, celui qui mange ce pain vivra éternellement ^

' f 6. C'est ce qae foni et C9 ^^ disent encore aujourd'hui les kérétlqties.

» 1 7. Ces paroles de Jésus-Chris* imposent à tous les fidèles Tobligation de participer à son corps et à son sang par la r&?eption d« sacrement de I Eucharistie, après js*y être convenablement préparés.

^f 8. C'est-à-dire, Je le ressusciterai pour là vie éternefle. Car notfs fessusciterôns tous, dit saint Paul, mais nous n'aurons pas tous part à l'heureuse transformation idêS^ enfants dé Dieu ; les uns ressusciteront pour la vie étemelle, et les autres pour l'opprobre de Téternité malheureuse.

* f 9. Non pas dans un certain sens, mais vraiment, et dans Tacception littérale du mot.

* f 12. tivra à Jamais de la vie éternelle, pourvu qu'il ait soin de la oenterver jpar la persévérance dans le bien.

H. Xf-VII.

IIvc diiU la Synagoga docens in Capharnaum.

Ma)(i «1^6 aadk«t«»

«z citscipnlis ejus, diierant : Duras est liic serroo, et qou potest «un aaUIre?

Sciens anlem Jesns apud scinelipsGED , quia mumiorarenl de hoc discipulî ejiu, diajt eis t Hoc voa scandalisât ?

Si ergô viderilisFiliana liominis ascendentem nbi erat priùa?

Spiritns est qai Tirifi- €at ; caro non prodest qaidquam : rcrba qaas €go localns snm vobist ^irilns et vita sanl.

SeO «nt quidam ex irobis qui non credont.

Sciebat enim ab inilio J«MU qui eisent non cr«* dénies, et qui» tradituras -caiet eum.

Et 4ieebai : IPfpkfnk •dJxi vobis quia nemo

Î>oteal Tenife aâ me, niai nerit et datnm k Paire

me««

El hoc molli discipolorum ejoa abieraat re- Ir6, et jam non cum illo junbulji]>ant.

LA VIE DE BT. S. JÉSUSGHRIST, 55

i 3. C'est dans la synagogue de Capharnaiiin que Jésus dit ces choses, en enseU gnant le peuple.

14. Plusieurs de ses disciples, en les entendant, se disaient en eux-mêmes ; Voilà qui est trop fort; qui peut entendre un pareil discours?

1 5. Jésus, connaissant en lui-même que ses disciples en murmuraient, leur dit : Cela vous scandalise?

16. Et si vous voyez le Fils de l'homme monter où il était auparavant *?

17. C'est Tcsprit qui donne la vie; la chair ne sert de rien*. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie*.

18. Mais il en est parmi vous quelquesuns qui ne croient point. Car dès le commencement Jésus savait qui étaient ceux qui ne croyaient point, et qui était celui qui le trahirait.

19. Et il ajouta ; C'est pourquoi je vous ai dit que nul ne peut venir à moi, s'il ne lui est donné par mon Père.

20. De ce moment plusieurs de ses disciples se retirèrent, et n'allaient plus avec lui»

1^ ^» C'est-à-dire, si vous ne croyez pas qae je paisse vousdanner ma chair à man* ger qaand Je suis avec vous, combien cela vous paraltra-i-U plus impossible quand je serai monté au ciel, où j'étais auparavant!

* f 17. Cest l'être spirituel et divin, c'«8t le Verbe de Dieu qui donne larie; la chair, par eLie-mème et sans être unie k la substance divise, ne peut rien de seoir blable. (Saint GYaitus.)

' f 17. En d'autres termes, les paroles que je vous ai dites doivent s'entendre de ma chair unie à la substance divine qui est -en moi. En vertu de cette union ineffa* bie, ma chair donne ia vie, en communiquant à celui qui la mange le Verbe de Dieii qui est la vie.

DixU ergô JeMU «d daodecim : Nanqaid et Tos Tulib «bire ?

I\»pondil erg6 ei Simon Pelros : Dominef ad quem ibimiu ? verba vit» «lernae habes.

Et nos credidimi» ei co^OTimos qoia ta et Christns Filios DcL

Respondii eis Jeras :

Nonne ego Tosdaodecim ele^i ? et ei vobis uni»

diabolus est.

Dicebat autein Jndam Simonû Iscariotem : hic enim erat traditurus eom, cùm esiet qdosuk doodecim.

LÀ VIE DE N. 8. JÉSUS-CHRIST. cb. XLVir.

21 . Sur cela, Jésus dit aux douze : Et vous, voulez- vous aussi vous en aller*?

22. Et Simon Pierre lui répondit : Seigneur, à qui irions-nous? vous avez les paroles de la vie éternelle.

23. Pour nous, nous avons cru, et nous avons reconnu que vous êtes le Christ , Fils

de Dieu.

24. Jésus leur répondit : Ne vous ai-je pas choisis tous les douze? Et, malgré cela» parmi vous il y a un démon.

25. Il parlait de Judas Iscariote, fils de Simon : car celui-là devait le trahir, quoiqu'il fût un des douze.

■ t Si. Comme s'il eût dit : Je n'ai rien à augmenter ni à diminuer dans mon discours; je n'y veux rien ajouter ni je n'en puis rien rabattre : prenez maintenant Totre parti. Je ne veux point de disciple qui n'aille jusque-là, et je mets leur foi à. ce prix. (BossuET.)

6. Les Juifs entendant cette parole ^ disputaient entre eux, disant : Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger 1 — Écoutons un peu DOS murmurateurs : je ne dis pas ceux du peuple juif ,. les Capbarnaïtes , el les autres dont il est parlé dans saint Jean. Écoutons les murmurateurs chrétiens , qui font semblant de s'éloigner du sentiment des murmurateurs de Capharnaûm ^ et qui disent^ Nous n^ leur ressemblons pas : s'ils avaient compris que ce manger et ce boire, dont le Sauveur leur parlait^ était la foi^ ils n^auraient point murmuré^ ils n'auraient pas à la Ûu abandonné Jésus-Christ. Ainsi tout ledénoûment^ c'est qu'il faut avoir la foi, et que tout le reste ne sert de rien^ conformément, disent-ils^ à cette dernière explication du Sauveur : <c C'est l'esprit qui vivifie; la chair ne sert de rien; les paroles que je vous dis sont esprit et vie.» Mon Sauveur^ je ne suis pas ici recueilli devant vous pourdisputer, ni pour faire une controverse; mais, comme vous ne permettez pas en vain les hérésies, et que vous voulez tirer des contradic^

CH. XLTII. LÀ YIE D£ N. S. JÉSUS-CHRIST. 5T

teurs, un plus grand éclaircissement de vos vérités J'écouterai les murmures des hérétiques, pour mieux entendre, pour mieux goûter votre vérité. Ils sont. Seigneur, je le crois^ils sont vraiment, quoi quMls disent, de nouveaux Capbarnaïtes, qui viennent étourdir votre Eglise douce et modeste , et vos enfants qui ne sont pas disputeurs , ni contentieux^ mais fidèles^ du bruit de cette question : a Comment celui-ci nous peutil donner sa chair à manger? i> Et ils répondent hardiment : Il ne le peut pas, au pied de la lettre; il faut entendre spirituellement^ c'est-àdire , selon leur pensée , il faut entendre flgurément tout ce discours. Qu'on est grossier, continuent-ils, de préparer autre chose que la foi , et que l'esprit , pour manger votre chair et votre sang ! Ecoutons donc ces hommes si spirituels , si élevés , qui regardent avec dédain votre humble troupeau, parce qu'il croit simplement à voire parole, et ne cherche pointa en dé tourner le sens ni la force, pour contenter saraison. Donnez-moi la grâce, ô Seigneur! de découvrir leurs vaines subtilittés, et les pièges qu'ils tendent aux ignorants, qui en même temps sont superbes. Car ils passent jusqu'à cet excès, de nous prendre pour de vrais Capharnaïtes, à cause que nous ne voulons pas croire avec eux : qu'avoir dit que <c c'est l'esprit qui vivifie, » c'est avoir dit qu'on ne mange votre chair, et qu'on ne boit votre sang que par la foi. Voici d(}nc leur explication : la chair ne sert de rien , c'est-à-dire qu'il ne sert de rien de manger réellement votre chair : Mes paroles sont esprit et vie, c'est-à-dire tout ce que j'ai dit de ma chair et de mon sang , n'est qu'une figure. Voilà, Seigneur, ce qu'ils disent; mais je ne vois point tout cela dans votre Evangile. (Bossi^et.)

6. Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? — Ce que Jésus-Christ nous donne, c'est lui-même^ c'est sa chair et son sang; et dès qu'il en parle , les hommes s'écrient : Comment cet homme nous peut-il donner sa chair à manger ? L'homme raisonne toujours contre lui-même et contre les bontés de Dieu. Quand Jésus , pour nous préparer au mystère qu'il devait laisser à son Église , au jour de la cène, dit qu'il nous donnerait sa chair à manger et son sang à boire, les Juirg tombèrent dans trois erreurs. Us crurent qu'il leur parlait de la chair d'un homme pur, du fils de Joseph : voilà leur première erreur. D'une chair semblable à celle dont les hommes nourrissent leurs corps : voili la seconde. D'une chair enfin qu'ils consumeraient en la mangeant? c'était la troisième. Contre la première, Jésus leur dit : Je suis le pais vivant descendu du ciel. La chair que nous mangeons n'est donc pas la chair du fils de Joseph : c'est la chair du Fils de Dieu ; une chair conçue

SS LA. YIE DE N. S. JÉSaS-GHEIST. gb. xlyii.

du Sain^Efipiil, et formée du saugd^une vierge^une chair sainte^ de la sainteté du Fils de Dieu^ qui se Tunit; elle sera pleine de vie, source de vie, vivaote et vivifiante par eUe-méme. Ainsi la première erreur est détruite. Pour réfuter la seconde , qui consistait a sMmaginer que la vie que Jésus-Christ promettait par sa chair serait cette vie commune et mortelle, il répète, il inculque dans tout son discours que c'est la vie éternelle^ tant de Tâme que du corps, quUl nous veut donner : La volonté de mon Père est que je ne perde aucun de ceux quUI m^a donnés^ et que je les ressuscite au dernier jour. Qui mange de ce pain^ de cette viande céleste , de ma chair que je donnerai pour la vie du monde, vivra éternellemeuL Pour détruire la troisième erreur des Juifs, qui s'imaginaient une chair qu'on consumerait en la mangeant^ il leur dit : Cela vous scandalise? Vous serez donc bien plus étonnés quand vous verrez le Fils de Thomme monter au lieu d'où il est venu. Comme s'il disait : On mangera ma chair, je Tai dit; mais je n^en demeurerai pas moins vivant et moins entier. D'où il conclut : Ne vous imaginez donc pas que je vous parle d'une chair humaine à Tordinaire , ou de la chair du fils de Joseph , ni que je vous parle d'une chair qui doive vous être donnée pour entretenir cette vie mortelle, ni par conséquent d'une chair qui doive être mise en pièce, et consumée en la mangeant: la chair en ce sens ne sert de rien; c'est l'esprit qui vivifie; les paroles que je vous dis sont esprit et vie. Quoiqu'il n'ait parlée pour ainsi dire, que de sa chair, que de son sang, que de manger celle-là, que de boire l'autre, tout ce qu'il a dit estcsprit, c'est-à-dire manifestement que, dans sa chair, dans son sang, tout est esprit, tout est vie, tout est uni à la vie et ù l'esprit, parce que sa chair et son sang sont la chair et le sang du Fils de Dieu. (Bossuet.)

6. Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger? — Les Capfaarnaïtes ont trouvé étrange qu'il se dit descendu du ciel, et pour tout adoucissement il leur répèle qu'il est descendu du ciel , parce que cela est vrai au pied de la lettre. Us commencent à murmurer, en demandant comment il pourra donner sa chair à manger, et ils reçoivent pour toute réponse qu'il leur donnerait sa chair à mau* ger , et il ajoute son sang afin qu'il ne manque riai à ce qu'il avait à leur dire, U le répète, il l'inculque , parce que cela était vrai au pied de la leUre. Ils disent que cela est dur et insupportable^ et il l'était ea effet de la manière qu'ils l'entendaient, puisqu'ils croyaient démembrer sofi corps et conevmer sen sang ; il leur ôte ce doute <en leur disant qu'avec tout cela il remonterait au ciel dans toute sou intégrité

en. :xiTii. LA TIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 5d

et qifau reste ce qu'il avait dit de sa ctiair et de son sang , et quant au fond et dans la manière de les prendre, était chose au-dessus des sens, pleine d'esprit et de vie, sans rien rabattre du littéral, mais y ajoutant seulement le spirituel et le divin. A ce coup donc ils s'en vont : leur soumission est à bout, et ils ne veulent plus d'un Maître qui met leur raison à cette épreuve. Allez, malheureux : suivez Judas; pour nous, nous suivrons saint Pierre, et nous dirons : Seigneur, où ironsnous? Vous avez des paroles de vie éternelle. Où irons-nous, Seigneur? Où irons-nous? Quoi, à la chair et au sang, à la raison? à la philosophie? aux sages du monde? aux murmurateùrs? aux incrédules? à ceux qui sont encore tous les jours à nous demander. Comment vous pourrait-il donner sa chair à manger? comment est-il dans le ciel , si en même temps on le mange sur la terre? Non, Seigneur 1 nous ne voulons point aller à eux, ni suivre ceux qui vous quittent : vous seul avez des paroles de vie éternelle^ (Bossuet.)

7. En vérité, en vérité, je vous le déclare, si vous ne mangez la chair du Fils de Vhomme^ et si vous ne buvez son sang^ vous n'aurez point la vie en vous. — Tout ceci , disent les ennemis de notre foi , n'est que mystère et allégorie : manger et boire , c'est croire; manger la chair et boire le sang, c'est les regarder comme séparés à la Croix, et chercher la vie dans les blessures de notre Sauveur. Si cela est , mon Sauveur I pourquoi ne parlez-vous pas simplement, et pourquoi laisser murmurer vos auditeurs jusqu'au scandale et jusqu'à vous abandonner, plu* tôt que de leur dire nettement votre pensée? Quand le Sauveur a pro. féré des paraboles, quoique beaucoup moins embrouillées que cette longue allégorie, qu'on lui attribue , il en a si clairement expliqué le sens, qu'il n'y a plus eu à raisonner ni à questionner après cela. Et si quelquefois il n'a pas voulu s'expliquer aux Juifs , qui méritaient par leur orteil qu'il leur parlât.en énigme, il n'a jamais refusé à ses apôtres une explication simple et naturelle de ses paroles, après laquelle personne ne s'y est jamais trompé. Ici, plus on murmure contre lui, plus on le scandalise de si étranges paroles , plus ii appuie , plus il répèle, plus il s'enfonce, pour ainsi parler, dans l'embarras et dans l'é* nigme. Il n'y avait qu'un mot à leur dire ; il n'y avait qu'à leur dire ; 'Qu'est ce qui vous trouble ? Manger ma chair, c'est y croire ; boire mon sang, c'est y penser, et tout cela n'est autre chose que méditer ma mort. C'était fait ; il n'y restait plus de difficulté; pas une ombre. Il ne le fait pas néanmoins; il laisse succomber ses propres disciples à la Mutation et au scandale faute de leur dire un mot. Cela n'est pas de $

00 LA TIE DE N. S. JÉSUS^HRIST. en. xltii.

TOUS, mon Sauveur; non, cela assurément n'est pas de vous; vous ne venez pas troubler les hommes par de grands mots qui n'aboutissent à rien : ce serait prendre plaisir à leur débiter des paradoxes seulement pour les étourdir. Mais non , mon Sauveur, vous ne laissez rien sans explication; tout ce qui pouvait donner de fausses idées est clairement expliqué dans votre Evangile; personne ne s'y trompe, personne n'est tenté de vous quitter. Je ne vous quitterai pas, à Dieu ne plaise , pour vous avoir entendu parler de votre cbair qu'il nous faut manger, ni de votre sang qu'il nous faut boire; je ne chercherai non plus à éluder la force de cette parole ; je la prendrai au pied de la lettre, comme vous l'avez prononcée: s'il le fallait prendre autrement , vous me l'auriez expliquée comme tout le reste des paraboles, des similitudes , des allégories. (Bossuet.)

7. Si vous ne mangez la chair du Fils de Vhomme^ et si vous ne buvez son sangj vous n^aurez point la vie en vous. — D'une part, Jésus-Christ nous commande de manger sa chair; et, de l'autre, il nous défend, par la bouche de saint Paul, de la manger indignement. Cet Homme- Dieu doit être la nourriture de nos âmes; mais cette nourriture, quoique par elle-même salutaire, devient un poison pour quiconque en use dans l'état du péché. Comme il est impossible d'entretenir la vie naturelle sans le secours des aliments, ainsi est-il impossible d'entretenir sans la sainte Eucharistie la vie de la grâce; mais aussi, comme les aliments, dans un corps malade, bien loin de le fortifier et de le nourrir, Taffaiblissent et se tournent en corruption, jusqu'à détruire le principe de la vie, ainsi la divine Eucharistie cause-t-elle la mort a tout homme qui, sans avoir purifié son cœur, est assez téméraire pour la recevoir. Si je ne communie point, je suis homicide de mon âme; et si je communie indignement, je profane le corps du Seigneur. Si je mange ce pain des anges, moi pécheur et demeurant pécheur, je le mange à ma condamnation; mais d'ailleurs si je ne le mange pas, il est sûr que je périrai. 11 ne me reste donc qu'un parti à prendre, et qu'il faut que je prenne nécessairement, savoir, de changer de vie, de renoncer à mon péché, de rentrer en grâce avec Dieu, et de me mettre en état de manger ce pain vivant, afin que je trouve en lui la vie éternelle. (Bourdaloie.)

8. Qui mange ma chair et boil mon sang a la vie éternelle. — Il ne se lasse point de le répéter, puisqu'il ajoute aussitôt après : Car ma chair est vraiment viande et mon sang est vraiment breuvage; qui mange

eu. XLVii. LA VÏE DE N. S. JÉSUS^HRIST. Cl

ma chair et boit mon sang, demeure en moi y et moi en lui ; qui me mange 9 vivra pour moi; qui mange de ce pain a la vie éternelle. On voit comme Jésus-Christ enfonce, pour ainsi dire, toujours de plus en plus dans la matière : il introduit le discours de la nourriture céleste àToccasion du pain matériel^ quMl venait de leur donner, et il en vient jusqu'à dire qu'il faudra manger sa chair et boire son sang : ce qu'il inculque aussi pressamment qu'il Ta fait au sujet de son incarnation, nous enseignant clairement par là que nous devons aussi réellement manger sa chair et boire son sang, qu'il les a pris Tun et l'autre. C'est là notre salut, notre vie. car, par ce moyen, il ne prend pas seulement en général une chair humaine; il prend la chair de chacun de nous, lorsque chacun de nous reçoit la sienne. Alors il se fait homme pour nous; ils nous applique son incarnation; et comme disait saint Hilaire, il ne porte, il ne prend la chair que du celui qui prend la sienne; il n'est point notre Sauveur, et ce n'est point pour nous qu'il s'est incarné, si nous-mêmes ne reprenons la chair qu'il a prise. Ainsi l'œuvre de notre salut se consomme dans l'Eucharistie en mangeant la chair du Sauveur. Il y faut apporter la foi, car c'est par là qu'il commence; il fairt croire en Jésus-Christ, qui donne sa chair à manger, comme il faut croire à Jésus-Christ descendu du ciol, et revêtu de cette chair. Ce n'est pourtant pas la foi qui fait que Jésus-Christ est descendu du ciel, et a paru en chair; ce n'est non plus la foi qui fait que cette chair est donnée à manger. Croyons ou ne croyons pas, cela est. Croyons ou ne croyons pas, Jésus-Christ est descendu du ciel en chair hnmaine. Croyons ou ne croyons pas, Jésus-Christ donne à manger la même chair qu'il a prise ; car il est dit absolument, ceci est mon corps et non pas, ceci le sera si vous y croyez; comme il est dit absolument, le Verbe a été fait chuir^ le Verbe est descendu du ciel en terre, et non pas, il est fait chair par votre foi, et il descend du ciel si vous y croyez. 0 vérité de la chair mangée ! Je vous crois, comme je crois la vérité de la chair prise par le Fils de Dieu; la vérité du Fils de Dieu descendu du ciel. Mon Sauveur! avec quelle force vous me confirmez votre incarnation ! Ha! celui qui ne crc.it pas qu'on reçoit réellement votre propre chair, en sa propre et véritable substance, ne croit pas, comme il faut, que vous l'avez prise, et il n'a point de part au pain de vie. (Bossuet.)

8. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure vn moiy et moi en lui. — Le grand don après lequel soupirent les chrétiens est celui de la persévérance, qui nous assure la couronne, qui nous unit, qui nous

e2 LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. en xiviï.

incorpore à Jésns-ChrisI pour nous faire éternellement un avec lui, sans jamais en pouvoir être séparés. Voilà le grand don de Dieu^ celui qui est joint à sa prédestination éternelle; et Jésus-Christ nous apprend qui! y a dans l'Eucharistie une grâce particulière pour nous l'obtenir. Si donc nous voulons persévérer dans la vertu ^ il faut communier , et communier souvent, car c'est le plus puissant moyen qui nous soit donné pour obtenir la persévérance; c'est le pain des chrétiens, leur nourriture ordinaire et de tous les jours. 0 mon Dienî que les chrétiens ont le cœur dur, puisquMIs viennent si rarement à la sainte table ! S'ils goûtaient Jésus-Christ crucifié, ils viendraient célébrer sou. vent le mystère de cette mort. On est touché le vendredi saint, à cause qu'on y célèbre la mémoire de la mort du Sauveur. Venez, mes enfants, c^est tous les jours le vendredi saint: tousles jours on érige le calvaire sur le saint autel. Venez, et souvenez-vous de cette mort qui est votre vie; venez recevoir un sacrement où l'on apprend à demeurer en Jésus-Christ, où l'on reçoit la force, le courage, la grâce d'y demeurer. Hais aussi, on doit trembler quand on retombe dans ses fautes après la communion^ puisque Jésus-Christ ne dit pas. Celui qui mange ma chair est en moi, mais il y demeure attaché; ni, Je suis en lui, mais j'y demeure, et je ne le quitte jamais. Jésus est fidèle, il ne nous quitte jamais le premier. Il vient bien à nous le premier, mais jamais il n'est le premier qui quitte : c'est nous qui le quittons, quand nous tombons dans le péché. Malheureux! nous devons bien craindre de ne l'avoir pas reçu comme il faut; car nous serions demeurés en lui, et hélas I nous l'avons quitté. Le recevoir comme il feut, c'est le recevoir en détestant ses péchés, en éloignant lès occasions de le commettre, en cherchant dans TEucharistie le soutien de notre faiblesse et de notre instabilité. (BOSSCET.)

9. Car ma chair est vraiment une nourriture y et mon sang est vraiment un breuvage. Plus de doute maintenant, plus d'ambiguilé; le grand mystère d'amour est expliqué aussi clairement qu'il pouvait l'être : c'est bien de la manducation réelle de Jésus-Christ qu'il est ici question. Personne aussi ne s'y méprend plus ; et tandis que les apôtres, en esprit de foi et de docilité, adorent humblement ce qu'ils ne comprennent pas encore, les autres auditeurs, parmi lesquels se trouvent beaucoup de disciples, murmurent entre eux : Voilà qui est trop fort; qui peut écouter un pareil discours? Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger et son sang à boire ? Mais s'il ne s'agit que d'une figure et d'une forme de langage qu'ils n'ont point

€B. xLTii. LA yiE joe n. s. Jésus-christ. «

camprîses, Jésus-Christ ne leur doit-il pas, ne doit-il pas en outre à sa bonté, à sa justice et à sa véracité suprême de dissiper une erreur déjà si funeste, et qui le deviendra bien plus encore dans FavenirT Oui, s'il y a erreur ou méprise dans les auditeurs de Caphamaiim, Jésus-Christ doit indiquer d'une manière claire et précise en quel sens ses paroles doivent être entendues. Mais il n'en fait rien. Au contraire, insistant toujours Iftr le sens littéral, il s'attache à les y affermir, comme son apôtre nous y affermit lui-même en nous transmettant •ans correctif les paroles prononcées dans la synagogue de Capharnaûm, et en nous indiquant par là que telle était sa foi à lui-même. Après tout cet enchaînement de preuves en faveur du sens littéral, comment concevoir que Ton ait osé imaginer ici je ne sais quelles allégories téméraires et outrées, et que Ton ait cru pouvoir, par de vaines subtilités, l'emporter sur Févidence elle-même ? (B.)

9. Ma chair est vraiment une nourriture. — De là nous pouvons connaître les avantages de la fréquente communion : car à force de manger une viande, on en prend peu à peu les qualités ; maïs si je n'en use que très-rarement, si je n'en fais ma nourriture qu'une fois dans tout le cours d'une année, je n'en ressentirai presque nulle impression, et mon tempérament sera toujours le même. Ainsi, qu'un chrétien, dans l'usage du sacrement de Jésus-Christ, s'en tienne précisément à la Pâque, à peine en relirera-t-il quelque profit et le pourra-t-ilapercevoir. C'est une viande, il est vrai; c'est de toutes les viandes la plus solide, j'en conviens^ c'est une viande toute divine et toute-puissante, je le sais; mais que lui servira la vertu de cette viande si par un dégoût naturel, si par une négligence affectée ou par une superstitieuse réserve, il ne s*en nourrit pas et qu'il la laisse sans y toucher? Par conséquent, veut-il qu'elle lui soît utile et profitable, il faut qu'elle lui soit commune et ordinaire. Alors il verra ce que peut cette chair sacrée, et mille épreuves personnelles l'en convaincront : elle le transformera en un homme tout nouveau. (Bodrdaloue.)

10. Celui qui mange ma chair et boit mon sang^ demeure en moi, et moi en lui. — J'ai donc dans l'Eucharistie tout ce qui doit faire un jour le bonheur des élus : dans le corps de Jésus-Christ, n'ai-je pas son ftme? n'ai-je pas toute sa personne? et dans sa personne, le Verbe divin? Et dans te Verbe , n'ai-je pas son père? car il a dit : Celui qui me voit voit aussi mon Père. J'ai donc tout. Que me reste-t-il à désirer, sinon de voir ce que je tiens, de percer le voile; de voir claire-

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ment, et par une vision manifeste, ce que je sais bien que j^ai , mais que je ne vois pas. Seigneur, ôtez-moi ce voile qui vous dérobe à mes yeux; percez ce nuage mystérieux qui vous environne; montrez- vous à moi tel que vous êtes dans votre gloire. Cest la seule chose qui man* que pour que mon bonheur soit infini ! (Bossuet.)

10. Celui qui mange ma chair et boit mon sang' demeure en moi, et moi en lui. — S'il nous est important que Jésus-Christ demeure dans nous et avec nous^ il ne nous est ni moins important ni moins nécessaire de demeurer en lui et avec lui ; et voilà ce qui s'accomplit^ selon sa parole même, dans ce sacrement adorable où il s'est donné à nous, et où nous avons dû nous donner à lui. 11 faut qu'il demeure en nous parla grâce, et il faut que nous demeurions en lui par notre persévérance dans la grâce ; il faut qu'il demeure en nous pour nous aider de son secours, et il faut que nous demeurions en lui pour lui marquer notre fidélité; il le faut, et de sa part il n'y a rien à craindre, parce qu'il ne nous abandonne jamais le premier; au lieu que tout €st à craindre de la nôtre, parce que nous sommes l'inconstance même. Heureux si je pouvais aujourd'hui vous fortifier, vous affermir, et par là vous préserver de ces rechutes si ordinaires dans le christianisme, et si funestes. (Boirdaloue.J

11. Celui qui me mange vivra lui-même par moi. — C'est la chair de Jésus-Christ que nous mangeons, mais c'est sou esprit qui nous vivifie. La chair seule ne profite de rien, comme il le dit lui-même; oui; la chair, quoique unie au Verbe, en sorte que saint Jean ne craint point de dire que le Verbe est fait chair. Il ne l'a unie que pour nous communiquer son esprit plus sensiblement par cette société charnelle qu'il a faite avec nous; il ne nous la donne à manger que pour nous incorporer à lui, et faire vivre nos âmes de sa vie divine. Pourquoi donc, vivant si souvent de lui, refuserons-nous de vivre pour lui ? Que devient en nous ce pain céleste, cette chair toute divine? A quoi servent nos communions? Jésus-Christ vit-il en nous? Ses sentiments, ses actions se manifestent-ils en notre chair mortelle? Croissons-nous en Jésus-Christ à force de le manger? Toujours s'amuser, toujours murmurer contre les moindres croix, toujours ramper sur la terre, toujours chercher de misérables consolations, toujours cacher ses défauts sans les corriger, pendant qu'on ne fait qu'une même cliair avec lui ! Jésus-Christ est toute notre vie ; c'est la vérité éternelle dont nous devons être nourris. Quel moyen de prendre ua

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alimeut si divin, et de languir toujours? Ne point croître dans la vertu, n'avoir ni force ni santé, se repaître de mensonge, fomenter dans son cœur des passions dangereuses, être dégoûlé des vrais biens, est-ce là la vie d'un chrétien qui mange le pain du ciel? Jésus-Christ ne veut s'unir et s'incorporer avec nous que pour vivre dans le fond de nos cœurs; il faut qu'il se manifeste dans notre chair mortelle, que Jésus- Christ paraisse en nous, puisque nous ne faisons qu'une même chose avec lui. (Fénélon.)

11. Plusieurs de ses disciples^ en les entendant j se disaient en euxmêmes : Voilà qui est trop fort; qui peut entendre un pareil discours? — On dira: Mais n'est-il pas vrai, qu'il faut se souvenir de cette mort, la méditer avec foi, croire en cette chair percée, et en ce sang répandu, et par ce moyen avoir la vie? Il est vrai ; mais ce n'est pas là ce qui faisait la difficulté; ce n'est pas ce qui faisait dire. Comment cet homme nous peut-il donner sa chair à manger; et cette parole est dure, qui la peut ouïr? C'était bien assez pour des hommes de les obliger à croire que le Fils de Dieu avait pris une chair humaine, et qu'il la devait livrer à la mort, sans ajouter à la peine de voir percer celle chair^ et verser inhumainement ce sang, la dureté de la manger^ et de le boire. Car c'est là précisément ce qui les oblige, non pas à dire: Cela est haut, cela est incroyable, cela, si vous voulez, n'est pas possible; mais cela est dur et insupportable d'avoir à prendre par la bouche la chair et le jsang d'un homme. Et si cette difficulté ne se trouvait pas en efl'etdansle mystère du Sauveur, on ne pouvait ei^pliquer assez nettement, ni trop tôt un tel discours. Qu'ainsi ne soit, mon Sauveur, j'é* coûte sans peine qu'il faut se souvenir de votre mort, qu'il faut contempler par la foi votre chair blessée et votre sang répandu^ et que c'est par là que vous m'avez racheté. C'est ce que je fais dans l'Eucharistie, dont le fruit est de m'imprimer votre nom dans la pensée^ d'y mettre mon espérance, de m'y conformer par la mortification de nies sens. (BossuET.)

15-16. Cela vous scandalise? Et si vous voyez le Fils de F homme monter oà il était auparavant? — Vous vous scandalisez de m'entendre dire que vous mangerez vraiment ma chair et que vous boirez vraiment mon sang; que sora-cc donc si avec cela je vous dis encore que je retournerai entier et vivant au ciel où je suis ? H n'y a rien de fort merveilleux que celui dont on ne mange la chair et dont on ne boit le sang qu'en croyant en lui, et en méditant sa mort, s'ea retourne au ciel tout entier et tout vivant. L'esprit n'est pas accoutumé

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de démembrer sa nourriture^ c^est-à-dire son objet; la foi ne consume pas ce qu^elle s'approprie : c^est le manger qui fait cet effet; et ce qu^ étonne les Capbamàites, c'est de leur apprendre qu'il ne le fit pas à cette fois. Ils ne songent donc pas seulement que le manger et le boire, au pied de la lettre, soient retranchés du discours du Fils de Dieu, ni que tout cela soit réduit à méditer et à croire. Car Tascension du Sauveur ne serait pas contraire ; et on ne s^avisera jamais qu^un manger et un boire métaphoriques, empêchent un homme d^aller où il voudra, ni même au ciel, s'il y peut parvenir. Mais de croire qu'on mange, au pied de la lettre, la chair de cet homme, et que cependant après cela il monte au ciel tout entier, c^estiyouter au discours une nouvelle difficulté qui passe toutes les autres. On peut bien s'imaginer qu'on dévore un homme et qu'on vive de sa chair. Mais qu'on la mange, qu'on en vive, et qu'elle demeure entière, jusqu'à être avec cela portée dans le ciel, c'est dire que cette chair est indivisible et incorruptible; qu^on la donne d'une manière spirituelle, surnaturelle, invisible, ineompréliensible, et tout ensemble réelle et substantielle* Car autrement, ce ne serait rien, et il ne faudrait pas étourdir le monde par cette emphase de mots, ni alléguer la réalité de l'ascension pour expliquer une métaphore. C'est pourquoi à ces mots ils se retirent. Celte nouvelle difficulté les pousse à bout^ et ils ne peuvent plus porter la hauteur de ce mystère. Que Dieu fasse des choses hautes, incompréhensibles, il n'y a rien là au-dessus de lui ; que le monde en soit rebuté et résiste à une si haute révélation , c'est le naturel de l'homme animal. Mais qu'on accable les esprits de difficultés, qui ne sont que dans le langage, que tout soit exagération, et qu'il en faille venir à tout rabaisser à la capacité du sens humain, cela n'est pas. Que ceux-là le croient qui veulent nousôter la vérité simple des paroles de Jésus-Christ, et réduire à rien son Evangile. (Bossust.)

17. (Test Vespritqui donne la m; la chair ne serf de rien. — Donc, s'écrie ici l'hérétique, la chair ne vivifie pas. Si cela est, il ne fallait pas dire : Le pain que je donnerai, c'est ma chair que je donnerai pour la vie du monde; ni, celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle. La chair ne sert de rien. SI cela veut dire que la chair de Jésus-Christ ne sert de rien, il n'en fallait donc pas parler avec tant d'avantage. Les paroles que je vous dis sont esprit et vie. Si cela veut dire qu'il ne faut pas s'attacher à la chair et au sang, il n'était pas besoin d'en parler tant, ni de tant obliger à les manger et à les boire. Et si tout cela voulait dire qu'il ne fallait les manger et les boire qu'en esprit, il ne fallait point tant inculquer des paroles qui portaient visi*

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blement à de contraires idées. Il y a donc ici un autre sens, qui a frappé les Caphama!tes. Si la chair de Jésus-Christ donne la vie, et que Tesprit Tivifieaussi^ c^estdonc que cette chair est remplie d'un esprit Ti- Tifiant ; et si cela est, quand Jésus-Christ dit que la chair ne sert de rien, en il ne Pentend pas de sa chair; ou si c^est de sa chair quMl veut parler, il veut dire que sa chair ne sert de rien en la prenant toute seule; mais quil la faut prendre avec Tesprit dont elle est pleine. Et lorsquMl conclut de li que ses paroles sont esprit et vie, après avoir tant parlé de chair et de sang, c'est dire que cette chair et ce sang sont eux-mêmes «sprit et vie , tout remplis de la divinité, de Tesprit de Dieu, et de la vie de la grâce, et de plus , quMl les fout manger d'une manière qiri passeles sens, d^une manière divine, qui ne les consume ni ne les altère ; mais qui les laisse tout entiers pour le ciel, comme on a vu. Enfin, ne paraissant rien dans tout ce discours de ce manger en figure , de <;e boire en allégorie qu'on y veut trouver; ni rien par conséquent qui doive obliger à renoncer au manger et au boireau pied de la lettre, mais seulement à entendre qu'il faut manger cette chair et boire ce «ang comme pleins d'esprit et de vie, d'une manière si haute et si divine, il s'ensuit que le Fils de Dieu n'a point tempéré, mais plut6t fortifié ce qu'il avait dit; d'où vient aussi qu'à ce coup les Capharnaites l'abandonnent et ne veulent plus marcher dans sa compagnie. Quand il enfonce plus avant et qu'il dit que la nourriture quMl leur veut donner à manger est sa chair qu'il donnera pour la vie du monde, ils disputent les uns contre les autres, en disant : Comment cet homme noof peut-il donner sa chair à manger? Ce qui marque des gens encore irré« «olus, et plutôt ébranlés que déterminés aie quitter. H poursuit ; il leur dit si affirmativement et si souvent qu'il faudra manger et boire son corps et son sang, qu'ils ne voient aucun moyen de s'en dispenser, ce qui leur fait dire, Cette parole est dure, qui pourrait l'entendre? Par où ils se précipitent dans un scandale formel et dans une incrédulité déclarée. (BosstBT.)

22. Seigneur j à qui irions-nous? vous avez les paroles de ta vie éter-nelle. — Cest Jésus-Christ qu'il faut écouter. Les hommes ne doivent être écoutés et cnis qu'autant qu'ils sont pleins de la vérité et de l!autorité de Jésus-Christ. Les livres ne sont bons qu'autant qu'ils nous apprennent l'Evangile. Allons donc à cette source sacrée. Jésus-Christ n'a parlé, n'a agi, qu'afin que nous l'écoutassions, et que nous étudiassions attentivement le détail de sa vie. Malheureux que nous sommes! nous courons après nos propres pensées, qui ne sont que va-

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nité ; et nous négligeons la vérité même, dont toutes les paroles sont capables de nous faire vivre éternellement. Souvent on dit qu'on vou* drait savoir ce qu'on a à faire pour s'avancer dans la vertu ; mais dès que Fesprit de Dieu nous Fenseigne, le courage nous manque pour Fexécuter. Nous sentons bien que nous ne sommes pas ce que nous devrions être. Nous voyons nos misères ; elles se renouvellent tous les jours. Cependant on croit faire beaucoup en disant qu'on veut se sauver. Comptons pour rien toute volonté qui ne va pas jusqu'à sacrifier ce qui nous arrêlc dans la voie de Dieu ; ne retenons plus la vérité captive dans nos injustes lâchetés. Ecoutons ce que Dieu nous inspire. Eprouvons Fesprit qui nous pousse , pour reconnaître s'il vient de Dieu ; et^ après que nous Faurons reconnu, n'épargnons rien pour le contenter. Le prophète ne demande pas simplement à Dieu qu'il lui enseigne sa volonté» mais qu'il lui enseigne à la faire. (Fenbloii.)

ÉLÉVATION

Qu'avons-nous donc fait, ô mon Sauveur, pour mériter tant d'amour? Non content de vous être anéanti, d'avoir voilé votre gloire pour demeurer au milieu de nous et vous rendre accessible à tous, voUs* nous pressez, vous nous sollicitez de voir et de goûter combien vous êtes doux ; vous ne vous lassez pas de nous redire que Féloignement de vous, c'est la mort ; que la communion avec vous , c'est la vie > la vie du temps, la vie de l'éternité. Et nous, pauvres infirmes, toujours souffrants d'un immense besoin de bonheur, de jouissances, nous ne voulons pas voir, nous ne voulons pas comprendre qu'il est vain et insensé de chercher ailleurs qu'auprès de vous ce que Thomme et tout son pouvoir, la terre et tous ses biens sont impuissants à nous donner. Ah ! Seigneur, c'est que nous ne vous aimons pas ; si nous avions dans le cœur un peu de cette charité qui embrasait vos saints, loin d'avoir besoin d'être sollicités à nous approcher de vous, nous courrions avec ardeur à la source intarissable de toute joie, et nous ne craindrions d'autre malheur que celui de nous en voir éloignés. Mou Dieul apprenez-nous vous-même votre amour, faites entendre à notre âme ces paroles qui sont esprit et vie ; quand il nous est permis d'approcher de votre table sainte, que notre union avec vous soit complète ; que tout dans nos actions , dans nos discours , dans nos pensées, témoigne que nous sommes vos disciples, et que nous puissions dire avec vérité : Non, ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi.

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