LES ENFANTS
veau que la justice établirait au jour des rétributions, il ajouta qu’alors beaucoup des premiers seraient les derniers, et beaucoup des derniers les premiers. Et afin qu’ils connussent l’indépendance de Dieu dans là distribution de ses grâces, il leur proposa la parabole des ouvrière de la vigne, où ceux de la dernière heure reçoivent la même récompense que ceux qui ont travaillé dès le matin.
Il leur parlait et les instruisait ainsi en se rendant lentement à Jérusalem, n’y voulant arriver que pour la fête de Pâques. Sur son chemin , il guérissait les malades , toujours avec cette même douceur et ce même empire qui formaient également le caractère de sa parole et de ses œuvres; toujours le plus humble des mortels, toujours tout resplendissant de divinité. Nul n’avait parlé comme lui, et il parlait comme nul n’a le droit de parler. Un jour, s’adressant à la multitude, il dit ces mots que le seul esprit de l’homme n’aurait pu dicter, ni soutenir, ni comprendre :
« Si quelqu’un vient à moi et ne hait point « son père et sa mère, sa femme, ses enfants, « ses frères, ses sœurs et même sa propre vie « et ne porte pas sa croix et ne me suit pas, « celui-là ne peut être mon disciple. »
On sentait qu’il avait dans sa main et le ciel et la terre et le cœur de l’humanité-
Nous l’avons entendu tout à l’heure, en s'adressant aux Disciples, les appeler « mes petits «r enfants. » Cette parole si tendre qui revient plusieurs fois dans ses discours est doublement leur gloire parce qu’elle montre l’affection qu’il leur portait et la qualité qu’il aimait en eux. Le sens en est révélé par une de ces actions où se révèle aussi son cœur.
On avait coutume de lui amener des petits enfants pour qu’il les bénît. Une fois les Disciples voulurent les écarter, craignant que cette foule ne l’importunât. Au sens mystique, les Disciples figuraient les Juifs, jaloux de la vocation des Gentils.
Jésus leur dit : « laissez venir à moi les pe- « tits enfants, car le royaume de Dieu est à qui « leur ressemble. En vérité, quiconque ne rece- « vra point le royaume de Dieu comme ferait « un enfant, celui-là n’y entrera point. »
Ce n’est pas qu’un âge soit préféré à un autre, car alors il serait fâcheux d’avancer dans la vie; c’est l’innocence qui est préférée à tout. Le royaume de Dieu est à qui ressemble aux enfants, à qui conserve ou reconquiert cette innocence que la nature leur a donnée. L’enfant est sans haine, il ignore la luxure, il ne recherche point la richesse et les honneurs, il revient à sa mère qui l’a corrigé; il est docile à l’enseignement de ses maîtres, il ne dispute ni ne