CHAP. XXXV. SECOURS A LA LORRAINE, ETC
côté, et quelquefois au-delà de ce qu'il pouvait. Une fois entre autres il arriva que, tous s'étant cotise's, il s'en fallait environ deux cents livres que la somme nécessaire pour cette charité ne fût complète ; ce que M. Vincent vovant, il appela le prêtre procureur de la maison, et après l'avoir tiré à l'écart il lui demanda tout bas quel argent il avait. A quoi il répondit qu'il n'avait que ce qui était nécessaire pour pourvoir le lendemain aux nécessités ordinaires du vivre de la communauté qui était alors fort nombreuse. « Et combien y a-t-il ? lui dit M. Vincent. — Cinquante écus, répondit-il. — Mais n'y a-t-il que cela d'argent dans la maison : réplique M. Vincent. — Non, Monsieur, répondl'autre, il n'y a que cinquante écus. — Je vous prie, lui dit derechef M. Vincent, de me les aller quérir; » et les lui ayant apportés, il les donna pour fournir à peu près à ce qui manquait pour la subsistance d'un mois de cette pauvre noblesse,aimant mieux s'incommoder et se réduire àemprunter pour avoir de quoi vivre pour les siens, que de laisser souffrir ces pauvres réfugiés. Un de ces messieurs qui avait prêté l'oreille, ayant entendu la réponse du procureur, admira la généreuse charité de M. Vincent : ce qu'ayant après rapporté aux autres, ils en furent si touchés, que quelqu'un d'entre eux envoya le lendemain matin un sac de mille francs à la maison de Saint-Lazare par aumône.
Cet exercice de charité envers la pauvre noblesse de Lorraine continua environ sept ans, pendant lesquels on leur portait tous les mois leur subsistance. Et outre cela, ces messieurs les allaient visiter les uns après les autres, leur rendant toujours dans ces visites quelques témoignages de respect et leur disant quelques paroles de consolation : ils leur procuraient encore d'ailleurs tout le secours qu'ils pouvaient dans leurs affaires.
Enfin, la Lorraine s'étant un peu remise de tous ces troubles qui l'avaient agitée , plusieurs de ces réfugiés retournèrent en leurs maisons, et M. Vincent prit soin
de leur fournir ce qui était nécessaire, tant pour leur voyage que pour subsister quelque temps dans leur pays; et il continua toujours d'assister ceux qui restaient à Paris.
Comme un exercice de charité n'occupait jamais tellement le cœur de M. Vincent, qu'il ne fût toujours disposé d'en embrasser un autre, ayant su en ce même temps qu'il y avait plusieurs seigneurs et gentilshommes anglais et écossais, lesquels, pour le sujet de la foi catholique qu'ils professaient, avaient été contraints de se réfugier à Paris, il en parla à ces messieurs qui avaient assisté les Lorrains, et procura conjointement avec eux qu'ils fussent secourus comme les autres; et il a toujours continué, presque jusqu'au temps de sa mort, de les assister de ses soins et de ses aumônes. Voici un extrait de ce qu'un des plus qualifiés seigneurs de cette illustre et charitable assemblée a mis par écrit sur ce sujet :
«M. Vincent était toujours le premier à donner: il ouvrait son cœur et sa bourse, de sorte que quand il manquait quelque chose, il contribuait tout le sien, et se privait des choses qui lui étaient nécessaires pour achever l'œuvre commencée. Une fois même que pour parfaire une somme considérable il était besoin de trois cents livres, il les donna aussitôt ; et l'on sut que c'était des deniers qu'une personne charitable lui avait donnés pour lui avoir un autre cheval meilleur que le sien qui était diverses fois tombé sous lui de faiblesse, étant extrêmement vieux. Mais il aima mieux souffrir de se mettre en péril d'être blessé que de laisser des personnes qu'il croyait dans le besoin, sans les assister. »
Cette assemblée continua près de vingt ans ou environ : et on peut avec raison la mettre au rang des grandes œuvres auxquelles M. Vincent a coopéré, puisqu'il en a été l'auteur et le promoteur, et qu'avec la charité et le zèle des personnes illustres qui la composaient, il a remédié