CHAPITRE LXVI
1-7* J^sm, k BëthalMrâ, eoncinae cnnttrairo la fodie : TâTtre surpris par la mort — 8-21. H recommande & ses disciples de se confier entièrement k la providence du Père céleste , comme les lis dea champs, oomme les oiaeacn da ciel ; et de chercher â? ant tool la rojaame dj Dio« (fia do avrembra, troi&ième année delà vie publique da Saayeur).
Loc, XII, 15-34.
DixitqveadUloci Yidete, et cavete ab omni avaritià : qoia non in abonda ntiâ tujnsqaam Tita eins e!>t, ex his qo»
pouidett
Diiit aotcm similitodinem ad illos , dicens :
Hominis cnjasdaa dWî»
lis obères froclos ager atlnlit;
Et cogitabat intra i« dicens : Qoid faciaut qota non habeo qQ6 coogregem froclos meos?
Et dixit : Hoc faciam :
Destroam horrea mea, et majora faciam ; et illùc congregabo omnia qosa nata sont mihi, et bona
1 . Et Jésus ^ leur dit ; Gardez-vous avec soin de toute avarice : car la vie de Thomme ne dépend pas de l'abondance des biens qu'il possède^.
2. Puis il leur adressa cette parabole : Le champ* d'un homme riche avait produit en abondance ^ ;
3. Et son mattre pensait en lui-même et se disait ; Que ferai-je^? car je n'ai point où serrer mes récoltes.
4. Et il ajoutait : Voici ce que je ferai : je détruirai mes greniers, et j'en construirai de plus grands, et j'y rassemblerai toutes mes productions et mes biens®.
* f \, k propos de Tavarice des Pharisiens et de Thérilage qn'on lui demandait de faire partager, à la fin du chapitre précédent.
* ^ 1. Vous avez beau dire, J'ai de quoi vivre, vous n'en vivrez pas davantage. Vous avez beau, dire. Je n'ai rien à craindre, j'ai tout avec abondance : peut-être mourrez-TOus cette nuit. (Bossuet.}
' t 2* D&DS lo S^^f X^fi^ ^^ff^o région, champ d'une immense étendue. A ^ 2. Gr. t»f6i9n9tif, béni tulit, avait bien rapporté.
* t 3. Voilà le premier efifet des grandes richesses : l'inquiétude. Que ferai- je? Où les mettrai-je? Gomoient les garder? Mes greniers Q*y suffisent pas : j'en ferai d*autres. (BoflSUET.)
^ f 4. C'est le propre de l'avarice de réunir, d'amasser, de garder pour elle* même; la charité chrétienne, au contraire, aime à répandre ses biens comme une semence précieuse.
Et dieam anime mem :
Anima , habes mnlta bona posita în annoa plurimos : reqoicace t comede, bibe, epolare.
en. LXTI
Dixit tnlem illi Deos s Slnlto, hAc nocte animam Inam répétant k te ; qnœ aalem parâ»lit CDJaseruot?
Sic est qui tibi theMttrfiat, cl non est in Deom clives.
DIulqtie ad discipulos •nos : Ided dico vobis :
Moitié sollicili esse animce Tcslrœ qoid mandacell^i neqae corpori quid indoamioi
Anima plos cal qnkm esca, et corpus plut qukm vestimentam*
Considerale corvos , quia non semin^nt i nr-qac mrlnnt , quibas non est cellarium, ncque horreum, ctDcospa>cil illos. Qaanlô magi» Toa plurb estia illis I
Qn!8 aDtem realrûm cogllando potest adjicere ad ^lalDram aqam cnbitum nnum?
5. Et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens amassés pour plusieurs années; repose-toi, mange, bois, fais bonne chère.
6. Mais Dieu lui dit : Insensé, cette nuit même on va te redemander ton âme^; et les choses que lu as amassées à qui seront-elles?
7. Ainsi en est-il de celui qui thésaurise en ses propres mains, et qui ne s'amasse point de richesses entre les mains de Dieu *.
8. Et Jésus ajouta, parlant à ses disciples ; C'est pourquoi je vous dis ; Ne vous inquiétez point, au sujet de votre vie, de ce que vous mangerez ; ni , au sujet de votre corps, comment vous le vêtirez *.
9. L'âme est plus que la nourriture , et le corps plus que le vêtement.
10. Voyez les corbeaux : ils ne sèment ni ne moissonnent , ils n'ont ni cellier ni grenier; et Dieu les nourrit. Combien ne valez-vous pas plus qu'eux I
11. Qui de vous peut, à force d'industrie^, ajouter à sa taille une seule coudée?
' t 6. Pendant que tu t'imagines pouvoir te reposer dans tes richesses, on Voie, non pas tes ricliesscs, mais celle àme même que tu invilais à la jouissance. (Bossubt.)
' ^ 7. ouTfidc b 3^1190/9 jÇcav loturti, xa2 /a^ tii Ocàv irÀourâv , sic thesaurisans tibi ipti, tt non «n Detim dtïef ceni, Ainsi (est) le thésaurisant pour lui (garder), et non (en envoyant) en Dieu s'enrichissant.
* ^ 8. Que Ton ne s*6tonne point de trouver dans les instructions que fit Jésus- Christ au-delè du Jourdain, différentes choses qu'il avait déjà dites en d'autres endroits. Parlant à de nouveaux auditeurs, et ayant à les instruire sur les mêmes points; voulant en outre inculquer ses divines leçons à des disciples peu intelligents, lia dû, dans tout le cours de sa vie publique, se répéter non-seulement quelquerois, mais très-souvent, comme cela se fait toujours dans l'enseignement aussi bien que dans la prédication.
^ f W. Gr. /itpifAv&v, cogitant ioUicitè pensant avec sollicitude ; après 8*ètre torturé Tcsprit à y réfléchir.
eu. LWI.
Si 6rg6 neqae qiio<l miniuaum c&l polcslîs , qaid de csplcrb soUiciti estis?
Considerale lllia qaoinod6 crescont : non Itborant , neqne nent \ dico autem vobia, née Salomon in omni glorià tnfl vestiebalar ficat unam ex hl'is.
LA VIE DE N. S. JÉSCS-CBRIST.
Si antem rœnam i qnod bodiè est in agro, d cràs in clibanmn mit* lltnr , Deos sic vesiit ,
2n«nt6 magis vos pasillœ deil
Et TOt noliie qnaerere qnid mandacetis « aut quid bibalist nt nolite in soblime tolli :
llaec enim omnia gentes mandi qnaeranU Paler aulem ve&ler scit quoniam bis indigetis.
Veramlamen qnflprîle primtim regnnm Dei, et jasliliam ejus , et bncc omnia adjicientar vobis.
Noliie limere, pasîUas prex , quia complacnït Pal ri veslro dare robis regnum.
Vend! le qax pos»ideti5, et date eleemosynain.
12. Si donc vous êtes impuissants à remédier aux moindres choses, pourquoi vous inquiéter des autres?
13. Voyez les Us, et comment ils croissent : ils ne travaillent ni ne filent; or, je vous le dis, Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'était pas vêtu comme Tua d'eux.
1 4. Si donc Dieu a soin de vêtir ainsi l'herbe qui est aujourd'hui dans les champs et demain sera jetée au four, combien plus aura-t-il soin de vous, hommes de peu de toiM
1 5. Ne vous inquiétez donc point de ce que vous mangerez, ou de ce que vous boirez, et ne vous laissez point aller à
l'anxiété*.
16. Les gens du monde s'inquiètent de toutes ces choses; mais votre Père sait que vous en avez besoin.
17. Cherchez avant tout le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît.
18. Ne craignez point, pelit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner
un royaume.
1 9. Vendez ce que vous avez, et donnezle en aumône.
* f 14. Eu la Providence.
« f 15. Littéralement, ne demeurez pas comme suspendus enV air, comme q\innd on ne sait ni comment, ni sur quoi on est soutenu , et qu'on se croit toujours piôt à tomber. Ne soyez point dans cette terrible inquiétude, mais croyez que Dieu vous soutiendra. (Bossdet.)
t34 LÀ VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. en. lxtk
F«cu« fobif Mccuiot 20. Faites-vous des bourses que le temps
OQÎ non veterascont , * ^
demïîTTn SSL, ^qu^ ^'"^6 poliit, uH irésoF dont vous ne perdiez ï[cre.'Œ'i"" rien, un trésor dans les cieux, où le voleur
n'approche point, et où les vers ne rongent
point.
m enî» ifcaanrm 24 . Car où cst votrc trésoF , là est aussi
▼ester est, ibl et cor Tes-
'™'*"'- votre cœur*.
t 21. Si c'est Dieu qui est votre trésor, vous êtes heureux; si c'est quelque chose de mortel, que la rouille, la corruption ou la mortalité consument sans cesse, votre trésor vous échappe, et votre cœur demeure pauvre et épuisé. (Bossuir.)
1. Gardez-vous avec soin de toute avarice. — Arbre empoisonné, l'avarioe produit à sa suite une foule de vices, semblables à des racines profondes qui s^étendenl au loin dans le sein de la terre. De cette lige funeste sortent les parricides. Tel fils d'un père avare trouve mauvais que celui dont il tient la vie prolonge trop longtemps la sienne; il lui tarde de dévorer cette riche succession... Criminelle avarice I c'est toi qui iucndes la terre des plus exécrables forfaits^ toi qui la peuples de voleurs et d'assassins; toi qui remplis les palais de faux témoins d'avocats sans foi et sans consiicnce, déjuges toujours prêts à faire pencher la balance au gré de For qui achète leurs suffrages; c*est toi qui as produit cette monstrueuse inégalité des conditions humaines, où les uns ont tout et les autres rien ; toi qui amènes les guerres et les combats^ où les hommes s'entr'égorgent et s'exterminent avec la féiocité des animaux les plus sanguinaires. (Saint Astére.)
1. Gardez-vous avec soin de toute avarice. — Il y a plusieurs sortes d'avarice. Il y en a une triste et sordide, qui amasse sans fin et sans jouir : Qui n'ose toucher à ses richesses, et qui semble^ comme dit le Sage, ne s'être réservé sur elles aucun droit, que celui de les regarder et de dire : Je les ai. Mais il y a une autre avarice plus gaie et plus libérale, qui veut amasser sans fin comme Tautre, mais pour jouir, pour se satisfaire; et telle était l'avarice de Thomme qui nous est dépeint dans cet Évangile. Un tel avare a beaucoup de dédain pour cette sorte d'avarice, où l'on se plaint tout à soi-même au milieu de l'abondance* H s'imagine être bien plus sage, parce qu'il jonil; mais cepoudant
en. Lxvi. LA VIE DE N. S. JÉSUSM:HRISX. SH
Dieu rappelle insensé. L'un est fou par trop d'épargne, et parce qu'il s'imagine pouvoir être heureux par un bien dont il ne fait aucun usage ; mais Tautre est fou pour trop jouir, et parce qu'il s'imagine un repos solide dans un bien qu'il va perdre la nuit suivante. Donnez-TOus donc de garde de toute avarice ; et autant de celle qui jouit que de celle qui se refuse tout. Soyez riche en Dieu ; faites de Dieu et de sa bonté tout votre trésor. Cest ce trésor-là dont on ne peut trop jouir : c'est ce trésor-là où il n'y a jamais rien à épargner, parce que plus on l'emploie^ plus il s'augmente (Bossuet.)
1. GardeZ'fxmn avec soin de toute avarice : car la et> d'un homme ne dépend point de Fabondance des biens ^u'it possède. — Le riche meurt dans un palais somptueux aussitôt et aussi promptement que le pauvre dans le réduit de l'indigence. Les mets abondants et recherchés^ où l'on pense trouver un surcroît de vie, assurent-ils mieux l'existence que le pain du labeur dans la main du pauvre? L'argent et l'or ont-ils jamais prolongé la vie? Ne l'ont-ils pas, au contraire, abrégée trop fréquemment? Je ne sache pas que de notre temps quelqu'un soit mort de faim : il y a contre ce mal une infinité de remèdes. Mais que n'aurais-je pas à vous dire, si j'entreprenais de vous montrer combien sont morts de mort violente, soit en secret, soit en public, et cela à cause des biens qu'ils possédaient ou qu'ils poursuivaient de leur ambition ! Nos maisons, nos palais, nos places, nos voies publiques, et toute la terre n'est-elle pas remplie de ces souvenirs sanglants? Que dis-je, toute la terre? la mer même n'est-elle pas aussi tous les jours teinte du sang de malheureux que la soif de l'or pousse à braver la fureur de ses flots? Tel s'expose sur la mer pour y chercher de l'or, qui y trouve la mort de la main d'un pirate. Ne comprenez-vous pas vous-même, sans qu'il soit besoin de vous le dire, que l'or et l'argent, loin de prolonger la vie, sont, au contraire, pour celui qui les possède ou les ambitionne, un danger de plus de succomber par une mort prématurée? (Saint Jean-Chrysostôhe.)
2-3. Le champ d'un homme riche amit produit en abondance: et son madré pensait en lui-même et se disait : Queferai-je? — Pourquoi donc Dieu rendait-il le champ de ce riche si fertile, puisqu'il ne devait résulter aucun bien de cette fertilité? Pour qu'on vit se manifester avec plus d'éclat sa bonté, dont les bienfaits s'étendent jusque sur de pareils tiommes, qui fait pleuvoir sur les justes et les injustes, et lever son soldi sur les méchants comme sur les bons. Mais sa len*
956 LÀ TIE DE N. S. JESUS-CHRIST. CH. hXfU
teur ft punir leurs crimes ne fait aussi que leur préparer de plus rigoureux châtiments. Il répand la pluie sur un ebamp cultivé par des mains avares; il ordonne au soleil de réchauffer les semences, de les féconder, de les multiplier. Un terrain fertile , une température favo* rable, des semences abondantes, des animaux destinés à son service : tels sont les bienfaits dont Dieu a prévenu le riche de notre Évangile. Et que voyous-nous dans ce riche? Des mains fermées à toute lar* gesse ; un cœur dur, insensible aux souffrances de ses semblables. Voilà de quelle reconnaissance il paie les avances de son bienfaiteur. Pas une pensée qui lui rappelle la commune nature des hommes; pas le moindre souvenir de ces préceptes : a Ne cessez pas de faire du bien au pauvre. Que Taumône et la bonne foi soient vos compagnes fidèles. Rompez votre pain avec celui qui a faim, b Vainement tous les prophètes et tous les docteurs les faisaient retentir à ses oreilles. Ses greniers n'étaient plus assez grands pour contenir les récoltes qu'il y entassait; ils rompaient sous le poids; et cependant son cœur avare n'était pas encore satisfait. Ajoutant sans cesse à ce qu'il avait déjà, et grossissant des productions de chaque année les produits des années précédentes, devenu pauvre par Texcès même de ses richesses, en proie à son avarice, qui ne lui permet pas de se dessaisir des anciennes récoltes, n'ayant plus de place où entasser les nouvelles, il ne sait à quoi se résoudre, et, dans son embarras, il est réduit à se demander ce quMl doit faire. (Saint Basile-le-Grand.)
3. Que ferai'je? — Qui n'aurait pitié de cet homme ainsi tourmenté par Fopulence? Sa richesse Teffraie, les biens qui lui arrivent Tappauvrissent, ceux qu'il espère le rendent plus misérable encore. Ce sont moins des fruits que des gémissements, qui naissent pour lui du sein de la terre. Ce sont moins des revenus qu'il amasse, que des embarras, des peines, des sollicitudes cruelles. 11 se désole comme le pauvre : car, que dit l'indigent dans sa détresse, sinon, a Que ferai-je? » où trouver du pain, des vêtements? a Que ferai-je?» dit aussi ce riche. Le voilà donc torturé par l'incertitude, dévoré de soucis; ce qui est pour les autres un sujet de joie, n'est pour lui qu'un affreux supplice; l'abondance qui règne partout dans sa maison, ne saurait le satisfaire; il s'afflige de l'excès même de ses richesses, que ses greniers ne sauraient contenir : il craint d'en voir tomber une légère portion dans le sein de l'indigence, et d'être ainsi généreux malgré lui. La cupidité insatiable qui le dévore le rend semblable à ces homme Yoraces qui préfèrent charger leur estomac outre mesure, et se nuire ainsi à eux-mêmes
en. Lxvi. La vie de N. S. JhSUS-CHlUST. 2:»:
plutôt que d'abandonner quelque chose à ceui qui sont dans le besoin. Reconnaissez, ô riche, celui de qui tous tenez vos richesses; rappelezvous qui vous êtes, quels sont les biens dont vous êtes le dispensateur^ quel est celui qui vous les a confiés, et pourquoi il vous a préféré à tant d'autres. Vous êtes Fintendant d'un Dieu de bontés Féconome de vos semblables; gardez-vous de croire que vos champs ne soient fertiles que pour satisfaire votre avidité; considérez-vous comme le dépositaire des biens que vous avez entre les mains; songez qu'après une jouissance passagère ils ne tarderont pas à vous échapper, et que vous aurez à en rendre un compte sévère. (Saint BASiLS-LS-GaAND.)
4. Voici ce que je ferai :je détruirai mes greniers, etfen reconstrui* rai de plus grands, et fy rassemblerai toutes mes productions et mes biens. — La réponse naturelle était de dire : Je rassasierai les pauvres; j'ouvrirai mes greniers; et comme Joseph, je ferai retentir au loin ces paroles généreuses : a 0 vous tous qui manquez de pain, accourez à moi. » Hais non : l'extravagance de cet avare est telle, qu'une éternité de supplices ne saurait assez la punir. 11 va disparaître de ce monde; et quelles sont les pensées qui l'occupent? Je détruirai mes greniers... Vous avez raison, lui dirai-je; oui , ils méritent d'être détruits ces magasins d'iniquité. Renversez de vos propres mains ce que vous avez criminellement élevé; abattez ces réservoirs dont personne ne reçut jamais le moindre soulagement; ruinez cette maison tout entière, asile de Tavarice; que ce toit s'écroule, que ces murs tombent, que le soleil puisse voir enfin ce blé que vous laissez pourrir; rendez la liberté à ces richesses que vous retenez captives; que tous les yeux viennent contempler ces antres ténébreux qui recelaient vos trésors. — Je détruirai mes greniers, et j'en reconstruirai de plus grands. — Mais, quand ces derniers seront pleins à leur tour, que ferez-vous alors? les détruirez-vous de nouveau pour en reconstruire encore? Quoi ! se tourmenter sans fin pour construire et détruire tour à tour avec la même ardeur! Quelle démence! 11 vous faut de vastes greniers! n'avez-vous pas les maisons des pauvres? Amassez des trésors dans le ciel : ceux que vous y mettrez en réserve ne seront ni rongés par les vers, ni dévorés par la rouille, ni enlevés par les voleurs. Je songerai aux pauvres, dites-vous, lorsque j'aurai rempli mes nouveaux greniers. Mais, prenez garde, vous n'avez pas fait un pacte avec la mort. D'ailleurs, votre promesse annonce plutôt la dureté que la sensibilité. Vous promettez, non pour donner dans la suite, mais
pour vous débarrasser dans le moment. (Saint Basile-le-Grand.) II. n
S58 LA TIE DE N. S JÉSUS-CHRIST. CB. lxvi.
5. Et je dirai à mon âme : Mon âme^ tu as berne onp 4e biens amassés pour plusieurs années; reposo-toi, mange^ bois, fais bonne chère. — Ainsi TOUS parlez-Tous à Tous-même dans le secret de Totre coeur; mais, qu'un pauvre se présente, réclamant de vous quelques secours : Je n^ai rien^ répondez- vous aussitôt^ je ne puis donner, je suis pauvre moi-même. Oui , vous avez raison, vous êtes pauvre : pauvre de tout vrai bien, pauvre d'amour de Dieu, pauvre d'humanité, pauTre de foi, pauvre d'espérance pour Télernité. Ah ! partagez vos récoltes avec vos frères; donnez aujourd'hui à celui qui a faim un blé qui demain sera en proie à la corruption. Cest porter à son dernier eiccs le crime de l'avarice, que de refuser aux indigents les biens même qui se corrompent. Mais^ dites-vous, est-ce faire tort à autrui que de garder ce qui est à moi? Gomment à vous? Répondez : Où l'avez-vous pris? d'où Tavez-vous apporté dans ce nrande? C'est comme si quelqu'un , étant entré le premier dans une salle de spectacle, voulait en éloigner ceux qui se présentent, et prétendait jouir seul d'un plaisir destiné à tous. Tels sont les riches avares : les biens qui devraient être oécnmuns, ils les regardent comme leur propriété exclusive, parce qu'ils s'en sont emparés les premiers. Si chacun, après avoir pris sur son bien ce qui est nécessaire à ses besoins, abandonnait le superflu aux pauvres, il n'y aurait ni riche ni pauvre. D'où viennent donc les biens qui sont maintenant en votre possession? Du liasard ? Ce serait une impiété que de le penser; ce serait méconnaître votre Créateur; ce serait payer ses bienfaits de la plus noire ingratitude. Si vous reconnaissez qu'ils vous viennent de Dieu, dites-moi, dans quel butvouslesa-t-ilconûés? Dieu ne serait-il pas injuste d'avoir fait des choses les plus nécessaires à la vie un partage aussi inégalîCar, pourquoi êtes-vous riche, et pourquoi votre frère est-il pauvre? N'est-ce pas afin que vous puissiez recevoir, vous, le prix de votre bienfaisance et de votre fidèle administration; lui, la récompense magnifique de sa résignation et de sa patience?
(Saint Basile-le-Grand.)
6. Insensé! cette nuit on va te redemander ton âme; et les choses que tu as amassées, à qui seront-elles? - On ne peut assez déplorer l'aveuglement des hommes de ne vouloir pas penser à la mort, et de se détourner d'une chose inévitable que l'on pourrait rendre heureuse en y pensant. Rien n'est si terrible que la mort pour ceux qui sont attachés à la vie. Il est étrange que tant de siècles [lassés ne nous fassent pas juger plus solidement du présent et de l'avenir, ni prendre de plus grandes précautions. Nous sommes infatués du monde, comme s'il ne devait jamais finir. La mémoire de ceux qui jouent aujourd'hui
€B. LXVi. LA VIB DE N. S. lÉStS*CHItIST* SG9
les plus grands rôles sur la scène périra avec eux. Dieu permet que tout se perde dans Tablme d'un profond oubli, et les hommes plus que tout le reste. Les pyramides d^Égypte se voient encore, sans qu'on sache le nom de cehii qui les a faîtes. Que faison»-nous donc sur la terre T et à quoi servira la plus douce vie , si, par des mesures sages et chrétiennes» elle ne nous conduit pas à une plus douce et plus heu*» reuse mort? (Féheloiv*)
6. Et les choses que tn as amassées, à qui seront-elles ? ^Vous pos» sédez une terre! Mais comptez combien de gens Font possédée avant vous; entrez ensuite dansTavenir, et songez à ceux qui jouiront de ce même bien. Qui est celui qui osera s'en prétendre le propriétaire, de ceux qui l'ont été, qui le sont, et qui le seront? Imaginez-vous que vous êtes en voyage, et que dans votre chemin vous rencontrez un arbre dont les rameaux épais vous invitent à chercher sous leur feuillage un abri contre la chaleur de Tété. Après y avoir pris quelque repos, vous quittez l'ombre hospitalière, et vous cédez la place à un autre voyageur, à un inconnu, étranger comme vous, qui viendra à son tour s'arrêter un moment sous ce même ombrage, se désaltérer à la mémo source où vous étiez venu étancher votre soif, et qui ne sera pas le dernier ; d'autres et d'autres encore viendront et passeront. Dans un même jour cet arbre aura servi de retraite à beaucoup de passagers, dont pas un n'eut le droit de s'en prétendre le possesseur. Voilà l'image des biens et des richesses de ce monde. Plusieurs en jouissent, mais pas un n'en est vraiment le maître. (Saint Astère.)
6. Et les choses que tu as amassées, à qui seront-elles? — Mais pour qui donc sera ce que vous avez amassé? Misérable! cette nuit même on va vous redemander votre âme ! Incertain du moment où il vous faudra tout quitter, vous n'êtes jamais assuré de sa possession; vous ne marchez qu'à travers les écueils; de tous côtés des vagues menaçantes, et vous courez après des ombres ! et vous fuyez des biens réels pour ne saisir que des fantômes! Que faire donc? m'allez-vous dire. Rien qu'une chose : n'ayez que du mépris pour la richesse. Votre âme avant touti Dépouillez-vous de vos biens : sinon de tous, du moins du superflu; ne portez point un œil d'envie sur ce que vous n'avez point; gordez-vous de dépouiller la veuve et l'orphelin. S'il est parmi vous quelqu'un à qui sa conscience en fasse le reproche, qu'il s'accuse lui-même plutôt que de s'en prendre à mes paroles. Il faut à votre cupidité un bien qui soit à vous? Cherchez-le là où il n'y a point d'envieux
îeo LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. co. lxti.
à redouter; cherchez-le là où tous pouvez Tacquérir et le conseryer avec une entière sécurité. (Saint Jean-Chrtsostôiie.)
7. Ainsi en est-il décelai qui thésaurise en ses propres mains, et qui ne s'amasse point de richesses entre les mains de Dieu. — Craignez le sort de cet avare sordide qui veut couver des yeux tout ce quMl amasse, sans rien confier à qui que ce soit, même à Dieu. Mais comment placer ses richesses dans le ciel, entre les mains de Dieu? 0 hommes I imitez la terre; laissez, comme elle, approcher de vos trésors, et ne vous laissez pas vaincre en générosité par une chose inanimée. En outre , ce n'est pas pour les dévorer, ni pour en jouir elle-même, que la terre produit des fruits : c'est pour les autres, et pour vous en même temps; ainsi elle est généreuse sans profit pour elle. Mais vous, quand vous répandez autour de vous des fruits de bienfaisance, vous en profitez le premier : car tout Favantage, tout le mérite des bonnes oeuvres re* monte à celui qui les fait. Quand vous avez nourri l'indigent, tout ce que vous lui avez donné vous revient avec usure. Comme la semence qui tombe sur la terre profite à celui qui la jette, de même les biens que vous répandez dans le sein du pauvre vous rendront au centuple. Ne songez à recueillir sur la terre qu'afin de semer pour le ciel. Semez, dit le prophète, semez pour vous-mêmes dans la justice. Pourquoi ces inquiétudes, ces tourments qui vous rendent malheureux? Pourquoi cet empressement à emprisonner vos biens dans des murs de boue et de briques? Si vous êtes épris des richesses à cause de la gloire qui s'y attache, n'est-il pas plus glorieux pour vous d'entendre mille infortunés vous appeler leur père, que de compter dans votre bourse mille pièces d'or? Cet argent, ou cet or, il vous faudra bon gré mal gré le laisser après vous ; mais la gloire que vous recueillerez de vos bonnes œuvres, vous remporterez au tribunal du souverain Juge, alors qu'en présence de tout un peuple reconnaissant, vous serez proclamé le père nourricier, le bienfaiteur des pauvres, et salué des autres noms que Ton prodigue à la bienfaisance. Un Dieu qui reçoit vos présents, les anges qui célèbrent votre libéralité, toutes les générations applaudissant à votre bonheur, une gloire éternelle, une couronne de justice, un royaume céleste : telles sont les récompenses qui vous sont promises. Distribuez donc vos richesses; soyez libéral, magnifique même dans vos largesses envers le pauvre. Méritez que Ton dise de vous : a II a donné , il a semé ses biens dans le sein de ceux qui avaient be* soin; sa justice demeure éternellement. v> (Saint Basile-le-Grand.)
en. Lxvi. LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 201
7. Ainsi en est-il de celui qui thésaurise en ses propres mains ^ et qui ne s'amasse point de richesses entre les mains de Dieu. — Ne vous enorgueillissez donc pas des richesses ni d^aucun autre ayantage d'ici-bas. Si celui qui est fier de ses qualités spirituelles se perdlui-niême^ combien plus se perdra celui qu^une prospérité temporelle rend vain et superbe ! Pensons à la faiblesse de notre nature, rappelons-nous la multitude de nos fautes; voyons qui nous sommes, et nous serons humbles. Ne dites pas^ J'ai des trésors en réserve pour tant et faut d^annéesj'ai des milliers de talents d'or, mes revenus augmentent tous les jours. Paroles inutiles, discours superflus ! Souvent toute cette fortune est en. levée d'une maison en une heure, en un moment, comme un vent impétueux enlève une poussière légère. Toute la vie est pleine de pareils exemples ; rÉcriture est remplie de ces leçons : aujourd'hui riche, demain pauvre. Aussi n'en tends-je jamais qu'avec une sorte de pitié ces clauses de testaments, Je lègue à un tel mes terres ou ma maison, à un autre la jouissance. Nous avons tous la jouissance des richesses ; personne n'en a la propriété absolue. Quand elles nous resteraient toute notre vie, ^ansêtre emportées paraucune révolution, ne faudrait-il pas toujours, à la mort, les céder à d'autres malgré nous, et passer dans un autre monde, dépouillés de ces biens dont nous n'aurons fait que jouir quelques instants?D'où il suit que le seul moyen d'avoir la propriété des richesses, c'est d'en mépriser la jouissance, d'en dédaigner la possession. Celui qui s'en détache et les jette dans le sein des pauvres, en fait un usage utile : elles l'accompagnent au sortir de cette vie; et, loin de les perdre à la mort^ c'est alors, au contraire , qu'il les retrouve avec des intérêts immenses, lorsqu'au jour du jugement il a plus besoin de secours, lorsqu'on demandé à tous le compte de leurs actions.
(Saint Jeàn-Chrysostôme.)
13. Voyez les liSj et comment ils croissent. — Ouvrez les yeux, ô enfants d'Adam! c'est Jésus-Christ qui vous y exhorte; contemplez le ciel et la terre, et la sage économie de cet univers : est-il rien de mieux entendu que cet édifice? Est-il rien de mieux pourvu que cette famille?... llya de l'inégalité dans les créatures, parce que cettemêmebontéquia donné l'être aux plus nobles ne l'a pas voulu envier aux moindres. Mais depuis les plus grandes jusqu'aux plus petites, sa providence se répand partout, elle nourrit les petits oiseaux qui l'invoquent dès le matin par la mélodie de leurs chants; et ces fleurs, dont la beauté est si tôt flétrie, la providence du Père céleste les pare si superbement durant ce petit moment de leur vie, que Salomon dans toute sa gloire n'a rien de comparable à cet ornement. Et vous, hommes qu'il a faits à son
t^ LÀ TEE DE N. S. JtSVS-GHRIST. cii. Lxn.
image ^ qu'il h éclairés de sa conimissance , quil a appelés à son royaume^ pouvi:t-vous croire quil vcms oublie? Est-ce que sa puissance n'y suffira pas? Mais un père^ et un père si partait, peutril oublier ses enfanl8> lorsqu'il répand ses bontés jusque sur les moindres créatures?
(BOSSVET.)
13. Voyex lu Ut^ et cwtmmt H$ crmtent. ^ A quel dessein cette riche parure dont le Seigneur a rerétu une simple fleur, ce lis de nos campagnes, qui brille un moment, et qui le soir sera cueilli pour être jeté au feu ? Pourquoi cette profusion de beautés, dont il s'est pta à les décorer, jusque*là que Salomon, dans toute la gloire de sa pourpré, n'a rien qui leur puisse être comparé ? Dieu a touIu nianifestei|out ensemble sa sagesse et sa puissance : ce n'est pas le del seulement qui raconte la gloire duCréateur, la terre aussi le célèbre avec non moins de magni* flcence. Le Psalmiste Texprime par ces mots : Louez le Seigneur, 6 vous, arbres fruitiers, avec tous les cèdres. •% Tous te louratileur manière : les uns par la douceur de leurs fruits, les autres par la pompe de leur feuillage et l'étendue de leui-s rameaux. Puisqu'il a répandu tant d'ornements sur de simples fleurs, condamnées à mourir si près de l'instant qui les a vues naître, et seulement pour montrer sa toutepuissanoe» comment refuserai t-il à la plus noble de sescréatunascequi lui est nécessaire pour le soutien de sa vie ? (S. iiAii-GaiTSosrôvi.)
17. Cherchez avant tout le royaume de Dieu et sa justice. — Admirez, 6 enfants de Dieu, la conduite de votre Père. Je ne me lasse point de vous en parler, et cette vérité est trop belle pour croire que vous vous lassiez de l'entendre. Voyez les degrés merveilleux par lesquels il vous conduit insensiblement à cet haute tranquillité. Nos désirs épanchés dans le soin des biens superflus, il les restreint premièrement dans le nécessaire. Ah ! que de soins retranchés, que d'inquiétudes calmées 1 tiu'il est aisé de se contenter lorsqu'on se réduit simplement à ce que la nature demande 1 elle est si sobre et si tempérée ! Après quHl nous a réduits àce nécessaire, il nous montre quelque chose de plus nécessaire encore ! son royaume, sa vie, sa félicité, il détourne par ce moyen notre esprit de cette forte application qui nous inquiète pour la conservation de cette vie. Enfin, nous ayant menés à ce point, nous ayant ouvert le chemin à ce royaume de félicité, il rompt en un moment toutes nos chaînes, il termine toutes nos craintes. Ne craignet pas, dit-il, ne craignez pas, petit troupeau, parce qu'il a plu à votre Père céleste de vous donner un royaume. Ne considérez le nécessaire de la vie présente, et la vie présente elle-même, que comme un accessoire, un superflu dont vous ne devez point vous inquiéter. (Bossuet.)
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n. Cherchez atmt Uut le royaume de Dieu et sa juitice. — Eh l que perdons-nous en négligeant les intérêts de la terre, en oubliant ce triste séjour où rame, en proie à la tyrannie de maîtres cruels et capricieuix, emportée par mille et mille orages, qui se croisent, devient le jouet des passions les plus contraires? Cest la crainte, c'est le désir, c'est Tin* quiétude qui TagitenL D'un côté, des joies vaines et mensongères; de Tautre, le regret déchirant d'avoir perdu Tobjel de ses affections, puis Tardeur d'acquérir ce qui lui manque. Id, le ressentiment amer d'une injustice dont elle a à se plaindre; là, la flamme de la vengeance qui la dévore. L'avarice l'enchaîne par ses liens de fer, la luxure Tépuise en prodigalités, l'ambition l'asservit, Torgueil la goufle, l'envie la met au supplice, la paresse semble la jeter au tombeau, le découragement l'anéantit. Un tel état de guerre ne nous donne-t-il pas l'image sens!* ble d'un châtiment auquel il est impossible d'échapper, même avec La \ie la mieux réglée? (Saint Adgustih.)
18. Ne craignez point j petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner un royaume. — De toutes les paroles que prononce le Fils de Dieu dans ce discours , les plus capables de nous inspirer du courage parmi nos misères et nos faiblesses sont celles-ci : Ne craignez point, petit troupeau, car il a plu à votre Père céleste de vous donner un royaume. Dans tout ce qui précède, on nous apprend à ne pas craindre de manquer de nourriture : car Dieu y pourvoit, et sa oon* duite ordinaire est de ne pas laisser manquer du nécessaire ceux qui. se fient en lui. Mais ici, il nous élève plus haut. Car, après tout, quand vous viendriez à manquer de pain, qu'en serait-il? Vous auriez aicore un royaume. Et quel royaume? Celui de Dieu* Ce royaume n'esl pas pour les grands du monde : c'est pour les petits, c'est pour les humbles, c'est pour ce petit troupeau que le monde compte pour rien^ mais que le Père céleste regarde ; qui , en effet, semble n'être rien eu comparaison de la multitude immense et de l'éclat des impies. Mais c'est pour ce petit troupeau que Dieu conserve le reste des hommes^. Que craignez -vous donc? De mourir de faim ? Combien de martyrs en sont morts dans les prisons! Cette mort les a-t-eUe empêchés de recevoir la couronne du martyre? Au conti*aire, c'est par elle qu'elle a été mise sur leur tête. (Bossdet.)
20. Faites-vous des bourses que le temps n'use point, un trésor dont vous ne perdiez rien, un trésor dans les deux. — Car, que sommesnous ici-bas? y pouvons-nous demeurer longtemps? Non ; la vie n'est
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qu'un voyage^ nous la traversous en courant. Vous n^y êtes qu'étranger, et non pas domicilié. M'entendez-vous bien? étranger, vous dis-je, et voyageur. — Pourtant, m'allez-vous répondre, je demeure dans telle ville.— Vous vous trompez, ce n'est qu'un passage qui vous mène à un autre, à la cité véritable vers laquelle vous marchez à chaque pas que vous faites dans la vie. Quel homme de bon sens s'avisa jamais de cacher son trésor dans un lieu de passage? Cette auberge où vous entrez pour vous y reposer un moment, perdez-vous le temps à Torner d'une pompe vaine? Vous y prenez votre repas, et vous vous remettez en route le moment d'après. Cest la même chose pour la vie présente; et encore, avec cette circonstance remarquable, que pour Tauberge où vous vous arrêtez quelques instants, vous êtes libre de disposer du temps où vous y entrez comme de celui où vous en sortez, au lieu qu'une fois entré dans la vie, vous ne savez pas quand vous en sortirez. (Saint Jeau-Chrysostôub.)
ÉLÉVATION
Que nous serions insensés et malheureux, Seigneur, si nous établissions notre trésor sur cette terre, qui n'est qu'un lieu de passage sur le chemin de l'éternitél Seraient-ce les richesses qui attacheraient nos pensées et nos désirs? Mais qui nous en garantira la possession ? Et quand même elle nous serait assurée, ces biens qui n'entrent pas avec nous dans la vie, n*en sortent pas avec nous, et la mort qui confond tous les hommes, ne nous accordera pas un espace de terre plus grand qu'au plus misérable d'entre eux. Aurions-nous placé ce trésor dans les affections du cœur? Ah I les plus douces et les plus légitimes ne sont pas sans quelque amertume , puisqu'il s'y mêle la crainte de se voir enlever cette source de jouissances et de bonheur. Serait-ce dans les fêtes tumultueuses du monde, dans ses agitations sans joie, dans ses plaisirs coupables ou dangereux? 0 vanité des vanités! Rien de tout cela ne saurait avoir de charme pour une âme sérieuse, encore moins l'enchaîner à la terre. Admettez-nous, mon Sauveur, dans ce petit troupeau auquel votre Père céleste donne un royaume; c'est là que nous placerons notre richesse : nos œuvres, nos paroles, nos désirs, puriflés par le feu de votre amour, iront former ce trésor qui ne craindra ni les voleurs, ni la corruption, et qui assurera nos droits à la bienheureuse immortalité.