‹ La vie de n. s. Jésus-ChristChapitre 26 sur 141 · B. XLIX · texte numérisé non relu

B. XLIX

Kl addaconi ei «or* <«lnm et inntum , et deprccabantur eam» otiin- ^'onat ilti minnoi.

Et ipprehendem eam 4le toTM Monùm , mitit \Iigit09 sncê Sn aaricolu «jus: et exspoeiu, teli* £tt lingoam ejus;

Bt saspiciens in cœlnni ififremuil, et ail illi :

Cpbpheta, qaod e»t, «da- ]>erire.

Et fttalim aperljc sont 9ures ejns, et lo'ulum est vinculum lingoo* cju», et (oioebalor r.-cic.

Et precepit illisne cni

-diccrent, Quanlb autcm

cis I rapLÏpifbiil, lantô

jnagîspUis praedkabant,

El c6 ainpliùs admira-

l>an(ur , (iiceotes : Bcnè

oinnia fecil : et sordos

fecil aodire, et malos

ioqui.

13. Et voilà qu'on lui amène un sourdmuet *, en le priant de lui imposer la main.

H. Jésus, le conduisant à Técart hors de la foule, mit les doigts dans ses oreilles, et toucha sa langue avec de la salive ;

1 5. El levant les yeux au ciel, il jeta un soupir et dit : Ephphelha, c'est-à-dire ouvrez-vous.

16. Et aussitôt ses oreilles s'ouvrirent, et le lien de sa langue se rompit, et il parlait dislinctemcnt.

17. Et Jésus leur défendit^ d'en rien dire à personne. Mais plus il le leur défendait, plus ils le publiaient,

18. Et plus ils faisaient éclater leur admiration, en disant : 11 a bien fait toutes choses : il a fait entendre les sourds et parler les muets.

* f 13. 6r. xMp^y ytA^cA«Aoy, surdastrum œgrè loquenlem, un devenu sourd parli-t <1ifiicilcnicnt. U parlait avec les plus grands eiïorts, et d'une manière si inintelligible que ce n'était plus parler, comme il arrive ù certains paralyli(iucs; mais loujouis v$i-\\ qu'il savait la langue, et que le Sauveur n*a pnsdû la lui révéler en un Instant, comme l'ont objecté cerlains incrédules. D'après le texte grec, cet homme avait en- 4cndu et parlé auparavant.

^f 17. Au sourd muet et à ceux qui l'avaient amenô.

2. Seigneur, fils de Duvidy ayez pilié de moi. — Comme le laiii^agc

<le la Cliananéenne est tliéologiquemcni exact dans sa simplicité ! En

appelant Jésus-Christ a fils de David », elle le reconnaît homme et

Messie ; en lui disant : a Seigncui* », elle le reconnaît Dieu. Mais où et

comment a-t-elle appris, cette pauvre païenne, à si bien prier, et à

invoquer Jésus-Christ comme son Sauveur et son Dieu? L'cvangé-

listc vient de nous le dire , en faisant la remarque que cette femme

iivait franchi les frontières de son pajs natal. Par lu, l'historien sacré a

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ifoulu nous faire enlendra^ dit saint Jérômei que la Chananéenne, en quittant sa patrie^ en avait abjuré la superstition et Terreur. En commençant sa prière par un acte de foi si pur et si parfait, la Ghananéenne nous fait entrevoir, ce que Tapôtre saint Jacques a )dit plus tard, que la première condition pour bien prier, c^est de bien croire ; et que pour bien croire il faut sortir de ces sociétés corruptrices et corrompues que Ton appelle le monde, où les maximes qui y régnent^ les passsions qui les dégradent, les maximes qui les tyrannisent, en* tretiennent le culte idolâtrique de cette étrange divinité que saint Paul appelle « le dieu de ce siècle », et qui fait de tant de chrétiens, de tant de nobles âmes, des êtres plus abjects que les infidèles euxmêmes. Il faut sortir des villes, c'est-à-dire se dérober au bruit du monde, et suivre Jésus-Christ dans la solitude du silence et du recueillement. A cette condition, nous pourrons, comme la Chauanéenne, épancher en toute liberté notre âme devant Dieu, élever vers lui la voix de notre misère, le cri de notre douleur. A peine auronsnous franchi ces funestes frontières de Tidolâtrie mondaine , et déserté ridole du monde, que Dieu se trouvera tout prêt à nous communiquer son Esprit saint, son esprit de prière. (LeR. P. Ventura.)

4. Je fCai été envoyé que pour les brebis de la maison d'Israël qui se sont perdues. — Le Fils de Dieu, en prononçant celle parole, n'a entendu parler que des grâces de sa présence corporelle et de ses miracles; il a voulu dire qu'il ne devait ces grâces qu'aux Juifs. Et en eCTet,. ce sont les Juifs qui y ont directement pris part : c'est parmi eux qu'il est né, qu'il est mort, et qu'il a opéré ses plus grands. prodiges. Quant aux Gentils, s'il n'a pas eu, en tant qu'homme, la mission de se faire voir, de se faire entendre personnellement d'eux, il a bien reçu la mission de se révéler à eux, de se faire reconnaître, adorer par eux,. et de les sauver, eux aussi, en leur envoyant ses apôtres, et en leur faisant part, par ce moyen , de son Evangile , de ses doctrines, de sa grâce, de ses sacrements. En sorte que s'il n'est pas venu pour se faire connaître par eux en sa propre personne, il esl venu pour se faire connaître d'eux dans la personne de ses envoyés ; et c'est à ce mystère de miséricorde qu'il devait accomplir en faveur des Gentils, et par lequel nous aussi devions appartenir à son troupeau, qu'a fait allusion notre aimable Sauveur, lorsqu'il a dit : J'ai d'autres brebis qui ne sont pas de celle bergerie composée de Juifs ; il faut que je les appelle ces brebis étrangères, et les réunisse, elles aussi, aux brebis domestiques, afin que, de toutes ces brebis ensemble, venant de différents côtés, il

CM. XLix. LÀ VIE DE N. S. JESUS-CHRIST. m

ne se forme qu^une seule bergerie sous la direction d'un seul berger^ une seule Eglise sous un seul chef. (Le R. P. Ventuba.)

L Je n'ai été envoyé que pour les brebis de la maison d^ Israël qui se sont perdues. -^ Quand Jésus-Christ par son silence éprouva cetle mère, et qu^il ne lui répondit pas même une parole, quand il sembla vouloir l'éloigner par un refus sévère et mortifiant, et que devant elle il déclara aux apôtres qu'il n'était point envoyé pour elle, cessa-t-elle pour cela de prier, de solliciter, de presser ? Non, chrétiens ; la résistance de Jésus-Christ augmenta sa persévérance, et sa persévérance triompha de la résistance de Jésus-Christ. Elle comprit d'abord le mystère, et les inclinations de ce Dieu sauveur ; et dans l'engagement où elle se trouva d'entrer, pour ainsi dire , en lice avec lui , opposant à une dureté apparente les empressements véritables d'une sainte opiniâtreté, elle força eu quelque sorte les lois de la Providence ; elle mérita, quoique étrangère, d'être traitée en Israélite ; elle obtint le double miracle et de la délivrance de sa fille, et de sa propre conversion. 0 charité de mon Dieu, que vous êtes adorable dans vos dissimulations et dans les stratagèmes dont vous usez pour combattre en apparence contre ceux même pour qui vous combattez en etTet? Ne désespérez donc point, vous qui avez commencé dans la prière à lutter avec votre Dieu; car il aime que vous lui fassiez violence; il se plaît à être désarmé par vous. (Bourdaloue.)

?• Il n^est pas convenable de prendre le pain des enfants , et de le jeter aux chiens. — Est-il une comparaison plus humiliante? Mais tout humiliante qu'elle pût être , cette Chananéenne en parut-elle touchée et contristée? que dis-je? ne reconnut-elle pas elle-même la vérité de ces paroles en se les appliquant? Il est vrai, Seigneur. Ce fut ainsi qu'elle pria ; mais comment prions-nous ? Elle était païenne, et cette païenne s'humilie ; nous sommes chrétiens, et nous apportons à la prière un esprit d'orgueil dont nous ne pouvons nous défaire lors même que nous sommes forcés à reconnaître nos misères et nos besoins; et parce que cet esprit nous domine, nous prions avec présomption, comme si Dieu devait avoir des égards pour nous, comme s'il devait nous distinguer, comme s'il devait nous tenir compte de nos prières, sans parler de ce faste extérieur qui souvent accompagne nos sacrifices, et qui, bien loin d'engager Dieu à nous écouter, l'engage à nous punir; sans parler de ce luie que nous portons jusque

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dans le sanctuaire, de cet air de grandeur et de suffisance que nous y retenons^ de ces postures vaines et négligées que nous y affectons: états bien contraires à l'action d'un suppliant, et qui, selon PEcriture, rendent nos prières abominables devant Dieu, puisque Dieu ne hait rien davantage qu'un pauvre orgueilleux. (Bourdaloue.)

9. Alors Jésus lui répondit : 0 femme j voire foi est grande! A cause de cette parole que vous avez ditCy quHl vous soit fait selon votre volonté. — Il est dit de Jacob qu'il fut fort contre Dieu même ; et que c'est pour cela qu'il obtint le nom magniCque d'IsRAEL, qui signifie le Vainqueur de Dieu. Mais quel a été le combat que le fils d'Isaac livra à Dieu ? et quelles sont les armes par lesquelles il vainquit Dieu^ il triompha de Dieu? Jacob voulait à tout prix que Dieu bénit non-seulement sa personne, mais toute sa race, afin qu'elle ne fût pas abandonnée tout à fuit de la part do Dieu, et livrée à la ruine et à la perdition. Et le prophète Osée nous a révélé que les moyens de la puissance que Jacob déploya dans cette grande circonstance contre Dieu, et les armes de sa victoire ne furent que Thumilité, la con* fiance, la ferveur, la constance, les gémissements et les larmes de sa prière; flevit, rogavit, potens fuit. Une pareille victoire de l'homme sur Dieu et par les mêmes armes, nous venons de le voir, la Chauanéenne l'a remportée sur Jésus-Christ. Toute son histoire aussi peut se résumer par les trois mots sublimes que le prophète Osée a écrits de Jacob : a Elle a pleuré, gémi, prié, et par là elle a été assez puissante pour vaincre le cœur du Fils de Dieu. » Or, en marchant sur les traces de Jacob et de la Chananéenne, nous pouvons, nous aussi, remporter par les mêmes armes uue victoire semblable. En pleurant, en gémissant devant Dieu, nous serons puissants contre Dieu, vainqueurs de Dieu. (Le R. P. Ventura.)

9. 0 femmcy votre foi est grande I -— Si jamais la force de la prière parut sensiblement et d'une manière éclatante, n'est-ce pas ici, oii nous voyons un Dieu même comme surpris et dans l'admiration? un Dieu qui confond les puissances de Tenfer, et qui déploie toute sa vertu en faveur d'une étrangère ! Que lui demande cette femme? qu'il guérisse sa fille cruellement tourmentée du démon; et le Fils de Dieu, d'une même parole, non-seulement délivre la fille, mais sanctifie encore la mère. Qu'il vous soit fait comme vous le souhaitez. Il n'est donc rien de plus efficace auprès de Dieu que la prière : et d'où vient toutefois que Dieu , tous les jours , se montre si peu favorable a nos

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vœux; que nous prions, et qu^il no nous écoute pas; que nous demandons^ et que nous n'obtenons pas? c'est que nos prières sont défectueuseSy et quant au sujet et quant à la forme : quant au sujet, qui en fait la matière ; et quant à la forme^ qui en fait la qualité. Nous ne demandons pas à Dieu ce que Dieu veut que nous demandions, c'està-dire des choses qui tendent à sa gloire et à notre sanctification ; ou nous ne lui demandons pas de la manière qu'il veut que nous demandions, c'est-à-dire avec foi, avec confiance et avec persévérance.

(BoURDALOtE.)

13. Et voilà qu'on lui amène un sourd-muet, en le priant de lui imposer la main. — Le récit de ce nouveau miracle est en même tenips la peinture saisissante de ce qu'était le genre humain avant la rédemption^ et de ce que le Fils de Dieu a fait pour lui; ne nous trace-t-il pas aussi notre propre histoire? Ne fut-il pas un temps dans notre vie où nos oreillesétaientcomme fermées à la voix de Dieu ; et notre langue, comme enchaînée, quand il fallait lui avouer nos fautes, lui demander grâce^ et lui exprimer notre repentir? Ne fut-il pas un temps où nous étions comme étrangers au milieu de nos frères en Jésus-Christ, ne les entendant plus et ne pouvant plus nous-mêmes nous faire entendre d'eux? Si nous sommes guéris aujourd'hui de cette double infirmité, si la voix des vérités saintes arrive jusqu'à notre cœur pour y entretenir la vie spirituelle^ et si notre prière monte vers Dieu sur les deux ailes de la foi et de l'espérance^ à qui le devons-nous? A des amis charitables qui , malgré notre résistance ^ peut-être 9 nous ont conduits au Sauveur. Ce que Ton a fait pour nous dans un temps où nous avions si besoin de secours, n'est-il pas juste que nous le fassions à notre tour à l'égard de ceux que nous voyons atteints de la même infirmité si)irituelle? L'occasion peut-elle nous manquer? Ne trouvons-nous pas tous les jours dans nos relations avec lemonde^ que dis-je? dans notre maison^ et jusque dans notre société la plus intime^ de ces sourdsmuets dans l'ordre moral ^ qu'il faudrait amener à Jésus-Christ dans son temple? Si la difficulté nous épouvante, que la récompense nous anime. (B.)

17-18. Et plus il le leur défendait, plus ils le publiaient, et plus ils fai^ saient éclater leur admiration, en disant : Il a bien fait toute chose. — Voici une chose bien étrange que nous représente l'Evangile : le Fils de Dieu, par une vertu toute miraculeuse, délie la langue d'un muet, et lui donne l'usage de la parole; mais en vain ce même Sauveur des hommes veut-il imposer silence à une nombreuse multitude qui

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Tenvironne et leur fermer la bouche ; malgré le commandement quUl leur fait| et plusieurs ordres réitérés de sa part, ils élèvent la yoîx, et ne cessent point de se faire entendre. C'est| dit saint GrégoirCi qu'il est beaucoup plus difflcile de se taire que de parler : Pun procède d'une discrétion sage^ d^une retenue modeste et humble, d'une charité compatissante aux faiblesses d'autrui et d'un empire absolu sur soi-même; au lieu que l'autre en mille rencontres n'est TefTet que d'une impétuosité naturellCi et souvent d'une passion maligne et d'une envie secrète de censurer. Si Ton parlait au moins comme cette troupe zélée qui rend gloire à Jésus-Christ et qui publie le miracle qu'il venait d'opérer à leurs yeux ! mais on ne parle que pour décrier le prochain et le couvrir de concision; on parle pour en railler, pour le condamner, pour révéler ses défauts, pour noircir sa réputation, pour le perdre enfin dans l'estime publique. (BooaBALocB.)

ÉLÉVATION

Quel admirable exemple de foi et d'humilité, ces vertus toutes chrétiennes! nous est donné par une étrangère, encore plongée dans les ténèbres de ridolâtrie ! Elle a entendu parler de vous, ô mon Sauveur, des merveilleuses guérisons que vous opérez, et dans sa souiFrance maternelle, elle accourt en s'écriant : Seigneur, ayez pitié de moi; Seigneur, secourez-moi ! Vous semblez ne pas l'entendre, mon Dieu, ou si vous lui répondez, elle n'obtient de vous, pour tous si rempli de compassion et d'indulgence, que les paroles les plus humiliantes. Mais rien ne saurait ébranler sa foi ; elle se reconnaît indigne de partager le pain des enfants ; elle ne veut que les parcelles qu'une main distraite et inattentive laisse échapper avec indifférence ; elle a compris que vos paroles, vos grâces, en apparence les plus petites, ont un prix infini, et elle attend. Aussi, quelle récompense magnifique vous accordez à sa persévérance et à son humilité : 0 femme, lui dites-vous, votre foi est grande ! et elle obtient plus qu'elle n'avait demandé. Que de grâces, que d'^enseignements précieux sont recueillis par les âmes simples, et négligés souvent par ceux qui se croient plus avancés dans la voie du Ciel ! Donnez-nous, Seigneur, l'esprit d'attention et de vigilance qui ne laisse échapper aucun de vos dons ; ouvrez les oreilles de notre cœur, et que notre bouche ne s'ouvre plus que pour se joindre à la foule qui s'écriait dans son admiration : Il a bien fait toutes choses, il a fait entendre les sourds et parler les muets I

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