‹ La vie de n. s. Jésus-ChristChapitre 91 sur 141 · CHAPITRE LXVlil · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVlil

Jégas , k B^thabârâ , continue dMastraire ses disciples et le peaple, — l>/k. Parabole do figoier et ^ vigneron. — 5-12. Gu^rison d'nne femme infirme. — l/k-16. Paraboles du grain de sénevé et da levain. — 17-25. Jésas quitte Bélhabara, et parcourt diifërenles villes et villages ; s'efforcer d'entrer tandis crue la porte du royaume des cieux est ouverte (fin de novembre et commeiioemeiit de décembre, troisième année de la vie publique du Sauveur).

Dicebat «otem et hanc simililudinem ;Arborem fiel habebat qnidara plantatam in vincà suà , et venit qusrecsfruclumin ilU ; et non inveniti

Dixil aulem ad coltorem vineœ : Ecce anni très &uul ex quo venio quœrens fruclum in ficulneâ bac, et non invenio ; •nccide eig6 illam : ot qm'd ellam terram occupât?

Âtillerespondens, dîdtilli : Domine, dimilttt illam et hoc anno, usqaè dùni fodiam circà iilam, et millam stercora :

Et siquidem fecerit liraclnm ; sin antem, in fiaturam snccides eam.

Erat autem docens in synagog eornm sabbalis.

Luc, XIII, 6-30.

1 . Il leur adressa aussi cette parabole : Un homme avait un figuier planté dans sa vigne ; il vint pour y chercha des fruits, et n'en trouva point.

2. Alors il dit au vigneron ; Voilà trois années que je viens à cet arbre, cherchant du fruit, €t que je n'en trouve point ; coupezle ; pourquoi occupe-t-il encore la terre?

3. Mais le vigneron lui dit : Seigneur, laissez-le encore cette année; je creuserai autour, et y mettrai des engrais.

4. Et s'il porte du fruit... ; mais, s'il n'en porte point à l'avenir, vous le couperez*.

5. Comme Jésus enseignait dans leur synagogue, les jours de sabbat,

* f A, Ld figuier daDS la vigne, c'est le peaple jaif aa miliea des n ations qui devaient former et qai formèrent bientôt TÉgliBe; le maître de la vigne, c'est Noire-Seigneur lui-môme; le vigneron, l'Évangile le désigne en un autre endroit, « Mon Pore est le vigneron, » nous dit le Sauveur. Les fruits que le Fils de DleQ cherchait depuis trois années en leur annonçant la bonne nouvelle de l'Évangile, c*est la fui en ses paroles et avec cette foi la péniienoe. Ne trouvant point ces fruits, Jésus-Christ pense à réprouver et à exterminer ce peuple incrédule et pervens. Le Père céleste réclame un délai, pendant lequel les gr&ces de la loi nouvelle sont offertes aux enfants dlsraël. L'histoire nous dit le reste : quarante ans après la mort de Jésus-Christ, le figuier fut déraciné et coupé par la hache romaine .pour être ensuite jeté au feu. — Cette parabole peut s'appliquer au»! au chrétien sans bonnes œuvres.

Et «ectt mulier , qam babebai spîritam infir^ œiUlit annis drcem et octo : e( eral inclinata , nec omnind poterat rarsùm respicere.

Qaam eùm videret Jcsof, Tocavil eam ad •e , et ait ilii : Mulier, dimisM et ab infirmitate luA.

Et imposait illi manot, et confcstlm erecU e»t , et glorificubat Deam.

Retpondens aulera archlsTXiagoinift, indignana quia saLb<ito cnrlasat Jetas I clicebal torba :

Sex dies bunt in quibos oportet opcrari : in bis crg6 venite, etcuraoïini, et non in die sabbati.

Respondens aotem ad illom Dominas , dixit :

Hjpocritn, unnsqui&qae Teslrûm sabbato non sol- TJt boTcm snum aut asi* nom k prvsepio, et dacit •daqoare?

Hane aatem filiam Abraha, qaam alliga?it Satanas ecce derem et octo annis, non oportait aolTi h ?inculo islo die sabbaU?

El ciim bsBC diceret, erabeaccbanl omncs adversarii cjas : et omnis popalusgaudcbal in universis qu« gloriosè ficbanl ab eo.

LA YIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. ch. lxtiii.

6. Et voilà que s'y trouvait une femme possédée d'un esprit d'infirmité * depuis dix-huit ans ; et elle était courbée et no pouvait aucunement regarder en haut*.

7. Jésus, la voyant, l'appela à lui, et lui dit : Femme, vous êtes délivrée de votre infirmité.

8. Et il lui imposa les mains, et aussitôt elle redevint droite, et elle glorifiait Dieu.

9. Alors le chef de la synagogue, indigné de ce que Jésus avait opéré une guérison le jour du sabbat, éleva la voix et dit au peuple : Il y a six jours pour le travail; venez en ces jours-là vous faire guérir, et non pas le jour du sabbat*.

10. Sur quoi le Seigneur prit la parole et dit : Hypocrites, est-ce que chacun de vous ne délie pas de la crèche son bœuf ou son âne le jour du sabbat, pour les mener boire?

1 1 . Et celte fille d'Abraham que Satan tenait liée depuis dix-huit ans, on ne devait pas la délivrer de ce lien le jour du sabbat?

12. A celle parole de Jésus, tous ses ennemis rougirent de honte, tandis que la foule du peuple se réjouissait de toutes les choses qu'il opérait si glorieusement.

^f s. Une femme dont l'esprit mauvais avait brisé les forces et qu'il tenait dans l'état d'inQrmité.

' 1^ 6. Que d'âmes ainsi courbées vers la terre et que le démon empêche de regarder le ciel, d'envisager les biens auxquels la religion les convie, et qui passent ain:>i sans rien faire pour assurer leurs destinées éternel les I

* f 9., Il ne voit pas, ce Juif aveugle, que le miracle opéré par le Sauveur est yœuvre de Dieu, et que Tœuvre de Dieu ne saurait violer le * abbat.

CB. LXTIII.

Dicebat ergo : Cai «mite est r^num Dei, et cni umile «eiimabo illad?

Si mile est grano tinapis, qood «coeplom homo miait in hortam •Qttm, et creril, et faciiim cat in arborem magnam ; et Tolocres cœli reqoieTeronl in ramiaejos.

Et ilertra dixit : Cai sîmile festimabo régna m Dei?

Simîle e»t fermento, qaod acceplnm millier abscoodit în farinv Ml»

tria donec fermenlaretnr totam.

El ibat per cÎTitatea et evtella, docens, et iter faciens in Jeraaalem.

Ait anlem ilHqm'Jam :

Domine, ai pauci aant qui sahanlur? Ipse aatem dixit ad illos :

Contendite inlrare per angn^lam portam ; quia molli, dico ?obia, quae-

LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. t77

13. Et Jésus (lisait : A quoi le royaume de Dieu ressemble- 1- il , et à quoi le cornparerai-je?

14. Il est semblable au gram de sénevé qu'un homme a pris et semé dans son jardin; et il crût, et devint un grand arbre, et les oiseaux du ciel se reposèrent dans ses rameaux*.

15. Et il dit de nouveau ; A quoi comparerai-je le royaume de Dieu?

16. II est semblable au levain qu'une femme a pris et caché dans trois mesures de farine*, jusqu'à ce que le tout fût fermenté.

17. Et il s'en allait par les villes et les villages, enseignant, et s'avançant vers Jérusalem*.

18. Quelqu'un lui dit : Seigneur, il y en a donc peu qui sont sauvés? Jésus dit à tous :

19. Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite^ : car beaucoup, je vous l'assure,

* f 14. Ces rameaux, ce sont les apâlres, qai, par la verla de JésQS-Christ, se £ont étendus sur le monde et l'ont couvert d'un ombrage tutélaire. Dans ces rameaux sont venues les nations attirées par l'espérance do la vie, et pour se reposer des longues et cruelles fatigues que le démon, leur tyran, leur avait fait endurer.

(Saibt HlUlRB.)

* f 16. Cette femme qui cache le levain dans la farine, quelle e.st-ellc, sinon TÉglise qui» tous les jours, caclie dans nos cœurs la doctrine de Jésus-Christ?

(Saiht Anbroisb.) ' f 17. Pour la fête de la dédicace. On approchait donc alors du 15 décembre, comme nous le dirons ci-après. Jésus, voulant utiliser ce voyage en faveur de la tribu de Ruben, traverse cette tribu depuis Béthabara jusque près de Macheronte, où demeurait Hérode.

* t i9* A une question spéculative, plus curieuse qu'utile» le Fils de Dieu no daigne faire ici qu'une réponse pratique : Que vous importent les autres? semblet-il dire : c'est de votre propre salut que vous devez vous occuper avant tout ; or, pour cela, efforcez- vous d'entrer par la porte étroite, mettei-y toute votre énergie, car le royaume du ciel doit être emporté par la violence.

reni mtrare, et non po(omnt.

Cùio aalem intraTerU paterramilias, el rlauseritoslium, incipielisforis ■tare, et pnlsarp ostiiina, Xcentes : Dumlne, aperi nobis ; et rupondens dicel Tobis : Keacio \os nndè litis i

CH. LXTIll.

Tune incipietis dicere :

Manducaviroas coràm te et bibioBos, et in plateis nostris docoiati.

El dicet Tobis t Neicîo vos nndè ailis ; dîacedite k me , omnes operarii

iniquitalis.

Ibl erit fletas, et stridordentiuTD, cùmTÎderîils Abraham, et Isaac, ci Jacob, et omnes prophetas in regco Dei, vof «otem expeJ]i forki.

Et Tenient tb oriente, et occidente , et aqui-

chercheront à entrer et ne le pourront pas*.

20. Lorsque le père de famille sera entré et aura fermé la porte, si vous êtes dehors et que vous vous mettiez à frapper, disant. Seigneur, ouvrez-nous; il vous répondra:

Je ne sais d'où vous êtes.

21 . En vain lui direz-vous alors : Nous avons mangé et bu en votre présence , et vous avez enseigné dans nos places publiques*.

22. Il vous répondra : Je ne sais d'où vous êtes; retirez- vous de moi, vous tous, ouvriers d'iniquité •.

23. Il y aura des pleurs et des grincements de dents, lorsque vous verrez Abraham , Isaac , Jacob , et tous les prophètes dans le royaume de Dieu * , et que vous, vous en serez chassés,

24. Il en viendra de l'orient, de l'occident, de l'aquilon, et du midi, qui pren-

' t ^9. n s'agit ici des Juifs qui, désormais, viendront, avec les œuvres de la loia pour entrer dans la vie éternelle sans passer par Jésus-Christ qui en est la voie et l'entrée.

* * t ^1* £Q vain les Juifs espéreraient-ils de trouver grAce auprès du Sauveur, parce qu'il est né dans leur pays, qu'il vécut parmi eux, et qu'il est, comme eux, descendant d'Abraham, ils ont refusé de le reconnaître à son passage sur la terre ; à son tour il refusera de les reconnaître dans le séjour de son royaume éternel.

* t S2. C'est^-dire, vous venez pour recevoir votre salaire, comme l'ouvrier à la fin de sa Journée; mais, outre que vous n'avez point travaillé à la vigne dont le soin Tous était confié, vous l'avez dévastée, vous avez tué les serviteurs que le Maître vous envoyait et vous avez porté sur son Fils lui-même une main hooMcide.

* f 93. Faire partie de l'Église triomphante : car, ayant cru au Christ à venir, e»péré en ses mérites» et s'étant unis à soo sacrifice par des sacrifices figuratifs, les patriarcbes, les prophètes, et tow» les Justes qui ont vécu ayant la loi nouvelle, étaient chrétiens par anticipation.

CBV Lxviu. LA VIE DE Nv 9* JÉSUS-CHUTST, 2T9

îa'wîn^l^gn'oS^^^^ ^foiat placc clans le royaume de Dieu*.

qofe^ |"ri«Lrillnî 25. Et il jT 8 01311)1608111 (Ics demicrs qui pnm. qui emnt aovb- gg^Q^j- |gg prcmiers , ct dcs premiers qui

seront Tes derniers • .

• f^4t. Outre les jQStesdescendantsd* Abraham, H en surgira d'autres de fous les tempSt et de toutes les coatrâes de la t^rre , qui auroni aussi été chrétiens par anticipatiûo^ en croyaot, du moins implieitement, au Messie à. ^Fenir, et en foisaut le bien qui était en leur pouvoir; ces derniers entreront aussi dans l'Église triomphante- Qheien sera le nombre? La divine Sagesse n'a pas jugé à propos de nous le révéler* Cependant, en lisant, soit en grec, soit en latin, les paroles dont elle s'est servie, on se sent comme porté à croite qne ce nombre sera grand , et peut-être même trè»graod : ii^euviv à.itb àvvxoX6^it xal ^u7/iAy, xcd popp£ xoU v^rou , vênient ex Orientibus al Otcidentibus , et Boreâ et Noto. On vieniira des dilférents points de l'Orient et de l'Occident, et de Borée, et du Notus. La plénitude et le ton de oetlo phrase indiquent évidemment on nombre plutôt grand que petit.

' ^^ 25. La nation juive, appelée la première à la lumière de l'Évangile, ne doit maintenant entrer dans l'Église que la dernière, après toutes les autres nations de la terre. C'est toujours dans ce sens que l'on doit comprendre cette sentence souvent; répâlée par Jésus- Christ*

1. Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. — Une autre signiflcation encore de celte parabole du divin Maître : Ce figuier, c'est chacun de nous ; la vigne où il est planté^ c'est TÉglise, ou petit-être encore le monde et le pays où nous vivons. Dieu vient à vous chercbant des fruits de vertus; et sMl n^en trouve pas, il ordonne que vous soyez retranchés du nombre des vivants. Alors le vigneron intercède et demande grâce pour vous. Mais qui est ce vigneron, sinon votre ange gardien, votre pasteur, et quelquefois vous-même? Car vous* même aussi, dans une maladie grave, et lorsqu'un grand danger a mis votre vie en péril, vous avez dit à Dieu : Seigneur, je vous en supplie, accorde7-moi encore cette année, et je ferai pénitence* Que signifie maintenant creuser autour de rarbre et y mettre des engrais? Creuser, c'est éloigner de nous cette terre appauvrie, cette poussière des soucis de ce monde,, qui ne peut noua communiquer que sa stérilité. L'engrais, c'est ce qui nourrit l'arbre, ce qui lui doune sa sèvfy sa vigueur, sa fécondité;, il signifie donc pour voua la parole de Dieu^ les saintes instructions^ les avis salutaires et les encouragements à lâ pralicpie du bien. Alors notre devoir est de porter des fruits de vertus,, sans quoi notre Maître €pii est dans le ciel, voyant que j, non-seulement il ne peut tirer de nous aucun profit^ mais que nous empêchona

S30 LA YIE DE N. S. JÉSUS^HRIST. gh. Lxrtii.

encore le fruit de se produire sous notre ombrage funeste, ordonnera définitivement au ministre de sa justice de nous abattre et de nous jeter au feu. (Théophylacte.)

2. Voilà trois années que Je viens à ce figuier ^ cherchant du fruit, et que je rien trouve point. — Qu'est-ce encore que ce figuier, sinon le genre humain? Dieu est venu à lui sous la loi primitive; il y est venu sous la loi mosaïque; il y vient encore sous la loi de grâce^ et il se plaint de n'y avoir point trouvé de fruit. Triste postérité d'Adam : la loi première, confiée à sa mémoire et à son cœur^ ne Ta point comgée ; les préceptes de la loi écrite sur la pierre ne Font point instruite; les miracles de Tincarnation de son Dieu ne l'ont point convertie ! Que devons-nous entendre par le vigneron , sinon Tordre des pasteurs? A la tète des fidèles^ que font-ils autre chose que de cultiver la vigne du Seigneur? Le premier cultivateur de cette vigne spirituelle fut Tapôtre saint Pierre. Appelés à continuer parmi vous son ministère^ malgré notre indignité^ nous remplissons de notre mieux la tâche qui nous est confiée^ en vous instruisant, en priant pour vous, en réveillant en vous, avec la crainte, la prudence et le zèle. Celui d'entre vous qui ne porte pas les fruits de vertus qui sont en sou pouvoir, est donc comme un arbre stérile : il occupe la terre inutilement, et sous son ombrage funeste, cette terre, privée de la rosée du ciel et des rayons. du soleil, demeure elle-même frappée de stérilité. Je suppose que ce soit un homme puissant selon le monde, ou bien un maître pervers, n'esl-il pas vrai que, sous Tinfluence de leur pernicieux exemple, la vertu dépérira dans le cœur de leurs serviteurs ou subordonnés, et finira par n'y porter aucun fruit? Je n'en suis point étonné : la rosée de la grâce, le rayon de la charité divine, arrêtés par ce feuillage pernicieux qui les oppresse, n'arrive plus jusqu'à eux. Aussi^ le puissant et le pervers que je viens de supposer sont-ils d'avance doublement condamnés. Toutefois, quelque positive que paraisse la sentence du souverain Maître, notre devoir est encore de prier pour eux. (Saint Grégoire, pape.)

2. Coupez-le; pourquoi occupe-t-il encore la terre? —Coupez-le, cet arbre, et arrachez-en jusqu'à la racine : car à quoi bon le conserver, puisqu'il n'est d'aucun profit et d'aucun rapport? Or, ce que l'Esprit de Dieu nous a exprimé en figure touchant cette vérité, c'est ce qui se passe tous les jours et en effet, quand Dieu, par le plus redoutable de ses jugements, nous prive de certaines grâces choisies en quoi consiste le don de la foi. Car il ne nous avait pas donné la foi comme une sim-

CH. LXTiil. LA VIE DE N. 8. JÉSUS-CHRIST. 881

pie prérogative^ pour nous distinguer des nations infidèles^ m comme un simple ornement qui ne dût qu'enrichir et parer notre âme. Nous n'étions pas seulement chrétiens pour connaître les menreilles et les prodiges qu'un Homme-Dieu a faits pour nous, sans autre conséquence que celle de lui en savoir gré et de nous en féliciter nous-mêmes. Nous Tétions pour répondre à ses bienfaits par des actions dignes de lui et dignes de nous; nous avions cette foi pour la faire multiplier, pour en rendre les fruits à Dieu^ pour en édifier notre prochain, pour en recueillir nous-mêmes des mérites sans nombre, et tout cela par le moyen de nos bonnes œuvres. Dieu nous visite; et^ au lieu de ces bonnes œuvres, il ne trouve en nous qu'une foi inculte, aride, infructueuse, qui, quoique arrosée des pluies du ciel et engraissée du suc de la terre, c'est-à-dire des grâces que nous recevons continuellement, demeure toujours ingrate et ne produit rien. Que fait Dieu? H conclut ou à l'extirper tout à fait, ou à la transplanter dans un autre sol.

(BOURDALOUE

7-8. Jésus^ la voyant^ l'appela à lui et lui dit : Femme, vous êtes délivrée de votre infirmité. Et il lui imposa les mainsj et aussitôt elle redevint droite. — Il l'appela, et il la redressa: parce qu'il éclaira cette femme et la secourut. Il nous appelle et il ne nous redresse pas, lorsqu'il nous éclaire par sa grâce, et que notre obstination dans le mal empêche que nous soyons secourus, et c'est ce qui n'arrive que trop souvenl. On voit alors ce qu'il faut faire, mais on n'en vient pas à l'œuvre, on ne l'accomplit pas. D'un côté ou est appuyé, et de l'autre on est faible. On voit clairement ce qui est juste et droit; mais pour le traduire en action le courage manque : le péché en est la cause : une des peines qui lui sont infligées est que, par un effet de la grâce, on puisse apercevoir le bien, et être quelquefois repoussé par sa propre perversité du bien que l'on aperçoit. L'habitude du péché peut aller jusqu'à courber notre âme au point qu'elle ne puisse en aucune manière reprendre sa droiture. Elle peut bien alors faire des efforts, mais elle retombe : car, après être resté longtemps dans un même état par sa propre volonté, on finit par y retomber malgré soi et forcément. De là cette parole si juste du prophète, et si applicable au genre humain incliné vers la terre par le péché : Je me suis courbé, et je suis abaissé pour toujours. Mais ce qui est vrai de l'homme pécheur ne l'est plus de celui que Jésus-Christ a relevé et rendu à sa droiture première. Or, ce divin Sauveur ne s'est pas borné à nous rendre à la droiture naturelle, il a daigné, en outre, faire de nous une race choisie, un sacerdoce royal. (Saint Grégoire, pape.)

192 LÀ TIE DE N. & J3ËSCS CHRIST. ch. lxtiit.

14. Le royaume du ciel est semblable au grain de sénevé qu'un homme a pris et semé dans son jardin. — Les choses n'arrivent que progressivement. Cet arbre n'a pas été tout à coup ce qu'il est : ce fut d'abord un simple grain qui pousse son germe^ et de ce germe est provenu Tarbuste; successivement se sont développées des branches revêtues de fleurs, de feuilles, et voilà l'arbre formé. Au sein de la fleur était déposé le fruit, qui lui-même, à ses commencements, sans forme et saoïs savear, croit peu à peu, se perfectionne, et s'adoucit en mûrissanL De même dans la religion, qui, comme la nature, est l'ouvrage de Dieu : aux premiers éléments d'une loi naturelle, bornée à la crainte du Seigneur, succédèrent la loi et les prophètes; ce fut là le premier âge de la religion. L'Évangile est venu la porter à l'adolescence. Maintenant, TEsprit-Saint lui imprime le sceau d'une maturité absolue. (Tertullien.)

IL Le royaume des deux est semblable au grain de sénevé qu'Hun homme a pris et semé dans son champ. — En examinant bien cette parabole eir.ployée par notre Seigneur Jésus-Christ, on y trouve une grande justesse et une grande précision. Au premier aspect, le grain de sénevé n'offre à nos yeux rien qui le recommande : il est petit, vil et méprisable. Dans l'étal où il se présente d'abord, il ne réveille le goût par aucune saveur; aucune odeur ne se répand autour de lui; en un mot, il n'annonce aucun plaisir, aucune douceur, aucun avantage» Mais que l'on commence à le broyer : aussitôt une odeur franche et vive, une saveur mordante, un feu brûlant, se révèlent aux sens étonnés de ces qualités inattendues; et Ton est heureux, surtout en hiver, de le prendre en nourriture, parce qu'il réveille l'esprit, ranime le cœur, et réchauffe les membres engourdis par le froid ; souvent même on se l'applique sur la tête et sur le corps pour en bannir la souffrance. La foi chrétienne aussi, au premier aspect, parait petite, vile et chétive; on cherche en vain sa puissance : elle n'en montre point; elle ne fait paraître aucune élévation, et ne laisse deviner en elle aucune assurance, aucune grâce. Mais Toyez-la aux prises avec les tentations qui voudraient l'amoindrir et la briser, s'il était possible.; voQS la trouverez pleine de vigueur, agressive même, répandant autour d'elle la bonne odeur de Jésus-Christ ; supérieure à tous les dangers» comme à toutes les puissances d'ici-bas, et communiquant aux âmes, quel(|iief6i& les plus engoui^dies, le feu divin dont elle est en. flammée ; et soairent aussi elle guérit les maux de Tâme.

(Saint Ambroise.)

CH. LxTiii. LA VIE DE N. S. JÉSUSCHKIST: 2^3

16. le royaume des cteux est semblable au levain qu'aune femme a pris et qu'elle a caché dans trois mesures de farine. ^Vne hmme avait reçu de la perfidie du démon le levain du péché, et Tavait caché dans les trois portions du genre humain qui vécurent depuis Adam jusqu^à Noé, depuis Noé jusqu'à Hoïse, et depuis Moïse jusqn^au Christ. Alors une autre femme reçut de Dieu le levain de la foi^ aûn de réparer le mal qu^avait fait la première. L^une^ avec le levain du péché et de la mort^ avait corrompu en Adam toute la masse du genre humain; l'autre, avec le levain de la foi et de la résurrection, a réparé en Jésus- Christ notre nature tout entière. La première avait pétri un pain de douleur, de mort et de réprobation : et elle fut par Adam la mère de ceux qui meurent. La seconde a préparé le pain de vie, de bonheur et de salut : et elle fut par Jésus*Christ la véritable mère des vivants. Le Fils de Dieu a voulu que, comme la mort était venue à tous par Eve, la vie revint à tous par Marie, et ce fut là le motif de son incarnation et de sa naissance sur la terre. Cest Marie qui d^abord reçut de Dieu le levain céleste dans la personne adorable du Verbe éterneli et après avoir formé dans son sein virginal Thomme saint, l'homme innocent, l'homme sans tache, l'Homme-Dieu plus élevé que les cieux , elle l'a donné au monde. Aujourd'hui la femme qui prend ce levain mystérieux, c'est l'Église, qui, au moyen de la doctrine céleste, opère dans la nature humaine cette bienheureuse résurrection dont je viens de vous parler. (Saint Pierre-(]hrysolo6ue.)

16. Le royaume des cteux est semblable au levain qu'une femme a pris et qu'elle a caché dans trois mesures de farine y jusqu'à ce que le tout fût fermenté. — Le levain est lui-même de la farine, et la vertu qu'il a refue, il la communique à ce qui est de sou espèce , quelle qu^en soit la quantité. Notre-Seigneur ne dédaigne pas de se comparer à cet élément matérieL La femme , c'est la synagogue qui prend le Fils de Dieu et le fait disparaître de ee monde par une sentence de mort, exécutée sur la montagne du Calvaire , et l'ensevelit , en quelque sorte, tout brisé dans la Loi , les Prophètes, et l'Évangile confondus ensemble : ce sont les trois mesures de farine. Jésus-Christ, caché dans ces trois choses distinctes, lés a ramenées à l'unité, en a fuit une seule et même chose, en ce sens que ce que la Loi a décrété, ce que les Prophètes ont annoncé, l'Évangile l'accomplit par ses développements SiiccesBîfs. Et il est arrivé, grâce à l'Esprit de Dieu, que ces trois choses ont aujourd'hui la mênae vertu, la même signification; et que, dans ce tout, également fermenté, on ne trouve rien de contraire, rien qui

Î84 LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. CH. lxtiii

ne s^harmonise avec la plus grande perfection. Pour ce qui est des trois mesures de farine, plusieurs, je le sais^ont cru qu^elles indiquaient aussi les trois races des hommes, c'est-à-dire les descendants de Sem, ceux de Cham^ et ceux de Japhet ; mais il ne me semble pas que cette opinion soit fondée, ni que la raison puisse l'admettre : car, bien que toutes les nations aient été également appelées à la lumière et aux bienfaits de rÉ?angile, Jésus-Christ n'a pas été caché en elles : il leur a été montré. (Saint Hilairb, de Poitiers.)

19. Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite.— Vhommej jeté sur la terre , s'y trouve placé entre deux chemins dont Tun aboutit à une porte étroite, qui est celle du ciel; et l'autre à une porte large et spacieuse , qui est celle de la perdition. Le chemin qui conduit aux célestes récompenses^ le chemin de la vertu, est, à son entrée , rude^ escarpé^ couvert de rochers et de cailloux , hérissé d'épines et de buissons, bordé de précipices et de torrents. Il faut, pour y avancer, de continuels elTorts; il faut gravir, ne marcher qu'avec la plus sévère circonspection. Mais que Ton ait le courage de franchir ces premières difficultés^ plus on avance, plus la route s'aplanit : la scène change; ce n'est plus qu'une avenue délicieuse, éclairée d'une douce lumière, où il n'y a plus ni travaux ni dangers, mais repos, mais jouissances inaltérables. Malheur à ceux qui se sont laissé effrayer par les difficultés de l'abord ! Le pied leur manque, et ils tombent dans l'autre route. Celle-ci, au premier coup d'œil, est douce, gracieuse, riante; elle est large et spacieuse, abondante en fleurset en fruits ; on y trouve tout ce que Ton appelle ici-bas biens, richesses, distinctions, plaisirs, toutes les amorces du vice ; et avec tout cela, injustice, cruauté, orgueil, perfidie, intempérance, discorde, ignorance, fraude, toutes les passions. Quel en est le dénoûment? Après avoir quelque temps marché dans cette route, il faut bien venir au terme, plus de moyen de reculer; les aspects enchanteurs s'effacent, tout a disparu tout à coup. Â peine on a eu le temps de reconnaître son erreur, que l'on se trouve au fond de

l'abîme. (Lagtance.)

19. Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite. — Ce n'est que par violence qu'on entre dans le royaume de Dieu; il faut l'emporter d'assaut, comme une place assiégée. La porte en est étroite; il faut mettre à la gêne le corps du péché ; il faut s'abaisser, se plier, se traîner, se faire petit. La grande porte où passe la foule, et qui se présente tout ouverte, mène à la perdition. Tous les chemins larges et unis doivent

en. Lxviii. LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 2S5

nous faire peur. Tandis que le monde nous rit, et que notre voie nous semble douce , malheur à nous. Jamais nous ne sommes mieux pour l'autre vie que quand nous sommes mal pour celle-ci. Gardons-nous donc bien de suivre la multitude^ qui marche par une voie large et commode. Il faut chercher les traces du petit nombre, les pas des saints, le sentier escarpé de la pénitence; grimper sur les rochers, gagner les lieux sûrs à la sueur de son visage, et s^altendre que le dernier pas de la Tie sera encore un violent effort pour entrer dans la porte étroite de réternité. Tout chemin qui mène à un trône est délicieux, fût-il hérissé d'épines. Tout chemin qui conduit à un précipice est effroyable, fût-il couvert de roses. On souffre dans la voie étroite, mais on espère; on souffre, mais ou veut souffrir; on aime Dieu, et on en est aimé. (Fenelon.)

24. // en viendra de r orient , de V occident, de V aquilon et du midi^ qui prendront place dans le royaume de Dieu. — Si nous considérons la Palestine dans sa position topographique, aux confins derAsie,de PAfrique et de TEurope, bornant, en quelque sorte la Méditerranée elle nous apparaît comme la ligne naturelle qui mène à ces trois par ties du monde, et Fendroitoù se croisent les routes qui conduisent les peuples de l'orient à Toccident et du nord au midi. De même que la nature en a fait le point central de la terre , ainsi les événements en ontfait le point central de Thistoire, et le passé y a préparé en germes la marche, les catastrophes et les succès des siècles à venir. Tel était encore le pays des Juifs au temps de Jésus-Christ; mais ce divin Sauveur leur déclare que leur privilège va cesser; que nourseulement ils ne seront plus en première ligne à la tête des peuples, mais quMls seront placés, à cause de leur incrédulité, après les nations, même les plus obscures et les plus ignorées; que leur position si avantageuse, sur le passage des trois races humaines, ne servira qu'à rendre leur chute plus éclatante, et leur humiliation plusdure à supporter, à cause des légions de témoins, de toutes tribus comme de toutes langues, qui les rendront la fable du monde. Jésus-Christ leur déclare en outre que Dieu va susciter à Abraham d'autres enfants, qu'il lui en viendra de toutes les contrées de la terre; veut-il dire que la semence évangélique produira partout, excepté dans la Judée, une moisson conti- ^nuelle et abondante? Non : le Seigneur s'en est expliqué lui-même. Une partie de cette semence, nous dit-il, est tombée sur le chemin, qui est la Judée, et elle fut foulée aux pieds ou enlevée par les docteurs et les hommes les plus élevés de ce malheureux pays. Ce qui

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tomba parmi tes épines, «c'esA^à-dire dans TAsie, fat étouffé par le luxe des richesses^ par les tourments des passions, et par les «oucis d'une ^stenoe orgueilleuse et animale tout à la fois* Ce qui tomba sur la irierre exposée à l'ardeur d'un soleil brûlant, ou sur TÂfrique, dans ces bommes ^ans profondeur et sans sève comme le sol qui les porte ne put pas croître longtemps. Ce n'est que dans la bonne terre, 4ans 3*Europe, que cette divine semence produisit d'abondantes moissons. Cependant, malgré le luxe fatal de TÂsie et la sécheresse pernicieuse de l'Afrique, il y a eu et il continuera d'y avoir, au moins sur certains points de ces contrées malheureuses, assez des chrétiens persévérants, pour justifier la parole du Sauveur.

ÉLÉVATION

Mon Dieu ! que le sort de ce figuier stérile de vrait dms faire réflédhir et nous faire trembler 1 Les passants, les indifférents admiraient l'édat, la fraichenr de son feuillage, mais le maître, dont l'œil attentif cherchait en vain sur cet arbre les fruits qu'il aurait dû espérer de son labeur et de sa persévérance à l'entourer de soins, laisse éclater «on indignation et veut le faire disparaître de la terre où il occupe une place inutile : Vous avez eu la phiie, dit-il, tous avez eu le soleil, vous avez eu la culture, tous mes soins ont été infructueux^ vous n'avez plus à attendre que la cognée et le feu. N'est-ce pas là le destin qui nous est réservé, si tant de grâces dont nous avons été entourés, tant de secours qui nous sont offerts, ne produisent pas en nous ces fruits des bonnes œuvres auxquels notre Dieu promet de si magnifiques récompenses. Courage donc, ô mon âme ! il en est temps encore, fais quelques efforts généreux pour entrer par la porte étroite, qui seule conduit à la demeure du Pore de famille; anime-toi par l'exemple de ceux qui t'ont précédée dans la carrière difficile des sacrifices; ne t'effraie pas dés épines qui déchireront tes pieds : la paix, le calme, quelque chose qui ressemble au bonheur du Ciel, seront le fruit de tes efforts et de ta persévérance. Ne cherche plus, n'hésite plus, arrête tes regards sur le terme du chemin où t'attend plein d'amour le Sauveur Jésus.

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