CHAPITRE LXV
1-18. Tandkqve lésas iastrait «esducipl«s et le peuple h Bélbabara, un Pharisien nnvîte k prendra chez lui son repas ; imprécations contre lesPharisiem el les doctenrsde la loi. — 19-30. Jésos exhorta la foale à les abandonner sans eraindro leur farear, et àa*athackar k loiconrageaseincnt. — 31-32* n refuse des^occaper d^&ffaires matéridies (fin de novembre, trobîëme année de sa vie pnbliqae.)
Luc, XI, 37-54; XII, 1-14.
Et dun lofMNlnr,
rogavit illom qnidam Pharisasas nt pnnderel «pad se. Bl ingreasos re« cobolL
Phariscns antem cœ-
Sit intra se reputans icere, qaara non baptisatos esset anta pran-
Et «H Domina* ad illom : Nnnc tos Phari;sl, qaoci deforis est calicis et catinif mnndatb ; qood anlem intùs cat vesiram, plennai est rapini et iniqoitale.
Slolli» nonnè qoi fedt qnod deforis est, etiam id qnod deintùs est , fecit?
1 . Pendant que Jésus parlait, un Pharisien le pria de venir chez lui prendre son repas. Et, étant entré, il se mit à table.
2. Or le Pharisien pensait en lui-même et se demandait pourquoi il ne s'était point purifié avant le repas ^.
3. Et le Seigneur* lui dit : Maintenant encore*, vous, Pharisiens^, vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat^; tandis que ce qui est au-dedans de vous-mêmes est plein de rapines et d'injustices.
4. Insensés 1 celui qui a fait le debors n'a-t-il pas fait aussi le dedans®?
Phar(s(BU$ vident admirahatur qubd non priùs ablutus esset anii prandium, or, le Pharisien voyant (comment Jésus s'était mis à table) s*élonnait de ce que d'abord il ne s'était pas purifié avant Le repas (n'avait pas pratiqué les purifications d'usage en pareille circonstance).
* t 3. Entendant la pensée de cet homme. (Samt Adodstin.)
^ f zT Sous-entendu, après les prédications de Jean-Baptiste, après que rÉvangila a été promulgué pour la Judée au bruit des miracles les plus éclatants.
* t 3. Quf vous vantez d'être plus exacts et plus scrupuleux que le reste des hommes.
* f Z, Vous vous bornez à purifier le dehors des vases qni contiennent votre cœur et votre flme, et vous vous persuadez que cela surfit pour tout sanctifier en vous.
* t 4. Vous purifiez votre corps, parce qu'il est l'ouvrage de Dieu; mais, celui qui a créé le corps n'a-t-il pas aussi créé l'àme?
Vernintamcn qaod snpcrot f cbte eleemofynam : et ecre oinnia mundo snnl ? obis.
Sed rm Tobis Pba* nsKU , quia decimatis veiithaA, et ratam, et oiune olos ; Pl pr»teritU îadiciam et cnarilalem Dei ; bec aatem oporloit facerei et iUa non omit* ten.
cil. Lxr.
Vie Tobis PbariMÎe, qaia diligilis primas catbedras in sjnagogis, et lalotaU'onea in fore.
y m Tooia, qnia esUa nt monamenla qnie non appareni, cl bomines ambulanlea su[>rà , nés* ciont.
Reapondens anlem qnidam ei Legisperitis, ait illi : Magislrr, barc dicens, etiaro conlomeliam nobis facis.
At aie ait : Et Tobii Legi^erilis va , qoia
5. Donnez donc en aumône de ce qui reste* : alors tout sera pur pour vous*.
6. Mais*, malheur à vous, Pharisiens, qui séparez vous-mêmes la dixième partie de la menthe, de la rue, comme de tous les légumes * , et qui n'avez nul souci de la justice et de la charité de Dieul Ces choses, il les fallait faire', et les autres, ne point les omettre.
7. Malheur à vous, Pharisiens I parce que vous aimez les premiers sièges dans les synagogues, et au'on vous salue dans la place publique.
8. Malheur à vousi parce que vous ressemblez à des sépulcres^ qui ne paraissent point, et sur lesquels les hommes marchent sans le savoir.
9. Alors un Docteur de la loi , prenant la parole, lui dit : Maître, en disant cela, vous nous outragez également.
1 0 . Jésus répondit : Et à vous aussi , Doc-
' t 5. Gr. rà iv^vroe, Ula quœ {fifutil, les choses qui sont dedans, c'est-à-dire les fruits des rapines et des injustices qui déposent contre vous dans votre conscience, ou qui sont encore dans votre maison, parmi vos biens; donnez-les en aumdne, accompagnée de la pénitence et de la charité. Notre-Seigncur, parlant à des docteurs omet une foule de détails qu'ils comprenaient suffisamment.
* y 5. L'âme et le corps seront beaucoup mieux purifiés que par vos ablutions sans vertu.
s t 6* Sous-entendu, vous êtes bien éloignés de le faire, quelque scrupuleux que vous aimiez à tous montrer; malheur donc!
^ i Q, Comme la menthe, la rue et le cumin entrent quelquefois dans la préparation des aliments, les Pharisiens tenaient à les considérer comme légumes; ils en séparaient eux-mêmes la partie voulue pour la dîme, afin que rien n'y manquât.
* ^ 6. H fallait veiller à ce que la dtme fût exactement payée , mais sans vous dispenser Jamais des devoirs de justice et de charité que Dieu vous impose tout aussi bien que ceux qui concernent son service extérieur.
* f 8. Remplis d'ossements et de pourriture infecte.
eu. tw.
oneralis hommes one- TJbus quœ portare non pos&ani, eti'iMtnno digito veslro non tangilù
Vae vobisqai aedificatis mooDineBUi Prophelaram : patres aotem rettiiocciderant illos.
ProCcclô tesliTicamîni qu6d consaBlitis operi« bus patrum Testroram :
qaoniam ipsi qnidem eos occidefont, tos aatem cdificatis eoram sepaiera.
Proptereà et sapienlia Dei diiit : Mittam ad illos Prophètes, et Aposiolos, et ex ilHs occideati etp^i««qii«n:iir;
Ct inqairatnr sangnit omnium Prophetarum, qui cffusos est à cODStilu* Cione mnndi à genentione islâ:
Asangnîne Abe), iisqne ad sanguincm Zacharîae, qui periit inter altare et cdem. Itk dlco Tobis requirelur ab bac genert* lione*
se vobis LegUperitis, <pia talislis clavem scientic, ipû non inkrotstis,
LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. «If
leurs de la loi , malheur I parce que vous chargez les hommes de fardeaux qu'ils ne peuvent porter, tandis que vous-mêmes ne touchez pas du doigt des charges moindres. 1 1 . Malheur à vous, qui élevez des tombeaux aux Prophètes! car ce sont vos pères qui les ont tués ;
42. Et il y a de votre part témoignage rendu et assentiment donné* aux œuvres de vos pères: eux les ont tués, et vous, vous élevez leurs tombeaux,
43. C'est pourquoi* la Sagesse de Dieu a dit : Je leur enverrai des Prophètes et des Apôtres; et ils tueront les uns, et les autres, il les persécuteront.
44. De sorte que tout le sang des Prophètes, qui a été versé depuis le commencement du monde , sera redemandé à cette génération * :
1 5, Depuis le sang d'Abel jusqu'au sang de Zacharie, qui périt entre le temple et l'autel. Oui, je vous le dis, ce sang sera redemandé à cette génération.
4 6. Malheur à vous. Docteurs de la loi I parce que vous avez pris la clef de la
^ f 12. &i>oL fioLfiVjjitXrs, xal vwtu^oMXrt, profisctb testificaminif et complaeetis, Oui, vous rendez témoignage et donnez assentiment. — En élevant des tombeaux aux prophètes, ils rappelaient à la mémoire Taudace de leurs pères; et en cherchant à mettre à mort le Fils de Dieu lui- môme, ils approuvaient implicitement ce que leurs pères avaient fait, eu tuant les prophètes.
* f 13. Connaissant votre perversité.
' f 14. Non pas que le fils doive porter l'iniquité de sou père : Jésus-Christ annonce seulement que la justice divine, lassée depuis longtemps, éclatera du vivant de cette génération; du reste, chacun sera puni selon qu'il Taura mérité. 11. i G
Uf
et «os qui IniroibaBt, prohiboutu.
Cil» MiteBB Imbc ad illos dicerett cœperant FJurinei et LegifperiU graviter intulere, et os ejoa oppiinitre de aral*
Insidiantes ei, et qnaprentes aliqnid eapere de we ejna^ ot aooQieraBt eom.
GH. Lxr»
Ifoltia avteA tort>M circanulantibQ)!, itk at se înTÎcem concnlcarenl, cœpit dlccre ad diacipalos snos : Atiendite à fermento Pharisdeonun , qaod est bypocrisis.
Ri&n aotem opertam est, qnod non reveletar :
neque absconditum , qaod non scialor.
Qnoniam qaae intenebrisdini&tis, in Inmine dicentur : et quod in «orem loculi e>tis in cobicalis pradicabilar {b tecllL
LÀ TIE DE N. 8. JÉSOS-GHRIST.
science , et n'y êtes point entrés, et avez empêché ceux qui entraient.
17. Gomme il leur disait ces choses, les Pharisiens et les Docteurs de la loi se mirent à le presser à outrance et à l'interrompre par toutes sortes de moyens,
1 8. Lui tendant des pièges, et cherchant à surprendre quelque parole de lui , pour l'accuser.
19. Et comme une foule énorme se pressait autour d'eux*, au point qu'ils marchaient les uns sur les autres, Jésus, s'adressant à ses disciples, leur dit : Gardez-vous du levain des Pharisiens, qui est l'hypocrisie* :
20. Car il n'y a rien de caché qui ne se découvixî, ni rien de secret qui ne se révèle *•
21. Ce que vous avez dit dans les ténèbres sera répété à la lumière; et ce que vous avez dit à Toreille, dans l'intérieur de la maison, sera publié sur les toits.
' f 19. Gr. iv olç C7rc7uv«xdsc7ûv râv firjpMuv tov tx^ou^ in quihus adcongregatis myriadibus turhœ, parmi lesqads (Pharisiens) des myriades de peuple s'étant rassemblées. Une myriade est de dix mille; Il y avait donc là une foule plus grande que jamais; par conséquent les reproches et les malédictions que lé&us-Christ venait d'adresser aux Pharisiens et aux docteurs durent avoir an retentissement terrible pour leur orgueil et leur tyrannie.
• y 19. Ne les imitez pas, ne faites rien qu'il faille cacher. Ne soyons pas étonnés do voir Notre-Seigneur porter contre les Pharisiens et les docteurs cette accusation d'hypocrisie qu'il réitérera encore bien des fois. Le rabbin Nathan cité par Rabba, et témoin contemporain, disait lui-même alors : a Si l'on partageait en dix parts la corruption des mœurs de ce siècle, neuf parts reviendraient à Alexandrie, et une au reste du genre humain; si l'on divisait de même les richesses, Rome en aurait neuf parts, et le reste des hommes la dixième; si l'on partageait en dix parts l'hypoorlsîe, neuf parts seraient pour Jérusalem, et une pour le reste des hommes. »
s y^ 80. L'hypocrisie ne trompe pas éternellement ; tôt ou tard ses hideax mystères se trouvent dévoilés et mis au grand jour. La vertu aussi sera manifestée.
CB. tXT.
Dico antexn Tobti «mr cit meis ; Ne terreamini ab his qui occidant cor« pns , et posl bce non tiabent «mpliùa, qakl facîant.
OBtendam aatem Tobb qoem timeatia : timete •om, qoî poctqnkiD occident, babet potestatem mittere in feb«iiiiam. Il M dico Tobis ; Hmic limeto.
Konnè qninque paaaercs veoennl dipoodio, et anus ex illia non est in oblif ione coram Dec ?
Sed et eapiUi capilla Testri omnea nnmerati sont. Nolîle ergb liniere :
nanUi» paKcribns ploria
MtiiTM.
Dicoantem vobb i On> nis qnicomqQe eonf(ea!>Qs fuerit me coram bominîbas, et Pillas bominb confilebitur illum coram Ang«lia Dei :
Qai aiitem negarerit me coram hominibas, negabilur coram Apgelii
Et cm nis qni dicit Terbom in Filiam bominis, remille lur illi ; ei aulem, qoi in Spintom Saticlam blasphémavarit, non remiUetor.
Cùm «ntmn indncent ▼os in «jnagogss» et ad magistralus , et pote^ tates, noUu aoUkia mm
LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. f43
22. Je VOUS dis donc à vous, qui êtes mes amis : Ne craignez point ceux qui tuent le corps , et ne peuvent rien faire de plus.
23. Mais je vais vous dire qui vous devez craindre ; Craignez celui qui, après avoir ôlé la vie, a le pouvoir de jeter dans la Géhenne : oui , je vous le dis , celui-là craignez-le.
24. Nedonne-t-on pas cinq passereaux pour deux oboles? Et pourtant pas un d'eux n'est en oubli devant Dieu.
25. Les cheveux même de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc point, vous valez mieux que beaucoup de passereaux ensemble.
26. Or, je vous le dis : Quiconque m'aura confessé devant les hommes, le Fils de l'homme aussi le confessera devant les anges de Dieu ;
27. Et celui qui m'aura renié devant les hommes sera renié devant les anges de Dieu.
28. Et si quelqu'un parle contre le Fils de rhomme, il lui sera pardonné; mais quiconque aura blasphémé contre l'Esprit- Saint, il n'y aura point de pardon pour lui^.
29. Lorsqu'ils vous conduiront dans les synagogues, devant les magistrats et les puissants de la terre, ne vous inquiétez
* t iB. On entend par le péché contre le Saint-Esprit la perversité qui résiste avec une obstination persévérante à la vérité connue, et qui préfère attribuer au démon des faits divins, plutôt que de les admettre comme tels.
844 LÀ TIE DE N. S. lÉSUS-CHRIST. en. lxv.
qniiiiter tut qaid re». Doint coHiment VOUS répondfez ni de ce
pondealis , ant qnid di- ^ *■
*^**"*- que vous direz:
do^ebïîi.lnrrf'ho*rr ^^ ' ^^^ rEsprît-Saîiit vous suggérera quidoporteaiTosoicere; ^ l'heuro mêiïie ce quo vous devez dire.
AU antem eî quidam 31. Alors, du miUeu de la foule un
de tarbA : MagUler, die
frainmcotiidiTid.tni0- homuie* dit à Jésus : Maître, dîtes a mon
coin oaerettJlateni* '
frère de partager avec moi un héritage. Al nie dhit iiii î 32. Mais Jésus lui dit : Qui m'a établi
Homo, quia me consli-
iïi w^r*w.r '^'''~' powr juger vos querelles, ou pour faire vos
partages*?
*■ f 31. Probablement un instrament dont les Pharisiens et les docteurs se servaient pour surprendre une parole de Jésus-Christ contre le droit d'aînesse, et soulever contre lui ce qu'il y avait de plus riche et de plus puissant dans la nation.
* f 32. Comme la demande avait été faite, selon toute probabilité, à rinstigaliou des Pharisiens , Jésus-Christ en prend occasion pour révéler de plus en plus leur avarice et leurs rapines. Les Pharisiens non plus n'avaient pas été établis pour faire les partages : ils s'y ingéraient d'eui-mèmes au grand détriment de ceux qui se laissaient endoctriner par eux. Tel est le sens de ces mots, qui m'a établi,,, ? Autrement ils ne seraient pas compréhensibles dans la bouche de celui qui a le pouvoir de tout juger, de tout régler, de tout sanctionner, non-seulement sur la terre, mais encore dans le ciel et dans les enfers, pouvoir qui est dans sa nature divine, et qu'il ne prétend aucunement abdiquer h notre égard.
5, Faites donc l'aumône de ce qui reste^ et tout sera pur pour vous. — Je ne veux pas dire que vous ne soyez , dans la rigueur du terme, que les dispensateurs des richesses que vous avez; ce n^esl pas là ce que je prétends. Car ce partage de biens s'étanl fait d'un commun consentement de toutes les nations, et ayant été autorisé par la loi divine, vous êtes les maîtres et les propriétaires de la portion qui vous est échue; mais sachez que si vous êtes les véritables propriétaires selon lajuslice des hommes, vous ne devez vous considérer que comme dispensateurs devant la justice de Dieu, qui vousen fera rendre compte. Ne vous persuadez pas quMl ait abandonné le soin des pauvres. Encore que vous les voyiez destitués de toutes choses, gardez-vous bien de croire qu'ils aient tout à fait perdu ce droit naturel qu'ils ont de prendre à la masse commune tout ce qui leur est nécessaire. Non, non, ô riches du siècle, ce n'est pas pour vous seuls que Dieu fait lever
son soleil^ ni qu'il arrose la terre, ni quMi fait profiter dans son sein une si grande diversité de semences. Les pauvres y ont leur part aussi bien que vous. J'avoue que Dieu ne leur a donné aucun fonds en propriété; mais il leur a assigné leur subsistance sur les biens que vous possédez^ tout autant que vous êtes de riches. Ce n'est pas quMl n'eût le moyen de les entretenir d'une antre manière, lui sous le règne duquel les animaux mêmes les plus vils ne manquent d'aucune des choses convenables à leur subsistance. Ni sa main n'est raccourcie, ni ses trésors ne sont épuisés; mais il a voulu que vous eussiez l'honneur de faire vivre votre semblable. Quelle gloire , en vérité, si nous la savons bien comprendre ! Par conséquent, bien loin de mépriser les pauvres, vous les devriez respecter, les considérant comme des personnes que Dieu vous adresse et vous recommande. (Bossuet.)
5. Faites Vaumône de ce qui vous reste. ^ En traversant les rues et la place publique pour me rendre dans celte enceinte, j'ai vu une multitude d'infortunés étendus par terre, les uns privés de leurs mains, les autres de leurs yeux; d'autres couverts d'ulcères et de plaies incurables, étalant à tous les regards ces membres qu'ils devraient cacher dans l'état d'horreur où le mal les a réduits. 11 y aurait de Tinhumanité à ne point vous en parler, surtout quand la circonstance actuelle nous en fait une loi si pressante. Si nous devons en tout temps vous exhorter à l'aumône, parce qu'en tout temps nous avons besoin delà miséricorde du Haitrc commun qui nous a créés, combien plus ne le devons-nous pas faire dans la saison rigoureuse où nous sommes maintenant! Pendant Tété, la saison elle-même vient en aide aux pauvres : ils peuvent marcher nus sans péril; les rayons du soleil les défendent contre leur nudité. Us peuvent impunément coucher sur la terre; ils n'ont besoin, ni de chaussures, ni de vin, ni d'une nourriture abondante : une fontaine leur présente leur boisson ; quelques herbes, voilà leurs simples mets, et la nature, alors, est toujours prête à les leur fournir. Un autre soulagement qui n'est pas moindre, c'est qu'ils ont plus de moyens de travail. Ceux qui font bâtir des maisons, qui cultivent la terre ou qui parcourent les mers, ont besoin de leurs bras. Les maisons, les champs, les héritages assurent l'existence des riches; les pauvres n'ont de revenus que ce qu'ils gagnent. L'été, ils peuvent trouver encore quelques ressources; l'hiver, tout leur fait la guerre : au dedans, la faim dévore leurs entrailles; au dehors, le froid glace leurs membres et y éteint le sentiment. 11 leur faudrait plus de nourriture, des vêtements plus chauds, un toit, un lit, des chaussures et
Sf6 LA TIE DE N. 8. JÉSUS- CHRIST. ch. lxt.
mille autres choses. Ce qu'il y a de plus triste dans leur situation , c'est que la rigueur du temps leur ôte tout moyen de travailler. Si donc leurs besoins se multiplient quand toute ressource leur manque^ lendons-leur une main propice , et soulageons-les par une aumône généreuse. (Saint JEAU-^iHRTSOSTÔME.)
5. Faites Vmmône. — Pour accomplir ce précepte du divin Maître, suivons ravis de Tun de ses apôtres : Chaque fois que viendra le jour du Seigneur, mettons en réserve pour les pauvres une partie des biens que nous tenons de la bonté de notre Père céleste. Faisons-nousen une loi sacrée, et nous n'aurons plus besoin d'être animés ni exhortés. Y a-t-il un discours qui ait la force des habitudes? Si nous nous faisons une règle de mettre quelque chose à part le dimanche pour le soulagement des pauvres, ce sera pour nous une loi imprcs« criptible, quelque nécessité qui nous presse. Après avoir dit, « Le premier jour de la semaine, » Tapôlre ajoute» a chacun de vous. » Je ne parle pas seulement, dit-il, aux riches, mais encore aux pauvres; nonseulement aux personnes libres, mais encore aux esclaves; non-seulement aux hommes» mais encore auiL femmes. Que personne ne se dispense de cette bonne œuvre ; que personne ne se prive du fruit qu'on peut en recueillir, toujours dans la proportion de nos moyens : car la pauvreté même ne saurait être un obstacle. Quelque pauvre que vous soyez, vous ne Tètes pas plus que cette veuve de TÉvangile qui donna tout ce qu'elle possédait Quelque pauvre que vous soyez, vous ne Têtes pas plus que celte veuve de Sidonie qui, réduite à une poignée de farine, pressée par la faim, entourée d'enfants, oublie ses besoins, ceux de sa famille, et s'empresse de recevoir le prophète. Mais pourquoi saint Paul dit-il, a Que chacun de vous mette à part chez soi, en thésaurisant?!» Pour ménager la délicatesse de celui qu'une trop faible offrande aurait pu faire rougir. 11 ajoute aussitôt : a Gardez chez vous le produit de vos épargnes, et lorsque vous aurez grossi votre petit trésor par des contributions successives, alors venez nous Toffrir. » Il se sert du mot thésaurisant, afin de vous apprendre que cette dépense devient pour vous un véritable trésor, et le plus précieux de tous. (Saint Jian-Ghrtsostôiie.)
17. Comme il leur disait ces choses j les Pharisiens et les Docteurs de la loi se mirent à le presser à outrance et à l'interrompre par toute sorte de moyens. — Us commencèrent alors, mais pour ne point finir de sitôt: car le pharisaisme ne fut point éteint par la chute du temple
€B. LXY. LA VIE DE K. S. JÉSUS-CHUIST. 24T
de Jérasalem, ni par la dispersion des Israélites. La plupart des Jwifs qoi \\retit anjoard'hoi sont de eette secte, attachés, eomme ceux d'autrefois, aux traditions des anciens, qu'ils appellent la loi orale* CeM qni rejette la l&i orale, est un apostat; il mérite la fnort, disent les Pharisiens onMabamstes : car c'est le nom qu'on leur donne communément Benjamin de Tndèle, qui Trvait sur la fin du douzième siècle, dit qu'il trouTft dans son Toyage, des Pharisiens qui déploraient sans cesse la désertion de Sion et de Jérusalem ; qui s'abstenaient de chair, et aHaient ordinairement vêtus de noir, jeûnant tous les jours, àVexccih tioQ du jour du sabbat, et priant sans cesse pour la délîYrance d'Israël.
(Don GAtMKT.)
2. Ne craignez pas ceux qui tuent le corpSy et ne peuvent rien faire de plus. — n 7 a parmi les hommes une étrange erreur : ilscraignenf la prison, et ils ne craignent pas l'enfer; ils craignent les ministres de la justice humaine, et ils ne craignent pas les esprits infernaux; ils craignent les souffrances passagères, et ils ne craignent pas les supplices des flammes éternelles; ils craignent de mourir pour un temps, et ils ne craignent pas de mourir pour l'éternité. Hais cet homme qui menace de vous tuer, que yous redoutez, loin duquel vous voulez fuir; celui dont la pensée sufflt pour troubler votre sommeil, dont Faspect tous épouvante jusque dans l'obscurité d'un songe; cet homme, dis-je, que peut- il vous fahreî II peut séparer votre âme de votre corps. Alors votre corps tombera dans la mort , puisque l'âme en est la vie. Mais pensez-vous que votre âme n'ait pas elle-môme son principe de vie? La vie de notre âme c'est l'esprit de Dieu, qui habite en nous quand nous sommes purs. Et vous ne craignez point de pécher lorsque Dieu vous dit, Si vous péchez, je vous abandonne! Quoi! vous redoutez un mal qui est moindre et vous êtes insensible à un plus grand? Tous vous laissez dominer par une crainte vaine et inutile , tandis qu'une crainte juste et salutaire ne peut pas entrer dans votre cœurf Je dis crainte vaine et inutile, qui ne conjure point le danger, ou qni du moins ne saurait longtemps nous y soustraire. Malgré tous leurs soins et tonte leur vigilance, en quelque endroit qu'ils cherchent un asile, sous quelques remparts qu'ils courent s'abriter, quels que soient les trésors qu'ils aient à offrir pour prix de leur rançon, de (|nelque stratagème qu'ils puissent user pour échapper à leur ennemi, ces ma]heu<> reux esclaves de la timidité n'échapperont point à la fièvre. Quand ils travaillent à éviter la mort prochaine dont ils sont menacés, que font* ils autre chose que de se réserver pour une mort, pins tardive peutêtre, maisqui ne les frappera pasmoinsinfaiUiblement? (S, Auausrm.)
S48 LÀ VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. CH. ult.
23. Mais je vais vous dire qui vous devez craindre : Craignez celui guif après avoir ôlé la vie , a le pouvoir de Jeter dans la Géhenne: oui, je vous le diSy celui-là craignez-le. — Si vous craignez la mort, aimez la vie véritable. Votre véritable vie, c'est Dieu^ c'est Jésus-Christ, c'est le Saint-Esprit ; appliquez-vous à leur plaire. Mais vous ne pouvez être agréable à Dieu en faisant le mal. Un temple qui tombe en ruine ne peut lui servir de demeure; un sanctuaire souillé n'est pas digne d'être honoré de sa présence. Élevez donc vers lui vos soupirs et vos gémissements ; priez-le de purifier et de rebâtir le temple qui doit être son séjour* Criez vers lui dans l'intérieur de votre cœur; et puisque vous péchez là où il voit, criez vers lui là où il entend. Quand vous aurez rectifié votre crainte , quand vous commencerez à craindre ce qu'ilest utile que vous craigniez, c'est-à-dire non plus des souffrances passagères^ mais le supplice des flammes étemelles , et que par cela même vous éviterez le péché, alors, si vos dispositions ne sont pas encore très-louables, du moins vous serez moins à plaindre qu'auparavant. Est-ce quelque chose de si merveilleux que de redouter un châtiment?... Maintenant que vousme dites. Je crains l'enfer, je crains de brûler éternellement en punition de mes crimes, vous répoudrai-je encore que vous avez tort de craindre , que vos craintes sont vaines t Je ne l'ose plus : car le Seigneur lui-même n'a condamné une certaine crainte que pour lui en substituer une autre, la crainte de celui qui peut précipiter dans la Géhenne. Conservez donc la crainte qui vous anime : elle ne peut être mieux placée; elle a pour objet celui que vous devez craindre par-dessus tout. Cette crainte que vous inspire l'enfer, et qui vous empêche de faire le mal, est pour vous un frein salutaire; elle réprime et contient les mouvements déréglés de votre âme. La crainte, en effet, est une espèce de garde; elle est, pour ainsi dire, le pédagogue de la loi, selon l'expression de l'apôtre; c'est une lettre qui menace , et non point encore une grâce qui soutient. Mais que cette crainte vous garde, puisqu'elle vous empêche de commettre le crime; plus tard, la charité viendra en vous, elle pénétrera dans votre cœur, et à mesure qu'elle s'y introduira , elle chassera la crainte. (Saint ÂuccsTm.)
26. Quiconque nCaura confessé devant les hommes, le Fils de V Homme le confessera aussi devant les anges de Dieu. — Jésus-Christ a voulu sauver ce qui périssait; il en a sauvé beaucoup durant son passage sur la terre, et nous a retirés nous-mêmes des bords du précipice ouvert sous nos pieds. Puisqu'il nous a traités avec tant de miséricorde, vivons en lui, adorons-le, et ne portons plus nos adorations et nos sa-*
en. LXT. LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. U9
crifices à des dieux sans vie et sans action. Témoignons-lui aussi notre reconnaissance en le confessant hautement et généreusement. Mais de quelle manière le confesserons-nous? C'est en écoutant sa parole, en marchant fidèlement dans la voie de ses préceptes , en Tbonorant, non pas seulement des lèvres, mais de tout notre cœur et de tout notre esprit. 11 ne suffit pas pour être sauvé de lui crier : Seigneur! Seigneur! il faut que nous le confessions par nos œuvres, en nous aimant les uns les autres, en fuyant l'adultère, en évitant les médisances et les jalousies; en vivant avec modération , avec charité, avec bonté; en nous aidant mutuellement dans les maux qui nous arrivent; en n'attachant point notre cœur aux richesses; enfin en glorifiant Dieu par la pratique du bien et par la fuite du mal. Souvenons-nous que ce ne sont point les hommes, mais Dieu seul que nous devons craindre; et que celui qui perdra ici-bas sa vie pour Jésus-Christ et son Évangile, la retrou\cra dans Téternité bienheureuse. (Saint Clément, pape.)
32. Jésus lui dit : Qui m*a établi pour juge)* vos querelles, ou pour faire vos partages? — On ne saurait citer aucun apôtre qui se soit établi juge parmi les hommes, ou qui se soit chargé de présider au partage des biens de ce monde. Je sais que les apôtres ont comparu devant les tribunaux pour être jugés; nulle part je n'ai lu qu'Usaient siégé comme juges. Cela sera un jour; mais cela n'a point été. L'esclave qui ne veut pas être plus grand que son maître, l'envoyé qui ne veut pas être au-dessus de celui qui l'envoie, le fils qui ne veut pas sortir des limites que lui ont tracées ses pères, seront-ils réputés manquer à leur dignité? « Qui m'a établi pour juger vos querelles?» Telles sont les paroles du Seigneur et du Maitre; et le serviteur et le disciple pourraient se croire déshonorés de n'être pas établis juges parmi les hommes! Quanta moi, il me semble que celui-là apprécie bien les choses, qui regarde comme indigne des apôtres et des successeurs des apôtres de juger ces différends, lorsqu'ils ont des affaires bien plus importantes à examiner. Pourquoi ceux qui doivent juger les anges dans les cieux descendraient-ils à s'occuper des contestations d'ici-bas au sujet d'une parcelle de terre? Ce sont les faits dont les conséquences peuvent être éternelles qui sont soumis à votre autorité et non pas de frivoles intérêts d'un moment. Vous avez reçu les clefs du royaume des cieux pour en exclure non pas ceux qui auront possédé, mais ceux qui auront prévariqué. Quelle est, à vos yeux, la puissance ou la dignité la plus grande, de celle qui remet les péchés, ou de celle qui assigne les parts d'un héritage? La comparaison n'est pas possible. Les
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biens passagers de la terre ont pour juges les rois et les princes de la terre. Pourquoi einpiétez-\ous sur Tautorilé d'aulrui? Pourquoi por« tez-vous TOtre faucille dans une moisson qui n'est pas la vôtre? Ce n'est pas que vous en soyez indignes; mais il est indigne de vous de vous occuper de tels intérêts^ lorsque des intérêts bien autrement graves réclament votre sollicitude. Cependant, si la nécessité Texige^ écoutez, non pas ce que j'en pense, mais ce qu'en pense l'Apôtre : a S'il est nécessaire que vous soyez juges parmi les hommes, il ne convient pas que ce soit pour des affaires sans importance. i> (Saint Bkbnabi).)
ÉLÉVATION
Oui, Seigneur, vous êtes un Dieu plein de longanimité et de miséricorde. Vous vous rendez à une invitation perûde, sans doute pour accomplir celte parole d'un prophète : a J'étais comme l'agneau paisible que Ton conduit au sacrifice ; je ne voulais pas connaître les des* seins qu'ils méditaient contre moi, disant : Empoisonnons son pain avec un bois mortel, retranchons-le de la terre des vivants, et que le souvenir de son nom s'elTace à jamais, b Mais votre patience, quelque grande qu'elle soit, ne peut avoir qu'un temps. Heureux l'homme en qui habile votre crainte, ô Seigneur! non la crainte servilede l'esclave, mais celle qui fait vivre dans l'innocence et la justice, et donne l'immortalité! Que pourrait redouter Tâme qui possède ce bien précieux? Elle sait que le Seigneur mérite tout son amour; et la crainte de lui déplaire est le principe de toutes ses bonnes œuvres, lui enseigne la pratique de toutes les vertus, déracine en elle tous les vices et devient sa sauvegarde et son salut. C'est librement qu'elle fait à Dieu le sacrifice de ses penchants mauvais et qu'elle s'exerce à l'observation fidèle des préceptes divins. Que peutTennemi de tout bien sur le cœur défiant de lui-même qui veille attentivement en attendant le jour du Seigneur? Il peut le faire tomber, Dieu le permet souvent pour le rendre humble, mais ce lion rugissant ne saurait plus le détourner de la voie des saints commandements qui mène à la maison de son Père et au séjour de la gloire. Mon Sauveur! donnez-nous cette crainte salutaire qui devient une source de paix et de joie; qu'elle agisse efficacement sur nos cœurs, afin qu'au jour où vous nous appellerez, ils soient remplis de toutes les vertus auxquelles est promis le royaume descieux.
I,.\ l'AH\Ki''l,K [•¥.>; I,Y.-S Kl' IjH", U1"-KA!'.\