‹ La vie de Notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 40 sur 106 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

SERMON SUR LA MONTAGNE , — LÉPREUX GUÉRI , LE FILS DE LA VEUVE, — AUTRES MIRACLES.

ux environs de l’institution des Apôtres, peu de jours auparavant, ou peu de jours après, ou ce jour-là même, Jésus prononça le Sermon sur la montagne. 11 l’adressa principalement à ses Disciples, mais en se faisant entendre de la foule. Ce discours contient toute

la morale du Christianisme. Le Sauveur y pro-

phétise la destinée de l’Eglise, et par des traits pleins de majesté et d’empire, il prend possession du monde futur. C’est assez de marquer ici ce qui appartient davantage à l’histoire et au caractère de l’Homme-Dieu.

Voici donc ce qu’il dit à ces hommes de rien, ces hommes sans nom, sans fortune et sans lettres, qui sont groupés en petit nombre autour de lui, dans un pli de terrain, sur quelque colline ignorée d’une province tributaire. Il a proclamé la béatitude des pauvres, des pacifiques, des affligés, des opprimés, des miséricordieux. Il

ajoute : « Vous serez heureux lorsqu’à mon sujet les hommes vous chargeront d’opprobres, qu’ils vous persécuteront, qu’ils diront de vous toute sorte de mal contre la vérité. Réjouissezvous et faites éclater votre joie, parce que la récompense qui vous attend dans le ciel est grande. Vous êtes le sel de la terre... Vous êtes la lumière du monde. » Mais quelle lumière devront-ils porter? Une vérité qu’il révèle, qui dépasse toute compréhension, qui requiert absolument la foi. Et quel sel devront-ils répandre ? Une morale qu’il impose et qu’il fait incomparablement plus sévère que tous les dèvoirs dont la plupart des hommes trouvaient déjà le joug trop pesant :

« Vous avez appris qu’il a été dit à vos ancê- « très : Vous ne tuerez point.... Mais moi je « vous dis que quiconque' se mettra en colère « contre son frère, méritera d’être condamné... « Vous avez appris qu'il a été dit à vos ancê- « très : Vous ne commettrez point d’adultère. « Mais moi je vous dis que quiconque regarde « une femme avec des yeux de concupiscence, a « déjà commis l’adultère dans son cœur. Il a été « dit : Quiconque renverra sa femme, qu’il lui « donne un acte de divorce. Mais moi je vous « dis que quiconque renverra sa femme, si ce « n’est pour cause d’adultère, l’expose à com- « mettre un adultère, et que celui qui l’épouse

SERMON SUR l.A MONTAGNE. 2ÎC)

« après que son mari l’aura renvoyée, commet « un adultère. »

Trois autres fois il répète ce souverain : Ego ûiitem dico vobis ; mais moi, je vous dis. L’histoire du Christianisme, depuis la première jusqu’à la dernière page, n’est que l’histoire du triomphe de cette parole ; par son caractère même , qui tient plus souvent de la défaite que de la victoire, ce triomphe entoure sans cesse du rayonnement de la divinité l’homme qui a voulu l’imposer au monde , et qui a su que le monde le subirait. Si Jésus avait fini au Calvaire, il ne serait qu’un insensé sublime ; la raison épouvantée se demanderait comment cet homme de miracle , ce modèle de toute sagesse, de toute justice et de toute sincérité , a pu se croire Dieu.

C’est dans le Sermon sur la montagne qu’il a enseigné et l’on pourrait dire créé la prière. Car peu d'hommes avaient jusqu’alors vraiment prié, ne sachant bien ni ce qu’est Dieu , ni ce qu’est l’homme, ni ce que l’homme doit demander à Dieu. Des lèvres de l’ Homme-Dieu est sortie, pour retentir éternellement , la prière commune du genre humain , cette brève , mais pleine demande dont les deux premiers mots consacrent la fraternité des hommes dans la paternité de Dieu : Notre Père !

Comme Jésus descendait de la montagne , un lépreux vint à lui. Fléchissant le genou, il lui

dit : « Seigneur , si vous voulez , vous pouvez me guérir. » Jésus le prit en compassion. Il étendit la main, le toucha et dit : « Je le veux, sois guéri. » Aussitôt la lèpre de cet homme disparut. L’attouchement d’un lépreux rendait impur. Jésus le toucha néanmoins, se mettant au-dessus des observances légales pour montrer que la charité les abolissait. D’autres malades lui étaient sans cesse amenés , et il les guérissait tous.

Ce lépreux qui vient à Jésus, ou plutôt vers qui Jésus descend , c’est le genre humain dans l’état où le trouva le Verbe divin lorsqu’il s’abaissa du ciel ; et c’est encore l’homme qui n’a point reçu ou qui a perdu le don de Dieu. La lèpre, dans le langage de l’Écriture, est la figure, le nom même du péché. Transmissible par le sang, elle est le péché originel ; contagieuse, elle est le péché actuel. Elle brûle comme l’envie, elle dessèche comme l'avarice, elle enfle comme l'orgueil, elle énerve et détruit comme la paresse; elle corrompt, elle dévore, elle répand l’infection et l’horreur. Semblable au lépreux, l’homme en proie à tous les vices est séparé non-seulement de Dieu et des Anges, mais des autres hommes. Us le fuient lorsqu'ils ne le séquestrent pas. Les condamnés de la justice humaine, comme autrefois les lépreux, portent un habit particulier; les bagnes sont les léproseries du péché. La loi humaine , impuissante comme l’ancienne loi , ex-

L OFFICIER DE CAPHARNAUM. 24!

communie ces misérables. Elle enchaîne ses lépreux, elle n’entreprend pas de les guérir : il y en a qu’elle déclare inguérissables; il y en a qu'elle tue. Jésus va aussi vers ceux-là, et plusieurs aussi de ceux-là lui disent : <« Seigneur, si vous voulez , vous pouvez me guérir. » Il le veut et il les guérit; et si tous le disaient, tous guériraient.

Cependant il cherchait la solitude pour prier, mais la charité le ramenait parmi les foules. Etant revenu à Capharnaüm , les anciens de la ville le prièrent d’aller dans la maison d'un Centurion qui attendait de lui la guérison de son serviteur cruellement malade. Jésus répondit : « J’irai et je le guérirai. » Il se mit en chemin, lui, le Fils unique de Dieu, pour aller guérir un pauvre malade au service d’un étranger. Le Centurion, averti, lui dit ou lui fit dire : « Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison, mais prononcez seulement un mot, et mon serviteur sera guéri. » Jésus, admirant ce langage, déclara qu’il n’avait point trouvé tant de foi dans Israël. Il annonça la conversion des Gentils et la réprobation des Juifs : « Plusieurs viendront de l’Orient et de l’Occident et seront placés au festin avec Abraham, Isaac et Jacob; mais les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres. » Alors il dit au Centurion : «■ Allez, et qu’il vous soit fait selon ce que vous avez

cru. » A l'heure même le serviteur fut guéri.

L’Evangile fait mention de trois hommes de' guerre à qui la grâce de la foi est accordée. Celui dont Notre-Seigneur a guéri le fils, celuici, celui qui présidait au Calvaire. De plus, la tradition dit que le Soldat qui perça le côté du Sauveur crucifié se convertit ; l’on croit que c’est lui que l’Eglise honore sous le nom de saint Longin. Le centenier Corneille est le premier gentil que Pierre recevra dans l’Église. On voit aussi des soldats venir à la prédication et au baptême de Jean-Baptiste. La profession des armes, profession d’obéissance, de dévouement et de sacrifice, éveille dans le cœur des hommes certaines dispositions qui les rapprochent de Dieu; le Christianisme , y faisant entrer des sentiments d’humanité qu’elle ignorait, l’a mise en un honneur où elle n’était pas avant lui, et où elle ne resterait pas longtemps sans lui.

Jésus alla ensuite à une ville appelée Naïm. Comme il approchait des portes, il se trouva en face d’une grande douleur. On conduisait au sépulcre le fils unique d’une veuve. Cette mère était là. Il lui dit : « Ne pleure/ point. » Et touchant le cercueil, il dit au mort : v Jeune homme, je te le commande , lève-toi. » Le mort se leva, s’assit et commença de parler; et Jésus le rendit à sa mère.

C’est la seconde résurrection mentionnée dans

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