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CHAPITRE XII

INCRÉDULITÉ DE NAZARETH, — PREMIÈRE MULTIPLICATION DES PAINS, — SECONDE TEMPÊTE APAISÉE, — ANNONCE DE L’EUCHARISTIE.

aÉsus quitta le lieu où il avait donné ses instructions et vint à Nazareth , sa patrie. Il entra dans la synagogue le jour du Sabbat, afin d’enseigner, suivant le droit de tout fils d’Israël. Il se leva pour lire. On lui mit entre les mains le livre d’Isaïe, qui était la lecture liturgique de ce moment de l’année. Car il ne changeait rien à l’ordinaire et accomplissait avec soin toutes choses suivant la loi. En ouvrant le livre , il trouva ce passage : L’esprit du Seigneur est sur moi; c’est pourquoi j’ai reçu son onction pour évangéliser les pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux captifs la délivrance , aux aveugles la lumière; pour publier l’heureuse année du Seigneur et le jour de la rétribution. Ayant fermé le livre, il le rendit au ministre de la synagogue et s’assit. Tous les assistants le regardaient. Il leur dit :

« Ces choses de l’Écriture sont accomplies au- « jourd’hui que vous les entendez. »

La majesté de cette parole est d’autant plus frappante que Notre-Seigneur n’ignorait pas les mauvaises dispositions de ses auditeurs. On remarque parmi eux deux esprits. D’abord ils admirent; mais bientôt le levain des Pharisiens se manifeste et domine.

Ce levain devait fermenter à Nazareth plus aisément qu’aiheurs. Les Nazaréens regardaient sans doute le don de prophétie et de miracles comme une fortune ; ils étaient jaloux que ce don fût tombé sur un homme qu’ils avaient compté pour si peu. Ils commencèrent à dire :

— N’est- ce pas là le fils du charpentier Joseph, le fils de Marie? Ne connaissons- nous pas ses frères ; ses sœurs ne sont-elles pas parmi nous ? D’où lui vient donc tout ceci ?

Jésus lut dans ces cœurs misérables, et prévint l’injurieuse demande qu’ils allaient lui adresser.

— Fais des miracles; prouve que tu es Dieu! Les premiers qui jettent ce cri avaient vu ressusciter les morts. Quand les miracles éclatent, ils y cherchent une illégalité, ou ils les attribuent à la puissance du' démon.

Jésus leur rappela qu’Elie avait été envoyé à la veuve de Sarepta , quoique les veuves ne manquassent pas en Israël, et qu’Élisée ne guérit pas les nombreux lépreux d’Israël, mais le seul

Naaman, qui était Syrien. C’était les avertir de se mettre dans les dispositions requises pour recevoir la grâce, en abjurant leur jalousie et leur incrédulité. Tout au contraire ils se levèrent contre le Sauveur, le chassèrent de leur synagogue et l’entraînèrent jusqu’au sommet de la montagne , dans le dessein de le précipiter. Sa miséricorde leur épargna de tenter tout à fait ce crime. « Jésus , passant au milieu d’eux , s'en alla » ; soit qu’il se fût rendu invisible à leurs yeux, soit qu’il eût paralysé leurs mains.

Ce fut à peu près le seul miracle qu’il fit à Nazareth; c’est celui par lequel il déjoue tous les jours tant d’entreprises de l’impiété. Il se rend invisible , il paralyse les furieux , il passe au milieu d’eux et s’en va lorsqu’ils croient le précipiter. Il leur a refusé les miracles que leur insolence exigeait , il en fait que, leur incrédulité ne voit pas et dont leur âme ne profite pas.

Néanmoins sa clémence pour ses compatriotes ne put absolument rester inactive. Il imposa les mains sur quelques malades et les guérit. Le texte sacré ajoute : « Leur incrédulité l’étonnait. »

Il laissa ces ingrats et reprit ses courses miséricordieuses , allant par les chemins qu’avaient parcourus les Patriarches et les Prophètes, répandant partout la santé, l’espérance et la vie. Les peuples accouraient où l’on indiquait sa pré-

sence. « Il eut pitié d’eux, parce qu'ils étaient accablés de maux et couchés çà et là comme des brebis qui n’ont point de pasteur. « Ayant donc rassemblé les Apôtres, il tes envoya deux par deux dans diverses directions, au secours de ceux qui ne pouvaient pas venir. '

Cette première mission n’était encore qu’une facile entrée à l’apprentissage des durs travaux de l’apostolat. Toutefois, Jésus donna à ses Envoyés l’instruction éternelle qui devait plus tard leur faire affronter tous les périls, et qui, transmise par eux à leurs successeurs, les rendrait comme eux victorieux de la mort. Il leur enjoignit d’être pauvres, prudents et doux; de n’emporter ni deux paires de chaussures, ni deux manteaux, ni argent ; de n’avoir qu’un bâton pour la marche, de ne point résister, de ne point se défendre. Il leur donna tout pouvoir de chasser les démons et de guérir les maladies; il les prévint contre les attachements de la chair et du sang : « Qui aime son père ou sà mère plus que « moi, n’est pas digne de moi. Qui ne prend pas « sa croix et ne me suit point, n’est pas digne de « moi. Qui sauve sa vie au préjudice de ce qu’il « me doit la perdra, et qui la perdra pour moi « la sauvera, a Voilà les conquérants du monde.

En ce temps-là, le nom de Jésus parvint aux oreilles du tétrarque Hérode. Ce tyran crut que le prophète dont il entendait de si grandes cho-

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