‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 112 sur 201 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

M. Vincent s'emploie pour l'assistance des pauvres

Lorrains pendant les guerres, et prend un soin particulier

de plusieurs pauvres gentilshommes et demoiselles

réfugiés à Paris.

Saint Augustin a dit avec grande raison, que Dieu était si bon qu'il ne permettrait jamais aucun mal s'il ne se reconnaissait assez puissant pour en tirer un plus grand bien. On pourrait alléguer un nombre presque infini d'exemples pour faire voir combien cette parole est véritable. Mais sans en aller chercher plus loin, il ne faut que jeter les yeux sur ce qui s'est passé pendant les guerres dernières dans la Lorraine, où il semble que Dieu n'ait permis cette extrême misèraren laquelle ont été réduits les habitants de cette province, autrefois si riche et si abondante en toutes sortes de biens, que pour en tirer de très grands avantages spirituels ; particulièrement pour donner occasion à plusieurs personnes vertueuses de pratiquer des œuvres d'une

charité tout héroïque; et entre les autres à M. Vincent, qui a signalé sa vertu en cette occasion et qui a fait ressentir à ces pauvres peuples affligés jusque quel degré pouvait monter la charité en ces derniers siècles, quoique, selon la prédiction de Jésus-Christ, elle s'y trouve si refroidie à cause de Piniquité qui abonde et regorge de tout côté *.

M. Vincent ayant eu avis en l'année 1639 de l'état déplorable auquel la Lorraine était réduite par le malheur des guerres2 et par l'extrême nécessité des habitants, se résolut de les secourir; et ayant recueilli quelques aumônes, auxquelles il contribua notablement de son côté, il les envoya distribuer par les mains de ses Missionnaires. Mais ces aumônes ayant été bientôt employées et quelques-uns de ceux qu'il avait envoyés étant retournés, ils lui rapportèrent les nécessités inouïes et presque incroyables qu'ils avaient vues de leurs propres yeux. Cela toucha si fort le cœur de M. Vincent et de quelques autres personnes de condition et de piété de Fun et de l'autre sexe de la ville de Paris, auxquelles il en fit le récit, que la résolution fut prise de secourir ces pauvres gens à quelque prix que ce fût. Pour cet effet ces charitables personnes fournirent des sommes très notables que M. Vincent envoya par quelques-uns des siens, pour être départies et employées selon les plus pressants besoins qui se trouveraient, non seulement dans les villages, mais aussi dans les villes, et même dans les plus grandes qu'on croyait les moins incommodées des guerres, comme Metz, Toul, Verdun, Nancy, Bar-le-Duc, Pont-à- Mousson, Saint-Michel 3 et autres. Car en ce déplorable temps il y avait en tous lieux des personnes de tous états dans la dernière affliction et indigence ; jusque-là qu'il se . t

1 . Quoniam abundabit iniquitas, refrigescet charitas. (Matth., xxiv.)

2. Dernière période de la guerre de Trente ans. Charles IV, duc de Lorraine, succombait sous les coups de la politique et des armées de ^Richelieu.

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