CHAPITRE XXXV
l'ascension. '
e jour de la Résurrection, sur le soir, deux Disciples s’en allaient de Jérusalem au bourg d’Emmaüs, éloigné de soixante stades (environ trois lieues). Ils s’entretenaient de ce qui s’était passé. Un homme s’approcha, et, cheminant avec eux, leur demanda de quoi ils parlaient et d’où venait leur tristesse. L’un des Disciples lui répondit : — Etes-vous tellement étranger dans Jérusalem, que vous ne sachiez rien des choses qui sont arrivées ces jours-ci ? — Quelles choses? dit le Voyageur. Ils reprirent : — Au sujet de Jésus de Nazareth, qui était un Prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple. Ignorez-vous comment les Princes des Prêtres et les Anciens de notre nation l’ont livré et l’ont crucifié ? Nous espérions qu’il était Celui qui doit délivrer Israël. Mais voici maintenant trois jours que ces choses ont eu lieu.
Ayant ainsi exprimé leur découragement, les
Digitizec
Disciples racontèrent avec l’accent de l’incertitude comment quelques-unes des femmes qui suivaient Jésus disaient qu’il était vivant, et ce que l’on rapportait aussi, que son corps ne se trouvait plus dans le sépulcre. Alors le Voyageur inconnu leur dit : a O insensés ! coeurs lents à croire les Pro- « phètes ! Ne fallait-il pas que le Christ endurât « ces souffrances et qu’ainsi il entrât dans sa « gloire? » Ensuite, commençant par Moïse, et parcourant tous les Prophètes , il leur expliquait ce qui est dit du Christ dans toutes les /
Ecritures.
Ils étaient arrivés près du lieu où ils devaient s’arrêter , et le Voyageur parut vouloir passer outre ; mais les Disciples insistèrent pour qu’il restât, disant : « Il se fait tard ; le jour est déjà sur son déclin. » Il entra donc avec eux, et ils se mirent à table ensemble. Or, tandis qu’ils étaient à table, cet hôte prit le pain et le bénit; et l’ayant rompu, il le leur présenta. A cet instant, leurs yeux s’ouvrirent et ils reconnurent le Seigneur, mais aussitôt il disparut. Et les Disciples se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au dedans de nous lorsqu’il nous parlait durant le chemin , et qu’il nous expliquait les Écritures ? »
Pleins du feu de charité dont la présence de Jésus les avait remplis, ils retournèrent immédiatement à Jérusalem. Ils y trouvèrent les
Apôtres, qui disaient : « Le Seigneur est vraiment ressuscité ; il a apparu à Simon. » Eux-mêmes racontèrent ce qui leur était arrivé. Cependant plusieurs ne les voulurent pas croire.
Et comme les Apôtres , s’étant mis à table , s’entretenaient encore sur ce sujet, probablement avec quelque chaleur, Jésus se trouva au milieu d’eux et leur dit : « La paix soit avec v,ous ! »
La paix ! c’est la promesse de Bethléem -, et au moment de les quitter, il leur avait dit : « Je vous laisse ma paix. » La paix est le don de Jésus. Mais ils tremblaient et croyaient voir un esprit, parce que Jésus se trouvait devant eux, tandis que les portes étaient restées closes. Il leur dit : « C’est moi, ne craignez point. Voyez mes « mains et mes pieds ; touchez. Un esprit n’a point « de chair ni d’os comme vous voyez que j’en « ai. » Il leur montra ses mains, ses pieds, la plaie de son côté. Ils étaient ravis et pleins de joie, mais sans pouvoir se persuader encore que ce fût vraiment le Seigneur vivant dans sa chair. Jésus leur demanda quelque chose à manger. Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé et un rayon de miel. Il en mangea en leur présence, leur donna ce qui restait. Ensuite il leur dit : « Rappelez - vous ce que vous avez en- « tendu de ma bouche, quand j’étais encore avec « vous : Il faut que tout ce qui est écrit de moi « dans les Prophètes s’accomplisse. » Et leur
ouvrant l’esprit pour l’intelligence des Ecritures, il poursuivit : « Il fallait donc que le Christ « souffrît et qu’il ressuscitât d’entre les morts. « Vous êtes témoins de ces choses. Il faut « maintenant que la pénitence et la rémission « des péchés soient prêchées en mon nom à « toutes les nations, en commençant par Jéru- « salem. »
Il a révélé la vérité de son corps réel, il manifeste aussitôt l’unité de son corps mystique, l’Église, née à Jérusalem, destinée à se répandre par toute la terre, composée de Juifs et de Gentils, seule et même Église.
Ayant ainsi parlé, il leur dit une seconde fois, voyant leur joie : cc La paix soit avec vous. » Et comme il allait leur faire un don vraiment divin, il ajouta : « Comme mon Père m’a en- « voyé, je vous envoie. »
Après ces paroles, il souffla sur eux, leur disant : « Recevez l’Esprit saint. Ceux à qui vous « remettrez les péchés , ils leur seront remis ; « ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront « retenus. »
Ce souffle n’était pas encore la plénitude du Saint-Esprit, en était plutôt le symbole, signifiant que le Saint-Esprit procède de Jésus selon sa divinité. Plus tard, au jour de la Pentecôte, les Apôtres recevront cette plénitude qui leur a été promise. Mais la bonté paternelle de
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Jésus se hâte de leur communiquer le pouvoir d’absoudre.
Thomas, l’un des Onze, n’était pas avec ses frères lors de cette apparition. Ils lui en firent le récit. Mais Thomas répondit : — Si je ne vois dans ses mains la marque des clous; si je ne mets mon doigt à la place des clous; si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai rien.
Huit jours après, les Apôtres étant dans la même maison , et Thomas s’y trouvant aussi , Jésus vint de nouveau , les portes fermées , et parut au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous. » Puis, s’adressant à Thomas, il lui dit : « Mets là ton doigt et vois mes « mains ; approche ta main et mets-la dans mon « côté ; et ne sois plus incrédule, mais fidèle. » Thomas s’écria : — Mon Seigneur et mon Dieu ! Jésus lui dit : « Tu as cru, Thomas, parce <r que tu as vu. Heureux ceux qui croiront, « n’ayant point vu. »
Après ces événements, les Apôtres et les Disciples étaient retournés en Galilée, où le Seigneur leur avait donné rendez-vous. Simon- Pierre, les fils de Zébédée, Nathanaël, Thomas et deux autres se trouvaient réunis sur les bords du lac de Génésareth. Un soir, Pierre leur dit : — Je vais pêcher. Ils montèrent avec lui dans une barque; mais cette nuit-là ils ne prirent rien.
l’ascension.
Au matin, Jésus parut sur le rivage, et les Disciples ne le reconnurent point. Il leur dit : « Enfants, n’avez-vous rien à manger? » Non, répondirent-ils. Jésus reprit : « Jetez le filet à « droite, et vous trouverez. » Ils firent ainsi, et ils ne pouvaient plus tirer le filet tant il était chargé. Alors Jean dit à Pierre : — C’est le Seigneur ! Pierre, entendant ces mots, remit sa tunique, se ceignit et se jeta à la mer. Les autres Disciples vinrent dans la barque, traînant le filet plein. Il contenait cent cinquante-trois grands poissons, et pourtant il ne rompit point.
Cette pêche où le filet n’est plus jeté au hasard, mais à droite, figure l’Église arrivant au port éternel où elle amène les élus. Il y a sept pêcheurs pour représenter l’universalité du sacerdoce catholique. Dans le nombre cent cinquantetrois, d’après l’interprétation de saint Augustin, sont exprimées l’unité de Dieu, la Trinité et l’humanité. Le filet ne rompt point parce qu’alors il n’y aura plus de schisme à redouter. Tout est amené à terre, au rivage stable, au repos, à la paix.
Lorsqu’ils furent à terre, les Disciples virent des charbons allumés et un poisson dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Venez et mangez. » Aucun d’eux n’osa lui demander : Qui êtesyous? Ils savaient bien que c’était le Seigneur.
L’Évangile dit qu’ils savaient , non qu’ils
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voyaient. Maintenant ils savent et ils croient sans voir.
Après qu’ils eurent mangé , J ésus dit à Simon-Pierre : — « Simon, fils de Jean, m’aimestu plus que ne m’aiment ceux-ci? » Pierre répondit : — Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : a Pais mes agneaux. »
Il lui dit encore : « Simon , fils de Jean , m’aimes-tu ? » Pierre répondit une seconde fois : — Oui , Seigneur , vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : « Pais mes agneaux. »
Il lui dit pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean , m’aimes-tu ? » Pierre, affligé de cette troisième interrogation, répondit : — Seigneur, vous connaissez toutes choses ; vous savez que je vous aime ! Jésus lui dit : « Pais mes brebis. »
Ces trois affirmations de Pierre, trois fois provoquées par Jésus, expiaient ses trois reniements. Il ne faut pas , dit saint Augustin, qu’il montre moins d’amour qu’il n’a montré de crainte, et qu’il ait prononcé plus de paroles pour conjurer la mort que pour attirer la vie.
Après les deux premières réponses, Pierre est confirmé dans sa dignité d’Apôtre; après la troisième, il est investi de la dignité sans égale de Pasteur des Pasteurs. C’est la dernière main au grand ouvrage que Jésus n’a cessé d’édifier, l’Eglise. Les paroles qu’il ajouta assurèrent
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Pierre de sa fermeté future et lui marquèrent en même temps la gloire de sa mort : a En vérité, a en vérité, quand tu étais jeune, tu te ceignais « toi-même et tu allais où tu voulais; mais ’« quand tu seras vieux, tu tendras les mains « et un autre te ceindra et te conduira où tu « ne voudrais pas aller. » Et Jésus lui dit encore, à lui seul : « Suis-moi. » Comme pour marquer par un trait de plus sa dignité sans égale et jeter une sorte de lueur sur le caractère particulier de son martyre.
Ensuite les Onze se rendirent en Galilée, sur la montagne où Jésus leur avait dit qu’ils le verraient. On pense que ce fut là que plus de cinq cents disciples à la fois le virent , comme saint Paul en rend témoignage, et ils l’adorèrent. Quelques-uns néanmoins restèrent dans le doute, ce que l’on ne peut entendre des Apôtres. S’approchant des Onze, Jésus leur dit :
<c Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et « sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les « nations. Baptisez -les au nom du Père, du a Fils, et du Saint-Esprit, et apprenez-leur à « garder tout ce que je vous ai commandé. Et « voilà que je suis avec vous tous les jours jus- « qu’à la fin du monde. »
Il leur dit encore :
« Allez dans le monde entier, prêchez l’Évan- « gile à toute créature. Celui qui croira et sera
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« baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira « point sera condamné. Des miracles accompaa gneront ceux qui croiront. En mon nom ils « chasseront les démons, ils parleront des lance gués nouvelles, ils prendront les serpents, et « s’ils boivent quelque breuvage mortel , il ne « leur nuira point; ils imposeront les mains sur « les malades et les malades seront guéris. »
Neuf apparitions de Notre-Seigneur sont mentionnées dans l’Évangile. Ce qui suit se rapporte à la dixième et dernière, qui eut lieu à Jérusalem, où les Apôtres étaient revenus.
Mangeant avec eux, Jésus leur ordonna de ne point s’éloigner de Jérusalem, mais d’y attendre l’accomplissement de la promesse du Père , qu’ils avaient reçue de sa bouche, et il leur annonça de nouveau le baptême de l’Esprit saint.
Alors, encore préoccupés du règne temporel du Messie, ils lui firent cette demande : « Seigneur, « est-ce le temps que vous rétablirez le royaume a d’Israël? »
Le Saint-Esprit devait bientôt les désabuser de cette idée. Jésus se contenta de leur répondre : « Ce n’est point à vous de savoir les temps et « les moments que le Père a marqués dans sa « toute-puissance. Mais vous recevrez la vertu du « Saint-Esprit qui viendra sur vous d’en haut, « et vous serez mes témoins dans Jérusalem, dans