‹ La vie de Notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 19 sur 106 · LES XOCF.S DE CANA · texte numérisé non relu

LES XOCF.S DE CANA

prévaloir sur toute corruption des doctrines, des mœurs et des lois. C’est donc le mariage, c’est-àdire la famille chrétienne, qu’il commence de fonder. A la base, il pose son -souvenir, d’une parole il achèvera l’édifice , et l’œuvre immense sera consommée.

Remarquons une fois pour toutes que beaucoup de paroles et d’actions de Jésus ne furent pas immédiatement comprises, même des Disciples et des Apôtres. Ils avaient les miracles et ils auront le Saint-Esprit, ces choses sont dites et ces actions sont faites pour le monde futur, pour nous qui devions les entendre dans la suite des âges, tantôt

par les fruits qu’elles ont portés, tantôt par les in-

terprétations de l'Eglise. C’est le perpétuel miracle

qui réjouit nos cœurs, nos esprits et nos yeux; il

réjouira jusqu’à la fin toute la postérité du Christ.

La manne tombait du ciel toujours la même, et

cependant toujours variée suivant les goûts de ceux

qui la mangeaient; l’Evangile donne sa moisson de vérité, toujours la même et toujours nouvelle, suivant les besoins du monde au temps où elle éclôt. Les clartés antérieures demeurent dans le trésor de la foi, les nouvelles clartés apportent les réponses faites d’avance à des objections non encore élevées, mais que l’Esprit saint a prévues. Ainsi l’Evangile, en qui toutes les prophéties anciennes reçoivent leur accomplissement, est luimême une prophétie permanente.

Le miracle de Cana fut un de ces actes prophétiques par lesquels Jésus-Christ, en se manifestant, voulut encore se prédire et prédire son Eglise.

Pendant le festin, le vin étant venu à manquer, Marie, cédant au mouvement naturel de sa bonté, et sans doute aussi à l’impulsion divine, se tourna vers Jésus et lui adressa cette parole, ou plutôt cette prière mystérieuse : « Ils n’ont plus de vin. » Jésus parut refuser ce que sa Mère demandait. Il lui dit : « Femme, qu’y a-t-il entre vous et moi ? Mon heure n’est pas encore venue. » Mais Marie dit aux serviteurs : « Ce qu’il vous dira, faites-le. »

Il y avait là six amphores de pierre qui servaient aux purifications. Jésus ordonna aux serviteurs de les remplir d’eau, et lorsqu’ils les eurent remplies jusqu’au bord, il leur dit : « Puisez maintenant. » Les six urnes, qui contenaient chacune de deux à trois mesures, se trouvèrent pleines d’un A in dont la saveur excellente surprit tous les convives. L’évangéliste saint Jean, témoin oculaire, ajoute : Ce fut ainsi que Jésus fit dans Cana de Galilée le premier de ses miracles, et ses disciples crurent en lui.

L’augmentation de la foi dans les disciples était la raison immédiate du miracle, et une raison suffisante, puisque de leur foi dépendait leur salut, comme le nôtre. Mais Jésus ne fait rien qui se borne à la circonstance’, dans ce que l’on vient

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d'entendre, rien n’est sans mystère et sans enseignement. Sa réponse à la sainte Vierge est une nouvelle déclaration qu’il fait de sa divinité -, elle était opportune au début de sa carrière publique.

En lui disant que les convives n'ont plus de vin, Marie, comme la suite le prouve, lui demande un miracle. C’est donc à. la nature divine qu’elle s’adresse, et c'est la nature divine qui lui répond : « Femme, qu’v a-t-il de commun entre vous et moi? » Car, encore que Marie soit la mère de l’Homme-Dieu, et par une suite de l'indissolubilité des deux natures, la mère de Dieu, néanmoins elle n’est pas la mère de la divinité, et il n’y a rien de commun entre elle et le Dieu dont l’heure n’est pas encore venue. Plusieurs , faute de réflexion, s’étonnent de ce qu’ils appellent la dureté de ce langage. Jésus devait plutôt des lumières au monde que de vaines caresses à sa mère. Mais qui leur persuade qu’en lui exprimant ses pensées souveraines, il ait manqué de douceur et de respect ?

Marie ne témoigne aucun étonnement, ni aucune inquiétude de n’ètre point exaucée. Elle avertit les serviteurs de faire ce que Jésus leur dira. Elle connaît la puissance de sa prière. Et en effet, Jésus s’y soumet aussitôt , accomplissant le miracle qu’elle a désiré. Il commente ainsi lui-même par avance, dans le premier acte public de sa mission,

cette profonde parole qu’il dira du haut de la croix, quand sa mission sera terminée : « Homme, voilà ta Mère » ; voilà celle qui me priera incessamment pour toi et à qui j’obéirai toujours, jusqu’à changer l’ordre de la nature et le cours des choses.

Par un complet changement de substance, l’eau devient un vin exquis. Ce miracle est l’effet de la simple volonté de Dieu, de sa parole intérieure, non articulée. La parole de l’homme signifie seulement ; celle de Dieu opère en même temps qu’elle signifie; elle crée ce qu’elle dit. La terre n’était point, le ciel n’était point, la mer n’était point. Dieu parle : ces choses sont faites, elles existent. La même parole qui a fait ce qui n’était point.

- fait que ce qui est demeure, ou tombe, ou se transforme ; ellepcut faire que sans tomber ni se transformer, il soit changé. Suivant la volonté de Dieu, toute matière et toute partie de la matière peut ou retomber au néant, ou descendre à un degré quelconque d’inconsistance , ou s’élever au degré de consistance qu’il veut lui donner. Il la suspend, il la pénètre, il en change les qualités, bref, il en fait ce qu’il veut qu’elle soit, et elle est ce qu’il lui commande d’être. Dieu a cette coutume, dit saint Ambroise, d’agir par changement de substance quand il veut montrer qu’il est l’auteur de la nature : la baguette est changée en serpent, le rameau desséché refleurit, l’eau des fleuves devient du sang, les flots divisés stationnent en murailles liquides, le

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fer nage à la surface des fontaines , la poignée de farine et la goutte d'huile ne peuVent tarir, les eaux amères sont potables. L’Ecriture est pleine de semblables merveilles, pour que nous connaissions que tout est de la main de Dieu et que tout lui obéit.

En renouvelant à Cana cette marque de sa souveraineté , il opère d’une façon plus soudaine ce qu’il fait d’ailleurs tous les jours aussi merveilleusement sans que nous y prenions garde. Tous les jours l’eau du ciel, distillée dans les entrailles de la terre , sucée par les racines de la vigne et distillée une seconde fois dans cet alambic aux rayons du soleil, vient gonfler le raisin. La transmutation instantanée n’est pas plus difficile ni plus mystérieuse que l’autre. Celui qui de rien a créé les substances et l’outil par lequel elles se transforment, peut les transformer sans employer l’outil.

En même temps, ce changement que Jésus fait dans la nature de l’eau est la prophétie et la figure de celui qu’il vient accomplir dans la nature humaine. Les six urnes destinées à l’eau des purifications , ce sont les six périodes entre lesquelles on divise le temps qui a précédé la venue du Messie, d’Adam à Noé , de Noé à Abraham , d’ Abraham à Moïse, de Moïse à David , de David à la captivité , et de la captivité à Jésus-Christ. Ces six périodes ont contenu la révélation du futur Messie, exprimée par l’eau dans le langage de PEcriture ; et sans

cette révélation nécessaire à la purification des Juifs, les temps antérieurs seraient demeurés stériles et vides. Le Christ y était donc contenu, mais caché, comme d'une certaine manière l’eau contient le vin, sans que l’on puisse l’y découvrir. Par l’ordre de Jésus, les six vases sont remplis jusqu’au bord, parce que les prophéties ont reçu en lui leur accomplissement. Ainsi le changement de l’eau en vin représente tous les mystères de la Rédemption ; les Prophètes les ont annoncés, le Christ en apporte la réalité.

Les Juifs ont eu cette eau et elle n’a été pour eux que de l’eau, que l’instrument d’une purification matérielle incomplète ou même tout à fait vaine, semblable aux ablutions répétées des Pharisiens. Ils lavaient leurs mains et faisaient des œuvres stériles ou impures; ils buvaient, et leurs cœurs ne recevaient ni chaleur, ni force, ni joie. Les livres des Prophètes, dit saint Augustin, sont insipides et fastidieux si on ne les entend pas; et, pour les entendre, il faut y découvrir Jésus -Christ. Parce que les Juifs n’y découvrent pas Jésus - Christ , ils les lisent sans les comprendre , et ne les interprètent que pour les défigurer; parce que Jésus-Christ nous y apparaît, ils enivrent nos âmes. Maintenant nous comprenons la miséricorde du cœur de Marie , quand elle dit à son Fils : « Ils n’ont plus de vin. » C’est-à-dire : Seigneur, la force leur manque, la joieleur manque , la lumière leur man-

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