‹ La vie de Notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 41 sur 106 · ENVOYÉS DE J K A N - B A PT IST E · texte numérisé non relu

ENVOYÉS DE J K A N - B A PT IST E

l’Évangile-, il y en aura une troisième. Chacune a sa signification différente , qui sera expliquée plus loin.

Le bruit de ses miracles remplissait la terre d'Israël. Jean-Baptiste en entendit parler dans la prison où Hérode Antipas le retenait, sans l'empêcher pourtant de recevoir au moins quelquesuns de ses disciples ; et lui, quoique captif, continuait d’annoncer le Messie. Ce qu’il apprenait de Jésus ne lui permettait pas de le méconnaître; mais ses disciples, comme il arrive souvent, ne comprenait ni ses leçons ni sa véritable grandeur. Voyant Jésus s’élever si fort au-dessus de leur maître, ils en concevaient une jalousie qui les disposait à l’incrédulité. Par un faux zèle pour Jean, ils refusaient son témoignage. Le Précurseur voulut sagement qu’ils eussent le témoignage de leurs propres yeux. Il députa donc deux de ces obstinés vers Jésus, et ils lui demandèrent de la part de Jean : « Êtes-vous Celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »

La réponse de Jésus fut divine. A l’instant même il guérit une quàntité de malades et de possédés qui l’entouraient. Ensuite, s’adressant aux disciples de Jean-Baptiste : « Allez, leur dit-il, rapportez à Jean ce que vous avez vu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, l’Évangile est prêché aux pauvres. Et heu-

reux quiconque ne se scandalisera pas de moi. » Ces paroles font clairement allusion à celles d’Isaïe, annonçant qu’aux jours du Messie le boiteux bondira comme le cerf, la langue du muet sera déliée, les oreilles du sourd et les yeux de l'aveugle s’ouvriront. Ainsi les disciples de Jean reçoivent une double preuve, celle des miracles et celle de l’accomplissement des prophéties. Jésus lit ensuite l’éloge de Jean, relevant sa fermeté, sa vie austère et son rang entre les Prophètes : « Oui, et plus qu’un prophète. C’est de lui qu'il est écrit : Voici que j’envoie devant vous mon ange qui vous préparera le chemin. Et je le vous dis en vérité, entre les enfants des femmes, il n’y en a point de plus grand que Jean- Baptiste. »

La mort du Précurseur eut lieu peu de temps après. Hérode, qui le gardait sous sa main dans le château où il célébrait, depuis un an, ses noces incestueuses avec la femme de son frère, donna sa tète à une fille de cette Hérodiade, pour la récompenser d’avoir dansé devant lui à la suite d’un festin. C’était la mode parmi les femmes du haut rang de danser à l’imitation de deux mimes célèbres, Pylade et Bathylle, que Rome admirait; et tels étaient les rois et les puissants de la terre à l’époque de Jésus-Christ.

Cependant Jésus allait par les villes et les bourgades, annonçant le royaume de Dieu. Les Douze l’accompagnaient, se formant sur son exemple au

ministère, encore inconnu d eux, qu’ils auraient à remplir plus tard. Il y avait aussi à sa suite, comme l’usage le permettait, quelques femmes jadis guéries de leurs maux ou délivrées de malins esprits. C’étaient Marie-Magdelaine ; Jeanne, femme de Chusa, intendant d’Hérode-, Suzanne et plusieurs autres. Elles assistaient Notre-Seigneur de leurs biens. Il recevait donc des riches parmi ses amis, et l’Evangile, en marquant fréquemment cette circonstance, réfute l’erreur de ceux qui veulent voir en Jésus-Christ une sorte de niveleur, prédicateur de l’égalité des biens et des conditions. A la vérité, ces riches étaient pauvres de cœur-, ils devaient l’être, puisque nul ne peut servir Dieu et Mammon. Jésus leur enseignait le bon usage des richesses, mais n’imposait sa pauvreté qu’à ceux qu’il appelait au ministère de

l’Evangile.

Les Pharisiens aussi le suivaient. Mêlés dans la foule, ils tâchaient de corrompre le sens droit de ce peuple, qui ne pouvait entendre Jésus ni contempler ses miracles sans reconnaître l’envoyé de Dieu. Souvent, lorsqu’il était entré dans une maison pour se reposer , il y venait tant de monde qu’il ne pouvait pas même manger le pain. On lui amenait des malades, les malades étaient guéris, et le peuple s’écriait : N’est-ce pas là le Fils de David ? Cet enthousiasme populaire exaspérait la haine des Pharisiens. Ne pouvant

nier le miracle , ils recommençaient à dire que Jésus chassait les démons par le moyen des démons. D’autres lui demandaient de faire quelque prodige dans le ciel. Un jour il les rassembla et leur montra l'absurdité de ce reproche ; car le démon n’agit pas contre lui-même, et ce n’est pas au nom de Satan que l’on peut chasser Satan. Il ajouta : « Si c’est par l’esprit de Dieu « que je chasse le démon , le royaume de Dieu « est donc venu ? » Mais ces -sages ne voulaient point être convertis. Il vit leur obstination, en gémit et la condamna : « Je vous le dis, tout pé- « ché et tout blasphème se pardonnera aux « hommes -, mais le blasphème contre le Saint- « Esprit ne se pardonnera point. Et quiconque « aura parlé contre le Fils de l’Homme , il lui « sera pardonné ; mais celui qui aura parlé con- « tre le Saint - Esprit , il ne lui sera pardonné a ni dans ce monde ni dans l’autre. » Ce qu’il dit, remarque l’Evangile , « parce qu’ils l’accusaient d’être possédé de l’esprit immonde. » C’està-dire , de l'esprit de mensonge, qui est le nom même de Satan. Que celui qui a des oreilles entende !

A ceux qui lui demandaient un prodige céleste, il refusa , comme il avait refusé à Satan qui osait le tenter dans le désert. En même temps, il leur annonça un miracle qu’ils ne demandaient pas, et plus merveilleux, celui de sa résur-

le

rection : « Cette race est méchante. Elle de- <» mande un signe , et il ne lui en sera pas « donné d’autre que celui du prophète Jonas. « Car de même que Jonas fut trois jours et (( trois nuits dans le ventre de la baleine, de « même le Fils de l’Homme sera trois jours et « trois nuits dans le sein de la terre. *

Comme il achevait de parler, une femme élevant la voix du milieu de la foule , s’écria : « Heureux les flancs qui vous ont porté; heureu- « ses les mamelles qui vous ont allaité ! » — « Dite tes plutôt , reprit Jésus , heureux ceux qui « écoutent la parole de Dieu et qui la gardent! » C’est ainsi que sa sagesse et l'admiration publique confondaient les Pharisiens.

Néanmoins ces perfides avaient dès lors réussi à semer les germes de défiance ignorante et de brutale hostilité qui éclateront en cris de mort devant Pilate au jour de la croix. Quelques-uns des parents de Notre-Seigneur redoutaient pour lui l’effet de ces levains du pharisaïsme.

Un jour, selon saint Matthieu, sa mère et ses frères le firent appeler pendant qu’il parlait. Selon saint Marc (qui ne nomme pas ici la sainte Vierge), ils étaient venus pour l’arrêter. Leur foi encore faible se laissait envahir par la crainte , et cette crainte était sans doute éveillée par quelques mauvaises dispositions qu’ils voyaient naî-

tre dans les esprits (1). Quoi qu'il en soit, Notrc- Seigneur, qui connaissait mieux qu’eux le danger, répondit conformément à la beauté de son caractère. — « Qui est ma mère, dit-il, et qui sont mes frères? » Jetant les yeux sur ceux qui étaient assis autour de lui, il ajouta : « Voici ma mère « et mes frères : car quiconque fera la volonté « de mon Père qui est au ciel, c’est celui-là qui « est mon frère, ma sœur et ma mère. » Aux bergers de Bethléem, représentants du genre humain, l’Ange disait : Un enfant vous est né. Jésus ratifie une fois de plus la promesse de l’Ange. Il appartient aux hommes plus qu’à ses parents et à sa mère. Cette harmonie de l’Évangile est le charme et la lumière du cœur.

Ensuite, Jésus sortit pour enseigner la foule. Il leur proposa diverses paraboles, genre d’instruction par lequel il allait mettre pour jamais les vé-

(1) On ne sait qui étaient ces parents. Des quatre cousins Je Notre-Scigncur, que l'Evangile nomme ses frères, trois étaient en ce moment près de lui parmi ses Apôtres. Ce n’est donc pas d’eux qu'il est question. Quels que fussent les autres, on s’explique leurs craintes. L’humble vie de Jésus à Nazareth ne leur avait révélé que sa vertu parfaite, c’est-à-dire la qualité que les hommes remarquent le moins, et nullement sa puissance. La sainte Vierge gardait en son cœur ce qu’elle savait ; mais elle le savait, et l’on ne peut admettre qu’elle ait conçu la pensée seulement d’interrompre la mission de son divin Fils. On pense donc qu’elle était venue uniquement pour le voir, sans connaître le dessein des parents.

rites les plus hautes à la portée des esprits les plus simples. Le Prophète avait dit en son nom : Je parlerai en paraboles, je ferai éclater des choses qui ont été cachées depuis la création du inonde. Jésus accomplit la prophétie par des prophéties d’un ordre nouveau, plus claires, non moins profondes, dont l’accomplissement renouvelé tous les jours sera dans son Eglise un perpétuel foyer de lumière et de foi.

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