I.e poisson comme le pain est apporté par les Apôtres
Le poisson est le butin des pêcheurs; ce sont eux qui l’ont pris dans les eaux profondes, là où il leur a été dit de jeter le filet. La possession plus intime de Jésus-Christ est le partage de ceux qui se sont davantage donnés à lui, qui ont davantage écouté sa parole, qu’il a choisis pour être davantage avec eux. Ils le distribuent par la prédication , surtout par la prédication de ses souffrances qui attire aux sacrements et leur communique sa suavité. « Je ne prêche que Jésus- Christ , et Jésus-Christ crucifié » , disait saint Paul. Le poisson est avec le pain, parce que la prédication des mystères de Jésus-Christ éclaire l’intelligence, tandis que le pain des sacrements nourrit le cœur; et l’un et l’autre sont la nourriture du peuple.
Les Pères font une autre remarque. Comme les pains , disent-ils , ne furent suffisants que parce que Jésus les bénit, on n’en vit l’intérieur que parce qu’il les rompit. Ainsi nous connaissons que les prophéties de la Loi ancienne et les mystères de la Loi nouvelle nous seraient restés cachés sans la lumière de la parole. Ni les rites antiques, ni les nouveaux sacrements n’auraient eu nulle vertu pour soutenir le peuple juif et pour nourrir le peuple chrétien, si Jésus ne les avait lui-même, d’abord en figure, puis en réalité, fécondés par sa toute-puissante bénédiction. Cette bénédiction, prononcée au commence-
ment du monde sur toutes les créatures, leur
donne la vie par la faculté de se reproduire et de
multiplier*, la même bénédiction prononcée sur
les institutions spirituelles de la Loi et de l’Evangile leur assura, chacune dans sa mesure, la durée et l’efficacité.
Ainsi le premier miracle figure l’ancienne alliance; le second, la nouvelle. Et dans l’un et dans l’autre, Jésus seul ayant opéré, il nous est indiqué par là que le Médiateur céleste, né selon la chair au milieu des temps, est aussi le Verbe de Dieu antérieur au temps : le Dieu de la Loi et le Dieu de l’Évangile, qui a donné aux Prophètes l’intelligence des mystères futurs, aux Apôtres l’intelligence des mystères accomplis ; le même qui a nourri le peuple juif avec l’orge des sacrements figuratifs, le même qui nourrit le peuple chrétien avec le froment des sacrements réels.
Cependant Jésus ne veut pas écraser la liberté sous les miracles. Ce qu’il fait si bien, l’ennemi qu’il laisse libre pour un temps entreprendra de le détruire. Satan suscitera des hérétiques qui chercheront à glisser du poison dans le pain que donne le Christ. La providence du Christ pourvoit à ce péril. Sans ôter aux hommes le mérite de le combattre, elle leur fournit par avance les moyens de l’éviter. A v&c cette puissance et cette sagesse souveraine qui n’a besoin que d’un mot pour éclairer quatre mille ans de mystères,
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et d’un acte de volonté pour dilater une bouchée de pain de manière à nourrir tout un peuple, Jésus concentre aussi en quelques paroles, et en quelques circonstances peu apparentes, des instructions qui déjoueront toutes les subtilités de l’hérésie jusqu’à la fin du monde.
• L’hérésie niera la nécessité du ministère ecclésiastique pour la dispensation de la doctrine et de la grâce de Jésus-Christ. Elle prétendra que tout fidèle obtient la lumière de Dieu sans aucun intermédiaire, immédiatement par la foi, et qu’en conséquence, il n’y a nul besoin d’évêque ni d’intervention sacerdotale.
Assurément Jésus pouvait faire qu’il en fût ainsi. Il pouvait tout accomplir par lui- même, sans recourir à ses Disciples. Mais assurément aussi il les a employés, et non sans dessein. Ce dessein, l’Apôtre le connaissait du Sauveur luimême : « Que chacun , dit-il , nous considère comme étant les ministres de Jésus-Christ, et les dispensateurs des mystères de Dieu. » Toutes les circonstances des deux miracles révèlent cette doctrine.
Jésus commence par dire aux Apôtres : « II « n’est pas nécessaire de renvoyer ce peuple ;
« donnez-leur vous-mêmes à manger. » Par ce mystérieux langage, prophétique de ce qui allait arriver, Jésus, remarque Origène, donne exclusivement aux Apôtres et à leurs successeurs i
le pouvoir de nourrir le peuple fidèle. Il fL\e dès lors, ajoute saint Ambroise, l’économie de la prédication évangélique pour l’alimentation des âmes.- « Donnez-leur vous-mêmes à manger y> , c'est la même parole qui leur sera dite plus tard : « Allez, instruisez toutes les nations, les baptisant au nom du Père , et du Fils , et du Saint-Esprit. Qui croira et aura reçu le baptême, celui-là sera sauvé. »
Les Apôtres encore transmettent à la foule l’ordre de s’asseoir, et ce sont eux qui la font ranger sur l’herbe par bandes distinctes, on pourrait dire par diocèses, par églises. Donc, c’est la volonté de Dieu qu’il n’appartienne pas aux fidèles de se réunir en assemblées religieuses ni de se gouverner eux-mêmes. Aux seuls évêques, comme l’enseigne l’Apôtre, le soin d’établir des églises et de les gouverner.
Jésus ne distribua pas de sa main le pain miraculeux ; mais, ainsi que les Évangélistes le marquent avec une sorte d’insistance, il le donna aux Apôtres afin que le peuple le reçût, et ce furent eux qui remirent à chacun sa part. Ainsi c’est bien la sagesse même de Jésus-Christ qui établit le moyen par lequel il veut que la vie soit distribuée dans son Église.
Et il ne donne pas aux Apôtres les pains entiers, mais rompus. Il les ouvre, comme avant de leur donner l’ordre suprême de distribuer
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* * • l’Evangile, il leur ouvrira les mystères des Ecritures. Comment ne pas comprendre par là, dit saint Augustin, qu’il n’a confié qu’aux évêques et aux prêtres le sens véritable de ses mystères et la distribution de l’aliment sacré?
Enfin, quand le peuple fut rassasié, Jésus ordonna aux Apôtres de recueillir les restes. La première fois, ils en remplirent douze corbeilles : et ces douze corbeilles sont les douze Apôtres euxmêmes, qui contiennent désormais, amplifiée et fécondée, la doctrine jusque-là resserrée et quasi stérile des cinq livres mosaïques. Les Apôtres paraissent encore aux yeux du monde des hommes de peu de valeur; cependant ces fragiles corbeilles, en apparence méprisables, sont enrichies intérieurement du trésor de Dieu. La seconde fois, après les sept pains, il y a sept corbeilles. Pour moi, dit saint Jean Chrysostôme, je n’admire pas moins le mirade de ce superflu que le miracle qui a fourni le nécessaire. Sept corbeilles, les sept sacrements toujours préparés pour le peuple fidèle, toujours sc survivant, immortels comme le Dieu qui les a institués! Mais que deviennent les sept corbeilles ? Elles restent à la disposition des Apôtres ; afin que nous comprenions, dit Origène, que les sept paniers du pain vivant et spirituel, les sept sacrements ont été laissés par Jésus-Christ entre les mains des ministres de l’Eglise qui les ont conservés jusqu’à ce jour et
qui les conserveront jusqu’à la fin du monde.
Et cela se passait le soir, à l’heure où le soleil décline, à l’heure de la croix.
AVEUGLE DE BETHSAIDE.