‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 10 sur 201 · APPROBATIONS · texte numérisé non relu

APPROBATIONS

sance. Ézéchiel s'est plaint de ce que les ouailles du Seigneur ont été dispersées, pour n'avoir point eu de pasteur ; ou si le pasteur a été négligent, Zacharie l'appelle une idole, puisqu'il est inutile à la garde de son troupeau, dont il a si lâchement quitté la conduite. Les Pères de la même Église ont gémi sous la considération d'un malheur si déplorable; et saint Grégoire de Nazianze, entre les autres, s'afflige et s'étonne de voir un berger qui souffre les injures des saisons avec tant de persévérance, pour la sûreté du bercail dont il est le gardien, et qu'en même temps on trouve dans la bergerie du Sauveur du monde des âmes qu'il appelle, Xoytxot Ope^jj-aTa, des ouailles raisonnables, exposées à la gueule des loups, parce qu'il se trouve des mercenaires, au lieu de pasteurs, qui abandonnent leur salut dans l'excès de leur oisiveté.

Mais enfin la bonté du souverain Pasteur qui veille sur son Église nous a suscité en la personne de Monsieur Vincent de Paul un ministre fidèle, tout rempli du zèle de sa gloire, et tout brûlant d'amour pour le salut des âmes. Il ne faut que lire cette agréable histoire de sa Vie, dont Monseigneur de Rodez est le digne écrivain pour en être persuadé. J'avoue que j'ai lu et relu plusieurs fois une partie des ouvrages tous remplis de doctrine et de piété, que ce grand prélat a donnés au public, et que je les ai étudiés avec admiration, mais je dois exciter les fidèles à méditer ce dernier livre, qui ne peut être que très utile pour imprimer dans les cœurs les sentiments d'une solide et véritable dévotion.

Donné à Évreux, le jour de saine Bernard, 20 août 1664.

HENRI, Evêque d'Evreux.

Mon cher lecteur, j'ai à vous avertir en peu de mots de trois choses, sur lesquelles je vous prie de faire quelque attention avant que de vous engager dans la lecture de ce livre.

La première, que la vérité étant comme l'âme de l'histoire, sans laquelle elle ne mérite pas le nom d'histoire, mais plutôt de roman ou de conte fait à plaisir, vous pouvez vous assurer qu'elle a été très fidèlement et très exactement observée en celle-ci; tout ce que vous y lirez étant ou publiquement connu, ou appuyé de témoignages de diverses personnes très dignes de foi ; ou bien étant tel, que je puis vous certifier l'avoir vu de mes yeux ou entendu de mes oreilles, ayant eu le bonheur de connaître et de fréquenter M. Vincent durant un grand nombre d'années, et d'avoir même visité le lieu de sa naissance et ses plus proches parents dans un voyage que je fis en Guienne il y a environ vingt-cinq ans.

Que si parmi les témoignages des autres j'y rapporte aussi divers extraits de ses lettres ou de ses entretiens, qui ont été en partie recueillis par quelques-uns des siens avec grande fidélité, et cela seulement sur les dernières années de sa vie ', j'en ai usé de la sorte dans la pensée que je ne

I. Le i5 août 1657, trois ans seulement avant la mort du saint, le frère Ducournau, son secrétaire, remit aux Assistants de la maison de Sain-Lazare un long mémoire pour démontrer combien « il est important que la Compagnie fasse à l'avenir un exact recueil des saints discours de M. Vincent ». Notices sur les prêtres et frères

pouvais faire une expression plus sincère ni plus certaine de ses dispositions intérieures qu'en rapportant ce qu'il a lui-même dit, lorsque la charité l'obligeait de parler, et de découvrir quelquefois ce que l'humilité lui faisait ordinairement cacher. En quoi son témoignage est d'autant plus digne de croyance, que tous ceux qui l'ont connu savent qu'il était très éloigné de tout esprit de vanité et de vanterie, et qu'une de ses plus fréquentes pratiques était de chercher l'abjection et l'avilissement de lui-même, disant et faisant volontiers dans les rencontres ce qui pouvait le rendre méprisable aux yeux des autres.

Or comme ce saint homme faisait ordinairement ces entretiens sans les avoir prémédités, parlant à ceux de sa compagnie sur les sujets qui se présentaient comme un père à ses enfants, on n'y verra pas tout l'ordre ni toute la liaison qui se trouveraient dans un discours étudié et préparé ; néanmoins nous avons pensé que, les rapportant dans leur simplicité, le lecteur serait d'autant plus satisfait et édifié

de la Congrégation de la Mission, t. Ier, p. 416. — Sa proposition fut agréée, et lui-même prit la principale part à ce travail.

Le même soin fut apporté chez les Filles de la Charité qui avaient commencé plus tôt à recueillir les paroles du saint Instituteur de leur Compagnie. « Un des plus grands biens de notre Compagnie, écrivait la sœur Mathurine Guérin, l'une des premières Filles de la Charité, est le recueil que Mllc Le Gras a fait et fait faire des instructions de feu M. notre très honoré Père (saint Vincent). Elle aimait tant ces pauvres écrits qu'elle ne voulait pas entendre parler qu'on les récrivît, comme un bon monsieur de Saint-Lazare le souhaitait, de crainte qu'on ne changeât les sens de ce bienheureux Père, aimant mieux le style simple et naïf que des discours mieux polis. Elle disait souvent qu'un jour viendrait où nos chères sœurs se consoleraient d'avoir les écrits des personnes que nous avions le bien de voir. Vous devez avoir tout cela. » — Lettre à la sœur Marguerite Chétif, élue supérieure générale à la mort de Mllc Le Gras. Louise de Marillac, sa Vie, ses Vertus; 2 vol. in-18, impr. par la Société de Saint-Augustin (1887). Tome 1er, p. 25o.

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