‹ La vie de Notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 101 sur 106 · L ASCENSION · texte numérisé non relu

L ASCENSION

« toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux exd trémités de la terre. » C’était la prise de possession du monde.

Après leur avoir ainsi parlé, le Seigneur Jésus les mena hors de la ville, du côté de Béthanie. Alors, de ses mains que les clous avaient -percées, il leur donna une bénédiction -, et tandis qu’il les bénissait, ils le virent s’élever et monter dans le ciel. Bientôt une nuée le déroba à leurs yeux.

Et comme ils regardaient toujours, deux Hommes vêtus de blanc se trouvèrent à leurs côtés, qui leur dirent : « Que restez-vous ainsi à regarder? Ce Jésus, qui du milieu de vous vient de s’élever dans le Ciel, en reviendra un jour de la même manière que vous l’avez vu monter. »

issesi

ssidus à la prière, les Disciples attendaient avec foi l’accomplissement des promesses du Seigneur Jésus.

Le dixième jour après l’Ascension, cinquantième après Pâques, les Juifs célébraient la Pentecôte, fête commémorative de l’avénement de la Loi, promulguée cinquante jours après la sortie d’Egypte; et, pendant cette fête, ils offraient à Jéhovah les prémices de la moisson. Les Apôtres et les Disciples, étant assemblés, entendirent tout à coup un grand bruit, comme d’un souffle impétueux qui venait du ciel. Au même instant il parut des flammes qui se divisèrent en langues de feu et s’arrêtèrent sur la tête de chacun , même des femmes, et ils furent tous remplis du Saint-Esprit. Jean-Baptiste avait annoncé ce baptême de feu. Pendant que les Juifs devenus indignes célèbrent la fête de la loi ancienne, la loi nouvelle est promulguée. A ceux qui lui apportent les prémices de leur champ , Dieu déclare qu’il veut désormais d’autres moissons.

LES APOTRES, PIERRE. b']']

Les Apôtres commencèrent à parler diverses langues, selon que le Saint-Esprit les inspirait. Attirés par cette merveille, des Juifs de toutes les nations vinrent en grand nombre autour d’eux. Chacun s’émerveillait de les entendre; mais les Juifs de Judée disaient : — Ils sont ivres ! Alors, Pierre, debout au milieu des Onze, fit voir qu’il était devenu un autre homme. Il leur dit : — Vous vous souvenez de Jésus de Nazareth et des miracles que Dieu a faits par lui au milieu de vous. Il vous a été livré, vous l’avez crucifié et vous l’avez fait mourir. Mais Dieu l’a ressuscité, et nous sommes témoins de sa résurrection. Or, après qu’il a été élevé au Ciel et qu’il a reçu la promesse que le Père lui avait faite d'envoyer le Saint- Esprit, il a répandu cet Esprit saint que vous entendez maintenant. O maison d'Israël; sachez donc très-certainement que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié !

Ainsi parla Pierre, au milieu de Jérusalem, en face des Prêtres, des Scribes, des Pharisiens et du peuple, moins de deux mois après la passion et la mort de Jésus-Christ. L’on peut dire que c’est la première forme ou la première paraphrase du Credo, qui désormais va retentir sans relâche dans le monde entier par la bouche des Apôtres, et qui viendra ainsi jusqu’à nous qui le redisons et qui le laisserons intact à nos enfants.

Parmi ceux qui avaient entendu Pierre, beaucoup lui dirent et aux autres Apôtres : — Nos Frères, que faut-il que nous fassions ? Pierre leur dit : — Faites pénitence. Que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour la rémission des péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit. Car la promesse a été faite à vous et à vos enfants, et à tous ceux qui sont éloignés, autant que le Seigneur en appellera.

Ayant achevé de les instruire, il les exhorta à se sauver de cette race corrompue; et ce jour-là, trois mille environ reçurent le baptême. Tel fut le premier coup de filet du pêcheur d’hommes. Et ces nouveaux Disciples du Christ, dont le nombre augmentait tous les jours, étaient unis par une grande charité.

Les Apôtres étonnaient Jérusalem par de nombreux miracles. Un jour que Pierre et Jean se rendaient à la prière de la neuvième heure, ils virent à la porte du Temple un infirme, boiteux de naissance, qui demandait Taumône. Pierre lui dit : « Je n’ai ni or ni argent, mais je donne ce que j’ai : au nom de Jésus de Nazareth, lèvetoi et marche. » En même temps il le prit par la main, et le boiteux, marchant avec allégresse, les accompagna dans le Temple. Cet homme avait plus de quarante ans ; tout le monde le connaissait. Une grande foule s’empressa autour des Apôtres. Pierre ieur dit : « De quoi vous

étonnez-vous, et pourquoi nous regardez-vous comme si c’était par nous-mêmes que nous eussions fait marcher cet homme? Le Dieu de nos Pères glorifie son fils Jésus que vous avez renié devant Pilate, quand Pilate jugeait qu’il devait être renvoyé absous. Vous avez renié le Saint et le Juste; vous avez demandé que l’on vous délivrât un homicide. Vous avez fait mourir l’auteur de la vie. Mais Dieu l’a ressuscité, et nous en sommes tous témoins. C’est lui qui, par la foi au nom de Jésus , a guéri les pieds de cet homme que vous voyez et que vous connaissez. »

L’Apôtre, imputant à l’ignorance leur crime contre Jésus, les pressa d’embrasser la. foi, puisque c’était à eux que Dieu avait d'abord envoyé son Fils.

Pendant qu’il parlait, des prêtres et des gardes du Temple, accompagnés d’une main-forte de Sadducéens, courroucés de l’entendre annoncer la résurrection, survinrent et l’arrêtèrent ainsi que Jean. Jusqu’à ce moment les meurtriers de Jésus avaient évité d’avoir affaire à ses Disciples. Ils craignaient de les persécuter, non qu’ils redoutassent leur force, mais pour ne pas réveiller le souvenir du Maître. Ils comptaient qu’ils en auraient plus aisément raison par le silence et par l’oubli. Ce qui s’était passé le jour de la Pentecôte, ce nouveau miracle, cette seconde pré-

dication dans le Temple, les dispositions visibles de la foule, les firent changer d’avis.

Pierre et Jean, conduits en prison, comparurent le lendemain devant le tribunal qui avait jugé le Sauveur. Anne et Caïphe présidaient. Ils demandèrent aux Apôtres par quelle autorité et au nom de qui ils avaient guéri le boiteux. Pierre leur répondit : « Au nom du Seigneur Jésus-Christ, que vous avez cloué à une croix et que Dieu a ressuscité. Et le salut ne peut venir que de lui, parce que Dieu n’a donné nul autre que lui par le nom de qui nous puissions être sauvés. »

A cette réponse, les juges du Christ furent tout déconcertés. Ils ne voyaient nul moyen de nier le miracle et n’avaient nulle envie de se rendre. Le silence leur parut encore le meilleur parti. Pensant que des hommes de rien et des ignorants, tels que ces Disciples, ne résisteraient pas à la menace, ils leur défendirent, sous les plus fortes peines, d’enseigner ni de parler désormais en aucune sorte au nom de Jésus. Pierre et Jean répliquèrent : « Jugez vousmême s’il est juste de vous obéir plutôt qu’à Dieu. Pour nous , nous ne saurions taire les choses que nous avons vues et que nous avons entendues. » Paroles que la conscience humaine peut compter au nombre de celles qui l’ont empêchée de périr.

Les juges redoublèrent leurs menaces; mais,

ne pouvant punir, ils laissèrent aller ces obstinés.

Ce fut là le premier procès que l’Eglise eut à subir. Elle en célébra l’heureuse issue par un cantique où éclatent la poésie et l’enthousiasme du monde nouveau. Si l’on veut se rappeler ce qui se chantait alors parmi les hommes, on verra tout de suite quelle race victorieuse venait de naître sur le Calvaire :

« Tous, d’un même esprit, élevant leurs voix vers Dieu, ils dirent :

« Seigneur, c’est vous qui avez fait le ciel et la terre, et la mer, et tout ce qu’ils contiennent.

« Cest vous qui , par le Saint-Esprit et par la bouche de notre père David, votre serviteur, avez dit : « D’où vient que les nations ont « frémi? Pourquoi les peuples ont-ils médité des « choses vaines ?

« Les rois de la terre se sont unis, et les « princes se sont ligués contre le Seigneur et « contre son Christ. »

« Car il est vrai que contre votre saint Fils Jésus, votre Christ, se sont ligués dans cette ville Hérode et Ponce- Pilate , et les Gentils et les peuples d’Israël,

« Pour accomplir ce- que votre puissance et votre conseil avaient décrété qui serait fait.

« Et maintenant, Seigneur, voyez leurs mena-

ces, et donnez à vos serviteurs d’annoncer votre parole hardiment.

« Et étendez votre main pour donner des guérisons, des signes et des miracles par le Nom de votre saint Fils Jésus-Christ. »

Après qu’ils eurent ainsi prié , la maison où ils étaient assemblés trembla. Dieu leur donnait cette marque qu’il était là toujours , et qu’il pouvait renverser et les Juifs et la terre.

Pleins du Saint-Esprit, les Apôtres continuèrent de répandre la parole comme s’ils n’avaient rien à redouter. Environ cinq mille personnes se firent baptiser après cette seconde prédication.

Pierre était non-seulement le chef spirituel , mais encore le juge, et en quelque sorte le roi de cette nation nouvelle. Des miracles sans nombre confirmaient son autorité. On plaçait dans les rues les malades sur- son passage, et son ombre, portant sur eux, les guérissait.

Les Princes des Prêtres et leur parti, c’est-àdire le parti des incrédules, virent qu’il fallait prendre d’autres mesures pour étouffer ce qu’ils appelaient la « secte de Jésus. » Ils firent de nouveau arrêter les Apôtres. Mais un ange apparut aux prisonniers, leur ouvrit les portes et leur dit : — Allez et prêchez hardiment.

Le lendemain, dès que le Temple fut ouvert, ils se mirent à prêcher dans la galerie de Salo-

mon. C’est là qu’ils avaient été arrêtés après la guérison du boiteux.

Cependant les juges étaient assemblés. On vint leur dire que tout était en ordre dans la prison, les portes fermées, les gardes aux portes; mais que les prisonniers n’y étaient plus. Leur étonnement redoubla lorsqu’ils apprirent que ceux qu’ils cherchaient enseignaient librement sous les galeries du Temple. Il les firent amener, mais sans violence, par crainte du peuple. Le Grand-Prêtre leur demanda comment, après les défenses qu’ils avaient reçues, ils osaient encore prononcer « ce nom-là ? » Vous avez , ajouta-t-il, rempli Jérusalem de votre doctrine , et vous voulez nous rendre coupables de la mort de cet homme !

Pierre et les Apôtres répondirent : « Il faut obéir à Dieu. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus que vous avez fait mourir en le pendant à la croix. Il est le Prince et le Sauveur que Dieu a élevé pour donner à Israël la pénitence et la rémission des péchés. Et nous en sommes témoins, et le Saint- Esprit que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent en est témoin avec nous. »

Les juges se consultaient pour savoir comment ils les feraient mourir. Un docteur pharisien, très-respecté , nommé Gamaliel , qui enseignait la sainte Écriture, et qui plus tard se convertit,

leur persuada d’attendre encore. Car, dit-il, a si l’œuvre de ces hommes ne vient que d’eux-mêmes, elle se dissipera d’elle-même; mais si elle vient de Dieu, vous ne sauriez la détruire. Et il est à craindre que vous ne vous opposiez à Dieu. » De telles paroles pouvaient être prononcées dans le conseil qui avaient condamné Jésus, et elles ralliaient la majorité sous la présidence de Caïphe et Anne. Il fallait que les miracles eussent parlé bien haut! Néanmoins, le Conseil fit flageller les Apôtres et leur renouvela la défense de parler en aucune sorte au nom de Jésus. Ils revinrent joyeux d’avoir été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de leur Maître; et ils continuèrent de le prêcher hautement dans le Temple et partout. Les conversions augmentèrent, une persécution plus violente s’organisa.

Après l’Ascension, les Apôtres s’étaient cojnplétés au nombre de douze, en s’adjoignant le Disciple Matthias, désigné par le sort pour remplacer l’Iscariote. Plus tard, afin de se décharger du soin matériel de la communauté, ils avaient institué sept diacres, choisis entre les

Disciples et élus par eux. Le premier diacre, /

nommé Etienne, avait étudié sous Gamaliel.

C’était un homme plein de foi, de science et de force, et qui faisait de grands miracles. Les Juifs grecs, ayant eu avec lui des controverses

«es

publiques dont le résultat n’avait pas tourné suivant leur désir, l’accusèrent de blasphème et le traînèrent devant le Conseil, où ils produisirent de faux témoins. Lorsqu’ Etienne fut en présence des juges, ceux-ci virent son visage éclatant comme celui d’un ange. Le Grand-Prêtre l’interrogea, et il se défendit. Son discours était d’un maître. Il montra comment les Juifs avaient toujours persécuté les Prophètes; comment, fidèles au mauvais esprit de leurs pères, ils venaient de trahir et de mettre à mort Celui que les Prophètes avait annoncé, le Messie préfiguré par Moïse. Ce discours leur faisait aussi comprendre que l’intelligence des livres saints sortait de leurs écoles et passait aux Disciples de Jésus. Ils devinrent furieux. Mais, tandis qu’ils grinçaient les dents contre Étienne, celui-ci, levant les yeux, s’écria : « Je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’Homme qui est debout à la droite de Dieu. »

Aussitôt les membres du Conseil, poussant de grandes clameurs, se précipitèrent sur lui et le traînèrent hors de la ville pour être lapidé. Suivant la loi, les témoins devaient lui jeter la première pierre. Afin de témoigner qu’ils exécutaient le jugement, ils mirent leurs vêtements aux pieds d’un jeune docteur, élève aussi de Gamaliel, qui était là comme délégué des juges. Étienne, pendant qu’on le lapidait, disait : « Seigneur Jésus,

recevez mon esprit! » Et, s’étant mis à genoux, il dit encore : « Seigneur, ne leur imputez point ce péché ! » Ayant prononcé cette parole, il mourut. L’Écriture dit : il s’endormit. C’est le premier martyr, le premier qui reçut en ce monde l’accomplissement de la première promesse faite par Jésus à ses premiers Disciples : « Vous verrez le ciel ouvert. »

Les Juifs pouvaient se consoler de leur nouveau crime en se disant qu’au moins « la secte » ne remplacerait pas aisément l’homme plein de science, d’éloquence et d’ardeur qu’ils venaient de lui ôter. Mais ce jeune docteur, aux pieds de qui les bourreaux d’Étienne avaient déposé leurs vêtements et qui consentait à sa mort, se nommait Saul; un jour il se nommera Paul, et il sera celui que toute langue appellera par excellence I’Apôtre.

Le martyre de saint Étienne fut le signal d’une grande persécution, où Saul ne demeura pas inactif. « Il faisait d’étranges ravages dans l’Église, entrant dans les maisons et traînant par force en prison les hommes et les femmes. » Tous les Disciples se dispersèrent. Néanmoins, les Apôtres, quoique plus menacés, obéissant à l’ordre de Jésus-Christ, ne quittèrent pas Jérusalem. D’autres fidèles furent assez courageux po.ur ensevelir avec honneur le corps d’Étienne. Du reste, la persécution et la dispersion eurent

l’effet que le monde s’est accoutumé à leur voir produire; l’Evangile fut plus promptement répandu. La Samarie en profita la première. Le diacçe Philippe, à l’exemple du Maître, franchit la barrière de la nationalité juive et récolta où Jésus avait semé. Saint Pierre et saint Jean, tendrement unis par les liens de" la charité, vinrent de Jérusalem, au nom du collège apostolique, pour administrer la confirmation à ceux que Philippe avait baptisés et leur communiquer les dons du Saint-Esprit.

Mais là aussi se manifesta le premier hérétique, presqu’au môme instant que venait d’être couronné le premier martyr.

* Voyant les miracles de Philippe, un Samaritain nommé Simon, trafiquant de magie, avait demandé et reçu le baptême. Lorsqu’il fut témoin des grâces nouvelles qui suivaient l’imposition des mains , il offrit de l’argent aux Apôtres pour qu’ils lui donnassent aussi le pouvoir de communiquer le Saint-Esprit. Pierre lui dit : « Que ton argent périsse avec toi , qui as cru que le don de Dieu se peut acquérir pour de l’argent. Tu n’as rien à prétendre dans cette œuvre, car tu n’as pas le cœur droit. Fais donc pénitence de ton impiété et prie Dieu : peut-être qu’il te pardonnera. » Le magicien effrayé supplia les Apôtres d’intercéder pour lui ; mais il resta engagé dans son crime, cherchant à obtenir le don

de Dieu, ou feignant qu’il l’avait obtenu, pour le revendre, principal caractère de l’hérésie.

Les baptisés de la Samarie à demi-juive étaient les prémices d’une conquête bien autrement étendue, que l’Évangile devait prochainement entreprendre. Les Prophètes avaient annoncé que le royaume de Dieu serait ouvert même aux Païens ; Jésus avait dit : « Enseignez toutes les nations et baptisez-les. » Humainement, il semblait impossible d’appeler les Païens sans leur imposer en même temps tout le judaïsme, ou sans exclure du même coup tous les Juifs. Jusqu’ici l’Évangile n’avait été prêché qu’aux enfants d’Abraham, et c’étaient les plus fervents qui l’embrassaient. Ils se dégageaient de certaines observances des Pharisiens, mais ils se tenaient plus assidus dans le Temple et plus près de la Loi. Ils n’avaient pas même l’idée que la circoncision pût être abolie. A leurs yeux , tout incirconcis était impur ; on ne devait ni boire, ni manger, ni avoir aucune intimité avec lui. Comment faire tomber cette barrière ? Comment imposer aux Gentils la circoncision et la privation des aliments déclarés impurs ? Comment admettre dans l’Église, uniquement composée de Juifs fidèles, des hommes au contact desquels ils se croiraient souillés ? Il fallait une révélation divine, Pierre la reçut.

Il y avait à Césarée un centurion de la co-

lf. s apotrks, pierre. 589

horte italique nommé Corneille , homme de bien, l’un de ces hommes de l’avénement , dont le désir appelait Dieu. Incirconcis, il s’était, comme beaucoup d’autres, fait Juif autant qu’il pouvait l’être, parce que le culte d’Israël donnait au moins quelque chose à l’inspiration de son cœur. Il priait assidûment , faisait l’aumône , craignait Dieu ; et toute sa famille était comme lui. Un jour, un Ange lui apparut. C’était vers la neuvième heure de l’apparition à Zacharie, l’heure du boiteux guéri à la porte du Temple, l’heure du dernier soupir de Jésus.

L’Ange donc, .apparaissant à cet homme, lui dit : — « Corneille, tes prières et tes aumônes sont montées devant Dieu, et il s’en est souvenu. Envoie maintenant en la ville dé Joppé, et fais venir un certain Simon , surnommé Pierre. Il loge chez le corroyeur Simon. Ce que tu as à faire, c’est lui qui te le dira. » Aussitôt Corneille envoya à Joppé deux de ses domestiques et un de ses soldats qui craignait Dieu.

Le lendemain, lorsque les envoyés de Corneille approchaient déjà de Joppé, Pierre monta sur la terrasse de la maison pour prier. Ensuite il demanda à manger. Continuant de prier tandis qu’on lui apprêtait son repas, il fut ravi en extase. Le ciel s’ouvrait; une grande nappe, liée par les quatre coins en forme de vase, s’abaissait vers la terre, et cette nappe renfermait toutes sortes de

bêtes, parmi lesquelles il y en avait d’impures et défendues par la loi. En même temps, l’Apôtre entendit une voix qui lui disait : a Pierre, lèvetoi, tue et mange. » Il répondit : a Seigneur, je n’ai garde ! Jamais je n’ai rien mangé d’impur. » La voix reprit : « N’appelle pas impur ce que Dieu a purifié. » La vision se renouvela trois fois, puis la nappe en forme de vase fut retirée dans le Ciel.

Ces bêtes impures et sauvages figuraient les Païens, souillés d’impuretés et soumis à toutes les passions brutales. Elles paraissaient descendre du Ciel, parce que l’élection divine les donnait à Pierre pour les recevoir dans l’Église. Tue et mange : Fais-les mourir au vieil homme et incorpore-les en ton unité. Et le signe fut donné par trois fois afin de convaincre plus fortement les Juifs de la miséricorde de Dieu envers les Gentils.

Pierre ne comprit pas immédiatement, pendant qu’il réfléchissait au sens de sa vision, les envoyés de Corneille le demandaient à la porte , et dans le même moment l’Esprit lui disait : « Descends, et va sans crainte avec ces hommes, c’est moi qui les ai envoyés. » Ayant donc reçu les messagers, Pierre, le lendemain, les suivit, serviteur des serviteurs de Dieu. Quelques-uns des frères de Joppé l’accompagnaient ; Pierre ne va pas seul et n’agit point sans témoins.

Corneille l’attendait avec ses parents et ses

LES APOTRES, PIERRE. Sgi

meilleurs amis. Dès qu’il le vit, il se jeta à ses pieds. Pierre le fit relever et entra. — Vous savez, dit-il à Corneille, combien les Juifs ont en abomination la fréquentation d'un étranger ; mais Dieu m’a montré que je ne devais regarder aucun homme comme impur ; et sans hésiter, je suis venu. Faites-moi savoir ce que vous voulez de moi.

Corneille lui raconta ce que lui avait dit l’Ange, et il ajouta : — Nous sommes devant vous pour entendre ce que le Seigneur vous a commandé de nous dire.

Pierre, admirant la grâce que Dieu avait faite aux hommes en leur annonçant la paix par Jésus-Christ, Seigneur et Sauveur de tous, commença aussitôt d’instruire ces Gentils si miraculeusement appelés. Et, pendant son discours, le Saint-Esprit descendit visiblement sur tous ceux qui l’écoutaient. A la grande surprise des fidèles circoncis, ils se mirent à parler les langues et à glorifier Dieu. Alors Pierre dit à ses corn-pagnons : « Qui pourrait refuser le baptême à ceux qui ont reçu le Saint-Esprit ? » Et il commanda qu’ils fussent baptisés au nom du Seigneur Jésus.

De retour à Jérusalem, l’Apôtre eut néanmoins à subir quelques contestations de la part des fidèles pour être entré chez des incirconcis et avoir mangé avec eux. Il se défendit en leur rappor-

tant tout ce qui était arrivé. « Lorsque je vis, ajouta-il, que le Saint-Esprit descendait sur ces Gentils, comme il était descendu au commencement sur nous, je me suis souvenu de cette parole du Seigneur : Jean a baptisé dans l’eau, mais vous sere \ baptisé dans le Saint-Esprit. Puis donc que Dieu leur a donné la même grâce qu’à nous, qui étais-je, moi, pour m’opposer à Dieu ? » Ces paroles et l’autorité si reconnue de Pierre, qui avait reçu les clefs pour fermer et pour ouvrir, apaisèrent les scrupules judaïques. Ceux qui avaient murmuré conçurent une sainte joie. Us dirent : Que Dieu soit glorifié, qui a aussi donné la grâce de la pénitence aux étrangers, afin qu’ils aient la vie !

vmi

l.KS A POT H ES, PAUL.

e mur de séparation commençait de crouler. Pierre, choisi pour porter le premier coup, avait largement ouvert la brèche.

Le bélier qui devait achever l’œuvre était déjà dans la main de Jésus-Christ.

Après la mort d’Etienne, Saul avait continué de persécuter ardemment les fidèles, non, à ce qu’il semble, sans quelque trouble intérieur ; mais il s’efforcait d’apaiser cette inquiétude en redoublant d’énergie pour la défense du judaïsme attaqué. Il était Pharisien de race, élevé à Jérusalem dans l’école de Gamaliel, instruit, éloquent, peut-être ambitieux. Il avait pris comme but de sa vie de montrer plus que le zèle accoutumé des Pharisiens pour les traditions. Né à Tarse, il appartenait sans doute à la synagogue des hellénistes, dont la colère contre les polémiques victorieuses de saint Étienne avait allumé la première persécution qui fit couler le sang. Saul avait consenti au meurtre d’Étienne, il y avait participé.

Mais la prière du martyr était montée au ciel pour lui.

Cependant, au bout d’une année, « ne respirant que menaces et que mort contre les Disciples de Jésus-Christ », et ne se satisfaisant pas d’avoir contribué à les chasser de Jérusalem, il demanda au Grand-Prêtre des lettres pour les Synagogues de Damas, afin de faire arrêter ceux qu’il trouverait dans cette ville et de les amener prisonniers.

Il était sur le chemin, aux approches de Damas. Tout à coup il se vit enveloppé d’une lumière prodigieuse, il fut renversé par terre, et une voix lui dit : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu! » Il s’écria : — Seigneur, qui êtes- vous? Le Seigneur répondit : « Je suis Jésus, que tu persécutes; il t’est dur de regimber contre l’aiguillon. » Parole qui montre que déjà la grâce

le pressait. Etonné et tremblant, le persécuteur ne résista pas davantage. — Seigneur, dit-il, que voulez-vous que je fasse ? Le Seigneur reprit : « Lève-toi, et entre dans la ville. Là, te sera dit ce que tu dois faire. »

Ceux qui l’accompagnaient s’étaient arrêtés, entendant la Voix, sans que personne leur apparût. Saul avait vu le visage lumineux et le corps glorifié du Sauveur. Devant cet éclat, ses yeux s’étaient fermés. Lorsqu’il les rouvrit, il ne voyait plus. Ses compagnons le prirent par la main et

le menèrent à Damas. Pendant trois jours il ne but ni ne mangea, et ses yeux restèrent privés de lumière.

Le troisième jour, un Disciple, nommé Ananie, entendit la voix du Seigneur qui lui dit : « Va dans la rue Droite, à la maison de Jude, où tu demanderas un nommé Saul de Tarse, car voici qu’il est en prière. » Et, dans le même moment, Saul voyait en esprit un homme nommé Ananie, qui lui imposait les mains afin qu’il recouvrât la vue.

Cependant Ananie répondait : — Seigneur, j’ai ouï dire que cet homme a cruellement persécuté vos saints dans Jérusalem, et même il a pouvoir des Princes des Prêtres pour arrêter ici tous ceux qui invoquent votre nom.

Mais le Seigneur lui dit : « Va. Celui-là même, « je l’ai choisi pour porter mon nom devant les « Gentils, devant les Rois et devant les enfants « d’Israël. »

Ananie se rendit sans délai auprès du persécuteur, lui imposa les mains et lui dit : — Mon frère Saul, le Seigneur Jésus, qui t’est apparu dans le chemin par où tu venais, m’a envoyé afin que tu recouvres la vue, et que tu sois rempli de l’Esprit-Saint.

A l'instant, des yeux de Saul tombèrent comme des écailles. Il vit, se leva, reçut le baptême; et, après quelques jours passés avec les Disciples

de Damas, il entra dans les Synagogues, publiant que Jésus était le Fils de Dieu. Ayant fait cette confession publique, il se retira dans le désert, seul à seul, pour ainsi dire, avec Jésus qui l’avait converti et qui l’instruisait. Il passa plusieurs années dans une sorte de retraite, violemment haï par les Juifs, encore à demi suspecté par beaucoup de fidèles. Il ne revint à Jérusalem qu’au bout de trois ans, pour voir Pierre, et il resta peu de temps. On ne connaissait pas encore toute sa vertu, encore moins son génie ; personne, sans excepter lui-même ne prévoyait sa vocation spéciale pour la conversion des Païens. Il commença de se révéler à Antioche, où saint Barnabé, comme lui ancien Disciple de Gamaliel, gouvernait une église presque toute formée de Païens convertis. Bientôt cette église devint aussi florissante que celle de Jérusalem. Ce fut à Antioche que les fidèles, acceptant une moquerie populaire, prirent le nom de Chrétiens.

La conversion et l’instruction de saint Paul, dues à l’intervention visible de Jésus-Christ, sont la dernière œuvre que le Seigneur ait faite , pour ainsi parler, de sa personne. Par ce miracle plus étonnant qu’une résurrection, le Fils de Dieu donna du même coup à son Eglise non-seulement le plus grand de ses docteurs , mais le plus irrécusable de ses témoins. L’intelligence ne peut rien opposer au témoignage de

Page 1