‹ La vie de Notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 20 sur 106 · LES NOCES DE C A N A · texte numérisé non relu

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que, ayez pitié d’eux, avancez votre jour : donnezleur le vin de la vérité !

Et Jésus, en changeant l’eau en vin après qu’il a entendu cette prière , promet qu’il va remplacer le sens littéral par le sens spirituel , la lettre qui tue par l’esprit qui Vivifie, la figure par la réalité. Il changera l’eau en vin quand il donnera à ses disciples la vraie intelligence de l’Écriture, les enivrant de Dieu avec ce qui les laissait auparavant indifférents et froids. « Puisez maintenant. » Ce vin miraculeux procurera une autre transformation, un autre miracle : par lui , les impudiques seront chastes , les orgueilleux deviendront humbles et doux, ceux qui tremblent devant le monde seront remplis de courage pour confesser Dieu. Car il arrivera une plus grande merveille, et le vin de Cana n’est encore que la figure du vrai breuvage. Écartons ce dernier voile : nous voyons apparaître le mystère des mystères : l’Eucharistie. Le premier acte de la vie publique de Jésus est donc la prophétie de ce qui fait l’objet même de sa mission ; il prépare la foi au sacrement qui en sera le couronnement et le miracle incompréhensible et immortel. Il a voulu par là , dit un Père , nous donner une marque anticipée du pouvoir par lequel il devait plus tard, dans l’institution de l’Eucha-, ristie, changer le vin en son sang; puisque, en effet, le vin qui est consacré est un vrai sang, comme l’eau changée à Cana fut aussitôt réellement du vin.

Il est écrit de ce vin du calice, qu’il fait « germer les vierges » ; parce que sa vertu , éloignant toute flamme terrestre , allume dans les âmes l’ardeur immortelle du souverain amour. Quoique le vin de Cana n’en fût que la figure, Jésus ne laissa pas d’y attacher sa grâce. Non-seulement ceux à qui il l’avait donné crurent en lui, mais d’après la tradition plusieurs le suivirent. L’époux devint l'apôtre saint Simon ; l’épouse demeura près de la sainte Vierge. La présence à leurs noces de Jésus et de Marie avait glorifié l’affection dans laquelle ils s’étaient unis ; la grâce de la chasteté virginale récompensa ces cœurs purs. Ils s’aimèrent de l'amour plus saint qui, sacrifiant tout à Dieu, reçoit de Lui en retour un charme éternellement durable et sacré.

Telles furent les œuvres de ce grand jour de Cana, le premier jour de la manifestation du Seigneur. Elles représentent ce que Jésus-Christ est venu faire en ce monde : foi des disciples, commencement de l’Eglise, intervention de Marie, communion des saints *, meilleur vin pour la fin du repas, doctrine parfaite pour le dernier âge du monde , inauguré maintenant ; eau changée en vin, Loi changée en l’Évangile, figure en vérité, lettre en esprit, terreur en amour. Ainsi Bossuet résume l’enseignement des Pères. Par cet exposé, l’on voit combien Jésus demeure caché jusque dans l’Évangile à qui le prétend trouver sans les lumières de

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l’Église; et l’on peut juger du respect qu’ont pour eux-mêmes les « historiens » qui se contentent de dire, à propos de Cana, que Jésus se plaisait au mouvement des fêtes privées, et qu’un de ses miracles fut fait pour égayer une noce de petite ville. 4 De Cana, Jésus se rendit à Capharnaüm, où il prêcha la pénitence. Capharnaüm, dont le nom signifie. Village de la consolation, village abondant en fruits, était une bourgade opulente, très-peuplée et animée, située sur les confins de Zabulon et de Nephtali, à l’endroit où le Jourdain se jette dans le lac de Génézareth. Cette partie de la Galilée était appelée Galilée des Gentils à cause des païens que les Galiléens laissaient habiter parmi eux, ce qui les avait entraînés à une décadence spirituelle si marquée que les Juifs les réputaient impurs. Isaïe avait dit : Terre de Zabulon et de Nephtali, qui confines à la mer, pays au delà du Jourdain, Galilée des nations! Le peuple qui était assis dans les ténèbres a vu une grande lumière; la lumière s’est levée sur ceux qui étaient assis dans la région de l’ombre de la mort. Jésus était cette lumière, et il vint dans cette ombre. Il leur disait : « Le temps ■est accompli ; le royaume de Dieu approche ; faites pénitence et croyez à l’Évangile. »

Une œuvre plus importante même que cette parole allait signaler son premier séjour chez les Capharnaïtes. Sa présence aux noces et la première manifestation publique de sa puissance ont

honoré le mariage, source du genre humain -, un second miracle va être fait pour constater l’établissement de l'Eglise et signifier sa mission.

Jésus passait sur le bord de la mer. Il vit Si- # mon et André qui jetaient le filet; car ils étaient pêcheurs, et après la première entrevue, racontée plus haut, ils avaient repris leur profession, dont ils vivaient. Il leur dit : « Suivez-moi. « De là, s’étant un peu avancé, il vit dans une barque Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, pêcheurs aussi, travaillant à leurs filets, et il les appela également. En ce moment, le peuple accouru pour l’entendre, se pressait autour de lui. Il monta dans l’une des deux barques, qui était celle de Simon- Pierre, et ayant prié Simon-Pierre d’éloigner un peu du rivage, il s’assit et enseigna. Lorsque son discours fut achevé, il dit à Simon-Pierre : « Conduis-nous en pleine eau, et jette le filet. » — Maître, répondit Simon, toute la nuit nous avons fatigué pour ne rien prendre; mais, sur votre parole, je jetterai le filet. Et à ce coup, ils prirent tant de poissons que le filet menaça de rompre. Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de les venir aider, et les deux barques se trouvèrent tellement remplies que peu s’en fallait qu elles ne coulassent à fond. Alors Simon-Pierre, se jetant aux pieds de Jésus, lui dit : — Seigneur, éloignez-vous de moi, parce que je suis un pécheur ! Lui et ses compagnons étaient épouvantés de ce miracle. Jé-

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