Chap. ier3 sect
2. Charles de Noailles, évèque de Saint-Flour, de 1610 à 1646.
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Environ ce temps-là, M. Olier connaissant, par sa propre expérience, combien les missions étaient profitables et avantageuses pour le salut des peuples, et considérant, d'un autre côté, le grand besoin qu'il y avait de travailler à la perfection du clergé, il se détermina à cette dernière œuvre. Et, pour y parvenir, il se résolut de prendre une cure dans Paris, pour y donner un modèle d'une bonne conduite de paroisse, tant pour la personne du curé que pour les prêtres qui sont appliqués par lui pour la desservir. Pour cet effet, il traita de la cure de Saint-Sulpice avec M. de Fresque, qui en était pour lors curé; en laquelle M. Olier a depuis établi une grande communauté de prêtres, et par ce moyen y a produit de très grands fruits, tels que chacun sait : en sorte qu'en peu de temps on a vu cette grande et nombreuse paroisse toute changée de face, avec l'admiration et l'applaudissement de tout Paris. Ce qui n'est pas néanmoins arrivé sans de grandes difficultés et traverses que l'ennemi du genre humain lui suscita; jusqu'à tel point que, sur un différend arrivé entre l'ancien et le nouveau curé, quelques habitants du faubourg Saint- Germain prirent les armes pour en chasser M. Olier et les prêtres de sa communauté. Pendant cet orage, M. Vincent, qui prenait très grande part à tout ce qui touchait ce sage abbé, faisait tout ce qu'il pouvait pour le défendre et pour détourner cette tempête par ses prières à Dieu, par ses bons conseils à M. l'abbé Olier, et par son crédit à la cour. Il est à remarquer qu'on attribuait en quelque façon à M. Vincent la cause de ce grand tumulte, parce que le peuple appelait Missionnaires les prêtres de la communauté de Saint-Sulpice, quoiqu'ils ne le fussent pas, et qu'euxmêmes n'en prissent pas le nom qu'à raison de ce que M. Vincent était estimé être leur chef, à cause de la mission qui avait été faite un peu auparavant, au faubourg Saint- Germain, par MM. les ecclésiastiques de la Conférence de Saint-Lazare, que M. Vincent y avait employés. Un jour,
comme on parlait de ce tumulte au Conseil l où il était, et qu'on en rejetait sur lui tout le blâme, M. Vincent, au lieu de se mettre à couvert de ce reproche, en déclarant que les prêtres de Saint-Sulpice n'étaient point de sa congrégation et n'avaient aucune dépendance de lui, comme il était vrai^ et comme il le déclarait toujours en d'autres occasions, quand on voulait lui attribuer le bien qu'ils faisaient; néanmoins, en ce rencontre fâcheux, quoiqu'il n'eût aucune part dans le différend qui était le sujet du vacarme, il ne voulut pourtant jamais dire un seul mot pour désabuser ses accusateurs et se justifier sur les reproches qu'il en recevait. Au contraire, pour pratiquer l'humilité, et tout ensemble pour faire paraître l'estime qu'il avait pour M. Olier et la part que sa charité lui faisait prendre en tous ses intérêts qu'il estimait très justes, il prit le parti dudit sieur Olier et de Messieurs ses ecclésiastiques. Il défendit leurs intérêts plus chaudement et bien mieux qu'il n'eût fait les siens propres; et, lorsqu'on les blâmait et qu'on leur donnait tort, il leur servait d'apologiste et disait tous les biens qu'il pouvait de leur vertu et de la sainteté et utilité de leurs emplois ; en sorte que, pour conserver leur réputation, il exposa volontiers la sienne, et ne fit point de difficulté de mettre en quelque façon sa Compagnie à la merci de cet orage, pour tâcher d'en exempter M. Olier et les siens et leur procurer la paix et la tranquillité. Ce procédé de M. Vincent, qui semblait si contraire à la prudence humaine, étonna diverses personnes; et quelqu'un de ses amis lui ayant demandé pourquoi il avait agi de la sorte, il lui répondit qu'il pensait que tout chrétien y était obligé, et qu'il croyait qu'en se comportant comme il l'avait fait il avait suivi les maximes de l'Évangile. C'était l'estime très grande qu'il avait de la vertu de M. l'abbé Olier, qui lui donnait ces sentiments, et
i. Le Conseil des affaires ecclésiastiques, à la cour.
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qui lui faisait regarder ses saintes entreprises non comme un ouvrage particulier, mais comme un bien public à la conservation et défense duquel un chacun était obligé.
Quelque temps après cet accident, M. l'abbé Olier, voulant donner une plus ample matière à son zèle, jeta les fondements de ce grand séminaire qui a servi et sert encore tous les jours à former tant de bons ecclésiastiques de toutes sortes de conditions, dont plusieurs se répandent dans les provinces pour y communiquer, au grand avantage de l'Eglise, les grâces et les bénédictions qu'ils ont puisées dans ce saint lieu *.
Pour toutes ces grandes œuvres de M. l'abbé Olier, dont nous venons de parler, et pour les rares et excellentes vertus dont Dieu l'avait doué, M. Vincent Pavait en grande vénération et le regardait comme un saint 2 et le publiait partout comme tel. Quant il plut à Dieu de retirer à soi ce sien grand serviteur, M. Vincent se trouva à l'extrémité de sa maladie et à sa mort3, et fut un de ceux qui regretta davantage la grande perte que l'Eglise avait faite en la personne de ce saint abbé; et depuis il a toujours continué, dans la même affection, de servir Messieurs de sa Communauté 4 qui s'assemblèrent plusieurs fois avec lui et avec d'autres personnes considérables, pour aviser aux moyens
i. Ici encore saint Vincent fut heureux de seconder M. Olier. On en peut juger par l'éloge qu'il faisait de la communauté de Saint-Sulpice, un jour à un prêtre, un autre jour à une dame désireuse de coopérer à l'œuvre des séminaires. Voy. ci-après, liv. III. ch. xi, sect. v.
2. Lettre, du 26 juillet 1660, à MMe d'Aubray, nièce de M. Olier (Collet, t. II, p. 144).
3. Le 2 avril 1 6 5 7 . Voir lettre, du 6 avril 1657, à Jolly. Supplément aux lettres, etc., p. 128.
4. Il leur adressa de touchantes paroles de consolation dont quelques-unes ont été recueillies de la main même de l'abbé de Bretonvilliers, second supérieur de Saint-Sulpice. Voy. Lett., t. III, p. 449 {17 avril ibSy).
de maintenir et perpétuer ce que M. Olier avait si dignement commencé '.