La vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ
Les témoins de Jésus, qui l’ont vu vivant, mourant et mort; qui, l'ayant détaché de la croix et porté au tombeau, l’ont vu vivant après la mort, ont conversé avec lui, l’ont touché de leurs mains , l'ont vu de leurs yeux monter au ciel; ces irrécusables témoins de Jésus ont aussitôt publié son histoire. A haute voix, en présence des foules qui avaient vu comme eux, à la face des hommes méchants et puissants qui avaient crucifié leur Maître, ils ont dit : C’est le Fiis de Dieu; il a prononcé des paroles de Dieu, il a fait des œuvres de Dieu; il est ressuscité, il vit, il est assis à la droite de Dieu ! Ils ont ainsi parlé jusque dans les supplices, et après eux, le miracle de la même vérité n’a cessé d’ètre attesté par le miracle du même martyre.
AVANT-PROPOS
Voici cette première histoire de Jésus. Elle est parvenue jusqu'à nous, intacte dans sa forme aussi divine que la vie qu’elle raconte. On l’appelle le Symbole des Apôtres; la foi lui a donné un nom plus profond et plus magnifique : c'est le Credo.
« Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créa- « teur du ciel et de la terre. Et en Jésus- « Christ, son Fils unique, Notrc-Seigneur, qui a « été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge « Marie, a souffert sous Ponce-Pilate, a été cru- « cifié , est mort et a été enseveli , est descendu aux v enfers ; le troisième jour est ressuscité des morts; « est monté aux cieux et est assis à la droite de « Dieu le Père tout-puissant ; d’où il viendra « juger les vivants et les morts.
« Je crois au Saint-Esprit, la sainte Eglise ca- « tholique, la communion des saints , la rémis- «i sion des péchés, la résurrection de la chair, la « vie éternelle. »
Cette parole abrégée est une doctrine en même temps qu’une histoire, la doctrine divine qui a vaincu l’erreur enracinée au cœur de l’homme. Rien n’a été dit, rien ne sera dit qui ne soit dans le Credo. Toute vérité en découle, et aucune vérité n’est d’ailleurs; toute erreur y vient heurter et s’y brisera. Douze pêcheurs de Judée ont reçu ce flambeau, et l'homme est sorti de la nuit.
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avant-propos.
Depuis dix-neuf siècles, le Symbole des Apôtres, affirmé par l’Église catholique, empêche que le monde retombe dans les ténèbres. Depuis dixneuf siècles, une voix infatigable nie cette clarté.
La négation est un des noms de la mort. Elle veut ôter du monde Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, dont la miséricorde a revêtu notre mortalité pour nous communiquer sa vie éternelle. Des sophistes sans nombre se sont efforcés de retirer au Christ, vrai Dieu et vrai Homme, tantôt l’humanité, tantôt la divinité. Ils ont nié le Dieu , ils ont nié l’homme ; ils ont nié que la personne même de Jésus ait existé. Le Jésus du Credo ne serait qu’un produit de l’imagination populaire ! La pauvre raison humaine a fourni son contingent de sectaires, même à cette folie, expression d’ailleurs la plus logique de la négation ; car il est moins impossible de nier l’existence de l’Homme, que de nier le Dieu dans l’Homme.
Mais la logique de l’absurde a trop démasqué l’absurde. L’inconséquence a paru préférable, et tout l’effort se tourne aujourd’hui contre la divinité. Ils disent que le Dieu fait homme est simplement un homme que l’ignorance a fait Dieu : un homme doué, sans doute, de génie et de vertu, bon, aimable, presque sincère; homme pourtant, et en qui l’on découvre la fragilité, la
S.Vc
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passion, le mensonge. Ils avancent une thèse impudente, suivant laquelle le mensonge est le droit des intelligences d’élite à l’égard du faible genre humain. Et Jésus, disent-ils, s’est servi du mensonge pour accréditer une morale trèspure! Ils lui donnent beaucoup de ces éloges qui sont le dernier raffinement de l’outrage. Dans les perfections suspectes qu’ils prêtent à l’Homme, ils espèrent anéantir le Dieu.
Passas! Vivant encore dans son Église, il souffre encore. Ces injures ne sont qu’un trait de sa passion continuée.
Autour de ses bienfaits, la haine éclate; la négation se dresse en face de ses miracles, la trahison s’assied au banquet où il donne sa chair, la dérision l’insulte sur la croix. C’est dans l’Évangile que l’humanité peut voir combien le péché l’a faite esclave de la mort. D’instinct, elle repousse le salut, elle ne veut pas être sauvée.
Rien n’est plus obstiné que la malignité des sectaires, si ce n’est le penchant de la nature déchue à leur accorder crédit. Saint Paul doit lutter contre un ouvrier en cuivre nommé Alexandre, et le grand Apôtre atteste le mal que lui
faisait cet adversaire obscur. L’Evangile compte par millions ses martyrs, ses confesseurs, ses apologistes : c’est trop peu contre l’astuce qui entreprend de séduire la présomption humaine. Sur la parole d’un sophiste, l'ignorant écarte tranquil-
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lement le témoignage de dix-neuf siècles. Il s’accroche à une allégation qu’il ne peut vérifier, à une contradiction apparente, à deux mots traduits d’un livre qu’il entend nommer pour la première fois. Tout lui est preuve contre Jésus- Christ. Il compte pour rien tant d’hommes de toutes les époques, de tous les pays, maîtres en toutes sciences , liés de toutes les incrédulités, qui se sont inclinés devant l’Évangile au mépris de leur amour-propre, de leur vie, au mépris même des tyrannies de leur coeur. Il ne sc dit point que ces hommes ont dû rechercher l’objection, loin de la fuir; ont souhaité de la trouver insoluble, ne l’ont abandonnée qu’après en avoir constaté le vide. Non! ces hommes furent abusés ou voulurent abuser : quant a l’ouvrier en cuivre, il est honnête et savant!
Ce n’est pas qu’on en soit sûr ! Même aux yeux de l’ignorant, cette science et cette probité de l’hérésie sont douteuses, plus douteuses que l’existence et la divinité de Jésus. Mais l’hérésie a pour elle les complicités du cœur. Là est le feu sombre qui jette ses fumées sur l’évidence. Que Dieu soit autre, ou qu’il ne soit pas ! Voilà le vœu secret, l’arcane où l’incroyance scientifique est assurée de rencontrer la crédulité.
Cependant, il n’y a point de science contre Jésus- Christ. Il n’y en eut jamais. L’incroyance scientifique n’est qu’une ignorance travaillée, un masque
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dont l’impiété se sert pour tromper la conscience humaine et lui fournir des raisons quelconques de ne pas croire. Sitôt que la conscience veut s’éloigner de Jésus-Christ, elle cesse d’être difficile sur le chemin et sur le guide. Elle accepte tout chemin , elle accorde au guide hypocrite toutes les vertus qu'il veut s’attribuer, elle pardonne au guide cynique tous les vices qu’il laisse voir.
Chez ces savants adversaires du Christ, ce qui éclate le plus, c’est la volonté d’ignorer. Ils sont impies, ils ne sont pas véritablement incroyants. Que d’application à fermer les yeux ! que de ruses viles pour épaissir la nuit ! Et lorsqu’enfin l’évidence les contraint de^hurler la négation, quel délire, équivalent aux actes de foi les plus formels ! Dans l’Evangile, les démons, voyant Jésus, lui crient : Fils de Dieu, va-t-en, laisse-nous! Car le démon, le père du grand mensonge , c’est-à-dire de la fausse science, père aussi de la négation, est très-savant et très-croyant. Mais, déchiré d’un orgueil éternel, il hait, il blasphème et il nie.
Sur tous les terrains où elle a voulu s’engager, la négation a été battue. Ses œuvres les plus vantées n’ont jamais soutenu la critique. Après un court triomphe de surprise, les ennemis eux-mêmes finissent par répéter le beau cri deTertullien à Marcion, falsificateur de l’Évangile : C’est encore le Christ ! Néanmoins il est vrai qu’un succès général, souvent assez tenace, encourage ces misérables travaux. Ils
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survivent longuement au décri où ils tombent promptement, protégés dans le mépris par l'ignorance complaisante du public et par l’insuffisance irréfléchie des réfutations.
Sans doute, l’on répond admirablement à tout ce que disent les négateurs ; mais puisque leur art suprême est d’ignorer et de faire ignorer, l’essentiel serait de répondre surtout à ce qu’ils ne disent pas. C’est invariablement ce que l’on oublie.
Le dernier qui s’est rendu célèbre a su, pendant cinq cents pages, parler de Jésus-Christ sans le montrer jamais. Esquivant perpétuellement tout ce qui est de Dieu, il dénature du même coup tout ce qui est de l’homme. Cette ruse de sa faiblesse a fait la force de son livre : elle a attiré l’apologétique dans des discussions de vétilles où disparaît complètement l’Homme-Dieu. Les réfutations sont excellentes. Qui les lirait loutcs et s’en tiendrait là, verrait bien que le négateur n’a ni science ni probité, mais ne saurait pas ce que Jésus -Christ est venu faire dans la monde. Ainsi ce n’est pas Jésus-Christ qui a cause gagnée, encore moins le lecteur laborieux de tant de polémiques ; c’est ce malheureux, qui s’est proposé de trahir Dieu et le prochain.
De là est née l’idée de cette Vie de Notre- Seigiieur . Les attaques de l’incrédulité en ont été l’occasion, elles n’en sont pas directement l’objet.
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La clémente sagesse de Jésus-Christ n’a laissé à la merci des sophistes ni les sources de la raison ni les bases de la foi. Elle a prévu toutes les faiblesses du cœur et de l’esprit de l’homme, et leur a préparé un secours toujours victorieux. Il ne faut pas courir tant de pays, ramasser tant de langues mortes, tant d’histoire, tant de physique et de philosophie pour connaître avec certitude Celui qui a voulu la foi et l'amour des petits et des ignorants. Le pain de vie est facile à trouver comme le pain matériel, aux mêmes conditions. Un simple fidèle, un homme du monde, pourvu qu’il ait étudié quelques livres faciles et écouté quelques instructions, peut rendre compte de sa foi, bien mieux que les « savants » prétendus incrédules ne sont en état de rendre compte de leur incrédulité. L’Évangile y suffit.
L’Évangile contient les motifs déterminants de la foi en Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme;
motifs que le Sauveur a lui-même proposés.
Avec l’Evangile on peut paralyser le sophisme sans s'imposer des attouchements qui font frémir la main. Qu’importe que le sophiste ramasse des notes contre la sincérité des Évangélistes, si nous avons la preuve claire que Celui de qui les Evangélistes ont écrit est Dieu ? A genoux devant la Présence réelle , on n’est pas tenté, de se distraire de cette contemplation pour consi-
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dérer de plus près la basse figure du blasphème; on ne tient nullement à lui arracher des aveux dénués de repentir.
Il y a différents degrés dans les régions de l’esprit ; la discussion appartient aux degrés inférieurs. En discutant , on se place toujours homme contre homme; la raison de l’un semble toujours valoir la raison de l’autre. En exposant , on place Dieu contre l’homme.
Cette exposition de la lumière doit se faire de préférence, lorsque Dieu est absolument et personnellement en cause. Sur ces hauteurs-là , que la voix de l’homme se taise à propos , qu’elle ne discute pas toujours avec le néant, de peur que l’imbécile raison humaine ne vienne à croire que le néant pourrait répondre , et ne lui prête une voix qui blesse l’oreille de Dieu ! Que la beauté de la Vérité apparaisse seule en face de la laideur absolue du Mensonge.
Je suppose un homme à peu près complètement ignorant en matière religieuse, sans haine, mais non pas sans préjugés, peu fixé sur l’existence de Dieu, très-incertain de la divinité de Jésus- Christ, plutôt disposé à n’y pas croire, évitant néanmoins de prononcer sur ce sujet par simple sentiment d'honnêteté, parce qu’il sait qu’il ne sait pas. Cet homme vient d’écouter les négateurs. Il doute de leur droiture; il les trouve pour le moins frivoles. Cependant, existe-t-il un
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