‹ La vie de Notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 55 sur 106 · CONFESSION DE PIERRE · texte numérisé non relu

CONFESSION DE PIERRE

dons invisibles de l’Esprit et par le sacrement visible de son incarnation. L’ordre qu’il donne à l’Aveugle guéri de retourner dans sa maison avertit le pécheur de faire un retour sur luimême et de méditer en son cœur les bienfaits de Dieu.

Bientôt après, Jésus mit à l’épreuve la foi des

* Apôtres. Etant sur le chemin aux environs de Césarée, il leur demanda tout à coup : « Que dit-on qu’est le Fils de l’homme ? » Ils lui dirent : « Les uns pensent que c’est Jean-Baptiste les autres Elie, les autres Jérémie, d’autres qu’un des anciens prophètes est ressuscité. » — « Et vous? » leur dit Jésus. Simon-Pierre répondit : — « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. «

Jésus lui dit : « Tu es heureux, Simon, fils de « Jona, car ce n’est point la chair et le sang qui « te l’ont révélé, mais mon Père qui est dans le « ciel. »

La qualité de « fils de Jona » donnée à l’Apôtre, reçoit de la circonstance une importance toute particulière. Fils de Jona veut dire fils de la colombe. Il ne s’agit pas de Jona, père de Simon-Pierre selon la chair et le sang, mais de la grâce que reçut Pierre et par laquelle l’Esprit de vérité, la Colombe qui apparut sur le Jourdain, enfanta en lui la parole de vérité.

Jésus ajouta : « Et moi je te dis que tu es « Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise,

« et les portes de l’enfer ne prévaudront point « contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume « des cieux. Et tout ce que tu lieras sur la terre o sera lié aussi dans le ciel; et tout ce que tu < i délieras sur la terre sera délié aussi dans le « ciel. »

Après cette déclaration et cette promesse, il défendit expressément aux Apôtres de dire à qui que ce fût qu’il était le Christ. Puis aussitôt, sans leur laisser le temps de se forger une flatteuse image de la gloire qui les attendait, déchirant le voile de l’avenir, il leur montra le Calvaire : « Il commença dès lors à leur déclarer qu’il devait aller à Jérusalem, souffrir la Passion, être condamné par les Anciens, par les Princes des prêtres, par les Scribes, être mis à mort, et ressusciter trois jours après. » Il leur parla ainsi ouvertement. Pierre ne put l’entendre.

— Non, Seigneur, s’écria-t-il, à Dieu ne plaise ! non, il n’en sera pas ainsi ! Mais Jésus, regardant les Disciples, dit à Pierre, avec menaces : « Retire-toi, Satan, tu m’es à scandale, « car tu n’as point le goût des choses de Dieu. » Pierre, qui savait que Jésus voyait l’amour de son cœur, ne répliqua point et ne se justifia point; et les autres, comme lui, gardèrent le silence.

Jésus ensuite, faisant approcher la foule, prononça ces paroles inouïes , qui passent de toute la hauteur divine tout ce que peuvent dire les maîtres du monde :

LK THAUOS.

a Si quelqu’un veut marcher sur mes pas , « qu’il renonce à soi-même ; qu’il porte sa croix « chaque jour et qu’il me suive. Car celui qui « voudra sauver sa vie (aux dépens de ce qu’il « me doit) , la perdra , et qui la perdra pour « moi et pour l’Évangile, la sauvera. Et que « servirait à l’homme de gagner le monde entier « et de perdre son âme ! »

Voilà ce qui fut dit ce jour-là, sur la poussière du chemin aux environs de Césarée, qui n’est plus. C’est ainsi que Jésus apportait un nouveau feu sur la terre, faisait l’éducation de Pierre , celle des Disciples et celle du monde , ou plutôt créait une nouvelle humanité.

Il avait terminé ce discours en annonçant que plusieurs d’entre les Disciples ne goûteraient point la mort, qu’ils n’eussent vu le royaume de Dieu. Huit jours après, cette promesse fut accomplie. Il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, les mena seuls, à l’écart , sur une haute montagne , et s’y mit en prières. Pendant qu’il priait, il apparut transfiguré. Sa face devint resplendissante comme le soleil , ses vêtements éclatèrent d’une lumière blanche et vive comme celle de la neige. Auprès, de lui , deux hommes pleins de majesté , qui étaient Moïse et Élie, lui parlaient de la mort qu’il devait souffrir à Jérusalem. Pierre, éperdu, dit à Jésus : « Maître, il nous est bon d’être ici. Dressons-y trois tentes, une pour vous.

une pour Moïse, et une pour Elie. » Les Apôtres étaient troublés et hors d’eux-mêmes, dans un mélange de joie et de terreur. Comme Pierre parlait encore, sans bien savoir quelles paroles sortaient de ses lèvres, une nuée lumineuse couvrit Moïse et Elie , et une voix descendit de la nuée, qui disait : « C’est là mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis mes délices -, écoutez-le. » Les Apôtres tombèrent le visage contre terre. Lorsqu’ils se relevèrent , sur l’ordre de Jésus , ils le virent seul. Il avait suspendu cet éclat céleste qui tendait sans cesse à envahir son humanité, et qui était l’état propre et naturel du Fils unique de Dieu, mais que par sa toute-puissance il renfermait au dedans de lui-même , afin que le Fils de l’Homme, la victime, n’y disparût pas. Car le miracle n’était point que la divinité eût jeté ses rayons, mais que l’humanité pût la voiler et en quelque sorte l’engloutir.

Les trois qui eurent cette vision du Thabor, Pierre, Jacques et Jean, sont les mêmes que Jésus avait déjà retenus près de lui pour être les témoins de la résurrection de la fille de Jaïre. On les verra encore dans un rang à part au jardin des Oliviers, à l’heure de l’agonie. Pierre était le chef de la nouvelle alliance; Jacques devait être le premier martyr de l'ordre des Apôtres; Jean représentait les vierges qui suivent partout l’Agneau; et tous trois, formant le nombre sacré, offraient le type parfait

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