‹ La vie de Notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 2 sur 106 · A V A N T - P R OP O S · texte numérisé non relu

A V A N T - P R OP O S

autre Dieu que le Dieu commode et insaisissable du déisme? Et Celui qui s’est proclamé Fils de Dieu , ce Jésus , à qui la négation veut donner des couleurs si exclusivement humaines, est-il vraiment ce qu’il a dit être ? Est-il Jésus- Christ? Est-il Dieu? De fortes impressions subsistent contre cette croyance ; de longues études paraissent nécessaires pour en reconnaître la fausseté ou la vérité. Or, la fausseté, ce serait triste! L’âme hésite à s’appauvrir de Dieu. La vérité , ce serait grave ! Elle propose , elle impose d’étranges engagements... La pente commune est à rester dans l'incertitude, en attendant que l’incertitude devienne l’indifférence , et l’indifférence l’oubli.

Eh bien ! cet homme , cet incertain qui se résout à devenir indifférent, cet indifférent qui ne refuse pas Dieu, qui ne veut pas lui faire la guerre , qui’ se décide simplement à l’oublier , ignorant que Dieu ne l’oubliera point -, cet homme , en un mot , qui n’a jamais réfléchi sur Dieu et qui souhaite de n’y penser jamais, c’est l’homme que l’auteur de ce livre a lui-même été; et c’est l’homme aussi pour qui ce livre est écrit. Ce que je n’aurais pas entendu sans profit pour mon intelligence et pour mon âme, il y a vingtcinq ans, c’est ce que j’ai essayé d’exposer.

Dans Y Introduction, je parle de l’homme considéré comme preuve de l’existence de Dieu, du

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but pour lequel l’homme a été créé, de la chute, de la nécessité d’un médiateur. Quelques arguments élémentaires m’ont paru suffire pour le public de bonne foi à qui j’appartiens et à qui je m’adresse. Je fais ensuite une description du monde païen, et je présente le résultat de ses découvertes sur la connaissance de Dieu et sur la connaissance de l’homme. De là, je passe aux Prophètes qui annoncèrent le Christ. Les Prophètes, comme les Apôtres, sont inséparables de Jésus. C’est une tromperie de prétendre raconter son histoire et de supprimer ces hérauts divins qui marchent devant lui dès le fond le plus lointain des âges , proclamant sa mission , racontant d’avance ses œuvres et sa vie.

Après ce préliminaire, j’aborde la vie mortelle du Verbe incarné. Je ne prends nul autre guide, nul autre document que l’Évangile. Je ne m’applique à rien prouver. Cela était fait dès longtemps, on vient de le refaire avec éclat. Il y a longtemps que Tertullien disait : « La première vérité qu’il faut croire, est qu’on ne doit rien croire légèrement. » Les beaux livres de M. l’abbé Freppel, de Mgr l’évêque de Nîmes, de M. Auguste Nicolas, du R. P. Gratry, de M. Wallon, font assez voir que cette vieille règle est toujours observée. On trouvera d’excellentes réponses à toutes les objections, anciennes et renouvelées, dans la belle et complète Histoire

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de Notre-Seigneur que M. l’abbé E.-J. Darras

publie en ce moment. Quant à moi, j’écris pour

ceux qui sont dignes de se rendre au seul ar-

gument de Jésus-Christ. L’Evangile raconte la divinité de Jésus-Christ, et la divinité de Jésus- Christ prouve invinciblement la vérité de l’Évangile. Les négateurs se l’avouent. Ils prétendent suivre l’Évangile, mais ils le falsifient.

Il est certain que l’Evangile nous présente un spectacle inexprimable. Eperdue de ce que Dieu a fait pour elle, et du peu qu’il lui demande en retour, l’âme, toute terrassée par l’évidence, se demande comment elle peut croire ce qu’elle ne comprendra jamais. Nous percevons bien, de loin, quelque chose : créés de Dieu, créés à son image, nous entrons dans la voie de l’inaccessible, nous pressentons des sommets que nous n’atteindrons pas. Mais ce mystère de l’amour divin, cet abaissement de Dieu vers nos fanges, ces douceurs de sa parole, ces patiences de sa bonté, ces amertumes de son agonie, ces crachats, ces fouets, cette croix, ce sépulcre, et tout cela pour nous, et nous sommes ce que nous savons ! Qui nous expliquera l’excès de l’amour de Dieu ? Que portons-nous en nous-mêmes qui nous aide à le comprendre ? Il le faut croire par l’unique raison que cet abîme, que rien n’explique, seul explique tout.

Refusons de croire que Dieu ait « à ce point aimé le monde » , nous n’avons plus le mot de

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rien, ni de Dieu, ni de l’homme, ni du monde. Or l’Évangile est plein de réalités palpables. Il est manifestement l’œuvre de témoins à qui il a été enjoint de déposer comme ils ont vu : « Dites :

« Ceci est, ceci nest pas. Tout ce que l’on ajoute f « vient du Mauvais. » L’Evangile est la vérité du Dieu de vérité. C’est ce Dieu qu’il nous met dans les mains , qu’il livre à nos sens comme à notre raison, et il n’y a chose au monde qui n’en rende hautement témoignage.

Outre que l’Évangile est par lui-même toujours jeune, je suis trop assuré que beaucoup de lecteurs le trouveront encore très-nouveau. Chez les incrédules, l’ignorance de l’Évangile est ordinairement complète et totale; chez un grand nombre de chrétiens, elle n’est guère moindre. On sait l’Évangile par cœur, et on ne le connaît pas. On ne l’a pas lu avec suite, avec ordre, tel qu’il a été vécu; on ne l’a ni entendu expliquer, ni médité comme il faut. Quiconque ne voit dans l’Évangile que la lettre, n’y voit pas même la lettre; et quiconque y cherche seulement la morale, n’y trouve pas la morale qu’il contient. Cet Évangile de la lettre et de la stricte morale n’est que l’écorce dévastée du véritable Évangile catholique; il est dépf' aillé de la beauté que Dieu voulut y mettre pour attirer nos cœurs et les attacher à Jésus-Christ par les chaînes de l’amour.

C’a été un dessein de Dieu que l’Évangile fût

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écrit comme nous l’avons, par quatre auteurs, en quatre parties qu'il faut en quelque sorte démonter pour les ajuster les unes aux autres. Ainsi l’authenticité du livre divin est à l’abri du doute, et en même temps il ne peut jamais devenir une chose vulgaire. Si ce désordre provoque l’esprit de contradiction, il aiguillonne aussi l’esprit de foi à une étude constante. L’océan de la littérature sacrée est là pour démontrer que rien de plus pressant ne pouvait animer et féconder l’intelligence humaine. En dehors de l’interprétation

proprement dite, le seul travail d’établir la suite m »

chronologique, dont les Evangélistes n’ont pas pris souci, a produit d’admirables j lumières. L’histoire évangélique existe d’avance dans la volonté de Jésus-Christ comme dans les prophéties qu’elle vient d’accomplir. Les premiers pas du Sauveur s’engagent sur la route du Calvaire; il y marche, sachant où il va, tenant impuissants ses ennemis et la mort aussi longtemps qu’il le veut; il arrive à l’heure éternellement fixée, et tout est consommé quand tout doit l’être.

Ce miracle général est la preuve de tous les autres; comme tous les autres il prouve l’amour de Dieu pour les hommes.

L’incrédulité conteste les miracles, parce qu’elle veut rejeter l’amour. Elle les conteste tantôt par une négation brutale, tantôt par des explications injurieuses. Elle déclare que le miracle n’est re-

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cevable ni en histoire ni en philosophie. Pressés de la parole du Sauveur, quelques « savants »> accordent que Jésus a pu croire qu'il faisait ces choses impossibles à l’homme. Mais, disent-ils, il ne les a pas faites et ne les a pu faire, n’étant pas Dieu. Ainsi parce que Jésus-Christ, selon ces savants, n’est pas Dieu, il n’a pas fait de miracles; et parce que, selon ces savants, Jésus-Christ n’a pas fait de miracles, il n’est pas Dieu !

La raison n’a pas à se contraindre pour suivre d’autres données. Elle croit les miracles parce que l’Homme- Dieu les pouvait faire,

parce qu’il devait les faire, parce qu’il atteste les

avoir faits. Un Evangile sans miracles, ce serait là l’Évangile incroyable. Il faut que l’Incarnation teigne d’un reflet divin tous les actes du Sauveur qui n’ont que la marque ostensible de son humanité. Autrement, quand je vois un Dieu soumis à la faim, à la soif, à la fatigue, à la tristesse, se dérobant par la fuite, se donnant longuement la peine d instruire des disciples à tète dure, souffrant les coups, les insolences, le dernier supplice, c’est alors que mon étonnement pourrait s’égarer jusqu’au doute. En toutes ces circonstances, Dieu paraît hors de la nature divine. Il y rentre lorqu’il commande aux éléments, ressuscite les morts, institue l’incompréhensible Eucharistie. Comprendrait -on que Dieu fût des-

cendu sur la terre et n’eût point fait de miracles? J’ose dire qu’il nous les devait. II était de sa justice de les prodiguer pour aider notre faiblesse à supporter ses abaissements et à recevoir sa parole, par lesquels il venait nous sauver. Il venait « dans l’infirmité » afin de guérir des infirmes : double condition qui lui imposait les miracles. A des sourds il fallait ces signes, à des aveugles il fallait ces attouchements , à des paralytiques il fallait ces secousses. S’il ne s’était pas montré le maître de la nature, on demanderait ce qu’il a fait qui dépasse le pouvoir de l’homme. Bergier disait aux philosophes de son temps : Examinez- ‘ vous bien , et voyez si vos prédécesseurs ont pu être vaincus sans miracles!

L’objection contre les miracles, « parce qu’ils ne sont pas croyables », est ridicule. Qu’est-ce que ce serait qu’un miracle croyable? Ils ont été faits incroyables, précisément pour que la foi les dût croire et que la raison n’y pût rien contester. Le miracle est donné pour faire croire ce qui est surajouté à l’ordre naturel. L’homme qui prétendrait croire et comprendre l’Incarnation sans le secours des miracles, serait un fou , tout comme celui qui nie l’existence de Dieu. Le bon sens humain se moque des philosophes et des historiens qui prétendent que Dieu ne peut pas intervenir en Dieu dans les

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choses de ce monde, et que l'homme n'en a pas besoin.

Jésus-Christ nous a fait plus d’honneur. Il ne nous a pas demandé de nous rendre à l’homme , mais à Dieu ; il s’est montré pour que notre fierté pût noblement s’abattre. Par le miracle, il a invalidé pour toujours les règles de toute philosophie qui voudrait exclure la divinité ; il a très-miséricordieusement traité les savants eux-mêmes, en les avertissant qu’il est plus savant qu’eux. Quand leur orgueil refuse ce bienfait, ils ont tort. Néanmoins sa * clémence leur propose d’autres arguments.

Il disait aux Juifs : Si vous ne croyez pas ma parole, croyez au moins mes miracles! Nous disons aujourd’hui aux incrédules : Si vous ne croyez pas les miracles, croyez au moins la parole! Cette parole est un miracle aussi, et le plus grand de tous; un miracle auquel vous ne pouvez contredire.

La parole a créé le miracle pour s’y poser; et sur cette hauteur, qu’elle a faite accessible, elle demeure vivante et créatrice. C’est le miracle des miracles; c’est Dieu lui-même. Nous l’entendrons; nos oreilles obstruées des poussières de la terre ne pourront méconnaître cette voix dont l’accent a vaincu le cœur de l'homme, dont la sagesse a révélé l’homme à lui -même, dont la fécondité a créé un monde nouveau.

l8 avant-propos.

« Les paroles de Jésus-Christ, dit Bossuet, ressentent quelque chose de divin par leur simplicité, par leur profondeur, et par une certaine autorité douce avec laquelle elles sortent. Jamais homme n'a parlé comme cet homme, parce que jamais homme n’a été Dieu comme lui, ni n'a eu sur tous les esprits cette autorité naturelle qui appartient à la vérité, qui fait que, sans s’efforcer, sans se guinder pour ainsi dire, elle y influe si doucement et si intimement. »

Or, cette parole absolument divine, divine par son caractère propre, divine par ses effets toujours subsistants, de qui serait-elle si elle n’était pas de Jésus-Christ ? Qui serait l’inventeur de la sagesse de Jésus-Christ? A deux mille ans de distance, la parole du Christ demeure l’unique vraie lumière de l’homme sur lui-même et sur Dieu; elle soutient le monde catholique, entouré de fanatiques ennemis; elle soutient la loi naturelle, investie et battue en brèche par un philosophisme insensé; elle soutient la raison humaine, sujette aux vertiges et aux délires. Et non-seulement elle conserve et elle répare, mais elle enfante : elle enfante des prêtres et des saints, elle enfante la foi; des plus stériles cœurs elle arrache encore des cris d’admiration et des actes d’amour. Qui aurait inventé cette parole?

Contre l’éclat, la puissance et le nombre des miracles de Jésus-Christ, attestés avec tant

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d’éclat et de puissance par un si grand nombre de témoins, nulle objection n’est recevable au tribunal de la raison humaine, nulle objection ne sera reçue au tribunal de Dieu. Sur les seuls miracles, nous serions tenus de croire. Supposons néanmoins un refuge possible pour le doute, quant aux faits : comment se rendre compte de l’invention de la parole, de la création de la doctrine? Ces témoins si droits et si simples que l’on veut soupçonner ou de n’avoir pas vu ou d'avoir mal vu ce qu’ils racontent, comment les soupçonner de n’âvoir pas entendu ce qu’ils redisent? Ils ne redisent pas des choses que tout le monde ait sues et que l’on eût coutume de penser. Cela, au contraire, est en dehors de tout et au-dessus de tout. Ils le redisent non dans les mêmes termes, mais avec le même fonds d’idées inouïes, avec la même couleur de style totalement neuve, avec le même accent d’autorité souveraine; tout est plein de lumière, plein de prophétie, resplendissant de cette force du miracle à laquelle on veut en vain échapper.

Ainsi, tout émane de laj divinité et tout y ramène. Le miracle reparaît dans la parole, et la parole à son tour devient miracle.

Oui, ces miracles donnés pour appuyer la parole, voici qu’ils se transforment, se transfigurent, et à leur tour deviennent parole ! Sous leur écorce odieuse à la science, la sève divine était

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enfermée : au souffle de l’Esprit saint, elle éclot en fleurs d’une beauté céleste-, de ces fleurs, comme de la parole elle-même, s’épanche l’abondance des baumes vivifiants. Les impossibilités physiques sont devenues la plus claire prédication des vérités morales les plus salutaires. L’humanité a besoin de cet enseignement, elle vit ou meurt suivant qu’elle l’entend ou le méprise. Les miracles sont 'des paraboles en action où abondent quantité de sens admirables. La plupart tout à la fois expliquent les prophéties, en constatent l’accomplissement et sont la prophétie de l’ordre futur. Ils ont guéri les corps, ils guériront éternellement les âmes ; ils ont montré la toute-puissance et la bonté du Fils de l’homme, ils montreront à jamais la science et la sagesse infinie du Fils de Dieu.

Qu’un médecin de génie multiplie les cures merveilleuses et guérisse les cas désespérés, qu’un thaumaturge ressuscite les morts, cela n’influe en rien sur les choses générales de ce monde : il n’y a là que des malades guéris par un savant homme ou par un homme saint. Le péché n’interrompt pas ses œuvres, l’infirmité ne cesse pas de se montrer, la tombe ne cesse pas de s’ouvrir dans le petit espace où se meuvent ceux qui ressuscitent les morts ; et bientôt ces hommes prodigieux disparaissent, ne laissant qu’un souvenir promptement oublié. Pour le savant, l’ou-

bli est soudain ; pour le thaumaturge, à moins qu'il ne plaise à Dieu de glorifier son sépulcre par la permanence des miracles, l’oubli est prochain. De toute manière, ces choses étranges, merveilles de la science et merveilles plus grandes de la sainteté, restent purement des faits ou absolument isolés ou promptement inféconds. Mais les miracles de Jésus-Christ tiennent à tout, contiennent tout; l’histoire y aboutit et en découle; ils sont vivants d’une vie universelle et éternelle, ils sont lumineux, ils créent la perpétuité des miracles.

« Les miracles du Sauveur, dit saint Grégoire, pape, sont réels, et en même temps ils servent à nous enseigner quelque vérité : par ces actes de sa puissance, Dieu nous montre de certaines choses ; il nous en révèle d’autres par les mystères que sa sagesse y a renfermés. » Tous les faits de la sainte Écriture sont susceptibles de quatre sens différents également vrais, car la profondeur de l’esprit de Dieu est infinie. Outre le sens littéral, il y a : i° le sens allégorique, par application d’un fait à un autre fait dont il est la figure ou la prophétie; 2° le sens tropologique, par application aux besoins de l ame et à la direction des mœurs; 3° le sens analogique, par application aux joies de la patrie céleste. Ces trois sens constituent le sens spirituel ou mystique, qui met le miracle en harmonie

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avec toute l’histoire de la religion et avec tout le mystère de l’humanité.

L’étude du sens mystique est depuis longtemps, chez nous, réduite à la morale *, et, pour le dire en passant, la morale n’y a rien gagné. On la voit moins découler du dogme qui reste obscur, l’impiété lui dispute son origine, elle perd de sa saveur et de son crédit. Sans négliger aucunement la morale, les Pères avaient soin de donner au sens mystique tout son développement. Ils se sont élevés à des hauteurs merveilleuses, et nos esprits, accoutumés au terre-à-terre de la moralité, s’étonnent de les suivre sans efforts dans ces régions supérieures que l’on ne nous ouvre plus guère, mais pour lesquelles cependant nous sommes faits. Le peu que j’ai pu emprunter des Pères suffira pour faire voir qu’il y a là autant de bons arguments que de beaux enseignements. Joseph de Maistre dit que le corps humain apparaît plus merveilleux encore sur la table de dissection que dans les plus belles attitudes de la vie : ainsi, l’anatomie du miracle le montre tout à la fois plus réel et plus étonnant-, la main et la sagesse de Dieu s’y révèlent davantage.

En poussant la relation de la vie de Notre- Seigneur jusqu’à la fin du siècle évangélique, j’ai esquissé le dernier et le plus grand des miracles, celui pour lequel tous les autres ont été faits, l’établissement de l’Église, preuve universelle et

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permanente de la divinité de Jésus et de son amour pour les hommes.

Là, je me suis arrêté. J’avais un autre chapitre, ou, pour mieux dire, un autre livre à écrire. C’était de montrer Notre-Seigneur actuellement

vivant, actuellement Dieu, actuellement visible.

Mais il suffit d’ouvrir les yeux. L’Eglise est la vie continuée de Jésus-Christ. Par l’Eglise, le Dieu-Homme demeure en ce monde avec ce même caractère d’infirmité humaine et de puissance divine qui exprime l’union des deux natures; il y fait les mêmes œuvres d’homme, les mêmes œuvres de Dieu : homme souffrant, Dieu vainqueur.

Il est à Bethléem et à Samarie, au Cénacle et dans la foule, au Thabor et sur le Calvaire. Il est écouté et nié, glorifié et injurié, suivi et trahi. Tous ses amis l’entourent, tous ses adversaires et tous ses ennemis sont là.

Il est là aussi, celui que l’Ecriture appelle Menteur. Il a été dit aux autres : « Vous êtes de « lui. » Et les autres disent qu’ils ne le connaissent pas et qu’il n’existe pas. Il existe et ils le connaissent, et ils font ses œuvres ! L’existence et l’influence de Satan rendent seules compte d’un phénomène étrange, le plus capable de dérouter l'intelligence créée. Depuis dix-neuf siècles, Jésus prodigue ses miséricordes, et il est toujours insulté, déclaré digne de mort, haï enfin, haï per-

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