CHAPITRE XXXI bis
Ce qu'a fait M. Vincent pour aider M. l'abbé Olier en quelques desseins et entreprises de piété.
C'est le propre des grands serviteurs de Dieu, qui sont animés d'un même esprit, d'avoir une grande liaison par
i. Et précédemment à Annecy, dès 1641.
2. Ce chapitre, longtemps inédit, a été publié par M. l'abbé Faillon. Voy. sa Vie de M. Olier, 1841, t. Ier, p. xlix, et t. II, p. 53g.
CHAP. XXXI bis. — RAPPORTS AVEC M. OLIER 217
ensemble et de s'entr'aider les uns les autres dans leurs bonnes œuvres. C'est aussi ce qu'on a remarqué entre M. Vincent et feu M. l'abbé Olier ', grand serviteur de Dieu, dont la mémoire est en très grande bénédiction, et que Dieu avait doué d'un esprit vraiment apostolique.
M. Vincent avait une estime et un respect tout particuliers pour la personne et pour la sainteté de M. Olier; et celui-ci, réciproquement, regardait M. Vincent comme son père, et disait assez souvent, en parlant aux ecclésiastiques de son séminaire : M. Vincent est notre père. Il leur témoignait ordinairement la très particulière estime qu'il faisait de ses insignes vertus, leur alléguant, dans les occasions, les saintes maximes qu'il avait apprises de lui, et cela afin qu'ils s'en servissent pour la pratique des vertus : c'est ie témoignage qu'en ont rendu ceux qui ont eu le bonheur d'être sous la conduite de M. Olier. Il avait été l'un des premiers qui vînt aux Exercices des ordinands pour se préparer à la réception des saints ordres, en la manière qu'il a été dit; et ce fut là qu'il puisa abondamment cet esprit ecclésiastique dont il a été si parfaitement rempli et animé. Il fut aussi l'un des premiers qui, pour mieux conserver et perfectionner cet esprit, se lia avec plusieurs autres ecclésiastiques, pour faire toutes les semaines des conférences spirituelles à Saint-Lazare, sous la conduite de M. Vincent, dont il a été déjà parlé; et ensuite il fut l'un de ceux d'entre ces bons ecclésiastiques qui commencèrent à s'appliquer à faire des missions, conjointement avec les prêtres de la Congrégation de M. Vincent. Il travailla, au mois de janvier 1 635, à la mission de Crécy, après laquelle il voulut être employé à celle qui se lit, pendant le carême de l'année suivante, au refuge de l'hôpital de la Pitié, au faubourg de Saint-Victor. Et voyant les
2. Jer.n-Jacques Olier, né à Paris en 1608; il mourut saintement, âgé de 49 ans. Voir sa Vie par M. l'abbé Faillon.
2l8 LA VIE DE S. VINCENT DE PAUL
fruits que les missions produisaient pour la conversion et la sanctification des âmes, il en voulut faire part aux paroisses qui dépendaient de son abbaye de Pébrac en Auvergne, où il s'achemina après le carême de la même année, en la compagnie de deux prêtres de la Congrégation de la Mission, et de quelques autres vertueux et zélés ecclésiastiques, qui se joignirent à lui pour participer à ses saints travaux. Ils firent leur mission à Saint-llpise, après laquelle M. Olier rendit compte à la Compagnie des ecclésiastiques de la conférence qui se fait à Saint-Lazare, de son voyage et de ses emplois, par une lettre qui est de si grande édification, tant pour le succès de cette mission, dont il fait un ample récit, que pour les sentiments dignes de sa piété qu'il avait conçus de l'excellence des emplois de missions. Nous rapporterons cette lettre, pour la satisfaction des lecteurs, au second livre '.
Ce très digne abbé ayant, en suite de ces missions, obtenu de Mgp Tévêque de Saint-Flour2 son agrément pour faire faire la retraite aux curés du diocèse, dans son abbaye de Pébrac, et même les exercices d'ordination, comme il se pratiquait à Paris, il écrivit une autre lettre, au mois d'octobre de la même année, à MM. les ecclésiastiques de la Conférence de Saint-Lazare de Paris, pour leur demander du secours, en leur représentant qu'il y allait de la réformation de tout un diocèse. Et depuis, au mois de février 1637, il leur en écrivit encore une autre, comme il achevait la quatrième mission et qu'il était sur le point d'en entreprendre une cinquième, fort importante, à la Motte, près de la ville de Brioude. Il décrit par cette lettre les biens que faisait la Compagnie des ecclésiastiques de la ville du Puy, qu'il avait associée à celle de la Conférence de Saint- Lazare.